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ANNEXIONS OU DESTRUCTIONE

La France révolutionnaire organisa d’abord, pour ce qui concernait son propre territoire, la centralisation de tous les objets artistiques et littéraires. (Décret du 13 octobre 1790.)

A) En Belgique:

Mais, et c’est ici que son zèle fut trop ardent, son désir de centralisation passa les frontières avec ses armées et dès leur première invasion en Belgique, après la victoire de Jemmapes (6 novembre 1792), les conquérants choisirent environ 1.500 manuscrits, qui furent envoyés à la Bibliothèque Nationale, en même temps qu’une médaille d’or, provenant de l’Université de Louvain, et l’aigle de cuivre du beffroi de Tournai, celui-ci d’ailleurs constituant un don de la Municipalité.

Cependant la Convention ne voulut pas se contenter d’un butin si minime et vota le DÉCRET DU 15 DÉCEMBRE 1792, disant, en son article 4 : « Les généraux mettront sous la sauvegarde et la protection de la République française tous les biens meubles et immeubles appartenant au Prince, aux Etablissements publics, aux communautés laïques et ecclésiastiques, etc... »

C'est alors, c’est-à-dire dès le début de janvier 1793, que tous les trésors des églises et communautés corporatives, métiers, etc. de Belgique furent mis sous séquestre.

Les sans-culottes s’'emparèrent également de tous les objets d’or et d'argent (clefs de ville, médailles, argenterie, etc.), et mirent ainsi à exécuticn, en Bel-

gique, des lois qui n’y avaient jamais été promulguées (1).

Il est à remarquer, en effet, qu’à cette époque la Belgique était seulement occupée par nos troupes, mais pas encore annexée.

Aussi, les confiscations donnèrent lieu à de tels abus et à de telles protestations que, moins de 2 mois après, l’ARRÊTÉ DU COMITÉ EXÉCUTIF DU 8 FÉVRIER 1793 donna l’ordre « d'informer contre les abus commis à cet égard et d’en punir les auteurs ».

Sur ces entrefaites, la Belgique fut annexée à la France (4 mars 1793) mais pour deux semaines seulement, car la défaite de Neerwinden (18 mars 1793) obligeait nos troupes à évacuer toute la Belgique, qui retemba sous la domination de l'Autriche.

Toutefois, la confiscation continuait à être méthodiquement organisée en France. L'ARRÊTÉ DU i8 SEPTEMBRE 1793 ordonna de « saisir toutes les propriétés publiques susceptibles d’être transportées », arrêté qui suscita de nouveau de tels excès qu’il fut suivi, un mois après, de J’ARRÉTÉ DU 25 OCTOBRE Li (4 Brumaire An ID.

‘ Celui-ci interdisait désormais « d'enlever, détruire, mutiler, ni altérer d'aucune manière, sous prétexte de faire disparaître les signes de féodalité ou de royauté dans les bibliothèques, les livres, imprimés où manuscrits ». Mais, en même temps, ledit Arrêté conformait l’ « ordre de transport au Museum le plus voisin, pour y être conservés pour l’instruction nationale, des monuments intéressant les Arts ou l'Histoire ».

Ceïtes, la situation précaire des armées de la

(1) Pi0T. Rapport au Ministre de l'Intérieur sur les tableaux enlevés en su en 1794 et restitués en 1815 RFI 1883, in-8°, p. 3). |

République rendait, momentanément, ces arrêtés sans objet pour les pays qu’elle venait de perdre; mais, si nous les reproduisons ici, c’est qu’ils seront invoqués dès l'année suivante, quand nos armes. nous seront redevenues favorables.

En effet, quelques jours avant la victoire de Fleurus, le 6 juin 1794 (17 Prairial An II), le Comité d’'Instruction publique envoya une lettre au Comité de Salut Public sur « l'importance d’envoyer secretement des artistes et des gens de lettres instruits, qui enlèveront les monuments qui intéressent les arts et les sciences, et les feront passer en France ».

Le Comité de Salut Public ne demandait pas mieux, et l’un de ses membres, l’ex-oratorien Villard, surenchérit en ces termes :

« Citoyens, tandis que nos armées repoussent les tyrans, on vous propose d'envoyer secrètement des artistes qui enlèveraient avec précaution les objets qu’un gouvernement despotique ne saurait leur donner : les œuvres d’art doivent resplendir dans Îles terres de liberté. »

C'était le 26 juin 1794 (8 Messidor An IT), le jour même de la bataïlle de Fleurus: c’est-à-dire que le Comité d’Instruction Publique ignorait encore la victoire qui allait nous donner toute la Belgique et la Hollande; mais déjà il demandait à organiser légalement le rapt secret des œuvres d’art, soit, en termes plus juridiques : leur vol pur et simple.

Quelques jours après, le 15 juillet 1794 (25 Messidor An Il), Carnot donnait l’ordre aux représentants du peuple présents aux armées de Sambre-et- Meuse « de faire passer les collections de tableaux dont ce pays abonde…. ». |

Aussi cette fois la récolte allait être particulièrement fructueuse!

Mais, à la décharge de nos ancêtres, il importe de

signaler que l'exemple de ces déménagements d’objets précieux venait de leur être donné par les Autrichiens, d’une manière particulièrement suggestive.

Joseph II ayant supprimé, en vertu d’un placard du 17 mars 1783, 162 couvents, abbayes ou prieurés des Pays-Bas autrichiens, avait fait vendre aux enchères, en 1785, ou envoyé au Musée de Vienne, un grand nombre de tableaux de maîtres, ce qui était un moyen économique d'enrichir à la fois l'Autriche et sa galerie de tableaux.

La suppression de ces couvents procura à Joseph II le nombre respectable de 22.000 tableaux et sculptures qui furent soit confisqués, soit vendus.

Pour le détail de ces œuvres et de cette expropriation, nous ne pouvons que renvoyer à la notice adressée par M. Piot à l’Académie Royale de Belgique (1).

Aussi, onze ans plus tard après leur défaite à Fleurus, 26 juin 1794 (8 Messidor An II), les Autrichiens s’empressèrent de renouveler l'opération et, avant de quitter définitivement la Belgique, ils essayèrent de la vider, cette fois, de tout ce qu’ils pouvaient emporter !

À la nouvelle du désastre de leur armée, les Autrichiens énlevèrent le trésor de l'Etat, les Archives, les objets précieux et même les deniers consignés par les particuliers aux greffes des tribunaux.

Au milieu d’un effroi indescriptible, tout était entassé dans les fourgons du gouvernement.

D'autre part, le souvenir du vol de leur argenterie et du pillage de leurs églises, en 1792, fit envisager avec terreur, presque à tous les Belges, le retour des Français victorieux.

(1) Ch. PI0T, Les tableaux enlevés à la Relgiaue en 1785 (Bulletin de l’Académie Royale de Belgique, 1877, 2° série, Tome 43, n° 6), page 757.

Aussi « les chefs des établissements religieux et civils les plus riches usèrent largement, après la bataille de Fleurus, de la faculté accordée par les Autrichiens de faire transporter en Allemagne les objets précieux, archives, titres, numéraire, bijoux, objets ou métaux précieux; enfin tout ce qui pouvait être transporté facilement et enlevé avec précipitation prit le chemin du Rhin dans les voitures de Etat > e (D:

Mais avant qu'ils aient pu déménager tout le pays, dont pourtant ils avaient la garde, la République française prenait des mesures énergiques pour procéder à une expropriation judicieuse de toutes les richesses artistiques des Pays-Bas.

Le Comité de Salut Public, en date du 22 Thermidor An II (9 juillet 1794), chargea les représentants du peuple, Guyton de Morveau et Frécine, de « diriger les opérations et de faciliter les travaux des Commissaires de l’Instruction publique » pour l'enlèvement des objets d’art dans les pays conquis.

Pendant sept mois, c’est une Commission militaire qui opèrera par simple voie de réquisition, comme si elle réquisitionnait des fourrages : c’est l'enlèvement « manu militari ».

Les deux officiers chargés, le 30 Messidor An IT (18 juillet 1794), de faire la recherche des peintures et sculptures, sont Barbier, lieutenant au 5° Hussards, et Léger, adjoint aux adjudants généraux.

Dès lors, c’est le déménagement méthodique et soigneux de tous les chefs-d'œuvre de Belgique et de Hollande, et l'abbé Grégoire, dans son fameux « Rapport à la Convention sur les destructions opé-

(1) Ch. PI0T, Les objets précieux emportés de Belgique en Allemagne pendant l'année 1794 (Bulletin de l’Académie Koyale de Belgique, 1876, 2° série, Tome 42, n° 7}, page 644.

rées par le vandalisme et sur les moyens de le réparer » — rapport du 14 Fructidor An II (31 août 1794), imprimé et envoyé par la Convention à toutes les Administrations —— applaudit en ces termes aux rafles opérées en Belgique :

« Nous recueillons des monuments, même dans les contrées. où pénètrent nos armées victorieuses. Outre les planches de la fameuse carte de Ferrari, 22 caisses de livres et 5 voitures d'objets scientifiques sont arrivées de Belgique : on y trouve les manuscrits enlevés (par nous) à Bruxelles dans la guerre de 1742 et qui avaient dû être rendus par le traité de paix de 1769.

La République acquiert, par son courage, ce qu'avec des sommes immenses Louis XIV ne put jamais obtenir: de Crayer, Van Dyck et Rubens sont en route pour Paris, et l'Ecole flamande se lève en masse pour venir orner nos musées... » (1).

Et en effet, Barbier, le lieutenant de Hussards commissaire-preneur, qui escortait le premier convoi de tableaux enlevés à la Belgique, venait déclarer à la barre de la Convention que « trop longtemps ces chefs-d’œuvre avaient été souillés par l’aspect de la servitude. Ces ouvrages immortels ne sont plus en terre étrangère, ils sont aujourd’hui déposés dans la patrie des ärts et du génie, dans la patrie de la liberté et de l'égalité sainte, de la République française.… ». y

Notons que, parmi ces objets scientifiques figurait la riche collection d'Histoire naturelle provenant du cabinet du stathouder de Hollande, à La Haye.

(1) Despois, Le Vandalisme révolutionnaire (Paris, 1868), page 179.

Arrivée au Muséum en juin 1795, elle ne fut pas réclamée en 1815 et y figure encore aujourd’hui (1). En même temps, la riche collection de tableaux du dit stathouder venait prendre sa place au Louvre.

L'année suivante, le 4 Ventôse An HI (23 février 1795), les militaires sont remplacés par des civils : ce sont les citoyens Leblond (ex-abbé) et de Waïlly, commissaires du Comité de l’Instruction publique, qui sont confirmés dans leur mission de « recueillir dans les édifices publics, monastères et maisons d’émigrés, dans le pays conquis, les livres, manuscrits, cartes, estampes, tableaux —— tant originaux que copies — statues, bas-reliefs, meubles précieux et, généralement, les livres et objets d’art qu'ils jugent dignes de figurer dans les collections et Muséum de la République » (2).

Disons incidemment, ici, que Barbier (Jean-Luc), ancien élève de David, abandonna alors le sabre de cavalerie pour le pinceau, sa mission artistique accomplie.

D'autre part, à Leblond et de Wailly, qui ne pouvaient suffire à la tâche, furent adjoints plusieurs autres commissaires, qui furent chargés de recueillir toutes les richesses artistiques et scientifiques de Belgique.

C'était la curée.

Elle donna lieu à de tels abus que les représentants du peuple près les Armées du Nord et de Sambre-et- Meuse décidèrent, le 4 Germinal An III (24 mars 1795), que les Agents de la « Commission pour. Ja

(1) SAUNIER, Les conquêtes artistiques de la Révolution ét de l'Empire. Reprises et abandons des Alliés en 1815, avec illustrations (Paris, 1902), pages 25 et 26, note 1.

(2) PIOT, Rapport au Ministre de l'Intérieur, :4, op. cit. page 4.

recherche des objets de sciences et arts dans les pays conquis » seraient désormais tenus d’observer certaines règles.

C’est ainsi qu’il leur fut défendu de recueillir les objets d’art « sous quelque prétexte que ce fût, dans les monastères, congrégations ou corporations qui avaient conservé l'entière régie et administration de leurs biens, autrement que de gré à gré, ou moyennant une juste indemnité ».

Malheureusement, cette prescription resta, presque partout, lettre-morte, et, tout ce que l’Autriche avait laissé, la France le confisqua et le déménagea.

Le cadre de ce travail ne nous permet pas d’énumérer la liste de toutes les œuvres d’art qui quittèrent la Belgique et la Hollande pour prendre le chemin de la France : c’est par centaines que tableaux, statues, livres, manuscrits, etc furent soigneusement expédiés à Paris, et répartis entre le Louvre et les musées de province en 1794 et 1795.

Pour le détail de ces enlèvement nous renvoyons au Rapport de M. Piot (1).

La LOI DU 9 VENDÉMIAIRE AN IV (29 septembre 1795) réunit à la France les 9 Départements de la Belgique, et, à partir de cette époque, commence, au point de vue juridique, une nouvelle phase, puisque les lois françaises devenaient toutes applicables à ces provinces.

A partir de cette date, si les spoliations ne sont peut-être pas licites, elles deviennent en tout cas légales.

Nous aurons l’occasion d’en reparler ultérieurement. Ù

(1) Ch, P10T, Rapport au Ministre de l'Intérieur, …, op. cit.

B) En Italie:

Après la Belgique, ce fut le tour de l'Italie.

Mais ici le procédé diffère, car c’est le. général Bonaparte qui est à la tête de l'Armée d'Italie.

Je m'en voudrais de ne pas citer ici à nouveau M. Mun:z :

« Il s'agissait, dans cette patrie classique des arts, de chefs-d’œuvre consacrés par une admiration séculaire et dont l’enlèvement devait avoir un retentissement immense. Et puis, un génie organisateur et dominateur tel que Bonaparte, ne pouvait se contenter d’un draînage plus ou moins occulte : peintures et statues étaient, à ses yeux, des trophées de victoire glorieux entre tous. Aux confiscations, aux déprédations, il opposa avec la netteté de vues qui lui était propre, les rançens formellement inscrites dans les conventions diplomatiques. » (1).

‘ Et le même auteur signale que c'est à la CONVEN- TION DE CHERASCO (28 avril 1796) qu'on voit poindre : pour la première fois, chez Bonaparte, l’idée de ces annexions d'œuvres d'art, consacrées par des contrats synallagmatiques.

D’après le propre témoignage du Commandant de l'Armée d'Italie, celui-ci eut envie de demander dans cette Convention la cession d’un tableau.

Avisant le Général de la Tour, avec qui il venait de signer l'armistice : « J’avais envie, lui dit Bonaparte, d'exiger dans le traité que nous venons de conclure, un fort beau tableau de Gérard Dow, que possède le roi de Sardaigne et qui passe pour le chefd'œuvre de l'Ecole Flamande (« La femme hydropique »), mais je n’ai su comment ‘placer ce tableau dans un armistice, et j'ai craint qu’il n’y parût une

(1) MUNZ, op cit (1895), page 384.

nouveauté bizarre, surtout ayant la forteresse de Coni pour pendant! » (1).

Mais l’idée germait et devait bientôt éclore.

Trois jours après, le 1° mai 1796 (12 Floréai An IV), ie jeune conquérant écrit à Faipoult de « surtout lui envoyer une note des tableaux, statues, cabinets et curiosités qui se trouvent à Milan, Parme, Plaisance, Modène et. Bologne » (2).

Huit jours après, le 8 mai 1796 (19 Floréal An IV), le général Bonaparte accordait au duc de Parme une suspension d’armes, l’ARMISTICE DE PLAI- SANCE, stipulant (article 4) la livraison de « 20 tableaux au choix du général en chef » parmi ceux existant dans le Duché.

C’est, croyons-nous, la première fois dans l'Histoire, qu’un traité porte une clause de ce genre.

Dès le lendemain, 20 Floréal, il écrivait à Paris pour annoncer l’envoi de 20 toiles, parmi lesquelles des Michel Ange et des Corrège, en disant qu’il espérait qu’on leur accorderait les honneurs du Muséum.

Neuf jours plus tard, le 28 Floréal An IV (17 mai 1796), c’est le tour du duc de Modène. Acculé également à un armistice, il signa l'engagement de «livrer 20 tableaux à prendre dans sa galerie ou dans ses Etats, au choix des Commissaires qui seront commis à cet effet ».

Malheureusement ceux-ci exagérèrent : aux 20 tableaux, ils ajoutèrent 50 autres, plus des camées et une partie de la collection de dessins.

En outre, la Bibliothèque de Modène dut livrer 70 manuscrits.

(1) TROLARD, De Montenotte au Pont d'Arcole (Paris, 1893), in-8°, page 57.

(2) Correspondance de Napoléon I'' (Paris, 1858), 32 volumes, Tome ], page 252.

Bref, Modène fut livré à un véritable pillage artistique auquel l’arrivée de Bonaparte mit heureusement fin.

Cependant, en Italie, les victoires s’ajoutaient aux victoires et les tableaux aux tableaux!

Le 15 mai 1796 est le jour fameux de l'entrée des Français à Milan.

Nous ne parlerons pas ici des excès qui y furent commis par nos troupes, mais seulement de l’organisation qui y succéda pour présider à l'enlèvement des dépouilles,.

Mais un point important à noter ici, c’est que Bonaparte, cette fois, n’a plus signé un accord avec le vaincu, et c’est de sa propre autorité et par droit de conquête qu’il prit les dispositions suivantes.

Quatre jours après la conquête de Milan, dès le 30 Floréal An IV (19 mai 1796), le général en chef de l'Armée d'Italie et le commissaire du Directoire exécutif près l’Armée d'Italie et des Alpes, ordonnèrent qu’il y aurait « un agent à la suite de l’Armée française, pour extraire et faire passer, sur le territoire de la République, les objets d'art, sciences, etc., qui se trouveraient dans les villes conquises, et dont le choix et le nombre aurait été soumis d’avance au général en chef et au commissaire du gouvernement, ou à l’un d’eux ».

Il était chargé de la même mission en ce qui concer-nait l’enlèvement et le transport des objets d’art et de sciences accordés par les puissances d'Italie, en vertu des suspensions d'armes et des traités conclus avec les Armées de la République.

Cet agent ne pouvait procéder à aucun enlèvement sans en avoir dressé procès-verbal, et sans être accompagné d'une autorité reconnue par l'Armée française,

De plus, il devait tenir un double registre : l’un, global, pour -tous les objets indistinetement; l’autre cataloguant séparément, d’une part les objets d’art, c'est-à-dire les « tableaux et les statues »:; d’autre part, les « objets des sciences, tels que manuscrits, machines, instruments de mathématiques, cartes, ETC LYS

On le voit, c'était une véritable organisation pour le dépouillement méthodique des richesses artistiques de l'Italie,

Aussi, en vertu de'cette décision, dès le lendemain, 1" Prairial An IV (20 mai 1796), Tinet fut nommé « Agent des arts » et chargé de suivre le Quartier Général de l'Armée d'Italie, « de prendre les renseignements les plus étendus sur tous les objets d’art qui peuvent se trouver dans les pays conquis, comme tableaux, dessins, sculptures, manuscrits, etc.; d’en rendre compte sur le champ au chef d'état-major qui fera passer ces renseignements au Commissaire du Gouvernement, pour qu’il ordonne l'enlèvement et l'envoi des objets jugés dignes d'être envoyés au Conservatoire du Muséum de la commune de Paris » (1).

Seulement, dans la pratique, cette belle organisation administrative, au lieu de s'appliquer aux seuls objets appartenant à l'Etat, étendit sa sollicitude également aux objets appartenant à des municipalités ou à des fondations particulières.

C’est ainsi que furent confisqués les objets confiés aux Monts de Piété, et que Bonaparte ratifiait la saisie de l’argenterie de toutes les églises de Milan.

C'est ainsi aussi qu’une fondation particulière : la célèbre Bibliothèque Ambrosienne de Milan, fut sévèrement mise à contribution.

(1) Correspondance de Napoléon, op. cit., pages 363, 865,

Le 5 Prairial An IV (24 mai 1796), des toiles de Raphaël, Luini, Rubens, Breughel, un vase étrusque, de précieux manuscrits de Pétrarque, Galilée, Léonard de Vinci, etc... furent enlevés à l’Ambrosienne et dirigés sur Paris.

On y joignit d’ailleurs 5 tableaux cueillis dans différentes églises de Milan,

De même, la Bibliothèque de Brera dut livrer 133 vieux ouvrages, dont plus de 100 antérieurs au Xv° siècle.

La Bibliothèque du Chapitre de Monza dut livrer

34 manuscrits et 84 incunables; en outre, sa basi- lique fut dépouillée de 2 couronnes d’or, ayant appartenu à Théodelinde et à son époux.

La Bibliothèque de l'Université de Pavie et celle du Collège germanique, à Pavie, durent abandonner 119 volumes; et l’herbier d'Hailer, comportant 60 portefeuilles, fut expédié à Paris.

En outre la ville de Cento livra 12 tableaux; Crémone, 6; Pesaro et Fano, 10 tableaux, 5 manuscrits et 7 incunables. |

Enfin, rien n’échappant au zèle de l’ « agent des arts », la bibliothèque ducale de Massa fut fouillée et dut lâcher 1 manuscrit et 2 incunables.

Bologne aussi fut lourdement frappée d’une contribution artistique : 31 tableaux, des bronzes antiques, des vases et coupes étrusques, etc. Quant à sa bibliothèque, elle dut fournir 546 manuscrits et 115 incunables.

Enfin Vérone avait commencé par être simplement soumise à la rançon, devenue coutumière, des villes d'art envahies par les Armées francaises: elle s’en était tirée notamment avec 13 tableaux, 2 bustes anti ques, 8 bas-reliefs en bronze, 3 vases étrusques, 29 manuscrits et 46 incunables.

Mais, après la sanglante émeute du lundi. de

Pâques 1797, connue sous le nom de « Pâques véronaises », Bonaparte fit confisquer les collections de tableaux des familles nobles compromises dans l’'émeute et la spoliation fut aggravée de véritables actes de vandalisme (1).

Quant à Mantoue, la pauvreté de ses richesses artistiques fit qu’elle s’en tira à bon compte, avec 4 tableaux, 3 bustes et 5 dessins, 14 manuscrits et 46 imprimés.

En outre, Pérouse dut se séparer de 27 tableaux, le 17 mars 1797, indépendamment des 3 livrés en vertu de l’armistice de Bologne.

Puis, le Palais Pontifical de Lorette dut donner 3 tableaux; son trésor fut dépouillé de 7 vases en agate ou en cristal de roche, et la célèbre statue : la Vierge de Lorette, fut confisquée le 27 Pluviôse An VI, et expédiée à Paris.

Quant à la Madone de Lorette, de Raphaël, réquisitionnée et exposée à l’Académie de France à Rome, elle disparut avant d'arriver à Paris (2).

Cependant, si Bonaparte, dans la plupart des villes où il entrait, réquisitionnait maintenant les œuvres d'art comme il aurait réquisitionné des vivres, pour Rome, il tint à y mettre plus de formes.

L'ARMISTICE DE BOLOGNE, signé entre Bonaparte et le pape Pie VI le 5 Messidor An IV (23 juin 1796), contient de nouveau une clause précise et même détaillée quant à la livraison des œuvres d'art au vainqueur :

L'article 8 de cette suspension d’armes porte, en effet, que le Pape s'engage à livrer à la République

(1) TROLARD, De Montenotte au Pont d'Arcole, op. cit. page 373.

(2) MuUN?Z, op. cit. (1896), page 484

française « 100 tableaux, bustes, vases ou statues, au choix des commissaires, qui seront envoyés à Rome, parmi lesquels objets seront notamment compris le buste en bronze de Junius Brutus et celui en marbre de Marcus Brutus, tous les deux placés au Capitole; et 500 manuscrits au choix des mêmes commissaires ».

Toutefois, cette clause ne fut pas tout de suite exécutée, et elle fut confirmée et ratifiée à nouveau, par Pie VI, dans le TRAITÉ DE TOLENTINO, le 1 Ventôse An V'(19 février 1797).

Cette fois il fut stipulé que les objets d'art et manuscrits, cédés à la France par l’armistice de Bologne, seraient sur le champ envoyés à Paris.

Et c’est ainsi que Bonaparte, le 10 mars 1797, pouvait s’écrier, dans une de ses fameuses proclamations aux soldats d'Italie : « Vous avez enrichi le Muséum de Paris de plus de 300 objets, chefs-d’œuvre de l’ancienne et nouvelle Italie et qu’ii a fallu 3 siècles pour produire! »

Malheureusement, l’assassinat du général Duphot à Rome, un an plus tard (février 1798), fit traiter Rome, non plus conformément aux clauses de la Paix de Tolentino, maïs en ville conquise.

En effet, par mesure de représailles, le 22 Pluviôse An VI, une proclamation du général Berthier au gouvernement de Rome déclare (article 14) :

« Il sera enlevé à la ville de Rome les tableaux, livres, manuscrits, statues et objets d’art qui seront jugés dignes d'être transportés en France d’après l’ordre du général en chef, sur l'avis d’une commission nommée «ad hoc. »

C'était deniner libre cours à la curée, sans limites, des trésors de la Ville Eternelle.

Aussi les collections particulières de Pis VI et de

(oi)

plusieurs grandes familles furent confisquées également.

C'est alors qu'on songea, non pas seulement à déménager des tableaux, mais des monuments : les uns veulent démolir la colonne Trajane pour la réédifier à Paris; les autres veulent envoyer à la Place de la Concorde les chevaux de Phidias et de Praxitèle, tandis que, entr’autres, Monge et Daunou étaient envoyés de Paris à Rome, pour venir y glaner les plus précieux ouvrages et manuscrits des bibliothèques confisquées et les chefs-d’œuvre des musées.

Le 22 mai 1798, Daunou parle de 400 à 500 caisses remplies d'œuvres d’art et de manuscrits, pesant ensemble 30.000 quintaux. Tous ces trésors furent envoyés à Livourne, d’où une frégate les transporta à Marseille, puis 10 bateaux les amenèrent à Paris par voie fluviale.

Les 27 et 28 juillet 1798 une grande fête célébra à Paris « l’entrée triomphante des objets de sciences et des arts recueillis en Italie » (1).

Cette étude n'étant ni une étude d’histoire de l’art, ni même une étude d'histoire, nous n'avons pas à entrer ici dans le détail de tous les tableaux, statues, tapisseries, camées, diamants, bijoux, manuscrits et œuvres d'art de toute espèce qui furent expédiés de Rome à Paris à cette époque.

Plusieurs auteurs, déjà cités par nous, ont depuis longtemps publié à cet égard des statistiques impressionnantes.

Signalons pourtant, avec tristesse, qu’en Italie les armées sans-culottes se sont livrées à de déplorables excès et ont détruit même des œuvres d’art qu’ils ne

{) Nys, Le Droit international (Bruxelles, 1912, 3 vol. in-8°), page 278,

pouvaient enlever, ainsi que le relate, écœuré, Paul- Louis Courrier, alors jeune officier sous le Directoire (1).

Mais, pour être complet, nous devons après le sort de Rome, signaler encore rétrospectivement le TRAITÉ DE MILAN signé le 27 Floréal An V (16 mai 1797) entre Bonaparte et la République de Venise.

L'article 5 de ce traité secret stipulait qu’elle livrerait 20 tableaux et 500 manuscrits, au choix du général en chef.

« Mais ici, comme ailleurs, — remarque très judidieusement M. Munz, — les cessions stipulées par les contrats synallagmatiques ne furent que le prélude d’annexions réglées uniquement par le caprice du vainqueur. » (2).

C'est ainsi que le fameux Quadrige de bronze de la Basilique de Saint-Marc — cet ancien trophée des Croisés — prit le chemin de Paris, ainsi que le Lion de la Place Saint-Marc, et plusieurs autres œuvres, dont il n'avait pas du tout été question, ni dans le TRAITÉ DE MILAN, ni dans le TRAITÉ DE CAMPO FORMIO.

Ce dernier traité, signé le 17 octobre 1797, attribuait Venise à l’Autriche. Or, avant la remise de la ville sérénissime entre les mains des Autrichiens, les Français en profitèrent pour enlever de l’Arsenal et des dépôts publics, tout ce qu’il était possible de ranger parmi les propriétés publiques (3).

Les Français avaient eu d’ailleurs le temps de Îles emballer soigneusement, car ils étaient entrés à

(1) PAUL-Louis COURRIER, Lettre à M. Chlewaski, du 8 janvier 1799, citée par RouARD DE CARD, La Guerre continentale dans ses rapports avec la Propriété (Paris, 1877), in-8°, pages 202 et 213, |

(2) Muxz, op. cit. (1895), page 391.

(3) SCHOELL, op. cit., Tome V, page 60,

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Venise le 16 mai 1797, et les Autrichiens ne pénétrèrent à leur tour dans la cité des Doges que le 18 janvier 1798. À cette date, il y avait longtemps que Quadrige, Lion, peintures, sculptures et manuscrits étaient partis pour la France et que Paris les avait accueillis sans esprit de retour!

Enfin, longtemps neutre, la Toscane fut la dernière à nous payer son tribut artistique.

Mais en 1798, nos troupes renversèrent le Grand Duc et nos « commissaires d'art » choisirent au Palais Pitti, 63 tableaux et 25 mosaïques.

Par contre, ‘à la Galerie des Offices, nos commissaires se heurtèrent à une résistance opiniâtre, et à la Bibliothèque Laurentienne, ils n'emportèrent qu’un manuscrit.

Il est à signaler qu’en Toscane, comme presque partout ailleurs, les Français, s'ils n’ont pas toujours fait preuve de respect pour la propriété, ont au moins témoigné du respect pour l'art.

C’est ainsi que le Trésor voulant battre monnaie avec les ornements destinés au culte, — comme il l'avait fait en France, en Belgique et partout où il Pavait pu, — le 18 Floréal An VII, un Décret du Commissaire du Gouvernement français ordonnait le transport à la Monnaie de Florence de toute l’argenterie des églises, temples et synagogues de Toscane. Mais il en exceptait toutes les œuvres d'art proprement dites, et tous les ouvrages, en argent ou autres matières précieuses, offrant un intérêt artistique.

Toutefois, en Toscane, il fut plus malaisé de mettre la main sur les œuvres de premier choix.

En effet, le Grand Duc Ferdinand-Joseph, se doutant du sort qui serait, tôt ou tard, réservé à ses trésors artistiques, avait dès 1797, fait emballer, de la Galerie de Florence, 74 grandes caisses d'objets

d'art qu’il avait mis en sûreté à Livourne, occupée alors par les Anglais et les Napolitains.

Ce dépôt contenait entre autres la fameuse Vénus de Médicis, que Bonaparte avait vue lors de son passage à Florence en 1796.

Or, le 5 octobre 1800, veille de l’entrée des Frans çais à Livourne, les 74 caisses furent prudemment embarquées sur une frégate anglaise et conduites à Palerme, où elles restèrent en dépôt sous la sauvegarde du Roi de Naples.

En 1801 et 1802, Bonaparte fit tant et si bien auprès du Roi d’Etrurie et du Roi dé Naples, qu'il finit par obtenir la livraison de la célèbre Vénus de Médicis, qu’il fit tranporter à Paris « afin de la marier à l’Apollon du Belvédère » qui y était déjà installé (1).

Le TRAITÉ DE FLORENCE, du 28 mars 1801, entre la France et le Roi des Deux-Siciles est particulièrement symbolique et représentatif de la mentalité de l’époque.

En effet, le Roi s'engage à faire restituer à la République française, les statues, tableaux ou autres objets d’art qui ont été enlevés à Rome par les troupes napolitaines (article 8) (2).

Il s’agit ici des œuvres d'art qui appartenaient au Pape et qui avaient été pillées par les Napolitains, quand ils avaient fait le sac de Rome en 1799.

C'est-à-dire que ces objets sont, par un traité solen.nel, cédés en bonne et due forme, par un premier spoliateur à un deuxième spoliateur, lequel d’ailleurs sera forcé, un jour, de les restituer à son propriétaire légitime...

(1) ZoBi, Storia civile della Toscana, Tome III, app., pages 92 et suivantes, cité MUNZ, op. cit. (1896), page 508. (2) SCHOELL, Histoire des Traités, op. cit., Tome V, p. 384.

Enfin, disons, pour mémoire, que les troupes françaises, en quittant Naples, ont dépouillé le Musée Capo di Monte pour en vendre les tableaux à Rome.

Rappelons aussi que lé Roi de Naples, en 1802, offrit à Joséphine de Beauharnais, femme du Premier Consul, tout un lot de peintures, bronzes, bijoux et vases, provenant tous de Campanie, c’est-à-dire ayant le butin comme origine.

Pour terminer l’histoire des captations en Italie, nous ne pouvons mieux faire que de reproduire quelques phrases du célèbre DENON, extrait de son Discours sur les Monuments d'Antiquité arrivés d'Itale, prononcé le 8 Vendémiaire An XII, à la séance publique de la classe des Beaux-Arts de l’Institut National :

« 100 caisses ont été ouvertes : pas un accident, pas une seule fracture n’a altéré notre bonheur dans l’acquisition de si rares trésors. Une étoile, qui est devenue la nôtre, a présidé à tous les événements relatifs à ces envois! »

Puis, après avoir annoncé que d’autres envois sont encore en route, il s’écrie :

« Des milliers de manuscrits envoyés par ses ordres ont enrichi nos bibliothèques; des tableaux sans nombre; des bas-reliefs; des portraits rares et précieux; des vases, des colonnes, des tombeaux, des colesses, et jusqu’à des rochers faconnés, ont traversé des terres et des mers ennemies, ont franchi les montagnes, remonté nos fleuves et nos canaux, et sont arrivés jusque dans nos salles pour élever d’éternels monuments de dépouilles opimes. » (1).

Ce discours peut se passer de tout commentaire...

(1) DENON, Discours sur les monuments d'antiquité arrivés d'Italie (Paris, sans date), in-12°, pages 3, 4, 5.

C) En Egypte:

La nature même des ennemis que Bonaparte avait à combattre en Afrique, allait modifier complètement son mode d’acquisition des œuvres d'art.

En Egypte, il n’est plus question de conventions d'armistice, de clauses de traités ou d'application de textes de lois.

Le pays est traité en pays conquis et Bonaparte charge les membres de l’Institut, qu’il a attachés à sa Mission, de rapporter en France tout ce qui semble leur présenter un intérêt artistique, scientifique ou archéologique (1798-1799).

Ce n’est pas le moment de faire ici une nomenclature de tout ce que l'Antiquité égyptienne fournit aux Musées de Paris : statues, sarcophages, momies, etc.

Qu'il nous suffise de dire que les membres de l’Institut « revinrent chargés d’un immense butin » comme l'écrit l’un d’eux, l’illustre Denon dans la conclusion de l’ouvrage relatant son voyage en Egypte avec Bonaparte (1).

Ce livre, auquel est joint un Atlas avec de nombreuses planches, est une éloquente démonstration de la richesse et de l’abondance d’un butin, qu’il était d’ailleurs d'autant plus aisé de s'approprier que les Arabes vaincus n’attachaient probablement guère d'importance à la conservation des monuments de art égyptien, qui leur était complètement étranger.

Bonaparte avait done un champ libre offrant une abondante moisson.

Ïl ne manqua pas d’en faire la récolte.

(1) DENON, Voyage dans la basse et haute Egypte pendant la campagne du Général Bonaparte (Paris, 1829, 2 vol. et atlas), Tome II, page 82.

al

D) En Allemagne, en Autriche, en Russie, en Espagne:

En 1794, les Français disposèrent de la bibliothèque de Cologne en faveur du Grand Duché de Hesse (qui dut d’ailleurs la rendre à Cologne en vertu du traité de paix du 3 septembre 1866).

À l'instar, et probablement sur l’instigation de Bonaparte, le général Moreau imposa à l’Electeur de Bavière dans l’ARMISTICE DE PFAFFENHOFEN (7 septembre 1796), la clause suivante :

Article 15. — « L'Electeur de Bavière livrera 20 tableaux, à choisir dans les Galeries de Munich et de Dusseldorf. »

D'autre part, Napoléon, devenu Empereur, continua, bien entendu, à faire figurer les œuvres d’art : comme rançon de ses multiples conquêtes.

En 1805, 1806 et 1807 les victoires de la Grande Armée en Autriche et en Allemagne lui fournirent une ample moisson, non seulement de lauriers, mais de manuscrits, de tableaux et d'objets d’art.

De plus, Napoléon fit transporter au Louvre 40 colonnes antiques de la cathédrale d’Aix-la-Chapelle, ainsi que le sarcophage avec l'enlèvement de Proserpine, dans lequel, dit-on, avait été déposé Charlemagne.

Ce sarcophage et les colonnes — sauf 8 -— furent repris par les Alliés en 1815 (1).

C’est ainsi que, aux 1.500 manuscrits que lui avait livrés l'Italie, vinrent s'ajouter environ 3.500 autres fournis par les bibliothèques d'Allemagne et d'Autriche; de telle sorte qu’en 1814, le département des manuscrits de la Bibliothèque Nationale, à Paris, possédait, à lui seul, près de 4.000 inanuscrits

) Munz, op. cit., page 485.

que les armées victorieuses lui avaient adressés (1).

Les châteaux de Berlin et Postdam, notamment, sont dépouillés de leurs collections artistiques ; Napoléon envoie aux Invalides les souvenirs de Krédéric II : buste en marbre, chapeau, épée, etc.

Quant aux tableaux, Berlin en donne 54; Custrin, 56; Postdam et Sans Souci, 6, plus des marbres antiques ; Cassel, 299; Schwerin, 209; Dantzig, 1; Varsovie, 6; Brunswick, 278 tableaux, 400 volumes, 243 gravures, plus des médailles, bustes, bronzes, ivoires ; Vienne, 250 tableaux sans compter 23 objets d’art égyptiens, grecs ou romains, appartenant au cabinet des Antiquités.

En Allemagne et en Autriche le butin est donc de choix : des Véronèse, Rembrandt, Titien, Rubens, Van Dyck, Dürer, Holbein, Poussin, etc.

Puis, comme en Italie, à Moscou Napoléon fait fondre l’argenterie des églises du Kremlin et s’empare de divers trophées (croix du tombeau des Tsars, etc...) qui au cours de la retraite devaient être jetés dans un lac (2).

En Espagne, le même procédé est appliqué et des chefs-d’œuvre passent les Pyrénées pour entrer au Louvre.

Cependant, les chariots remplis d'œuvres d'art espagnoles, à destination de Paris, n’y seront pas encore tous arrivés que Napoléon sera détrôné (3).

(1) DELISLE, Le Cabinet des Manuscrits de la Bibliothèque Nationale, Tome II, 1874, page 35, cit., NyYs, op. cit. page 278, Tome II.

(2) MouGENoT, Des pratiques de la guerre sous le Premier Empire (Paris, 1903), in-8°, page 98.

(3) SAUNIER, op. cit., pages 69 et 70.

E) En Amérique :

C’est à la même époque, — mais cette fois Napoléon n’y est pour rien — que, pendant la guerre entre l'Angleterre et l'Amérique (1812-1815), nous devons signaler la destruction volontaire d’un remarquable monument public : le Capitole de Washington.

Sous lé prétexte inadmissible de représailles, parce que les Américains avaient démoli quelques villages du Canada, les officiers anglais écrasèrent, avec leur artillerie, le Palais du Président et tous les autres édifices groupés sur le Capitole.

Ce fait fut tellement injustifié que, en pleine Chambre des Communes, sir James Mackintosh ne craignit pas de rappeler l’Angleterre au sentiment de ses devoirs (1).

F) Appendice. —— Les Archives :

En ce qui concerne plus spécialement les Archives, il semble que Bonaparte ait commencé par avoir, à ce sujet, des principes logiques et équitables.

En effet, dans le TRAITÉ DE CAMPO-FORMIO (17 Octobre 1797), il stipule expressément la remise des archives entre les mains de chaque puissance qui aura la propriété de la terre correspondante.

Mais Napoléon était bien trop centralisateur pour continuer, à cet égard, les judicieux errements de Bonaparte.

Il voulut que Paris renfermât les archives générales du monde et qu’il ne restât partout ailleurs que des succursales placées sous la surveillance de l’archiviste impérial.

Dans ce but, il envoya, dans tous les pays annexés,

(1) ROUARD DE CARD, op, cit., page 203.

des chefs des archives générales chargés d’aller dépouiller les archives étrangères pour diriger sur Paris tous les documents présentant un intérêt général.

Aussi y eut-il, jusqu'à la fin de l'Empire, des envois considérables d'archives qui d’ailleurs, sous les Bourbons, prirent le chemin du retour (1).

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