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CHAPITRE VII Les chants nationaux

Toutes les nations ont chanté leurs émotions. Dans l'antiquité la plus reculée, disent les historiens, le chant a précédé l'écriture, et transmis, le premier, de génération en génération, l'histoiie des peuples. Les Juifs chantaient toujours dans les cérémonies publiques et les Écritures rapportent qu'à Tinauguration des murs de Jérusalem « un chœur chanta à haute voix sous la direction de Jezraïe. »

En Grèce, si Ton en croit PUitarque, on chantait à table les louanges de la divinité. Chaque profession possédait sa chanson : il y avait la chanson des meuniers, la chanson des bergers,

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la chanson des muses. On trouvait aussi des poèmes en musique pour toutes les cérémonies importantes telles que mariages, funérailles...

Les mêmes coutumes existaient chez les Romains. Descendons jusqu'aux Anglo-Saxons : là aussi règne le chant. Leurs bardes, dit-on, exploitaient le pouvoir magique de la musique. Ils faisaient rire ou pleurer femmes et hommes par les airs gais ou mélancoliques qu'ils leur fredonnaient.

Aujourd'hui chaque nation a des mélodies où s'incarne son génie. Le chant est à un pays ce que la diction est à un homme : le miroir de sa nature.

Les nations septentrionales d'Europe penchent poui^ le ton mineur. Un peuple asservi exhale sa tristesse dans ses chants : jugcz-en par les Irlandais et les Russes. Les phrases langoureuses et les sombres harmonies en mineur peignent plus fidèlement que les mots les chagrins et les souffrances de Thomme. Jusqu'à un certain point les plaintives mélodies du

OB-SERYATIONS

Nord sont inspirées par la nature désolée devant laquelle vivent les êtres des climats froids.

A son ciel bleu FEurope méridonale doit ses joyeuses chansons. L'Italien, enfant de cette terre choyée par Dieu, proclame sur des airs endainmés son amour de la vie. Aussi spontanée que splendide est sacanzone. Semblable aux rayons de soleil qui passent à travers la feuillée par une belle matinée de printemps, la mélodie italienne pénètre nos cœurs et y glisse dès rêveries enfantines. La mélodie prédomine ici au préjudice de l'harmonie. Mais à quoi sert la science en art, si ce n'est à produire la beauté ? Or les chants italiens ne sont jamais rauques. Ils ne réclament nullement l'appui des opérations mathématiques que leur prêterait un compositeur sans inspiration : ils coulent de source, élastiques et vivants, ruisselants de sentiment et de passion.

La musique espagnole, toute romantique, semble façonnée par la guitare. Elle en reproduit les tendres et capiteux accents, comme

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l'attrait de la danse perce dans les phrases les plus passionnées.

Les légères et gracieuses chansons de France disent l'esprit et la gaieté de son peuple. Le sérieux et la dignité qui conviennent au tempérament saxon ne se rencontrent pas chez le latin. L'amour et la joie sont tout le Français : il confie aux sons le charme des beautés dont la nature a été si prodigue à son égard.

Pleines d'harmonies profondes, les chansons allemandes restent, comme les poëmes de Gœthe, philosophiques. La muse française est une jeune fdle de seize ans, exubérante de vie, enjouée, palpitante d'espoir et de tendresse; la muse allemande a déjà trente ans, c'est une belle femme pensive.

La musique anglaise a les giees et le madrigaux^. Dans la chanson anglaise on ne trouve ni cette saveur sauvage et cette irrégularité

I, Compo:^ilions à trois voix ou davantage, sans accompagnement, qui ont beaucoup de points de ressemblance et sont de facture essentiellement anglaise.

propres à la mélodie écossaise, ni la douceur des chants irlandais. Les Anglais cependant, à la honte des Américains, peuvent revendiquer une musique à eux.

Les échos des montagnes suisses se répercutent dans le chant des montasfuards. Le srondolier a modelé la barcarolle vénitienne sur le mouvement cadencé de sa rame. Les plaintes de l'amant russe appellent le secours de la halalaika. Sur la harpe le ménestrel gallois improvise son inimitable penillion. Au Japon, la moiismée nonchalante accompagne distraitement sur le samisen ses chansons monotones. Jusqu'au Bédouin qui exprime ses émotions d'une façon lugubre et unique.

Nous seuls, Américains, n'avons pas de musique nationale. Les nègres de nos plantations ont bien leurs mélodies caractéristiques, mais nous n'avons pas le droit de décerner à celles-ci le titre de chansons nationales, puisqu'elles appartiennent en propre à une infime partie de notre peuple.

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