PREMIÈRE CLASSE
Hippocrate (1) ne décrit point d’organe particulier affecté à l’odorat ; il attribue au cerveau la faculté de percevoir les odeurs; et, pour exercer cette fonction, le -cerveau se prolonge jusqu’à la cavité du nez, dont il est séparé par un cartilage mou, semblable à une éponge, qu’on ne peut appeler ni chair ni os.
Aristote (2) regarde aussi le cerveau comme le siège de l’olfaction ; il appelle cloison la partie du nez qui sépare les deux narines, et fait observer que l’homme est bien inférieur aux animaux sous le rapport de l’étendue de ce sens, quoi qu’il soit plus habile à reconnaître les diifférentes espèces d’odeurs (3).
Galien traite spécialement de l’organe de l’odorat, et y consacre un chapitre : «Le cerveau, dit-il (4), a deux apophyses , oblongues , creuses , qui naissent des ventricules antérieurs et se rendent à cette partie du crâne où commence le nez ; elles reposent sur les os colatoires. » Cette description , toute incomplète qu’elle est, se rapporte
(t) Opéra omnia, sect. iii, De carnibus.
(2) De hist. part, artim. , lib. i , cap. xi.
(3) De générât, animal. , lib. V, cap. il ; De anhnâ, lib. il, cap. ix.
(4) De instrumenta oJoratüs, cap. ii.
li*ès-bieii aux organes olfactifs des aninaaiix, mais nullement à ceux de l’homme; ce qui a fait penser à Haller (1) et à Sœmmering (2) que Galien, au lieu d’observer la nature, a copié servilement ses prédécesseurs Erasistrate, Hérophile, Marin.
Dans le même chapitre, Galien démontre que ce qu’Hippocrate avait appelé cartilage est un os perforé comme un crible et recouvert de la dure-mère; il s’efforce de prouver. que ce n’est ni l’os propre du nez, ni la membrane intérieure, ni aucune partie des narines qui soit l’organe de l’odorat, mais que ce sont les ventricules du cerveau.
Dans le livre De nervorum dissectione, chap. Il, il admet, comme Marin, sept paires de nerfs, et commence par l’optique. Toutefois, avant d’arriver à ces nerfs, il fait une sorte de description des ventricules du cerveau , qui a fait tomber dans une erreur grossière plusieurs de ses commentateurs f3). Voici le passage : «Les ventricules antérieurs du cerveau, en marchant en avant, se resserrent peu à peu en forme de cône , jusqu'à ce qu’ils parviennent à la racine du nez, toujours accolés l’un à l’autre ei si rapprochés, qu’il n’y a qu’une fine membrane qui les sépare. De chaque côté de ces ventricules, à droite et à gauche, est un nerf d’une notable grosseur et plus mou que tous les auti’es, qui, partant du cerveau, se rend aux yeux au dehors du crâne par un trou qui est d’autant plus grand que le. neiT lui-mème est plus gros. » lisse sont imaginé que la première partie de cette description se rapportait aux organes olfactifs. En se donnant la peine de lire en entier le passage, on xmit évidemment que Galien n’a voulu parler que du nerf optique.
Enfin , dans le De usa partàirn (4), à l’exemple des plus habiles ana-
(1) Biblioth. anatom., t. 1, p. 95.
(2) De hasi cncephali, p. 7.
(3) Tliéopliile, Euclis, Metzger. etc.
(4) . Cap. VI 11 et ix.
tomistes, il rejette expressément du nombre des nerfs les productions du cerveau qui se rendent aux narines, parce qu’elles ne sortent pas du crâne et n’envoient pas de filets nerveux, comme les autres paires de nerfs; il enseigne que les ventricules laissent échapper par les narines les humeurs du cerveau; qu’il n’y a point d’organe extérieur de l’odorat, et que les vapeui'S odorantes arrivent directement aux ventricules du cerveau, qui sont eux-mémes le siège de l’olfaction.
Accréditées par son autorité , ces erreurs se sont propagées de siècle en siècle. Nemesius, Aëtius, Pauld’Egine, Oribase, Rhazès, Avicenne, Averrhoès , Albucasis , adoptent, sans examen, les opinions de Galien, et le copient, la plupart du temps, mot pour mot.
En 1315, J^undlni rétablit (1) les dissections humaines; et, d’après ses travaux, compensa, sur l’anatomie de l’homme, le premier ouvrage qui ait paru depuis l’origine du monde : ouvrage qui, pendant plus de deux siècles, fut le seul guide des étudiants. «Levez, dit-il (2), le cerveau légèrement, pour ne point rompre quelque nerf, et en èoramençant par la partie antérieure , aussitôt apparaissent deux caroncules semblables au sommet des mamelles. Leur substance paraît semblable à celle du cerveau; elles naissent de la substance médullaire; elles sont recouvertes d’une fine membrane appelée pie-mère et sont assez fragiles. Elles ne s’étendent pas hors du crâne , mais restent dans la concavité de l’os colatoire ; là, elles reçoivent les vapeurs odorantes à travers les trous de l’os des narines, et les conduisent jusqu’au ventricule antérieur du cerveau. »
Magnus Hundt donna, le premier, un dessin de ces ca^;oncules de Mundini (3); et si bien fait, dit Sœmmering (4), que, sans le nom mis au bas, cette figure serait inintelligible.
(1) Blumenbach, Introduct. in hist. med., p. 99. Haller, Biblioth. anatom.
(2) Mnndini Anatom. N
(3) Anthropologium. Lepsig, 1501.
(4) De bas* encephali. Gœtling. , 1778, p. 71.
Marciiis de Narni (1), Mathieu de Gradi (2). copient Galien et Mundini sans présenter rien qui leur soit propre.
Jacob Bérenger, vulgairement appelé Carpi, ajoute à la description de Mundini des détails plus exacts sur la forme, la couleur, la marche de ces parties du cerveau. « Levez (3) légèrement le cerveau, en commençant parla partie antérieure, et vous trouverez, à la région du nez, dans deux cavités existant à cet effet. Tune à gauche et l’autre à droite, deux corps blancs, oblongs, semblables aux nerfs pour la couleur, point tout à fait ronds, mais élargis et comme limités par une sorte de tête qui se lermine à l’os du nez, dans la cavité ci-dessus indiquée. Ces corps sont revêtus d’une fine membrane et tiennent à la dure-mère ; ils ne sont pas très-gros chez l’hommç , parce que l’homme n’a pas une grande puissance olfactive ; gaais ils sont beaucoup plus volumineux chez les animaux, tels que les chiens, les moutons, qui jouissent d’un odorat très-développé. »
« Les têtes de ces corps (4) , renflées et appelées caroncules mamillaires , sont les instruments de l’odorat. Galien ne les appelle pas nerfs, à cause de leur trop grande mollesse. Dans leurs directions , les membranes du cerveau et l’os du front sont perforés comme un crible, tant pour les odeurs que pour l’évacuation des superfluités du cerveau , qui, pour la plupart, s’écoulent par l’os colatoire. Là, dans le crâne, est une cavité remarquable remplie d’air en grande partie, et, suivant quelques-uns, c’est dans cet air que les caroncules perçoivent les odeurs. »
11 ne se^ décide pas sur la nature propre de ces caroncule» ; et bien qu’il commence l’exposition des nerfs qui viennent du cerveau, par la description des éminences mamlllaires, il ne les compte pourtant pas
(t) De homine. Basileà, 1517, lib. Il, f. 30.
(2) Prax. in IX almansoris. Lugd. , 1527, part, i, cap. xxxv.
(3) Carpi, Comment, sup. anat. Mundini bonon, 1521,f. 460.
(4) Isagogœ Carpi. Argent, 1530, cap. De nervis à cerebro ortis. •
au nombre des sept paires établies, et conserve la premièré place aux nerfs optiques.
Gabriel de Zerbis serait , d’après le témoignage de Haller (1) et de Portai (2), le premier qui aurait compté au nombre des nerfs les caroncules de Mnndini , et leur aurait assigné la troisième place.
Ces deux auteurs se sont trompés également; il est vrai que Haller, en parlant de l’ouvrage de Zerbis, le trouve : « Àdeo ^othicè impressurn , sis^Us adeb incommodis , ut labor legendi vix sustineri possit. » Metzger (.3), qui a aussi relevé cette erreur copiée par tous les auteurs, voulant s’assurer par lui-mème de ce qu’a éciit Zerbis, dit:
Devoravi famen tædium legendorum foUorum 123, (24, 125, 12G. »
J’ai fait comme lui, et je n’ai rien trouvé qui confirmât ce qu’ont avancé Haller et Portai.
En effet, Zerbis, après avoir décrit les différentes parties du ceiveau, dit, pag. 123 (4): «Ces choses démontrées, il faut élevei’ le cerveau lui même, en commençant par sa partie antérieure, et avec précaution de peur de briser quelqu’un des nerfs ; et alors apparaissent aux yeux de l’anatomiste les éminences raamillaires , appelées ainsi parce qu’elles sont semblables aux papilles des mamelles de la femme. Ces deux éminences ont été aussi appelées caroncules, à cause de leur similitude avec de la chaire. Leur substance est semblable à celle du cerveau ; aussi molles que la moelle du cerveau près de leur origine, ces caroncules, en s’allongeant, acquièrent delà consistance, et à leur extrémité sont presque de la dureté des nerfs. Nulle part, pourtant, elles n’ont une dureté assez complète pour mériter d’étre appelées nerfs; elles sortent des deux ventricules antérieurs du cerveau , et s’avancent vers l’os coronal sous forme de deux papilles ou caroncules,
(1) Biblioth. anat., t. i, |). t.53.
(2) Histoire de l’anal, et de la ch., t. i, p. 253.
(3) Historia neivorum, p. 12. Go(hat', 1790.
(4) Ânatomia. Venet. , 1533.
une à droite et l’autre à {jauche, au moyen desquelles s’effectue l’odorat et s’écoulent les superfluités du cerveau. »
Toute cette page et les deux suivantes sont pleines de répétitions sur l’anatomie et les usages de ces caroncules mami flaires.
Quand, page 126, Il arrive à la description des nerfs, il en admet sept paires, et commence par les optiques, décrit la seconde paire, et à la troisième, il enseigne que celte paire de nerfs a été nommée la troisième, parce que les anatomistes ne comptent pas comme nerfs les organes qui se rendent au nez, attendu qu’ils ne sortent pas du crâne; puis il donne de celte troisième paire une description trèsobscure et presque inintelligible, qui ne se rapporte nullement aux nerfs olfactifs. En effet, il dit qu’elle se partage en quatre rameaux , qui se mêlent à la quatrième paire; qu’un de ces rameaux sort du crâne, près de l’entrée de la veine apoplectique, descend le long du col et traverse le diaphragme. A la quatrième paire, Il répète ce qu’il a dit pour la troisième; elle est appelée quatrième conjugaison, parce qu’en commençant de la partie antérieure du cerveau, on ne compte pas [)armi les nerfs les éminences mamillaires par lesquelles s’effectue l’odorat.
Ce sont ces répétitions qui auront causé l’erreur. de Haller et de Portai. Voyant qu’au commencement de la troisième paire, il s’agissak des éminences mamillaires, ils ont pensé que Zerbis en faisait la troisième paire de nerfs; s’ils eussent été doués de la patience que Portai conseille à ceux qui veulent lire Pouvrage, ils n’auraient point attribué à Zerbis une opinion différente de ses devanciers.
Zerbis n’a donc rien qui lui soit propre; son livre n’est qu’une compilation indigeste des ouvrages qui l’ont précédé.
Gonthier d’Andernach (1), Dryander, qui a orné de figures l’ouvrage de Mondini (2), Willich (3), Louis Vassée f4) se rangent de
(() Anatomicœ institutiones. Basil., 1539, lib. iil, p. 85.
(2) Anatomia. Marburg, 1537.
(3) Comment, anatom. Argent. , 1544, lib. lli , cap. xii.
(4) Anatom. G. H. Paris, 1554, tab. ni , fol. 78 et 8.5.
l’opinion de Galien, rejjardent comme des émonôtoires du cerveau les éminences mamillaires, et les excluent du nombre dés nerfs, tout en leur attribuant les fonctions de l’odorat.
Vésale, après avoir passé en revue les dissensions élevées de son te'mps sur le siège de l’odorat (I), mentionne que plusieurs anatomistes appellent aussi mal à propos processus mamillares les parties terminales du cerveau qui s’avancent vers l’os du front, au-dessus de la région des sourcils, parce que ces parties forment Jine .sorte de proéminence et ont une couleur rosée comme la chair. « Mais, dit-il, les productions ou éminences, véritables organes de l'odorat, naissent près des nerfs optiques: là, de chaque côté du cerveau, s’avance une substance blanche, molle, qui, dans sa marche, est liée au cerveau par une fine membrane, jusqu’à ce qu’elle parvienne aux sinus du huitième os de la tête préparés spécialement pour la recevoir. A la partie postérieure des sinus, ces éminences blanchâtres se séparent du cerveau , et n’étant plus environnées par la fine membrane , elles s’étendent chacune dans leur sinus, et s’avancent vers la partie antérieure, soutenues par les sinus et très-rapprochées du cerveau; car, bien que dans la région des sinus elles ne tiennent plus au cerveau, elles n’en sont pas moins la continuation et la limite. Par leur marche, leur couleur, leur forme, elles soni tout à fait semblables aux nerfs, quoiqu’elles aient plus de largeur et de mollesse; mais, comme elles ne «orient pas de la cavité du crâne et de la dure-mère, Hérophile, Mai’iu, Galien ne les ont point jugées dignes du nom de nerfs, bien que plusieurs anatomistes les regardent comme tels et en font la première paire. » Et il commence sa description des sept paires de nerfs par les optiques.
Le premier, il nia que les organes olfactifs de l’homme fussent creux et servissent à sécréter les humeurs du cerveau : «Je ne doute point (^2.) qu’on s’étonne que jusqu’à présent je n’aie point parlé des méats qui.
(t) De hum. corp.Jahric.Ytael., 1604, lib. iv, cap. iii, eclitio prima, 1543. (2) De H. C.fabr.., lib. vu, cap. xi.
selon Galien, conduisent la pituite jusqu’aux sinus des oeganes de l’odorat; mais c’est parce que je pense qu’il ne s’écoule pas de pituite par ces sinu ' ou Imilième os de la tête, et je m’étonne bien plus que Galien ait écrit que la pituite des ventricules antérieurs du cerveau fût conduite aux narines par ces éminences minces, semblables aux nerfs, que nous regardons comme organes de l’odorat, puisque dans ces éminences on ne trouve aucun méat, et que dans l’homme elles n’ont point l’épaisseur convenable pour contenir un canal qui conduirait la pituite. » ,
Charles Estienne enseigne (1) que, pour voir plus faeilement l’origine des nerfs, il faut vider la plus grande partie du cerveau, et tl’abord on verra certaines éminences qui s’avancent vers le nez, au-dessus de l’os ethrnoïcle, et par lesquelles s’effectue l’odorat. J1 décrit ensuite la première paire de nerfs, qui est l’optique.
Toutefois, dajjs un autre passage, il appelle ces éminences nerhs olfactifs (2^; il les croit propres à faire écoider les humeurs du cerveau (3).
Benedetti est loin de la vérité dans cette descilption (4) : « 11 part des lobes antérieurs du cerveau deux caroncules, semblables aux papilles des mamelles, molles, non nerveuses et point admises au nombre des nerfs. Elles constituent le sens de l’olfaction sans Intermédiaire;
c’est à elles-mêmes que les émanations odorantes parviennent par un trou situé dans l’ethmoïde. »
Dans un ouvrage plus aneien (.5), il a décrit fort obscurément la cavité nasale, qui, dans son milieu , serait percée d’un trou dirigé vers la partie supérieure du palais et donnatit passage aux pituites du cerveau.
(1) De dii's. part. G. H. Paris, 1 545, lib. iii , p. 371 .
(2) /Je diss. part. Ça. H. Paris, 1545, lib. il, p. 92.
(3) De diss. part. Ça. H. Paris, 1545, lib. il, p. 275.
(4) De re mcdicâ. ^àsW. ., 1549, lib. iv, cap. ili.
5' iimtnm. C. H. Basil. , 1539, llb. iv, cap. xiii.
C’est à peine si l’on peut reconnaître un liomuie qui, snivaut Haller (1), aurait disséqué ipsâ manu.
Fuchs rapporte aussi qu’à cette époque existaient de grands débats entre les philosophes et les médecins sur l’organe de l’odoral. «Or,* dit-il (2\ presque tous les anatomistes modernes regardent comme organes de l’odorat deux caroncules, c’est-à-dire deux petites parties charnues, creuses, perforées comme une éponge, semblables au sommet ou papilles des mamelles, situées dans le crâne, sous le cerveau, très-proche des narines, ou même aux confins des narines, entre les deux yeux. Mais il est très-ridicule qu’on ait aussi appelé caroncules le sommet des anfractuosités et circonvolutions du cerveau, et ces sortes de protubérances du cerveau qui s’avancent vers la région de l’os frontal, au milieu des sourcils. Ce qui a causé cette faute, c’est que ces protubérances sont rouges comme de la chair; et, parce qu’elles étaient proéminentes et rouges, on les a aussi appelées éminences mamillaires. Or, l’anatomie elle-même prouve assez que ces éminences ne sont pas l’organe de l’odorat. En effet, elles ne se rendent point aux narines, mais bien à la. région de l’os frontal, entre les sourcils, et, puisqu’elles ne peuvent recevoir les impressions odorantes des corps, il ne peut se faire qu’elles soient les organes de l’odorat.
« Mais les véritables organes de l’odorat prennent naissance à l’endroit où se terminent les extrémités rétrécies des ventricules. »
Puis il rapporte, mot pour mot, la description de Vésale,et nie, comme lui , la cavité des organes olfactifs chez l’homme, et le canal qui conduirait la pituite. Discutant les écrits de Galien, il prétend que Galien a considéré comme organes de l’odoi'at non les ventricules antérieurs du cerveau, attendu qu’ils ne sont pas placés au-dessus de l’os ethmoide, mais bien seulement les extrémités ou éminences qui naissent de ces ventricules et se rendent vers les narines aux sinus du huitième os de la tête (3).
(1) Bibliolh. anatom., vol. i, fol. 166.
(2'! De C. H.Jabrieâ. Francof. , 1551, lib. vi, cap. xiii, fol. 161 et 162. '.‘l'i DeC. M.fabricâ. Francof., 1551, lib. vi,cap. xin, fol. 163.
FucIjs me paraît donc, comme Vésale, apporter un {jrand jour dan» la question, en distinguant parfaitement les protubérances ou lobe» antérieurs du cerveau, appelés aussi éminences mamillaires, d’avec les organes olfactifs propres , et en prouvant qu’une erreur de mots avait amené une erreur de choses.
Or, Metzger (1), qui n’a rien compris de cette distinction si judicieu,se et si utile, fait dire à Fuchs que les éminences mamillaires ne servent ni à l’odorat ni à l’écoulement des fluides.
Columbo, à l’exemple de son maître Vésale, n’ose s’affranchir de» préjugés reçus (2) : « A la base du cerveau et vers la partie antérieure, on voit l’origine de deux organes appelés olfactifs par les Grecs, et éminences mamillaires par les autres anatomistes ; ces organes sont oblongs, minces, formés de la substance même du cerveau , et enveloppés seulement d’une fine membrane ; ils s’avancent entre le cer-veaii, l’os sphénoïde et l’os du front, et se terminent en deux parties élargies et renflées, situées sur les côtés de l’apophyse de l’ethmoïde. C’est à ces organes que parviennent les odeurs attirées par les narines; pa»- eux, nous distinguons ce qui sent bon ou mauvais ; c’est pourquoi on doit les appeler, à juste titre, les organes de l’odorat.»
Columbo n’admet que sept paires de nerfs, et il commence parle» nerfs optiques, qu’il décrit ainsi (3) : a La première paire de nerfs est constituée par deux nerfs assez gros , mous, et leur naissance est non loin de la base antérieure du cerveau; ils s’unissent au-dessus de la selle du 'Sphénoïde , et après y être restés quelque temps unis, ils se séparent en deux nerfs , dont le droit va à l’œil droit, et le gauche va à l’œil gauche. »
Or, Portai dit dans son histoire de l’anatomie (4) : « Columbus entre dans des détails assez exacts sur la première paire de nerf; selon lui,
4tj Hist. nerv,, fol. 20.
(2) De re anatomicâ. Venel., 1559, 11b. vin, cap. il , fol. 193.
(3) De re anatomicâ. Venet., 1559, lib. viii, cap. iii, fol. 194. '4) JJist. Je l'anal. Paris, 1770, vol. i, p. 556.
elle naît de la partie anlérienre du cerveau; les nerfs qui la forment sont tous nombreux, et leur consistance est molle ; ils pénètrent dans les trous de l’os ethmoîde, et chacun de ces nerfs se couvre d’une production membraneuse, qui appartieht à la dure-mère , dans l’intérieur du nez. »
Nulle part, dans Columbo, je n’ai trouvé ce que Portai lui fait dire, et il est bien probable que, ne s’étant pas donné la peine de lire tout le passage relatif à la première paire, nerfs optiques, il aura cru qu’il s’agissait des nerfs olfactifs.
Ambroise Paré, dans son Anatomie universelle ((), s’exprime ainsi ; «Les instruments et conduits.de la faculté odorative, que nous appelons apophyses mamillaires, sont certaines productions de la même substance du cerveau , faites en forme de nerfs, lesquelles descendent des cornes postérieures des ventricules antérieurs, et aux os ethmoïdes , spongieux, cribleux ou collatoires du nez ; afin (pje par icelles, la faculté odorative , portée par l’esprit convenable à ce faire , puisse prendre ef^recevoir les espèces des odeurs, et d’illcc conduire icelles jusqu’aux ventricules, ainsi qu’il a été nécessaire pour le jugement qu’il faut qu’elle^ reçoivent de la faculté raisonnable, savoir est de bonté ou malignité, ou médiocrité des deux. Or, ne sont-elles |)oint appelées nerfs, quoiqu’elles en aient la forme, pour ce qu’elles ne sortent point hors du crâne. »
« La première paire est l’optique. ».
Fallojîe (2) commence ainsi : « Les éminences mamillaires du cerveau, appelées organes de l’olfaction, ont été si mal observées et si mal décrites par les anatomistes , qu’ils n’ont rien appris sur leur origine et leur formation. » D’après ce, début . on est en droit d’attendre une description neuve et complète; cependant, elle n’est guère plus exacte que celle de ses devanciers. «A la vérité, dit-il, leur étude est
(t) Anat. universelle. Paris, 1561, liv. iii, j». 146. (2j Observât, anatom. Veaet. , 1562, fol. 85.
assez difficile chez l’homme, parce qu’elles sont trop grêles et trop petites, ce qui nous rend très-inférieurs aux animaux pour ce sens; mais chez le bœuf, la chèvre, le mouton , il est facile de voir que ces éminences naissent des extrémités antérieures des ventricules, et que dans chacune existe un canal communiquant avec les ventricules. Ce canal s’étend, dans leur intérieur, jusqu’à l’ethmoïde, et il est en raison de la grosseur de l’éminence : très-grand chez le bœuf, très-petit chez l’homme, et tellement étroit , qu’on ne peut le trouver que sur un cerveau intact et très-récent; c’est ce qui fut cause que l’histoire de ces éminences a été ignorée des anatomistes. Je pense que c’e.st par elles et leurs canaux que l’air et les vapeurs arrivent aux ventricules du cerveau. »
On voit que Fallope confond l’anatomie de l’homme avec celle des animaux.
Quant à Bartholoraée Eustache, ses planches (I) ne montrent pas mieux que celles de Vésale la structure et le trajet des organes olfactifs; et si l’on se rappelle, dit Metzger (2), sa vénération pour Galien, on ne doutera pas de l’exclure du nombre de ceux qui ont reconnu les prérogatives des nerfs olfactifs.
Savonarola (3), Volcher Coyter (4), que Blumenbach (5) vante comme ayant réhabilité l’anatomie comparée, Jean Bockel (C\ Bording (7), Dulaurens (8), Tagliacotus (9), partagent tous les opinions et les erreurs de Galien.
(1) Tabl. xvm.
Tfistoria nen’orum. (ïothæ, 1790, fol. 25.
(.3) Praclica major. Veiiel. , 1560, tract, vi, c. V, fol. 94.
(4) Tab. extern, et int. part. C. H. Norimb., 1573, fol. 107.
(5) Introd. in hist.med., p. 162.
(6) udnat. part. C. H. Helmst., 1588, fol. 222.
(7) Physiologie. Rosloch, 1591, cap. cxxxiii,fol. 384.
'8) Opéra anatomica. Lugd., 1593, lib. iv, cap. ix, fol. 614. i9) De curtor. chirurg. Venet. , 1597, lib. i, cap. vu , fol. 23.
Varole cesle indécis sur la nature des organes de l’odorat, qu’il appelle conduits nerveux” (1), et qu’il ne range pourtant pas parmi les nerfs : le premier, il découvre les filets blancs de leur origine, et les suit jusque dans les anfractuosités des lobes cérébraux : « J’entends (2), sous Ije nom d’organes olfactifs , les éminences antéweures du cerveau, qui, s’avançant entre les nerfs optiques, vont se terminer dans les sinus de l’os spongieux , situé dans les narines et appelé ethmoïde: Ces organes prennent naissance dans l’endroit où ils semblent, au premier aspect, se limiter, c’est-à-dire, à la base du cerveau , près la jonction des nerfs ’ optiques. Mais, pour dire la vérité, les anatomistes n’ont connu que la moitié seulement de ces organes ; en effet, outre la portion qu’ils montrent, il en est' une autré qui se cache entre' le lobe antérieur et le lobe moyen du cerveau. Là, ces organes se portent vers la partie postérieure du cerveau, et plus ils avancent vers les confins de la région située au-dessus des trous auditifs , dans laquelle ils’ prennent naissance, plus ils s’écartent l’un de l’autre et plus ils s’amincissent, jusqu’à ce qu’ils se terminent en une sorte de pointe très-aiguë.» 11 ajoute à cette description une figure qu’il avoue (S) avoir dessinée de mémoire et avec le secours de son imagination. Sœm'mering (4) lui reproche d’avoir représenté les racines du nerf olfactif beaucoup trop longues , et signale comme fausse et imaginaire l’origine qu’il Indique près des trous auditifs. Mais cette dernière opinion de Varole a plu tellement à Mercurial , qu’il crut pouvoir confirmer, par des phénomènes pathologiques., les découvertes de son ami, et expliquer' ainsi la sympathie de Vouïe et de l’odorat. •
Bien q^ie Varole ait connu mieux que tous ses prédécesseurs la disposition des organes olfactifs dans l’intérieur du crâne , il n’est pas lui-
(1) Anatomia G. H. Francof. , 1591, lib. i, cap. v, fol. 22.
(2) De nervis opticis. Francof. , 1591, fol. 127.
(3) De nervis opticis, îo\.^Q
(4) De basi encepli., fol, 79.
il/.— 1837. -N» 441.
mêmè à l’abri du reproche qu’il fait aux autres anatomistes , de n’avoir connu que la moitié de ces orjranes, puisqu’il n’a pas vu les filets nerveux envoyés à travers l’ethmoïde dans l’intérieur des- narines.
Félix Plater (1), dans ses planches anatomiques, représente les organes olfactifs avec leur racine externe, et les différencie expressément des tubera cerebri seu mamil lares processus, qu’il place en avant dans la région frontale, et au-dessus des organes olfactifs; mais il ne les admet pas au nombre dés nerfs.
Gaspard Ba.uhin (2), Grasseck (3), Knobloch(4) s’en rapportait encore^à l’autorité de Galien.
VidusVidius (5) admet huit paires de nerfs, «quoique là troisième soit triple et la cinquième soit double, de sorte qu’on pourrait en compter davantage et y ajouter les organes de l’odorat que quelques-uns pensent être des nerfs ; mais ils sont plutôt des éminences du cerveau que des nerfs, puisqu’ils ne sortent pas comme les nerfs de la boîte osseuse et de la dure-mère. » Pour lui, la première paire est l’optique.
Jean Riolan reproche à Massa d’avoir admis les éminences mamillaires au nombre des nerfs : «Ces éminences (6), très-petites chez l’homnie, ne sont vraiment mamillaii es que chez les animaux. Jamais les anciens , si ce n’est Massa seul , ne les ont admises parmi les nerfs ; et j’embrasse d’autant plus volontiers leur opinion , que les éminences mamillalres pénètrent au-dessus de la jonction des nerfs optiques, et par la partie inférieure, dans les ventricules antérieurs du cerveau qui sont
(1) De C. H. stnicturd. Basil., 1603.
(2) Theatrum anatomicum. Francof. , 1605, lib. ni, cap. xix, fol. 643. — Instit. anal. Basil., 1619, fol. 157. Anatom. corp, viril et mut. descrip. Lugd., 1597, fol. 128‘.
(3) Examen Argent., 1605, fol. 165.
(4) Disput. anatoin. Wileb., 1612. disp. xiv% fol. 415.
(5) .,4naiom. C. H. Venet. , 161 1, lib. iii,cap. ii.
(6) Anthropographia.hnieX., 1626, lib. IV, fol. 391.
perforés latéralement pour leur insertion. Ce trou , en forme de fente, apparaît évidemment dans le cerveau des vieillards, et on le découvre aisément, en dilatant, avec les doigts, la portion antérieure des ventricules; peut-être n’est-il pas aussi apparent chez les adultes et les enfants, à cause de la trop grande mollesse du cerveau. »
Schenkius, dit Portai (1), a fait quelques bonnes remarques sur lès nerfs olfactifs. Mais quand on compulse son ouvrage, qui n’est plein que de ^plagiats et de compilations sans ordre , on trouve que les organes olfactifs ne sont pas même rangés au nombre des nerfs (2).
Diemerbroeck ne tenant aucun compte des découvertes ;de son siècle, ne reconnaît point les productions fnamillaires.pour des nerfs, et n’admet dans la membrane pituitaire que les rameaux de la cinquième paire auxquels il attribue le sens de l’olfaction.
« Or, dit-il (3), entre les parties qui sont cachées sous la masse du cerveau , les premières qui se présentent sur le devant sont les productions papillaires pu mamillaires , ainsi nommées à raison de leur figure, laquelle Pn leur extrémité est ronde en forme de mamelons. Les anciens n’ont pas voulu les mettre au nombre des nerfs, et cela avec justice, à cause de la mollesse de leur substance, et aussi parce qu’elles ne s’étendent pas au delà de la dure-mère et de la cavité du crâne; Ainsi , c’est très-mal à propos que plusieurs des nouveaux anatomistes les ont placées entre les nerfs, et qu’ils ont dit qu’elles sortent de la moelle allongée, puisque la vue des parties convainc du contraire. Elles sont deux en nombre, blanches, molles, un peu longues , rondes ou bulbeuses en leurs extrémités , creuses intérieurement, minces, petites dans les hommes et plus grandes dans les veaux, les brebis et les autres animaux. Elles prennnent naissance de la moelle convexe du cerveau et des .ventricules antérieurs; et, étant
(1) Hist. del’anat., tom. hItP- 76, ettom. iv, p. 371.
(2) S-chola partium C.H. leoa, 1644, fol. 244.
(3) Anat. C. H, Lyon, 169.5, liv. iii , cap. viu, fol. 26t et 262.
revêtues de la pie-mère, elles se portent, entre le cerveau, l’os sphénoïde et l’os du front, dans les sinus de l’os crlbleux entourés de la dure-mère, dans lesquels elles s’insinuent, ayant entre elles une production osseuse que l’on appelle crête de coq, laquelle les sépare l’un de l’autre. 11 y en a très-jjeu qui fassent mention de l’office d’évacuer les humeurs du cerveau , qui néanmoins est leur principale et unique fonction. Il est évident que l’organe olfactoire n’est pas constitué par ces productions , mais par les rameaux de la cinquième. paire. *
Il est le premier qui émet cette opinion, partagée, il' est vrai-, par très-peu d’anatomistes.
Méry suit l’opinion de Dlemerbroeck et ne veut pas qu’on nomtue ces organes, olfactifs , pareequ’ils ne pénètrent pas dans les cellules osseuses de l’ethmoïde, et que la faculté d’odorer persiste après leur destruction. En effet (1), il dit avoir ouvert leÆràne de trois ou quatre hommes qui n’avalent ressenti .pendant leur vie aucune altération dans l’odorat, et dont cependant les organes /lits olfactifs étaient. calleux proche du c^veain C’est au rameau de la cinquième paire qu’il attribue l’olfaction. . , .
Slevogt (2) s’efforce de défendre l’opinion des anciens. 11 prétend qu’on doit rejeter les éminences mamillaires du nombre des nerfs, parce qu’elles en diffèrent parleur origine et particulièrement par leur nature mélangée de substance grise et blanche; qu’elles ne parviennent pas aux narines sous forme de nerfs; qu’èlles sont creuses et ont pour fonction d’être organes sécréteurs de l’encéphale.
Malgré ses erreurs, Slevogt n’en a pas moins bien observé le mélange des substances médullaire et corticale dans la structure des organes olfactifs.
(1) Brimet, Progrès de la médecine, 1697. — Portai , Hist. de la médecine, vol. iii, |).60.S.
(2) Halleri Disput. anat.^ t. ii , a® 38, fol. 8-19. — Slevogt, resp. Horstio. lena, 1715.
Enfin, de nos jours, M. Magendie (1) a cru avoir confirmé, par dés expériences, l’opinion de Diemerbroeck, et conclue ainsi : a S’il se confirme que l’odorat appartient à la cinquième paire, il restera à chercliér quels peuvent être les usages des nerfs et des lobes olfactifs. Rien jusqu’ici ne semblerait mettre sur la voie^ Ce serait, dans ce cas, des parties à ajouter à toutes celles qui,* dans le système nerveux, ont des fonctions entièrement ignorées. »■