CHAPITRE XXill De la valeur commerciale des violons
Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on met en ayant le prix élevé des violons. Mais j'y reviens parce que l'opinion publique n'a pas répudié son erreur.
Combien d'amateurs se laissent prendre au piège de violons Stradwarii, rencontrés d'occasion chez des marchands de bric-à-brac à cinquante francs pièce! Il est bon de le répéter : l'achat d'un violon, fût-on prêt à débourser des milliers de dollars, est chose fort délicate.
Que l'acquéreur se défie de ses propres
lumières, et tout autant de celles du marchand, en admettant que ce dernier soit consciencieux !
On croit volontiers posséder un vieil et excellent instrument. Êtes-vous sceptique? Consultez donc les lambeaux de cette étiquette moisie : Stradiçariiis Fecit. — Cremona A.D.iySo.
La plupart de nos violons, altos, violoncelles et contrebasses, proviennent delà Saxe ; le reste, de France. L'Italie nous en fournit très peu.
Le violon de dernière qualité très recherché, se vend de deux à vingt francs. Aussitôt en sa possession, il emprunte aux yeux de l'acquéreur la valeur d'utie centaine de francs. Si vous en avez envie, celui-ci vous le proposera en toute conscience, au double de ce prix, et, après s'en être servi plusieurs années sans le moindre soin, il s'imaginera posséder « un ancjlen violon italien ».
Les bons violons sont rares en Amérique et
en Europe, mais moins encore que les connaisseurs. L'œil expérimenté d'un violoniste se méprendra aux imitations d'anciens modèles, et son oreille confondra aisément un son faible avec un son doux.
Pour n'en citer que quelques unes, l'acoustique du local, la monture d'un instrument, ses cordes et la manière dont on en joue sont autant de sources d'illusion pour l'acheteur.