DIAGNOSTIC
Lorsqu'on voit apparaître, chez un malade opéré autrefois d’un sarcome, une petite tumeur intra-musculaire, le diagnostic s'impose. Mais il n’en est plus de même lorsque l’affection est primitive.
Au début de la maladie, alors que la tumeur n’est, pour ainsi dire, perçue que par le malade, il est très difficile, sinon impossible, de se rendre un compte exact de la nature de cette néoformation.
Même plus tard, alors que la tumeur est bien constituée, le diagnostic est délicat. On arrive en effet facilement au diagnostic de tumeur intra-musculaire, mais c’est lorsqu'il faut dire quelle est cette tumeur que Îa difficulté commence.
Parmiles tumeurs intra-musculaires, nous trouvons en effet les kystes hydatiques, les hématomes, les syphilomes, les fibromes, les lipomes. Il n’est pas jusqu'aux tumeurs anévrysmales et aux ruptures musculaires auxquelles on ne doive penser, lorsque le diagnostic du siège
est établi.
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Les /rpomes sont des néoplasmes à évolution très lente, provoquant très rarement de la douleur ; la consistance est molle, présente comme de la fluctuation. Cest d’ailleurs une affection qui paraît plus rare encore que le
sarcome.
Les /ibromes, niés par quelques auteurs, ont les caractères des fibro-sarcomes, aussi n’est-il guère possible de les distinguer que par l’examen histologique, car dans certains cas, ainsi que M. Regaud vient d’en publier une observation, ils prennent une allure maligne et don-
nent l'illusion d'un sarcome.
L’enchondrome, affection très rare, se caractérise par une dureté particulière, et de petites bosselures qui per-
mettent de le distinguer facilement.
Les hématomes récents se distinguent facilement du sarcome ; les commémoratifs, l’ecchymose, la diminution rapide dela tumeur permettent la différence. Mais lorsqu'il s’agit d’un épanchement sanguin enkysté, on a tout à fait la sensation d’un sarcome. Les commémoratifs seuls per-
mettent de rapportèr l’affection à sa véritable cause.
Les ruptures musculaires se reconnaîtront facilement.
Lorsqu’en effet le muscle se contracte, les deux parties du muscle sectionné durcissent et remontent chacune vers leur insertion respective; de plus, au moment de l’acci-
dent, il y a eu de la douleur, de l’impotence fonctionnelle.
La hernie musculaire se reconnaît par ce signe qu’elle disparaît lorsque le muscle est contracté; on peut alors souvent sentir l’éraillure aponévrotique à travers laquelle
passe la portion du muscle.
. Les abcès intra-musculaires ne présentent aucune difficulté de diagnostic.
Les angiomes donnent une sensation de fluctuation profonde, une sensation pâteuse et élastique ; de plus, les petites lobulations qui s’y rencontrent, comme dans le sarcome, sont moins grosses, et ne présentent pas, comme le fait remarquer M. le professeur Tillaux, un ramollissement à leur sommet,
Mais les deux affections les plus importantes à diftérencier sont les kystes hydatiques et les syphilomes.
Les kystes hydatiques des muscles sont souvent très difficiles à reconnaître, car, bridés au milieu du tissu du muscle, ils sont souvent durs et simulent, à s’y méprendre, une tumeur solide. La confusion est parfois d'autant plus facile, que le kyste a pu passer inaperçu pendant longtemps, à cause de son peu de volume, et présenter tout à coup une marche très rapide, à la suite d’un traumatisme par exemple. Dans ce cas, le frémissement hy-
datique ne permettra plus le doute, mais malheureusement ce signe manque très souvent.
D’autres fois, le kyste hydatique, incomplètement rem: pli par du liquide, donne une sensation molle, une sensation de fluctuation profonde, mais par malheur le sarcome encéphaloïde, dont la consistance est très molle, peut donner lieu à confusion, d'autant plus que souvent il y a de petits kystes dans son intérieur. Pourtant le sarcome encéphaloïde présente un aspect bosselé, qui n’existe guère dans le kyste hydatique ; sa marche rapide pourra aussi faire éliminer un kyste.
Mais le meilleur moyen de diagnostic, on pourrait dire
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le seul, sera la ponction exploratrice aseplique qui retirera soit du liquide avec des crochets hydatiques, soit du sang pur ou mélangé à un peu de sérosité.
Les syphilomes seront assez facilement reconnus par les antécédents. La tumeur sera dure, régulière, sans bosselures. Comme l’a bien exposé Nélaton, la peau est un peu altérée, moins mobile que normalement ; le tissu cellulaire sous-cutané est légèrement infiltré. Sans atteindreun grand volume, le syphilome tendà se ramol- Br, présente bientôt une véritable fluctuation, et enfin lulcération apparaît. De plus, la marche sera lente, et dans le cas de doute, le traitement spécifique, faisant régresser rapidement la tumeur, en indiquera la véritable nature.
En résumé, le sarcome sera surtout diagnostiqué. par élimination. La ponction exploratrice sera souvent un élément de différenciation. Enfin, et c'était ainsi dans le cas que nous rapportons ici, l’ablation d’un petit fragment de la tumeur et son examen microscopique lèvera tous les doutes. Dans certains cas en effet, le diagnostic est sidélicat, qu’on peut dire avec M. Reclus : « Quant à reconnaitre d'emblée, — sans ponction, sans arrachement avec le harpon explorateur, d’un fragment de tissu morbide, -— qu'il s’agit d’un fibrome, d’un angiome, d’un sarcome, où d’un épithélioma primitif, il ne faut guère y songer ».
On peutaussi chercher à diagnostiquer la forme de sarcome à laquelle on a affaire, et en déduire un pronostic plus ou moins sérieux. Cela se fera surtout par la marche
de la tumeur, et par la consistance qu’elle présente.