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CHAPITRE XXVIII De nos Gonse rvatoires

Les conservatoires ont comme but principal la conservation de l'art musical. L'idée en revient à rÉglise qui se proposait d'améliorer sa musique parle maintien des traditions. Naples eut les prémices de cette institution dans le Conservatoire de Santa Maria di Loreto, fondé en 1537.

Les plus célèbres écoles de musique aujourd liuisont les Conservatoires de Paris (1784) et de Vienne, Leipzig et Bruxelles, d'origine plus

I. Conférence faite au Congrès des Professeurs de musique de l'État de New-York, le 27 juin 1903.

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récente. Le gouvernement les subventionne, et les candidats qui manifestent les aptitudes requises y sont admis après un concours. On y sauvegarde les formes conventionnelles et on y répand Tinstruction musicale, pour la gloire du pays. Le règlement est sévère et tend à une seule fin : la perfection.

Nous avons, nous aussi, des institutions connues sous le nom de conservatoires ; mais très peu ont droit à cette appellation. Autant que le permet le défaut de subsides, on a essayé de modeler deux ou trois d'entre elles d'après les meilleurs systèmes européens. Des appointements alléchants assurent un excellent recrutement de professeurs étrangers.

L'Europe a formé tous nos musiciens de valeur : ceux qui sont nés chez nous et ceux qui y sont venus. Quel témoignage irréfutable en faveur de la supériorité des méthodes européennes !

Les Américains, dit-on, sont bornés en musique parce qu'ils ont un tempérament moins

artistique que les Européens. Si on incriminait plutôt notre mode d'éducation ! A égalité d'instruction, nous soutiendrons vaillamment la lutte, là comme ailleurs. Des légions d'adolescents, à l'oreille et à l'esprit éveillés, qui participent au souffle divin, fourmillent autour de nous. Leur infériorité apparente provient de l'inégalité de la préparation.

Le champ de la musique restera-t-il toujours stérile dans un pays où l'on cueille de si riches moissons sur tous les autres terrains?

Quiconque s'intéresse au progrès moral et intellectuel de l'humanité ne peut méconnaître Tinlluence civilisatrice de la musique. Nous devrions encourager cet art; en réalité nous faisons très peu de choses. Ce que nous payons si largement aux artistes, c'est beaucoup plus le plaisir du moment que le bienfait de l'instruction.

On bâtit de somptueuses salles de concerts, on gratifie royalement un virtuose ; mais pas un législateur n'osera implorer l'Etat en faveur

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de nos écoles de musique, il compromettrait sa candidature. Que sVnsuit-il? Nos enfants sont abandonnés à des professeurs improvisés. L'homme d'affaires self-made (qui s'est fait luimême) est un type courant en iVmérique, mais non pas le musicien self-made.

Ni l'instinct ni le hasard ne font le musicien. Sans doute l'aptitude et le travail sont indispensables, mais il faut encore de bons maîtres. Rien ne remplace, pour l'éducation musicale, un conservatoire bien organisé. Celui-ci a tous les titres à la sympathie publique.

Faute de legs priA^és ou de subvention gouvernementale, les candidats pauvres les mieux doués ne peuvent être admis gratuitement dans aucun de nos conservatoires. A la faveur des cours, si en vogue en Europe, les frais d'une instruction complète dans les branches essentielles de Fart ont été notablement allégés. Les leçons publiques des meilleurs professeurs reviennent à un prix moins élevé pour les étudiants que les leçons privées du preniiei* venu.

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Autres avantages des cours : Télève remarque chez ses condisciples des erreurs qui lui échapperaient, s'il était le seul coupable. Son émulation est sans cesse aiguillonnée, et son apathie secouée par la surveillance^ plus ou moins bienveillante, de ses camarades, autrement efficace que celle dun répétiteur, La moquerie d'un égal fait une plaie plus cuisante que la censure d'un supérieur.

L'enseignement privé est unilatéral, dès lors incomplet. Les esprits s'élargissent par leur contact. En classe l'élève écoute, comprend, et, impressionné, il enregistre dans sa mémoire les qualités que le maître loue chez ses concurrents. Rien ne rempêche ici d'appliquer les principes de Pestalozzi.

Le système des cours, recommandé par l'expérience, a été préconisé par Ghérubini, Mendelssohn, Moscheles, David, Liszt, Vieuxtemps, von Bûlov^, Rubinstein et autres professeurs célèbres.

Dans ce mélange de science et d'art que

représente Li musique, la connaissance d'une seule branche est insuffisante. Les musiciens devraient exécuter correctement et aussi comprendre ce qu'ils font, au lieu de répéter comme de simples perroquets, Malheureusement la plupart bégayent la lettre et ignorent le sens. La responsabilité en incombe souvent aux professeurs privés. Que la dextérité des doigts s'allie à la culture de l'esprit !

L'enseignement exclusif d'un spécialiste, si éminent soit-il, sera insuffisant. Le maître le plus expert ne donnera jamais toute l'instruction technique ou théorique nécessaire, et le meilleur professeur de piano ne suppléera pas au Conservatoire. Vérité de M. de la Palice, si vous le voulez; l'intérêt et l'ignorance osent pourtant nier.

Seul le Conservatoire fournira son équipement compléta l'étudiant. D'ailleurs, comment celui-ci découvrirait-il un bon précepteur dans la foule grouillante des vulgaires maîtresréclame en dépit de leurs prétentions élevées

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et de leur réputation? Celui dont on parle le plus est tenu pour le plus capable. La présomption, qui décèle Fignorance à l'observation intelligente, éblouit la masse et une adroite publicité pose un candidat insignifiant.

Il existe des maîtres de valeur qui doivent leur renommée à leur diplomatie plutôt qu'à leur talent. Ce n'est pas moi qui leur reprocherai Fart de faire apprécier leur art. En tous "cas l'élève saurait difficilement juger le mérite intrinsèque d'un professeur, même très en vue et très exigeant.

Les directeurs des conservatoires sont certainement les plus qualifiés pour choisir le personnel enseignant. Hors de ces institutions on n'acquerra nulle part à égalité de prix la même somme et la même valeur de connaissances. Quel est l'homme qui enseignera à la fois le solfège, l'harmonie, la théorie, Fliistoire, le contrepoint, l'orchestration, le piano, le violon, Forgue et le chant? Dans les bons

conservatoires tout le reste est donné par surcroît à l'élève qui cultive le chant ou un instrument ; celui-ci a, en plus, l'occasion de suivre des classes d'ensemble et de paraître en public.

Son intimidation devant l'assistance diminue souvent le mérite dun sujet distingué. Les concerts gratuits offerts aux élèves font germer en eux le goût de la bonne musique et développent leur sens artistique. Naturellement ils ne se révéleront pas critiques accomplis par la seule audition d'excellents morceaux, car il n'y a que l'étude approfondie qui puisse régler exactement la balance où ils pèseront les produits de l'art; mais ils contracteront un penchant pour les formes artistiques les plus pures et leur enthousiasme fortifiera leur travail.

Nos conservatoires ont sauvé de la stérilité bien des vocations. Je voudrais compter un conservatoire gratuit par grande ville. Laissons de côté pour le moment la question des

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subventions. En voilà assez pour montrer l'efficacité de ces institutions en matière d'instruction musicale et pour mettre nos enfants en garde contre les dangers de l'enseignement privé.

Puissent les conservatoires prendre bientôt la place qui leur est due à côté des musées et des universités qui s'élèvent chaque jour chez nous pour Favancement des sciences et des arts !

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