ANATOMIE PATHOLOGIQUE
! Qu'est-ce, tout d’abord, que le sarcome ? Avec Cornil et Ranvier, nous dirons : « Les sarcomes sont des tumeurs constituées par du tissu embryonnaire pur, ou subissant une des premières modifications qu'il présente pour devenir tissu adulte ».
Le sarcome peut atteindre tous les organes où se trouve du tissu conjonctif, tous les viscères, les os, le périoste ; il semble avoir une tendance à se porter sur la mamelle. Mais ici nous n’aurons en vue que le sarcome des muscles, affection relativement rare.
Les sarcomes musculaires secondaires, se développant soit par continuité, soit par métastase, étaient connus depuis longtemps. Mais, sans nier absolument la possibi lité du sarcome primitif des muscles, un certain nombre d'auteurs, parmi lesquels Bérard, Denonvilliers, Paget, Rokitansky, Gross, Després, ne l’admettaient pas, trouvant qu'il n’y avait aucune observation probante, démon-
trant d’une façon absolu: l’existence d’un sarcome primitif.
le
Quoiqu'il en soit, le sarcome primitif des muscles est une affection rare ; aussi, dans leur histologie pathologique, Cornil et Ranvier disaient : « Nous ne connaissons pas d'exemple de sarcome primitif des muscles, mais les tumeurs de cette nature, développées par continuité, y sont très fréquentes » (1).
Mais les observations s’accumulent et semblent en démontrer l’existence. Pourtant la question ne nous semble pas encore absolument tranchée, et dans le cas que nous rapportons, le début paraît avoir eu lieu au niveau de l’aponévrose.
Le sarcome dit primitif peut se présenter sous deux formes, une forme généralisée, c’est-à-dire dans laquelle on voit apparaître au niveau d’un certain nombre de muscles des petites tumeurs de même nature, et la forme localisée, la plus commune, dans laquelle un seul muscle est atteint.
Lorsqu'on examine un muscle sarcomateux, deux cas peuvent se produire : ou bien le sarcome est diffus, ne présente pas de limites nettes, en un mot a envahi tout le muscle, que dans certains cas même il peut avoir dépassé (2). Cette forme est beaucoup plus rare que la seconde, dans laquelle le sarcome est encapsulé. Dans ce
dernier cas, on voit dans un point quelconque du mus-
1, Histologie pathologique. T. 1, p. 539.
2. Parmentier rapporte un cas observé par Cruveilhier, et semblant être un sarcome, dans lequel il y avait une « transformalion cancéreuse des muscles tout à fait semblable à la transformation graisseuse ». Les fibres avaient dégénéré une à une ; es gaines et les tendons avaient résislé à l’altération.
cle, à la périphérie où vers Ie centre, ou même, ainsi que
l’indiquent Billroth et Pitha, à l’origine du tendon, une
tumeur, à grand axe en général parallèle à celui du mus-
cle. Elle se détache assez facilement du tissu musculaire,
s’énuclée assez bien. Dans quelques cas cependant, elle pousse des prolongements dans le muscle. Lorsqu'on räcle cette tumeur, on voit que, comme tous les sarcomes, elle donne peu ou pas de suc. |
Quant au tissu musculaire environnant, il peut paraître absolument sain, où bien avoir un aspect jaunâtre, cireux» qui indique que l'affection a déjà dépassé les limites de la capsule. C’est qu’en effet il arrive un moment où le néoplasme franchit la barrière qui le retient. Il se développe alors librement, se diffuse dans tout le corps musculaire et peut même envahir les organes voisins.
Aspect microscopique. — Quelles sont les variétés de sarcome que lon peut rencontrer dans les muscles ? On trouve des sarcomes encéphaloïdes, -des fibro-sarcomes, des sarcomes myéloïdes, des myXO-sarcomes, etune variété décrite par Ziegler sous le nom de sarcome alvéolaire.
Rappelons en quelques mots la structure générale des sarcomes. Un sarcome est caractérisé par le développe-
ment d’un élément embryonnaire, composé de cellules
de forme variable suivant les cas, et dont la disposition
est indépendante de la substance intermédiaire. En outre,
la prolifération des éléments embryonnaires se fait pres-
que toujours autour d’un vaisseau sanguin. Les cellules
qui constituent la partie importante de la néoformation,
possèdent un ou plusieurs noyaux, entourés de proto-
plasma granuleux ou amorphe, jamais elles ne possè-
CS