‹ Obsèques de ... Jules Quicherat, 10 avril 1882Chapitre 9 sur 43 · Revue archéoL, t. XIV (1857), p · texte numérisé non relu

Revue archéoL, t. XIV (1857), p

5. Restitution de la basilique de Saint-Martin de Tours dans Rev. archéoL, t. XIX (1869), et t. XX (1870).

6. L'âge de la cathédrale de Laon dans Bibl. de l'École des chartes, t. XXXV.

7. La basilique de Fanum construite par Vitruve y dans Rew^ archéol. (1878).

quaient. Lorsqu'en 1878 U se détermina à quitter sa chaire et remit entre les mains du plus vaillant de ses disciples l'enseigne-i ment qu'il avait fondé, ses amis et ses élèves espérèrent qu'il allait enfin leur donner comme son testament la grande œuvre de sa vie. Il se mit en effet à coordonner ses notes et écrivit quelques chapitres, mais ses multiples devoirs l'empêchaient d'aller aussi vite qu'il l'eût fallu ; il en vint à désespérer de pouvoir mener son ouvrage jusqu'à l'entier achèvement ; il s'efforça d'y travailler, affaibli déjà par la maladie, jusqu'aux derniers jours de sa vie, mais ses forces le trahirent.

Il laisse du moins le plan de son œuvre tracé, les premiers chapitres écrits et un grand nombre de fragments assez avancés pour que les soins pieux de ses disciples puissent, en s'aidant de ses notes et des leçons recueillies par ses élèves, donner au public le cours d'archéologie nationale dont il voulait doter la France.

Parmi ces fragments il en est un, écrit le dernier, qui mérite une mention spéciale parce qu'il met bien en relief les qualités et la méthode de Quicherat, montre comment il ne cessait de soumettre sa doctrine au contrôle de la critique, avec quelle persistance il réfléchissait aux difficultés qui l'avaient une fois arrêté et, par-dessus tout, quel étonnant parti il savait tirer, pour l'interprétation des monuments, des textes les plus éloignés en apparence de son sujet. Il s'agit de l'origine de l'ogive. Jusqu'en ces derniers temps, Quicherat avait toujours fait honneur au moyen âge de l'invention de la voûte d'ogive. Dans l'architecture de cette époque, formée tout entière de pièces d'emprunt, la croisée d'ogive lui semblait la seule chose qui fut vraiment originale. Mais ses idées à cet égard s'étaient récemment modifiées et il en était venu à rapporter à l'antiquité ce mode de construction. Il démontre en effet, dans le fragment dont nous parlons, que la voûte d'ogive fut connue des Grecs, qui l'exécutèrent, sinon en Grèce, du moins en Asie et en Egypte, et que probablement c'est d'Orient qu'elle est venue chez nous. Un passage du petit traité sur les sept merveilles du monde attribué à Bède avait attiré son attention en 1842, quand il l'avait rencontré parmi les manuscrits de Charleville. A propos du phare d'Alexandrie et du théâtre d'Héraclée, il y est dit que le premier de ces monuments était établi super quatuor cancr(fs, et le second super septem cancros. Ces expressions avaient été le point de départ de réflexions et de recherches qui l'amenèrent à conclure, quarante ans plus tard, que le

mot cancer était le nom qxxé les anciens donnaient à la croisée d'ogive.

On ne doit pas conclure de cet exemple que, s'il eût été donné à Quicherat d'écrire son traité d'archéologie, il aurait ainsi sur tous les points renouvelé la science. Trente années d'enseignement avaient divulgué sa doctrine, il avait eu la satisfaction delà faire presque universellement accepter, de la rencontrer souvent exposée dans des ouvrages, dont les auteurs n'avaient pas toujours l'attention de reconnaître ce qu'ils lui devaient, et de la voir deve^ nue le point de départ de presque tous les travaux d'archéologie qui se faisaient en France. Son autorité était incontestée. A la section d'archéologie du Comité des travaux historiques, dont il faisait partie depuis 1858 et dont il fut vice-président depuis 1876, comme à la Commission des monuments historiques où il était entré en 1871 et dont il avait aussi été nommé vice-président en 1881, à l'époque de la création d'un ministère des beaux-arts, sa voix était très écoutée et il ne cessait de rendre les plus grands services. Le musée de sculpture comparée qui vient de s'ouvrir au Trocadéro est en partie son œuvre.

Une satisfaction plus grande encore pour lui avait été de pouvoir transmettre son enseignement à celui de tous ses élèves qu'il en avait jugé le plus digne. Grâce à son successeur, Quicherat n'est pas mort tout entier, et lui-même, avant de mourir, avait pu constater que les générations nouvelles retrouvaient dans ce cours d'archéologie, non pas sa doctrine immobilisée , mais les traditions vivifiantes de méthode et de critique auxquelles son enseignement avait dû son éclat.

Grâce à la générosité des héritiers de Quicherat, l'Ecole des chartes a pu recueillir ses manuscrits et les notes nombreuses qu'il avait rassemblées. Parmi ces reliques, l'archéologie tient la plus grande place ; elle y est représentée entre autres par une série de cinquante-trois albums contenant les notes et les croquis qu'il prenait pendant les voyages auxquels il consacrait les loisirs de ses vacances. Le plus ancien est de 1838, le plus récent de 1881. Ce trésor d'observations recueillies au jour le jour, dans tous les pays, devant les monuments de tous les âges que Quicherat s'en allait rechercher, en parcourant, presque toujours en solitaire, tous les chemins de la France, est peut-être ce qui raconte le mieux sa vie, tout entière consacrée à la science. Dans

les premiers on sent davantage l'artiste épris du pittoresqpie de la nature et des monuments ; peu à peu aux paysages, aux vues d'ensemble, Ton voit succéder les croquis de détails et les relevés de mesures. Son crayon facile et sûr y a dessiné avec la même exactitude les détails d'architecture, la belle sculpture du moyen âge qu'il fut l'un des premiers à apprécier à sa valeur, les ustensiles vulgaires, les débris arrachés à la terre et les croquis topographiques. A côté, se pressent des notes nombreuses de son écriture élégante et fine. Il est impossible de feuilleter sans émotion ces pages où quarante-trois ans durant se sont ajoutés les unâ aux autres les matériaux qui fournissaient à son intelligence lucide tous les éléments de l'histoire de l'art et de la civilisation de la France,

L'enseignement de l'archéologie ne fut pas le seul dont Quicherat fiit chargé à l'École des chartes; il dut y joindre, de 1849 à 1870, celui de la diplomatique française. Il sut vite se mettre à la hauteur de ce surcroît de besogne qu'il n'avait pas souhaité. En diplomatique, la doctrine n'était point à créer, elle était sortie tout entière, à la fin du xvn® siècle, du cerveau de Mabillon. Mais, depuis lors, la tradition s'était interrompue ; les recherches et les observations nouvelles n'avaient été rattachées à des vues d'ensemble ni dans les travaux des Bénédictins du xviir» siècle ni dans les Eléments de paléographie de M. N. de WaiUy. Quicherat reprit la tradition du fondateur de la science ; à la critique pénétrante qui forçait les textes à lui livrer tous leurs secrets, il joignit les lumières de la doctrine. Comme en archéologie, il sut trouver le lien qui unissait entre elles les matières si diverses d'un pareil enseignement, il rendit sensible à ses élèves l'utilité de la critique appliquée aux sources diplomatiques et leur inculqua les principes d'une méthode rigoureuse et féconde en ses applications.

Le petit traité de la Formation française des anciens noms de lieu y qu'il publia en 1867, constituait l'une des parties les plus originales de ce cours. Pour se rendre compte de sa méthode, il faut lire sa courte dissertation sur Y Enregistrement des con-trats à la curie ^ et surtout le mémoire célèbre où il a surabondamment prouvé la fausseté des deux actes sur lesquels les

1. BWL de VÉcole des chartes, 5« série, t. I (1859-1860), p. 440.

Bénédictins faisaient reposer les origines de l'abbaye de Saint- Germain-des-Prés *.

En 1856, Quicherat poursuivait les divers travaux dont nous avons parlé ; il y avait ajouté depuis quelque temps des études sur l'ancienne Université de Paris d'où devait sortir plus tard son Histoire de Sainte-Barbe; ses voyages en France, ses recherches archéologiques, son goût pour l'antiquité l'avaient conduit à s'occuper des campagnes de César et il avait déjà publié un mémoire sur le lieu de la bataille entre Labiénus et les Parisiens^, quand le hasard vint le mêler à une polémique qui, pendant dix ans, le tint sur la brèche aussi prompt à l'attaque qu'à la riposte. Un architecte de Besançon, Alphonse Delacroix, archéologue à ses loisirs, esprit original et doué d'une remarquable sagacité, lui fit parvenir une brochure dans laquelle, contrairement à l'opinion reçue qui identifiait Alise-Sainte-Reine avec l'ancienne Alesia, il plaçait en Franche-Comté, dans le massif d'Alaise, l'antique ville gauloise 3. Quicherat fut aussitôt séduit. Sans s'arrêter aux allures un peu fantaisistes du mémoire de l'archéologue franc-comtois, il prit en main la question et annonça, le 10 mai 1856, àaji^VAthenaeum français y en un court article, La découverte de V Alesia des Commentaires de César. Nous n'avons point à raconter ici les épisodes de la lutte épique qui en fut la conséquence ni à nous prononcer sur son résultat. Quicherat, ardemment convaincu, surexcité par les attaques de ses adversaires, déploya pour les confondre toutes les ressources de son talent. Aux discussions tirées des textes et de la topographie on fit succéder bientôt des arguments qu'on alla chercher dans les entrailles de la terre. Quicherat prit part personnellement à cinq campagnes de fouilles dans l'intérieur et sur le pourtour d'Alaise, pendant les automnes des années 1858, 1859, 1861, 1862 et 1863, qui donnèrent lieu à autant de rapports, adressés par M. Castan, son ami et son collaborateur, à la Société d'émulation du Doubs. Entre temps, Quicherat ne se lassait pas de répondre à toutes les objections. Plus les adversaires étaient nombreux, plus sa science et son talent trouvaient de ressources ; plus

1. Critique des deux plus anciennes chartes de Vabbaye de Saint- Germain^ deS'Prés, Bibl. de l'École des chartes, 6* série, t. I (1864), p. 513. •

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