‹ Observations cliniques de la taille et des membres ... accompagnées d'un atlasChapitre 31 sur 107 · OBSERVATION XXII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXII

Ux homme adulte fut atteint d’une esquinancie assez grave, dont la guérison fut jugée incomplète. Il en avait gardé des douleurs, dont il indiquait le siége le long de la co- Jonne vertébrale, en avant jusqu’à l'épigastre, cten arrière Jusqu'au niveau de la douzième vertèbre dorsale. Dans le dernier point, les douleurs avaient été assez vives pendant huit jours pour l'obliger à garder le lit; mais, ensuite , les sensations de ce point avaient diminué et se confondaient depuis dans celles du reste de l'épine. Après des soins inutiles qui avaient duré près de deux ans , le malade nous fut présenté. La circonstance des douleurs plus vives qu'il avait éprouvées au bas du dos, fixa notre attention sur ce point, et nous détourna de l'histoire de l’esquinancie, que les praticiens précédens avaient prise

( 110 } pour point de Cépart et qui les avait égarés. Le sihétoscope nous fit reconnaitre une égophorie très-prononcée, répondant précisément sous les quatre dernières vertébres dorsales J et s'étendant vers l’un et l’autre côté de la poitrine, d'environ trois pouces à droite ct a gauche. I] n’y avait pourtant pas la moindre oppression , et rien dans les précédens ne pouvait donner l'idée d'une pleurésie des deux côtés , qui eût pu donner lieu à un épanchement. Nous conclûmes que la fonte des tubercules développés sous le périoste des dernières vertèbres dorsales, avait formé l’épanchement que Îles symptômes indiquaient ; Gu'il fallait s'attendre à un abcès par conges- Uon , et s'efforcer d'en diminuer l'importance par des dérivations pratiquées à l'extérieur. Des cautères furent établis : l’état du malade en fut amélioré. Mais, une collection flucluante et d'origine profonde vint confirmer Je diagnostic , trois mois plus tard. La malitre fit saillie entre le bord externe du muscle carré des lombes et le postérieur du muscle oblique externe. IE est très-probable que Je malade a dû son salut à la possibilité de former un diagnostic exact , assez tôt pour réduire l'étendue de l'abcès froid, et rendre

(111) ainsi l'épuisement de celui-ci moins dangee reux qu'il ne l'est d'ordinaire.

… Lorsque les tubercules se développent dans l'intimité du tissu osseux du corps des vertèbres, leur masse suflit d'abord pour soutenir le poids des parties supérieures, même lorsqu'elle est assez volumineuse pour avoir entraîné l'absorption de la plus grande partie de l'os. Cependant , la masse morbide finit par pénétrer jusque sous le périoste ; elle le distend , elle l’enflamme , et quelquefois elle en fait périr quelques parties. Mais , celles qui échappent à la destruction, fidèles à leur destinée physiologique , organisent sur leur surface profonde, devenue libre, des lames , d'abord cartilagineuses , puis osseuses , qui s'unissent aux limites de la lésion, et lui forment une enceinte incomplete et qui, plus tard, peut devenir solide. Dans les cas où la totalité , ou du moins la plus grande partie des périostes s'est conservée, il se forme une sorte de boîte plus ou moins complète , avec des points plus forts qui xeprésentent des espèces de colonnes qui s'étendent souvent d’une limite à l'autre. Cependant , quelques points de cette enceinte

Lei die

cèdent et livrent passage aux débris des tubercules fondus, à la sérosité ou pus dans lesquels les flocons sont suspendus ; il se présente une tumeur à la surface extérieure du corps ; l'évacuation du contenu achève l'affaissement de la cavité intérieure que le déplacement des matières avait commencé. Cet affaissement est complet, si, parmi les productions osseuses nouvelles , il n’en est pas d'assez solide pour soutenir le poids du corps. H peut même arriver que l’inflammation qui résulte du grand changement qui vient de sopérer , entraîne la mortification de toutes ou de la plus grande partie des productions osseuses nouvelles. Alors , point de guérison possible. Mais , si, parmi ces productions nouvelles , il s’en trouve d'assez avancées pour suppléer les parties perdues , l’affaissement est médiocre, ou progressif, ou même nul.

Dans les trois cas, la guérison peut s'opérer. Des fistules d'une très-longue durée tarissent enfin ; il se fait une véritable réunion ; l'assurance des mouvemens se rétablit , et la santé peut être recouvrée.

La peinture que nous venons d’esquisser rapidement ici, n'est que la formule abrégée d'un grand nombre de faits anatomiques ,

conservés textuellement et par des gravures , et dont il eût été trop long de faire ici des extraits étendus. Nous nous contenterons de citer les beaux travaux de Sandifort, le savant et magnifique ouvrage, publié par Wantzel dans ces derniers temps , et quelques-unes des gravures du Traité de l'Orthomorphie. |

Il est facile de concevoir que , dans tous les cas de cette sorte , s’il survient des déformations de l'épine, elles sont constamment dirigées d’arrière en avant, et qu'elles doivent former un angle plus ou moins aigu.

C'est toujours une perte de substance que la maladie a produite ou dans le centre ou dans la circonférence du corps d’une ou de plusieurs vertèbres ; et, lorsqu'une lame conservée jusque-là, vient à se rompre , les mouvemens en ont bientôt usé les fragmens , de maniere à permettre l'affaissement le plus complet.

Ce dernier phénomène des frottemens et de l’usure qu'ils opèrent , donne souvent à la maladie et aux déformations une bien plus grande étendue. Deux surfaces osseuses dénudées ne peuvent frotter l’une sur l'autre sans se détruire : or , les circonstances de la ma-

ladie dont il s’agit, font nécessairement périr Ô

les fibro-cartilages inter-vertébraux , après avoir détruit les os sous-jacens. Dés-lors , les veriébres situées au-dessus et au-dessous de la maladie , sont dénudées ; elles s'inclinent, se touchent, et tous les mouvemens du corps les usent. Souvent les malades rendent témoignage eux-mêmes de la partie sensible de cette destruction ; ils éprouvent une crépitation indolente , et, en même temps , on observe une grande augmentation des déformations de l'épine. Ainsi , tandis qu'une seule vertèbre était atteinte dans le principe, un bien plus grand nombre peut se trouver détruit dans la suite. Les gravures publiées dans l’Orthomorphie , et dessinées par l'auteur, offrent un bel échantillon, où Jon voit onze vertèbres contiguës comprises dans la même destruction; et la coupe oblique des fragmens conservés, ainsi que le déplacement progressif et manifeste des pièces osseuses de nouvelle formation , parmi lesquels il ÿy a une colonne fort volumineuse, attestent que cette énorme destruction n’a pas été opérée primitivement par les tubercules , mais bien consécutivement et par les frottemens réciproques des surfaces osseuses dénudées. Cette remarque était importante à

Page 1