ARTICLE TROISIÈME
Description des difformités du thorax.
Nous avons déjà parlé de la cambrure ou inflexion d'avant en arrière du sternum dans sa longueur, phénomène symptomatique de l'incurvation de l’épine , soit d'avant en arrière, soit d'arrière en avant. Dans l'un et dans l’autre cas, la hauteur de la poitrine , l'étendue de son axe est diminuée ; et comme , dans l'état naturel, le sternum se trouve un peu plus cambré en arrière, la pression que les parties environnantes exercent sur ses extrémités , tend facilement à
augmenter cette légère courbure. On connaît
parfaitement d’ailleurs , que , lorsque l’épine se Jette à l'intérieur de la poitrine par une de ses incurvations , elle pousse les côtes moyennes en devant, et avec elles le milieu du sternum; et en rétractant , au contraire , les côtes supérieures et les inférieures, elle amène, dans le même sens, les extrémités de cet os. Il est facile de concevoir aussi qu'une disposition contraire de l'épine doit produire des effeis opposés sur le même os.
On observe , en effet, que lorsqu'une forte inflexion iuter-scapulaire tourne son sinus en devant , en général le milieu du sternum est amené en arrière; il présente une excavation en devant , et les côtes inférieures forment une projection dans cette direction, qui simule assez bien le pavillon d’une cloche. Cependant, ce phénomène n’est pas tellement constant qu'il n'arrive souvent le contraire; car, on voit quelquefois l’épine courbe en devant , et le sternum cambré en arrière. En examinant attentivement l’état des choses, on s'aperçoit que , dans ces cas, les côtes moyennes se sont prêtées à la voussure antérieure de l'épine , sans fixer le milieu du sternum dans un sens postéricur, parce qu'eiles se sont laissées re-
À VU YNAR pe fo gr Fhsris A
( 150 ) dresser par l'effort qui a projeté le milieu de l'épine en arrière : alors , les parties supérieures pesant sur le haut du sternum, et les viscères abdominaux résistant à son extrémité inférieure, d’ailleurs assujettie par le diaphragme, la totalité de l'os se laisse cam-
. breren arrière (1).
IL est une autre pression du sternum que lon nomme en carène, qui provient de l'affaissement égal ou inégal des côtes et du redressement plus ou moins complet de leurs courbures normales. Dans le rachitisme , le poids des bras laisse une empreinte remarquable sur les côtés de la poitrine.
Une pleurésie, une pneumonie, des cavernes tuberculeuses du poumon guéries par l'oblitération de la cavité, sont autant d'occasions dans lesquelles les côtes , leurs cartiiages , une partie du sternum sont souvent rétractés et entraînés plus ou moins fortement dans l'intérieur de la poitrine. Les causes de ce phénomène , sur lesquelles ce nest pas ici le lieu de nous appesantir , ont été développées, d’une manière satisfaisante ,
(1) Nous prenons , dans toute courbure, la direction du sinus pour détermination.
dans ces derniers temps. Il suffit de dire qu ilimporte, pour le pronostic et pour l'adoption d'une méthode thérapeutique , de constater la cause spéciale qui a opéré la rétraction des côtes et du sternum. Cette déformation et celles qui lui sont liées , comme cause ou comme conséquences, sont au-dessus des ressources de l'art, quand il s’agit de cicairices intérieures ; on peut opérer quelque changement , lorsqu'il s’agit d'autre chose.
Au reste, quelle qu'en soit la cause, la rétraction fort étendue du sternum et des côtes , surtout du côté gauche, peut transporter ces os si près du cœur, qu’en embrassant avec la main le berceau formé par les côtes correspondantes, et qui est ordinairement alors fort étroit , on sent l'organe battre presque dans la main.
I est impossible que l'épine subisse ces grands dérangemens dans sa rectitude, sans en entraîner de considérables , soit dans la forme , soit dans la solidité des articulations des côtes. Ainsi, une forte incurvation latérale a-t-elle lieu , ces os lui résistent plus ou moins ; ils sont solidement articulés avec les corps de deux vertèbres et l’apophyse transverse de l’une d'elles ; ils sont articulés
solidement avec le sternum. Si les articulations ne cèdent pas , il faut que les formes de l'os changent ; mais, si les articulations peuvent être vaincues , il y aura beaucoup moins de déformations. C'est pourquoi, dans le côté vers lequel l'épine s'est portée , l'extrémité postérieure des côtes a éprouvé une incurvation extrême, et, du côté opposé , ces os ont élé redressés.
En même temps, vers ce dernier côté, celui du sinus de la courbure latérale de l'épine, ces mêmes os sont extrémement rapprochés entre eux ; ils se touchent , se pressent , se croisent ; leurs périostes s’enflamment , s'unissent , et les côtes voisines finissent par se trouver confondues par un cal osseux. Un si grand nombre de faits de cette espèce ont été publiés avec des gravures : ce cas est si bien constaté, qu'il nous parait superflu de placer ici quelques observations que tout le monde connaît. Mais celle disposition , quoique bien connue par des pièces anatomiques nombreuses et plusieurs fois analysées par divers écrivains, est importante à constater : elle explique pourquoi, dans certains cas d'inflexion assez récente et médiocre de lépine , un obstacle
trs
ra dE NN ph ANA) édit 4 j ’
javincible et douloureux s'oppose au redressement; pourquoi, dans certains cas, dans les premières épreuves de la tension et quelquefois Jong-temps après, il survient des douleurs vives , accompagnées d'oppression , de palpitations démesurées des ventricules, enfin tous les phénomènes propres à faire craindre l'hypertrophie du cœur, qui cèdent cependant , au bout de quelque temps de traitement , et laissent la liberté de suivre avec le plus grand avantage, une méthode de traitement plus active et qui paraissait dangereuse auparavant.
OBSERVATION XXVI, ( Planches XXVI et XXVII. }
Uxe demoiselle, âgée de 15 ans, née de parens sains et robustes , douée elle-méme d'une bonne constitution et d’une taille déjà avancée , eut une coqueluche qui subsista long-temps et produisit un grand amaigrissement. Des douleurs se firent sentir dans la région inter-scapulaire , et bientôt dans tôute la longueur de l'épine. On s'apercut que la taille se déformait : l'épaule droite s’éleva ; elle devint prodigieusement saillante , et la respiration devint courte. Des douleurs se firent sentir , par intervalles , dans le côté