‹ Observations critiques et archéologiques sur l'objet des représentations zodiacales, qui nous restent de l'antiquitéChapitre 4 sur 14 · QUI NOUS RESTENT DF L ANTIQUITE · texte numérisé non relu

QUI NOUS RESTENT DF L ANTIQUITE

1jousqu’a.ü retour de ses périlleux voyages en Egypte et en Ethiopie, M. Gailliaud fit connaître aux savans et aux curieux la collection intéressante qu’il avait rassemblée, leur attention se porta principalement sur une momie, trouvée à Thèbes, qui présentait des caractères qu’on n’avait encore vus sur aucun monument de ce genre. La forme singulière de la caisse, les peintures hiéroglyphiques dont elle était couverte , le zodiaque qui fait partie de ces peintures, l’inscription grecque tracée à l’extérieur , la grosseur énorme delà momie, la couronne qui décorait sa tête , tout semblait se réunir pour exciter la curiosité la plus vive.

Dans l’espoir de trouver, à l’intérieur, soit des papyrus grecs ou égyptiens, soit d’autres indications propres à jeter du jour sur tant de circon-

stances si peu connues, M. Cailliaud a fait ouvrir cette momie, le 3o novembre dernier. « Malhcureu- » sement, dit l’auteur de la Notice (1) publiée à ce » sujet, cette opération n’a produit que du baume » et des linges , et aucune des espérances qu’on en » en avait conçues ne s’est réalisée. ls) »

(1) Insérée dans le Moniteur dur '23 décembre 1823.

® P. 1488, col. 1. fin. — Je vais reproduire ici les passages de cette Notice qui se rapportent à mon sujet :

» Entr’autres objets précieux que M. Cailliaud a rapportés de son dernier voyage en Egypte, et qui composent son riche cabinet égyptien , les curieux et les antiquaires avaient distingué une belle momie d’un volume et d’un poids extraordinaires ; la tête portait une couronne formée de lames de cuivre doré et de boutons , imitant la feuille et le jeune fruit de l’olivier. Elle se recommandait encore à l’attention des savans par la caisse qui lui sert d’enveloppe. Au fond est peint un zodiaque dont les figures ressemblent beaucoup à celles du zodiaque de Dendéra, et le dessus de la boîte porte une petite inscription grecque presque effacée ; le mot de Pétéménon , qui est en tête , se lit aussi en grec cursif à la marge d’un petit papyrus hiéroglyphique, qui paraît avoir été déposé sur la momie, entre les bandelettes extérieures. Enfin , la largeur de la tète et celle des pieds étaient démesurées

» Le 3 o novembre dernier , M; Cailliaud a procédé à l’ouverture de la momie

» On a commencé par peser et mesurer exactement la momie avec toutes ses enveloppes. Le poids a été trouvé de 106 kilogrammes

» Après cette opération , l’on a enlevé la bandelette étroite qui fixait autour du corps une toile couverte de peintures et d’hiéroglyphes , avec des ornemens qui sont peu communs en Egypte; au-dessous étaient plusieurs toiles grossières, mais so-

Après le mauvais succès de cette opération , il restait peu d’espoir d’expliquer ce singulier mondes, formant la première enveloppe, que l’on a enlevée facilement. La deuxième enveloppe était maintenue autour du cou à l’aide d’un nœud que les marins appellent nœud plat ; audessous, plusieurs bandelettes de toile un peu moins grosse, et trois petites serviettes ou écharpes pliées en plusieurs doubles. La troisième enveloppe était disposée de la même manière et formée .de bandelettes, de serviettes, et de pièces longues servant à soutenir les côtés. Dans la quatrième enveloppe , on a trouvé des bandelettes de linges plus grands, mais vieux et grossiers; quatre tuniques égyptiennes ou sans manches, et décousues pour s’appliquer sur le corps ; une grande pièce enveloppant tout le corps , et fixée par un bitume noir , avec d’épaisses couches de ce bitume autour de la tête et des pieds. Ces tuniques ont une ouverture de 10 pouces pour passer la tête, et deux semblables pour passer les bras. La cinquième enveloppe présentait des bandelettes placées en longueur, liant les pieds à la tête , des bandes transversales , quatre grandes pièces entourant le corps ; le tout de toile un peu plus fine. I,a sixième enveloppe était formée de bandes transversales teintes en jaune pour avoir été pénétrées d’un bitume de cette couleur ou y avoir été trempées , et de quinze pièces de toile semblables. la septième et dernière enveloppe était pénétrée de bitume noir et formait six pièces adhérentes ensemble par le baume (1> ; après quoi il ne restait plus qu’une couche mince à ôter pour arriver à la peau. On a remarqué, comme à l’ordinaire, les orteils enveloppés séparément ; les bras et les mains sont étendus le long des cuisses; le sujet est du sexe masculin, et parait être un homme de quarante-cinq à cinquante ans au plus. La poitrine et une partie de l’abdomen sont dorés inégalement sur

b) Les antres linges pouvaient s’isoler facilement. On a mesuré 58o mètres de bandelettes de 3 et 5 pouces de largeur , et î5o à 3oo mètres carrés de toiles diverses (environ 3,800 pieds carrés).

numcnt ; mais, par bonheur., ce qu’on avait eu vain cherché dans l’intérieur de la momie , se trouvait parmi les peintures de la caisse. Le zodiaque dont elles nous offrent la représentation , et

l’épiderme. L’abdomen ayant été ouvert, on y a trouvé beau-, coup de baume noir, mais aucun objet étranger; point de manuscrit entre les cuisses ni sous les bras ; le long des jambes , de fortes masses de baume noir d’une belle qualité. L'enlèvement de ces innombrables bandelettes et enveloppes a duré près de trois heures, encore a-t-on fait souvent usage d’outils trauchans ; mais cette longue opération n’a rien produit que du baume et des toiles, et aucune des espérances qu’on avait conçues ne s’est réalisée

» Après avoir enlevé la dernière couche de linge et de bitume , immédiatement appliquée sur la peau, on a trouvé sept à huit épaisseurs d’une toile assez fine. Plusieurs parties des bras sont dorées par place , comme la poitrine

» On remarque que le profil est plus droit, et le front moins incliné que dans les momies ordinaires. Les cheveux , conservés parfaitement, sont lins et légèrement frisés

» M. Cailliaud a découvert , au-dessous de chacun des yeux et sur les pommelles des joues, une lame d’or, représentant la figure d’un oeil avec les cils; sur la bouche, il a trouvé encore une lame d’or, assez semblable pour la forme à une langue, et posée perpendiculairement à la commissure des lèvres , lesquelles sont parfaitement closes. C’est une double singularité dont nous uc connaissions aucun autre exemple

» En examinant de près les langes de la momie , on a trouvé uue tunique raccommodée , avec des pièces rapportées adroitement; une autre contenant plusieurs caractères écrits à l’encre, enfin , une belle écharpe avec des franges et un galon , marquée des initiales du nom grec du personnage : cette marque est faite avec le point de la broderie au crochet

les faibles de'bris d’une inscription grecque presque effacée , devaient fournir les élémens d’une explication complète, et conduire à des résultats qu’on était loin d’espérer.

Les premières personnes qui, dans le cabinet de M. Cailliaud, virent et examinèrent cette momie, étant du nombre de celles qui persistent, en dépit des faits, à regarder les zodiaques égyptiens comme appartenant à une haute antiquité, prononcèrent d’abord que la caisse de cette momie, et la momie elle-même, remontent à une époque reculée. Leur illusion éprouva quelque contrariété, lorsqu’après avoir retourné la caisse, elles aperçurent, au milieu des hiéroglyphes, les restes d’une inscription grecque : le sens de cette inscription ne leur était pas connu; mais son existence seule compromettait gravement l’antiquité du zodiaque, en attestant qu’il avait été dessiné à l’époque où la langue grecque fut » employée en Egypte concurremment avec celle du pays.

A dire vrai, elle ne faisait que confirmer ce qu’on devait induire de la forme de la caisse, entièrement différente de toutes celles que l’on connaît, et presque semblable à un sarcophage grec ou romain, et du style des peintures qui, aux yeux des personnes habituées à voir et à comparer les productions de l’art égyptien de diverses époques, paraissaient, dès le premier aperçu, ne pouvoir appartenir qu’au temps de la domination grecque ou romaine.

Les diverses circonstances qui accompagnent ce monument en faisaient donc une sorte d'énigme , dont nous étions tous intéressés à deviner le mot. Plusieurs fois j’avais annoncé à M. Cailliaud que ce secret nous serait révélé sans doute, si l’on parvenait à déchiffrer l’inscription grecque. C’est dans l’espoir que mes efforts ne seraient pas sans quelque succès, qu’il me fit remettre, le 7 janvier dernier , le fac simile de cette inscription , en m’invitant à m’en occuper. Je me suis livré sans retard à cet examen ; et je crois être parvenu, après la restitution complète de l’inscription , à expliquer tout ce qui, dans l’ensemble de ce monument, avait excité une curiosité si vive.

Je vais faire passer successivement sous les yeux du lecteur tous les points qui m’ont paru mériter une sérieuse attention, soit par leur importance absolue , soit par celle des questions auxquelles ils se rattachent.

Ces Observations sont divisées en deux parties subdivisées chacune en plusieurs chapitres : dans la première , j’examine le monument en lui-même ; dans la seconde, j’examine le zodiaque, peint au fond de la caisse de la momie, relativement à l’esprit du temps et du pays, et aux autres représentations antiques du même genre.

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