‹ Obsèques de ... Jules Quicherat, 10 avril 1882Chapitre 40 sur 43 · DISCOURS DE M. BORDIER · texte numérisé non relu

DISCOURS DE M. BORDIER

Messieurs ,

Le maître et Tami auquel nous apportons en ce moment nos derniers adieux ne s'est pas seulement illustré par les travaux auxquels un si j-uste hommage vient d'être rendu; il avait surtout cette heureuse alliance d'un mâle caractère avec une âme ouverte à la sympathie et à toutes les nohles inspirations. D'instinct il avait les hras tendus vers la jeunesse, trésor de toutes les espérances, et sa place, préférée entre toutes peut-être, était celle qu'il occupait à la tête de cette jeunesse de l'École des chartes, groupée en une société laborieuse et fraternelle dont il avait été l'un des principaux fondateurs. Qu'il fût ou non son président en exercice, c'est lui qui en a toujours été le chef, primus et princeps, du moins par droit d'ancienneté. H l'était déjà lors de cette séance, mémorable pour nous, du mois de mai 1847, où le ministre de l'instruction publique, M. de Salvandy, vint faire solennellement au palais d«s Archives l'ouverture d'une nouvelle et belle École des chartes en place de celle qui avait été jusque-là confinée humblement dans les combles de la Bibliothèque royale. Le ministre avait apporté, pour clore la séance , la croix à Quicherat et sa nomination de professeur qu'il a si brillamment justifiée depuis lors jusqu'à ces jours derniers. Ceux qui assistèrent à cette cérémonie sentirent que c'étaient tous ses camarades qu'on encourageait , qu'on honorait en sa personne, et que l'État faisait ainsi son compliment au jeune auteur du premier article de notre Bibliothèque de VÉœle des chartes, un vieux poème de l'antiquité romaine exhumé d'un manuscrit du moyen âge. Combien le souvenir de cette solennité, qui ne peut émouvoir aujourd'hui que les mémoires chargées de quarante ans de date, s'harmonise heureusement avec le souvenir tout récent de ce banquet de famille où ses jeunes amis le touchèrent profondément en lui offrant , avec quelque apparat, une statuette en bronze de sa Jeanne d'Arc, l'héroïne de tous les cœurs patriotiques, mais à l'image de laquelle il avait des droits particuliers I Malgré des affections de famille très chaudes et la tendresse filiale qu'il avait pour, son vénérable et savant frère aîné, M. Louis Quicherat, aujourd'hui plongé dans le deuil lugubre du vieillard qui reste seul, on peut dire que Jules Quicherat, austèrement célibataire, avait fait sa seconde famille de l'École et de la Société de l'École des chartes. Rarement un maître fut aussi cher à ses élèves , puis à ses anciens élèves devenus ses camarades; et pas un, j'ose l'affirmer, de tous ces jeunes gens, même lorsqu'il leur avait été sévère, pas un de tous ces hommes distingués dont il avait ouvert et façonné l'esprit critique ne trouva

jamais en lui rien qu'à louer et à chérir. J'ai vu, à l'étranger, et Quicherat étant bien loin, des réunions où ses élèves et amis portaient à son honneur et à sa santé des toasts dont la ferveur allait jusqu'à mouiller les yeux.

Messieurs, ce ne sont point des larmes qu'il faut maintenant à Tâme virile de Jules Quicherat. Ce que notre ami demande certainement de ses admirateurs et de ses successeurs, c'est d'entretenir les principes de vertueux labeur et d'étude infatigable auxquels il a si dignement consacré sa vie. C'est en lui promettant de conserver fidèlement et finalement ses enseignements et ses exemples que la Société de l'École des chartes entend honorer sa mémoire et lui offrir ses affectueux respects avec ses derniers adieux de ce monde.

Page 1