‹ Observations critiques et archéologiques sur l'objet des représentations zodiacales, qui nous restent de l'antiquitéChapitre 11 sur 14 · LV, U · texte numérisé non relu

LV, U

U) Sueton. , in Ner. § 36.

< 5 > Id. in Oth. § 4- — Tacit. Hist. 1 , 22 .

(«) Sueton. , in Vespas. § 1 4- — «" Domitian. § 10 .

W> Tacit., Hist. Il, 78 .

“lande confiance dans un certain Barbillus, cl il permit meme aux Eplïésiens, par grâce spéciale, d’instituer des jeux en l’honneur de cet astrologue (l) ; fait qui montre le crédit dont jouissait alors cette sorte de charlatans. Domitien possédait un thème natal qui lui avait été dressé dans son enfance lî> . Enfin, Adrien était tellement entiché d’astrologie, qu’il se croyait en état, selon Spartien, de prédire, dès les calendes de janvier, ce qui devait lui arriver jusqu’au 3i décembre (3) : il possédait le thème généthliaque d’ÆliusVérus t4) .

Il est inutile de multiplier ces exemples, que j’ai étendus à dessein jusqu’à l’époque des momies de la famille Soter. Il serait facile de montrer l’influence < des idées astrologiques, dans presque toutes les productions littéraires de ce temps , et de faire voir, par exemple, que de tous les ouvrages qui nous restent de l’astrologie judiciaire chez les Grecs ou les Romains, il n’en est pas un seul qui remonte au-delà de l’ère vulgaire : on sent que je n’en excepte pas le poème astrologique attribué à Manéthon ; car, même en supposant que le fond appartienne à cet Egyptien, ce qui est fort douteux, on ne peut en placer la rédaction grecque plus hautque le 3 e siècle de notre ère (s) .

tl> Dio Cass. , LXVI, 9; ubi vide Reimar.

® Sueton. , in Domit. § 1 4.

® Spart. , in Adrian. § 1 5 .

w Id. , in Æl. Ver. § 3 .

(S Tyrwhitt, prœfat. ad Pseudo-Orph. LiÜiic. ; inter Orphie, ed. Hermann , p. 61-72. — Cf. Fahr. fiibl.gr., IV, p. i .38 , ed. Harles.

Ce poëme, comme ou sait , contient l’exposé de tous les mystères de l’art de Pe'tosiris et de JNécepsos, mystères répétés dans une multitude d’ouvrages de ce temps et d’une date postérieure, tels que celui des Pronostics de Lydus, livre rempli de prédictions qui, par leur absurdité, feraient la fortune d’un second almanach de Liège. <0

Mais arrêtons-nous à l’époque des règnes de Trajan, d’Adrien et d’Antonin. J’en ai dit assez pour faire voir jusqu’à quel point l’astrologie dominait alors en Occident. Rien ne montre mieux peut-être la révolution qui s’était faite peu à peu , que les rapprocliemens que je vais indiquer.

Cicéron, soixante ans avant notre ère, se moquait de l’astrologie et de ses fauteurs; mais Sénèque, cinquante ans après cette même ère, écrivait à Marcia, pour la consoler : Videbis quinque sidéra diversas agenda vins , et in contrarium præcipili mutido nilentia : ex horum levissimis motibus fortunes populorum dépendent , et maxima ac minima perindè formantur , prout œquum iniquumve sidus incessil m . Aratus, sous les Ptolémées, avait composé un poëme sur l’astronomie, où rien d’astrologique ne se montre; et Manilius, au temps d’Auguste, en fait un sur le même sujet, où l’astronomie n’y paraît, en quelque

(1) Sous ce rapport même, l’ouvrage de t,ydus est fort curieux; et son savant éditeur, M. Hase , en le publiant , a fourni d’utiles documens à l’histoire de l’esprit humain.

°> Consol. ad Marc. XVIII, a.

sorte, que pour sèrvir de cortège à l'astrologie. Dans la littérature grecque , antérieurement au premier siècle de notre ère , on ne trouve pas même une allusion aux idées astrologiques et, à partir de cette époque, l’astrologie se montre partout dans la philosophie, dans l’histoire, dans la littérature, dans les usages : en un mot , la société toute entière en est, pour ainsi dire, pénétrée. Aucun des ouvrages qui nous restent de l’école d’Alexandrie, avant l'ère chrétienne, ne contient de vestiges de cette prétendue science ; et Ptolémée, l’auteur de l’Almageste, le plus grand astronome de l’antiquité après Hipparque, compose des tables manuelles à l’usage des astrologues m , et un ouvrage en quatre livres sur les secrets de l’astrologie. Plusieurs ont cru, il est vrai, que le Tetrabiblos ne lui appartient pas; mais peut-être cette opinion est - elle fondée uniquement sur la difficulté de croire que Ptolémée ait donné si complètement dans de telles absurdités : on sent combien une pareille raison est peu solide ; les gens habiles , comme les autres ,

10 Je trouve une notion assez distincte de l’astrologie dans trois vers des Argonautiques du faux Orphée (v. 208-21 r.) ; et un des hymnes orphiques ( Hymn . VII, p. q63, ed. Hermann. ) roule sur des idées astrologiques. C’est un argument à joindre à tous ceux que Schneider et surtout M. Hermann ont réunis, pour prouver l’époque très récente des Argonautiques et de plusieurs des hymnes orphiques.

W ttelambre, dans la Biographie universelle , art. Ptolémée T. XXXVI, p. 271.

suivent bien souvent l’impulsion des idées dominantes de leur siècle. Tyclio-Brahé croyait à l’astrologie judiciaire , et c’était un aussi grand homme que Ptolémée.

Après avoir ainsi constaté l’époque où l’astrologie acquit une influence si grande, il serait peut-être à propos de lâcher de découvrir ce qui lui donna cette influence. Pourquoi les Grecs, qui, deux siècles avant les Romains, s’étaient trouvés dans les mêmes rapports avec l’Egypte et l’Orient, restèrent-ils à peu-près étrangers à l’astrologie ? Pourquoi les Romains, au contraire, et les Grecs eux-mêmes sous leur domination, en Grèce, en Egypte, en Asie, adoptèrent-ils avec tant d’empressement tous les préjugés de celte science mensongère 7 Ce phénomène moral dépend de plusieurs causes différentes qu’il serait trop long de développer ici; je laisse aux hommes éclairés à rechercher s’il ne tiendrait pas surtout, en premier lieu , à ce besoin de croyances abstruses, de doctrines mystérieuses, produit par le dégoût des absurdités du paganisme, qui foi me un des traits caractéristiques de cette époque, et qui s’est manifesté dans une multitude de sectes extravagantes, telles que celles des Gnostiques,desOphites, des Basilidicns, dont tousles monum us j ort lit des traces d’astrologie; et, en second lieu, au développement des méthodes de calcul da is l’école d’Alexandrie. 11 est à remarquer eri effet que l’astrologie à l’époque romaine, on le voit par Ptolémée, J. Firmicus Maternus, et Vettius Valens, exigeait des calculs, sinon

fort difficiles, du moins très compliqués, et. se fondait sur des tables astronomiques, que, ni les Chaldéens, ni les Egyptiens n’avaient jamais possédées (1) . Ainsi, en même temps qu’il faut admettre que la croyance à l’influence des astres est extrêmement ancienne en Egypte et en Clialdée, on doit croire que les combinaisons infinies et les calculs très longs qui servaient aux astrologues pour dresser leurs thèmes, n’ont pu être exécutés qu’à la suite d’une astronomie perfectionnée, telle qu’elle le fut dans l’école d’Alexandrie; et nous voyons en effet que la plupart des plus célèbres d’entre les astrologues, passaient en même temps pour d’habiles astronomes r Or, cet appareil scientifique, qui imposait aux esprits, dut beaucoup contribuer à la confiance dont parvint à jouir l’astrologie, cette jille insensée d’une mère sage y comme la nommait Képler, et légitimer, aux yeux de ses adeptes, la croyance qu’ils avaient dans ses prédictions.

A la même époque appartiennent d’autres ouvrages de ce genre; entre autres, celui de Vettius Valens, dont l’objet a été de faciliter aux astrologues les calculs que leur art exigeait : il paraît avoir été rédigé sous Marc-Aurèle : du moins , les exemples les plus récens qui s’y trouvent cités, se rapportent aux dernières années d’Antonin-le-Picux W) . Il faut rap-

(1> Ideler , Sur les Connaissances des Chaldéens, p. ig ; e d. Allemande. — Delambre , dans le Journal des Savons , 1 8 j a ( p. ; et Astron. du moyen âge , Disc, prélim., p. xxxix.

® Cad. Hegius , n° g4 , f° 4^-

peler aussi lelivre de Aatrologia , que Lucien U) écrivait sous le règne de ce même prince ou de Marc- Aurèle W) , livre d’autant plus remarquable, que ce hardi contempteur des superstitions de son temps, y montre une foi implicite à l’influence des astres, réfute sérieusement les gens qui n’y croyaient pas (3) ., et cherche même, par des rapprocliemens toùjours forcés, à trouver dans l'astronomie l’explication des mythes de l’ancienne religion.

C’est également à partir du premier siècle, si je ne me trompe, que la doctrine de l’influence des astres commence à paraître d’une manière certaine (4) sur

<*) plusieurs critiques, Gesner, entre autres, pensent que ce livre n’est pas de Lucien. Cette opinion me paraît uniquement fondée sur les mêmes motifs qui ont fait croire à quelques-uns que le Tetrabiblos n’est pas de Ptolémée. L’ensemble des idées que je présente ici prouve que ces motifs ne sauraient être suifisans. Lucien avait sans doute plus d’esprit, mais avait-il plus de jugement que Ptolémée?

W Eeizius , de vila et script. Lucien . , p. 49 > ed. Amst.

W Lucian. , de Astral. § 28-29.

W Cette assertion est exacte , je crois, dans les termes où je la restreins. Je sais que des médailles plus anciennes portent des emblèmes ou des figures relatives à l’astronomie : telles sont celles de Milet qui , dès le siècle d’Alexandre, ont au revers un lion , regardant un astre , qu’on croit être le lion céleste. Eckhell pense que ce signe est relatif a 1 astrologie ( Doct . JYumm. II, p. 53 1 ); mais ailleurs il dit qu’on ne connaît pas de raison vraisemblable de ce type (id. IV, p. 7 1). Ce qu’il y a d’à peu près sùr, c’est que l’astrologie n’y est pour rien; du moins, selon Manilius (IV y. 765), Milet, comme toutes les villes de l’Ionie, était

les monnaies de plusieurs villes dé l’Asie Occidentale, où nous trouvons figure le signe du zodiaque auquel la province était soumise, selon les idées des astrologues. Ainsi , la première médaille d’Antioche où se montre le bélier astronomique, est de l’an 4^ de l’ère d’Actium a) , i3 de l’ère vulgaire; et sur les médailles de Cyvrlius , on ne le voit pas avant le règne de Caracalla ®. Le signe du. capricorne n’a été mis sur celles de la Commagène qu’à

placée sDns’l’influence' <le la vierge et non pas du lion. Ce symbole, et ceux du même genre qui T sur beaucoup de médailles , semblent être relatifs aux signes célestes se rapportent au culte positif des villes, dont les divinités étaient liées par les traditions religieuses à des phénomènes célestes, ou identifiées avec quelque constellation ; ce sont autant de vestiges de cette mythologie astronomique , dont les Catastéri&nes d'Ëratosthène et l’ouvrage d’Hygin , nous ont conservé •’ tant de vestiges. Ce fait est mis hors de doute pour une médaille de Magnésie (ap. Peller. I , pl. 37 ), où l’on voit un: vaisseau avec une étoile : ce type est celui du vaisseau Argo. , fjui, selon Pindare , avait été fabriqué à Magnésie ( Neumann, Pet. popul. Num. II , 3o ). C’est encore ainsi que sur des médailles de Ptolémaïs en Syrie , du règne d’Héliogabale , on voit Diane chasseresse , divinité de la ville, environnée des douze, signes du zodiaque ( Rasch. , Lexic. rei JYumm. IV , col. Igxq . i

Cette distinction , importante pour Fbistqire des usages anciens, parait avoir échappé à l’abbé Barthélemy ( Acad. Inscr. Mém. XLI , p. 5 i 3 , 5 i 4 )età Neumann; je pourrais l’établir par un plus grand nombre de faits, mais cela nie', mènerait trop loin.

(1> Eckh. , Doctr. Num. III , 276. — Mionnet, Descript. des mèd. gr. V, i 56 . 1

w Id. III, 260.— Rasche, Lexic. rei Num. I; part. 2 , col. 1 1 86.

dgter du règne d’Antiochus IV , après la mort de Tibère (l> ; sur celle de Zeugma, qu’à partir durègne de Caracalla lî) ; enfin, sur celle d’Anazarbe en Cili— cie, qu’après Héliogabale 01 .

La même observation s’applique aux médailles des empereurs frappées en Egypte. On reconnaît l’astrologie dans quelques-unes de celles de Trajan et d’Adrien t4> ; mais elle se montre de la manière la plus évidente sur les médailles zodiacales de la 8 e année d’Antonin (29 août i45 — 29 août 146 de notre ère), c’est-à-dire, précisément de l’époque où Ptolémée rédigeait l’Almageste. L’abbé Bartliélemi a fait voir qu’elles représentent le domicile propre des planètes dans les signes du zodiaque , selon les idées astrologiques égyptiennes exposées par Pétosiris et Nécepsos, et que, nous ont conservées Julius Firmicus Maternus, Macrobe, Sexlus Empiricus et Ptolémée C51 , auxquels il faut ajouter Porphyre (G> : Macrobe et Fii micus nous apprennent que ces domiciles des planètes étaient ceux qu’elles occupaient au moment de la création du monde l7, $ sa-

w Eckhell, III, p. a5o, a55.

60 /rf. III,p. a53. — Mionnet, V, p. 126 .

Eckliell , III , p. 553.

Barthélemy , Acad. Inscr. Mém. XLI , p. 5io.

W Ici., ib. p. 5o3.

w De Antr. Nymph. § ai , 22 .

<?> Les mêmes idées astrologiques ont été reproduites sur plusieurs médailles musulmaues (Reinaud , Explication de cinq médailles des anciens rois du Bengale , etc. , p. 38.)

voir : la lune dans le cancer ; le soleil , dans le lion ; mercure, dans la vierge ; venus, dans la balance; mars, dans le scorpion; jupiter, dans le sagittaire ; saturne , dans le capricorne : en sorte que ces médailles ont eu évidemment pour objet de placer sur des monumens publics, le thème natal de l’univers. Ainsi nous voyons la science des généthliaques consacrée par l’empereur Antonin dans le pays même d’où elle étaitsortie, et dans ce paysseul, car rien de pareil n’existe sur les médailles de ce prince frappées dans les autres parties de l’empire.

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