OBSERVATION XIV
« Nous avons observé un cas ..............
où la dépression du sternum, qui avait entrainé en arrière tous les cartilages de prolongement des côtes , était telle que le cœur était comme renfermé dans une espèce de berceau formé par les côtes gauches , beaucoup plus arquées qu’à l'ordinaire , en sorte que la main embrassait l'espèce de cylindre Vertical qui logeait le principal mobile de l'articulation , et que l'on pouvait distinctes
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(82) ment sentir et voir même le mouvement de toutes ses parties. Cet organe était peu géné ; cependant, le malade éprouvait des paloitations douloureuses dans la nuit. Les battemens donnaient une forte impulsion extérieure ; mais ils étaient peu sonores. C’est surtout les poumons et les bronches qui avaient souffert par l'effet de cette difformité. Le sujet, âgé de 16 ans, doué d'une taille disproportionnée ( cinq pieds six pouces ), éprouvait de l'oppression , une toux fréquente , une €xpectoration puriforme et souvent sanguinolente, une fièvre assez vive avec des redoublemens marqués aux approches de la nuit.
L'auscultation indiquait une respiration équivoque dans beaucoup de points, un râle muqueux à grosses bulles, étendu et profond. Ces phénomènes morbifiques étaient bien évidemment le résultat des difformités. Ils s'étaient mauifestés et accrus avec elles ; ils céderent sans retour , après deux ans de durée, du moment que le traitement eut changé quelque chose de notable à l'état des difformités. »
__ Les caractères dominans, dans le fait que nous venons de citer, sont la cambrure du sternum , le défoncement de l'épine et la
phlegmasie sub-aiguë du poumon et des bronches qui provenaient de cette déformation.
L'ensemble des symptômes formait un état très-grave , lequel, cependant, était fort accessible aux ressources de l'art. Il s'ensuit que, dans les cas d'affection inflammatoire indéfiniment prolongée, il importe de rechercher les causes; et, puisque certaines déformations de l’épine peuvent produire de semblables effets, il ne faut pas manquer d'examiner la poitrine à nu. Or, dans de semblables recherches , il est besoin de quelque habitude pour ne pas s’en laisser imposer, el ne pas croire que la déformation qui porte l'épine vers le centre de la poitrine , saute aux yeux du praticien le moins expérimenté , et soit reconnaissable au plus simple coup-d’œil. Lorsqu'une telle déformation a lieu dans la région inter-scapulaire , par exemple, les deux omoplates, les deux muscles rhomboïdes qui semblent prolonger leur plan en dedans , le muscle trapeze qui s'étend de la nuque vers le bas du dos, et qui nivelle , pour ainsi dire, tout ce grand espace, dissimulent une partie de la difformité, en comblant , en quelque sorte, la dépression qu'elle forme en arrière. Pour ne pas se
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(64) laisser aller à l'erreur , il est nécessaire de se souvenir que, dans celte région , l'épine doit être cambrée selon l'ordre naturel, de manière qu'elle présente en dehors une convexité. Or, cette voussure en devant n'existe pas, ce qui est déjà fort remarquable. En second lieu, les omoplates presque planes , posées sur une surface qui doit être très-notablement convexe, tant de la part des côtes que de celle des vertèbres dorsales , doivent être , jusqu à un certain point, isolées par leurs bords , notamment le postérieur. Ges bords doivent aumoins être exprimés , faciles à sentir, même au plus simple coup-d'œil. TL arrive , au contraire , dans les cas dont il s'agit, que les omoplates sont comme ensevelies, particulièrement leur bord postérieur, dans la dépression postérieure de l'épine; ces deux os ne sont sentis ou marqués que par un relief arrondi formé par le muscle sousépineux , par le sur-épineux, par l'apophyse épineuse elle-même confondue avec eux, ressif dont la limite intérieure n'est pas définie, et que l'on ne sent pas mieux avec les doigts qu'avec les yeux seulement. Get état des choses , cet aspect peuvent facilement en imposer à des praticiens peu versés dans cette
(65) ‘sorte de recherches. Pour découvrir la vérité, pour la rendre bien sensible , il faut, après avoir dénudé le corpset l'avoir placé debout, ordonner au malade de croiser ses bras devant lui, ou de porter et fixer ses deux mains sur sa Lête. Dans ces deux attitudes , les omoplates sont amenées en dehors et en devant ; elles tournent , en outre, sur leur axe central, de manière que le déplacement de leur angle inférieur est le plus grand.
Alors , on voit se découvrir la région postérieure de l'épine, et sa dépression est mise à nu. En même temps, même dans les cas les plus simples, ceux où la maladie n'a qu’un seul foyer, les balancemens subsidiaires supérieur et inférieur , qui sont nécessairement en saillie en arrière, ne peuvent manquer de fixer l'attention. L’apophyee épineuse de la derniere vertébre cervicale doit bien former une saillie sensible dans l'ordre naturel ; mais , il est tout-à-fait insolite que , dans la” région qui lui succède, les apophyses épineuses disparaissent soudainement , ce qui rend la saillie d'autant plus remarquable. Elle l'est plus encore dans certains cas, où la dépression étant bornée à un petit espace , le elour supéricur comprend quelqu'une des
vertébres dorsales voisines du cœur , dont le relief se confond ainsi avec celui de la proéminente. Une disposition plus insolite encore est le retour ou le balancement inférieur , qui le plus souvent soulève , ramène en arrière les vertèbres lombaires , et place ainsi une convexité, une saillie, là où, dans l'ordre naturel, il devrait y avoir une dépression, une concavité.
Le diagnostic n'est pas aussi simple , lorsque la maladie qui déforme l'épine dans le sens antéro-postérieur, n’est pas bornce de la sorte et qu’elle a plusieurs foyers. Ordinairement chacun d’eux est médiocre , et nul ne fait une dépression sensible , sans que l'on prenne le soin de déplacer les épaules ; il faut même noter que le point déprimé étant peu étendu , il ne peut loger les omoplates.
Ces deux os ne peuvent donc pas en paraître
déprimés , effacés. Mais alors , deux remarques fort intéressantes, parce qu'elles conduisent à la connaissance de la vérité, consistent en ce que , un point de contour des omaplates répondant à la dépression de l’épine, celui-là se trouve come isolé; et ce phénomène est d'autant plus seasible, qu'il se prononce dans le même point du contour des
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(87) deux os parallèles , par la raison que la dépression de l'épine a lieu entre les deux os et ne peut manquer de faire sentir ses effets dans l'un et dans l’autre. La seconde remarque est fournie par la région lombaire : les inflexions alternatives étant nombreuses dans les cas dont il s’agit , il est impossible qu’elles n'arrivent pas jusqu'aux vertèbres de cette région, dont quelques-unes au moins sont en saillie.
On a vu, dans le fait que nous venons de citer, une cambrure très-remarquable du sternum. Nous lavons retrouvée quelquefois dans les faits de la même espèce que nous avons eu l’occasion de voir. Nous avons même vu quelquefois la cambrure en sens inverse , c'est-à-dire , l'os présentant en devant une concavité, au lieu d’une convexité; mais, nous avons vu aussi les incurvations antéropostérieures de l'épine sans altérations dans les formes du sternum , et l'on voit tréssouvent je sternum saillant ou déprimé, sans altération des formes de l’épine. Néanmoins, les déformations -spinales sont une cause si puissante de celles du sternum , que, lorsque celles-ci existent, on est autorisé au moins à rechercher celles-là.
Enfin, une remarque que nous avons déjà présentée , à propos des incurvations latérales, s'applique également aux incurvalions antéropostérieures. Il est rare que les contours de l'épine aient lieu dans une direction simple , parce que, presque toujours, il y a un peù d'obliquité ; et la rotation que nous avons signalée comme propre à donner, par anticipation , les résultats équilibraux des ondulations successives , a lieu également dans lies incurvations de l’une et de l’autre espece.
Il va sans dire que les unes et les autres ne sont distinguées au fond , que parce que l'altération des fibro-cartilages inter-vertébraux quiles forme , est plus prononcée sur un point de la circouférence du contact. Il est même plus que probable qu'il suflit qu'il en soit ainsi dans le premier moment et dans le premier point aliéré, pour que les conséquences de la première altération, les altérations subséquentes même, conservent le même caractère ; et nous n’eussions pas proposé la distinction , s’il n'y avait, le plus souvent, d'aussi grandes différences dans les eflets de la maladie par Je seul fait de Ja direction particulière des déformations de l'épine.
li est une autre espèce d'incurvations an-
( 89) téro-postérieures , dans laquelle toutes ou un très-grand nombre de vertèbres prennent part, de manière à former une grande courbe régulitre. Elle est d'autant plus remarquable, qu'elle ne ressemble à rien de ce que nous avons décrit jusqu'ici.
Portée au plus haut degré possible, cette difformité transforme la totalité de la colonne vertébrale , à partir de l'os sacrum jusqu’à la région cervicale et quelquefois jusqu’à l’occiput, en une courbe uniforme-et régulière, représentant le tiers, la moitié d’un cercle , inclinant la face vers le sol où même en arrière, rendant la marchcet la station impossibles , et le decubitus très-difficile. Nous allons en citer un exemple très-important, tiré de l'O rthomorphie.
OBSERVATION XV. (Planche LV }.
« Un jeune homme, exerçant la profession de tailleur d'habits, habitant un rez-de-chaussée humide, avait éprouvé souvent des douleurs vagues et passagères dans les articulations des membres. Ces douleurs acquirent plus d'intensité , produisirent une fièvre violente , et parcoururent ainsi toutes les arti- £ulations, de manière à mettre les jours du
malade en danger. Ellesse fixèrent long-temps sur la colonne vertébrale et dans toute sa Jlongueur ; en sorle que, tandis que la résolution avait effacé toutes les traces du rhumatisme dans les membres , le tronc demeura fixé dans la flexion la plus extrême qu'il soit possible d'imaginer, et comme on peut le voir par la figure ci-jointe. Lorsque nous observâmes le malade pour la première fois, deux ans après la guérison du rhumatisme , il ne pouvait se soutenir debout qu’à l'aide de béquilles ; et , en cette position, l'arc prolongé que l’épine décrivait en devant était tel, que la tête se trouvait située plus bas que les épaules et la face inclinée vers la poitrine. Un grand effort des muscles du cou parvenait à redresser la téte.et à isoler Ja mâchoire. Le mouvement avait lieu entre les premières veritbres cervicales, dontles articulations étaient un peu moins génées ; mais cet effort ne pouvait durer que quelques instans.
a Il est toujours difficile de juger exactement par une description, le degré d'une difformité ; nous ne saurions déncgarantir que, dans le cas que nous avons rapporté le premier , la difformité fût portée à un point extréme ; mais , quant à celui que nous avons
observé, nous pouvons assurer qu'elle surpassait tout ce qu'on pourrait imaginer. Nous n'aurions jamais cru, si nos yeux ne l'avaient vu, qu'une inflexion antérieure de l'épiue pût aller jusque-là , et nous aurions encore moins soupçonné qu'une pareille difformité fût susceptible de guérison , ni du moindre soulagement. Mais, ce que nous en raconterons dans la suite, prouvera que si cette affection peut entraîner les plus grands dangers dans la durée de son état aigu , les déformations qu'elle laisse , sont de toutes les moins difliciles à effacer. »
— Ce fait est très-remarquable par la forme particulière de la déformation , par la cause qui l’a déterminée, et par le résultat des procédés de l'art.
Il n'y à pas d'autre condition morbide que le rhumatisme, propre à déterminer l'inclihaison générale et uniforme de toutes les vertébres en devant , de manière à former une courbe à peu près régulière. Si l’on considère celte cause dans le cas actuel, on sentira qué le rhumatisme provoquant une phlegmasie égale dans tout l'appareil fibreux qui enveloppe les corps des vertèbres, particulière-
ment la région antérieure, et la seule permanence de cette phlegmasie doivent donner lieu à une rétraction des organes affectés, qui ne peut manquer d'incliner les vertèbres en devant. On conçoit aisément qu'il résulte une grande différence de la rétraction de tous les appareils fibreux antérieurs, et du ramollissement des fibro-cartilages. Dans le dernier cas, le déversement peut avoir lieu de toutes parts: une condition anatomique, une contracture accidentelle, un simple sentiment douloureux suflisent pour marquer la déviation. Mais, dans le premier, il ne peut y avoir d'inclinaison que dans un seul sens , Ja région antérieure , parce qu'elle est la seule dans le sens de laquelle s'exerce l'effort capable d'accomplir la déformation.
L'état rhumatique peut être borné à une partie de la colonne vertébrale , et donner lieu de la sorte à une voussure limitée. Les formes de la maladie sont moins frappantes; mais elles sont encore assez marquées pour être reconnues, Nous allons en citer un exemple non moins curieux que le précédent.
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(05) #$ | | # ÿ ENS », Of A OBSERVATION XVI. (Planches T, Let.) © DAME PAM mem
UN jeune Espagnol, portant un nom célébre dans les fastes des révolutions de cette nation , éprouva , à l'âge de 14 ans , et pendant son plus grand accroissement, de violens F :
chagrins et des’besoins. Obligé, pour dérober sa tête, à préférer souvent des habitations inalsaines , il contracta un rhüumatisme dont les effets se firent d’abord sentir dans les grandes articulations. Lorsque celles-ci furent délivrées, il survint des douleurs aux épaules , de l'oppression, de la toux, accompagnées de quelques crachats muqueux et rares.
Bientôt, parurent des battemens violens du cœur , de la suffocation et de ia fiévre. Get ensemble de symptômes fit croire d'autant plus facilement à une maladie des ventricules, que la face se colorait en bleu , et qu'il se manifestait de véritables accès d'asthme.
En conséquence , pendant près de deux ans, il fut saigné fréquemment au bras , et mis à l'usage de la digitale et de l’assa-fœtida. On prévint, en.mème temps, la malheureuse mère de ce jeune homme, qu'elle ne pouvait garder aucune espérance , que tout traitement , loin d'être curatif, ne pourrait être
(94) que ruineux ; quil ne restait aucune ressource.
On le conduisit en France, et on nous le montra. Il était grand ; il avait été fort , quoique blond, Son caractère moral était énergtque ; sa volonté de guérir et de vivre pour la vengeance (1), était ferme. ka moitié supérieure de la région dorsale formait une courbe antérieure très-prononcée ; dans le bas de la région dorsale et dans la région lombaire , la courbe se prolongeait , mais bien plus douce et en formant un arc d’un bien plus grand cercle. La rétraction des côtes moyennes opérée par l'effet de l'incurvation , avait amené la parlie inférieure du sternum en arrière , de manière à cambrer cet os dans la même direction , à marquer une césure tres-prononcée à l'épigastre entre le thorax et l'abdomen, et à gêner beaucoup les mouvemens du cœur.
Les côtes moyennes gauches avaient éprouvé une rétraction plus grande que les droites, par l'effet d’une légère inclinaison latérale :
(1) Son père avait péri sur un gibet, victime du plus lâche despotisme ; sa mère, vraie romaine , élevait son fils dans l’espoir de le voir venger l’ignominie de son père , et soutenait le courage du jeune homme par l'ambition de cet avenir.
(95) il s'ensuivait une compression très-notable du cœur et les apparences d’hypertrophie des ventricules que l'on avait si vainement combattue. Le malade était affaibli par le traitement qu'il avait subi , autant que par la perturbation qu'éprouvait la circulation. Il avait de la toux , il crachait souvent des matières bronchiques sanguinolentes; il avait habituel- Jement un peu de fièvre.
Malgré un état aussi grave en apparence, nous pümes pronostiquer un avenir heureux, parce que toutes douleurs de l’épine, toute manifestation de rhumatisme avaient cessé, ef que l'irritation d’un cœur comprimé, de poumons gêénés, paraissant la seule raison de la fièvreet de tous les autres symptômes, la guérison du rhumatisme devait donner quelque facilité pour la restauration des formes, et pour faire cesser la gène des viscères. Nous prononcämes donc un succès certain , et l’enthousiasme du jeune malade se chargea de réaliser nos promesses. Il a si bien réussi, qu'il a pu prendre une part fort active à la dernière et malheureuse tentative d'affranchissement de sa patrie (1).
{1) En 1830.
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