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CHAPITRE IX

Des professeurs à bon marché.

Les parents sont légion auprès de qui prévaut l'opinion erronée que des professeurs à bon marché suffisent pour les commençants. Qu'ils se détrompent ! La négligence des débuts est un grand facteur de notre infériorité musicale.

Une instruction sommaire permet d'enseigner la lecture et l'écriture, voire le calcul, mais on a tort d'établir une analogie entre ce cas et celui, tout différent, de la musique. La leçon exige l'appui de l'exemple artistique, que seul peut apporter le maître muni d'une instruction

musicale complète. Depuis le premier jour il ne faut soumettre à l'attention de l'élève qu'un recueil irréprocliable.

Jamais un instituteur n'enseignera que a est b ou que deux et deux font cinq ; mais combien de soi-disant professeurs de musique gaspillent le temps et l'argent de l'élève en le trompant sur la division de la mesure, l'expression, le doigté, la position, et, par-dessus le marché, en gâtant sa voix et déformant son goût à des compositions vulgaires !

En général on abandonne les débutants à des maîtres incompétents, parce que leurs services sont peu rétribués. L'axiome « rien n'est plus cher que le bon marché » ne saurait rencontrer d'application plus exacte ; et on ne s'en doute pas.

Parfois les parents, après les avoir laissés croupir un an ou deux entre les mains d'un ignorant, confient leurs enfants à un maître entendu. Qii'arrive-t-il? Celui-ci, avant de recommencer leur éducation, doit balayer de

leur esprit tout ce qu'ils ont appris. Cela demande du temps et de la peine. Quelle tâche ingrate pour un maître que de corriger de fâcheuses habitudes contractées sous une direction peu coûteuse, mais maladroite! Ah! si les. pères pouvaient ouvrir les yeux, s'ils pouvaient compter le nombre de vocations ruinées par de mauvais débuts, comme la clientèle des instructeurs à bon marché se réduirait !

Aux États-Unis le premier venu qui s'intitule « Professeur de musique » trouve des élèves. Aussi, les vrais titulaires de ce nom le dédaignent-ils. Ils préfèrent l'appellation courante de « ^lonsieur». Gela les distingue des acrobates de Barnum qui infestent notre pays.

Vous refuseriez les soins d'un rebouteur, et vous choisissez pour instruire vos enfants des amateurs pédagogues qui ne peuvent fournir d'autres preuves musicales que l'exécution de niaises variations sur un thème populaire.

La musique, un des arts les plus difficiles,

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une des sciences les plus complexes, enseignée par des dilettante : quelle ironie !

11 est de la plus haute importance que les premiers pas soient bien guidés. La première impression est décisive. Il n'appartient qu'à un maître de façonner l'argile de la nature physique et intellectuelle quand elle est encore molle et souple. Ce serait un crime de la laisser s'endurcir sous des doigts vulgaires : au lieu d'une splendide statue, on n'obtiendrait qu'une caricature.

L'étude appliquée n'aboutit à rien sans une direction artistique. En livrant l'enfant le mieux doué à un professeur sans mérite on détruit l'œuvre de la nature. Il n'y a pas de travail soigné ou intelligent, qui soit capable de redresser les erreurs gravées dans le cerveau tendre de l'enfant. Si on ne peut faire les frais d'un bon professeur, il vaut mieux ne pas étudier la musique.

La plupart des grands musiciens n'auraient acquis aucune célébrité si leurs premiers prin-

cipes . avaient péché : leurs dons extraordinaires seraient restés en friche. Combien de virtuoses en germe, condamnés, par les défauts de leur instruction, à la médiocrité !

A tout âge c'est un faux calcul d'employer des maîtres à prix réduits, mais spécialement quand l'élève est tout jeune et encore ignorant. Plus avancé, il ne court aucun risque, armé qu'il est contre les attaques du charlatanisme.

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