‹ Obligation morale et idéalismeChapitre 6 sur 26 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Unité de la spéculation et de l'action. — Penser c'est agir. — Cette doctrine, loin de conseiller l'abstention, est seule capable de nous encourager à agir, en donnant à la vie un sens et une valeur. Mieux qu'une autre, elle explique la charité sans faire tort à la justice. Elle se concilie avec toutes les vérités morales.

La morale nous avait conduits à l'idéalisme. De l'idéalisme, condition de la certitude, seul capable d'assurer à l'homme la connaissance de la vérité, nous venons d'être ramenés à la morale. Y a-t-il cercle vicieux ? Oui, si nous croyons avoir démontré deux vérités différentes qui, tour à tour, auraient été appelées à se garantir l'une l'autre. Non, s'il n'y a là pour nous qu'un seul et même principe dont nous aurions successivement éclairé le double aspect.

Se peut-il donc que ce soit tout un de connaître et d'agir ?

144 OBLIGATION MOlULli ET IDEALISME

Mais je ne sais rien si j'ai reçu mon être el ne me le suis pas donné. Que valent mes idées, quelle confiance puis-je avoir en elles si j'ignore d'où elles viennent, oiî elles vont, ce qu'elles sont au fond ? Je puis bien encore me heurter aux choses, mais non pas en pénétrer l'essence et voici que, pour moi-même, je suis condamné à demeurer toujours une énigme. Si, au contraire, c'est de moi que je suis né, alors plus de mystère en moi. L'obscurité pourtant ne se dissipe que si mon être s'étend plQs loin encore et, ne laissant subsister rien hors de son empire, projette partout la lumière, mortelle aux révoltes et aux trahisons.

Mais je ne puis rien si mes forces sont d'emprunt, si mon énergie n'est pas mienne. Que valent mes actes, quel mérite ai-je eu à les faire si je ne sais quelles en sont les causes lointaines, les causes véritables? L'illusion d'agir, je la conserverai peut-être encore ; mais ni les choses n'obéissent à mon effort qui n'en rencontre que la surface, ni moi-même je ne suis vraiment mon maître. Au contraire est-ce de moi que je tiens ma volonté ? Alors je veux vraiment. L'affranchissement n'est complet pourtant que si mon vouloir est plus puissant encore et si, souverain sans partage, il ne peut même pas craindre qu'un mensonge de liberté lui déguise sa réelle servitude.

Ainsi ce ne serait pas assez d'être spectateur des faits pour les connaître ; ce ne serait pas assez de communiquer l'action pour la faire. Tant qu'il est en face des choses ou au milieu d'elles, Ihomme ne sait pas, il n'agit pas. La liberté n'est pas moins nécessaire à la science qu'à la morale. Pour toutes les deux, la pensée est l'auteur d'ellemême et des choses. Chez celui qui fait le bien la foi est invincible en la valeur de son acte. Au fond de lui, ne serait-ce que dans la pureté de l'intention, vit quelque chose qui ne périra pas, qui ne peut pas périr. Ou c'est que le bien pourrait cesser un jour d'être le bien : la distinction qui est l'àme de la morale ne serait donc pas juste.

Mais connaître la vérité, ce n'est pas non plus porter un jugement qui n'aurait qu'une valeur provisoire et pourrait un jour devenir faux. Dans la connaissance vraie, comme dans l'action bonne, est enfermé quelque chose d'absolu, ou bien l'accès du savoir est interdit à l'homme et il n'y a pas pour lui de certitude.

La connaissance rejoint l'action, ou plutôt l'une et l'autre procèdent d'une même origine. Quelque opinion que l'on ait de notre aptitude à la science, on ne peut nier que penser c'est agir. Même si les objets existent en soi, les connaître c'est s'être avancé vers eux et avoir reçu leur empreinte. C'est

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