‹ Observations archéologiques sur les églises de RomeChapitre 14 sur 16 · MÉLANGES D* ARCHÉOLOGIE · texte numérisé non relu

MÉLANGES D* ARCHÉOLOGIE

Que la couronne soit la récompense naturelle de la prière persévérante et du travail méritoire, c'est très-juste ; mais pourquoi lui assigner une forme héraldique et, entre plusieurs, celle de marquis? Que représente-t-elle ici? L'ordre, la devise ledit. L'ordre nobiliaire, féodalf aristocratique, n'est ni l'ordre social ni l'ordre religieux. Ainsi donc, emblèmes mal assortis et que la légende ne motive ni ne suffit à expliquer.

3. « Une tiare posé© sur deux clefs en sautoir, avec la devise PIE IX PAPE et un chapelet pendant. «• Cet emblème de la tiare et des clefs n'est pas banal, au point que le premier venu puisse se l'attribuer, à titre de marque religieuse. Il appartient en propre au S. Siège qui en fait le sceau de ses représentants, nonces et autres et rinsigne des basiliques majeures. Si c'est un emblème déterminé et non personnel, que signifie la devise qui nomme le pape? Le pape a des armoiries propres, de famille, qu'il abaisse sous la tiare et les clefs, mais ce double insigne ne constitue pas pour le pape régnant un blason quelconque, tandis qu'il n'en est que le complément. La désignation porte donc à faux.

Les clefs devraient être unies par un double cordon aboutissant à un gland. Ainsi le veut la tradition, basée sur la logique, car il y a parité , indissolubilité entre le pouvoir d'ouvrir et celui de ftermer.

Le cordon est remplacé par un chapelet, à croix pendante, ce qui lui donne l'aspect d'une croix pectorale, qui, à cette place, n'aurait pas de sens. Renonçons donc à cette explication et croyons plutôt que le but de l'artiste ou de l'ecclésiastique qui a dirigé sa main, était de demander des prières pour le Souverain-Pontife. Ingénieux tant qu'on voudra, mais pour la forme, c'est quelque peu drôle et en dehors des lois du goût et de la tradition romaine.

4. On voit, sur des bréviaires ou autres livres d'église, une tiare et deux clefs en sautoir. La tiare n'a pas de fanons et l,es clefs ne sont pas liées, deux erreurs fort graves assurément. La dernière surtout est des plus fréquentes ; ou bienl'onmet à la place du cordon quelque chose dlnutile ou d'absurde. Dernièrement, pour les noces d'or de Pie IX, un éditeur parisien a offert un souvenir aux pèlerins de Rome et, au-dessous du portrait de Sa Sainteté, il a figuré lès armoiries pontificales. Les clefs sont d'une longueur démesurée;

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mais ce qui est réellement bizarre, c'est que dans leurs anneaux s'enroule une banderole portant ces mots : Diocèse de N.

Ne dirait-on pas que cet insigne papal est devenu celui du diocèse? On n'est pas autorisé à pareilles confusions et, pour timbrer un livre quelconque de la tiare et des clefs, il faudrait au moins avoirle titre d'éditeur pontifical,

5. Au fond de plus d'un chapeau ecclésiastique, on voit une tiare dans laquelle se croisent deux clefs non liées et, par-dessus, une crosse à droite et une croix à triple croisillon en pendant.

Le chapelier est-il donc fournisseur du pape ? Pas le moins du monde. Il veut seulement dire par là fournisseur du clergé. Est-il même bien sûr qu'il coiffe quelque évêque ?

Remarquez cette crosse qui domine les clefs et qui a la première place, car la croix dite papale ne vient qu'à gauche. Est-ce là du gallicanisme assez pratique?

Inutile d'insister sur cette croix triple, qui n^exista jamais nulle part à l'état réel, pure fiction des artistes, qui ont cru sottement à une gradation hiérarchique dans cet insigne. L'évêque prenant la croix simple et l'archevêque la croix double, ils en ont conclu précipitamment que la croix triple convenait au pape. Voilà comme on se trompe avec trop de logique !

Cependant ils n'ont pas encore été assez logiciens, car ils ont oublié bien inconsidérément les cardinaux. Or, continuant l'application de leur théorie, ils devaient régulièrement attribuer la croix triple aux cardinaux et réserver la croix quadruple au Souverain- Pontife. C'était transporter à l'ordre ecclésiastique la série des galons de Tordre militaire. On a souvent raisonné a pari là où il n'y a nulle parité à établir.

6. Un autre sceau à discuter est celui de l'association de Notre- Dame d'Espérance, Les deux emblèmes ont été fournis par le vocable lui-même, c'est logique ; malheureusement, ce n'est pas aussi artistique.

En haut, par allusion au del, brille une étoile à cinq rais. C'est l'étoile vulgaire et classique qui se fait en superposant deux triangles dont les angles sont contrariés. Peut-être ce nombre cinq estil symbolique? Il y a longtemps qu'existe la dévotion aux cinq lettres formant le nom de Marie, qui s'exprime par cinq psaumes

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aux mêmes initiales. Je ne serais donc pas éloigné de croire que les cinq angles de Tétoile, dans la pensée du fondateur, ont ici une signification analogue. J'y suis d'autant mieux autorisé que Tétoile est marquée, au centre, du monogramme de ce même nom. Ce monogramme constitue une redondance, un vrai pléonasme, car pouvait-on se méprendre sur le sens de Temblème, quand TEgliso Ta elle-même si clairement expliqué dans les litanies de Loretiey Stella matutina ?

Cette étoile rayonne, 'moins par ses angles saillants que par ses angles rentrants ; c'est assez singulier. Bien plus, elle a toute l'apparence, non d'un astre fixe et régulier, mais d'un astre errant et anormal ; en effet, elle est douée, comme une comète, d'une longue qtieue qui tombe sur un bout du globe terrestre où elle semble * mettre le feu ; je dis semble, car vu la petitesse du sceau, je ne distingue pas très-exactement ce détail microscopique, et par conséquent inutile.

Au sommet du globe se croisent deux ancres. Une seule eut suffi, puisque le vocable porte di' espérance et non des espérances. Un pluriel iconographique ne traduit pas d'une façon adéquate un singulier grammatical.

La devise aussi est double, Spes nostra salve ! Salva sperantes in te. Sous cette forme, elle est trop développée et un seul membre eut parfaitement atteint le but; mais de cette devise on a fait un exergue et on l'a étirée le plus possible, pour garnir le contour, où elle laisse encore un vide en bas.

L'image d'aggrégation est tout à fait différente de l'association elle-même et je ne vois pas comment elle s'y rattache. Enefifeti elle représente là Sainte-Famille, c'est-à-dire la Sainte-Vierge, assise et tenant sur ses genoux l'Enfant-Jésus, puis S. Joseph^ débout en face d'elle. Au ciel apparaît le Père éternel, qui verse un torrent de lurriière, non, sur son Fils bîen-aimé qui n'est ici qu'au second rang, maïs exclusivement sur S. Josepih, dont le cœur, plaqué sur sa tunique, lance des flammes et est entouré d'une auréole. Voilà comme la dévotion la plus authentique et la plus sacrée, celle des coeiirs de Jésus et de Marie, aboutit^ mal comprise, à une chose blâmable, qui constitue une nouveauté, le cœur de S. Joseph. Il est temps de s'arrêter sur cette pente là, car on irait loin si un emblème, basé sur

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une révélation, pouvait s'étendre indéfiniment. L'art et la piété ont tout à gagner à se tenir dans les limites de la plus stricte convenance.

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