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CHAPITRE XI La mue de la voix

La voix des enfants est très fragile àTépoquc de la mue. Entre douze et quinze ans plane sur elle un danger que ne soupçonnent pas beaucoup de parents et que des maîtres sans conssience feignent d'ignorer. A quelques-uns il échappe" réellement, mais Fécueil est le même.

On ne saurait prendre trop de précautions à ce moment critique où le larynx s'enflamme, où les tissus se relâchent, tandis que les cordes vocales s'allongent et s'épaississent. Les organes de la voix s'irritent pour un rien, se dépriment, et le chant peut enrayer leur dévelop-

pement. Pendant la mue, qui dure de six mois à deux ans, il faut les ménager autant que possible et éviter les notes extrêmes. En général il vaut mieux interrompre le cliant jusqu'à ce que la voix soit complètement transformée.

Voulez - vous à Tappui de ce conseil un exemple personnel? A douze ans, je chantais en qualité de soprano dans une église grecque d'une grande ville d'Europe. Chaque fois qu'un air d'opéra on un OT^atorio réclamait le concours d'un enfant versé dans le chant et capable de monter du do sous la portée jusqu'au si bémol au-dessus, j'étais mis à contribution. Un certain dimanche — j'avais alors quatorze ans — il me fut impossible de rendre mon si bémoL

Le maître de chapelle qui, bien entendu, comprenait mon cas, mais n'avait pas de remplaçant sous la main, ne me lâcha pas. De semaine en semaine ma voix devint plusrauque et plus enrouée jusqu'à m'empêcher de remplir mon office. On m'invita alors à me reposer jusqu'à ce que mon « rhume » fût passé. Des années

et des années se sont succédé, et mon « rhume » dure encore.

Beaucoup d'enfants de chœur pâtissent de cette imprudence. On ne signalera jamais assez à la vigilance des parents, directeurs de maîtrise et instituteurs surtout, la susceptibilité des fibres vocales à cette phase de la vie. Des milliers de voix, chaque année, sont compromises par ignorance ou mépris des lois physiologiques.

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