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Etait-ce là le langage auquel on devait s'attendre de la part d’un membre de cette branche de la Législature ? Comment avait-il pu se résoudre à nourrir des préjugés d'enfance et d'éducation, à caresser des haînes nationales, et faire des efforts pour en attiser le feu dans le cœur de ceux dont il se donnait comme l'organe, dont, sans doute, il se supposait l’écho ? Cette partie du discours de l'Honorable Membre avait quelque chose de singulier au point que Île sentiment pénible qu’elle avait dû provoquer chez lui (M. V.) n'avait pas été sans mélange. Elle avait réveillé chez lui le souvenir des expressions que Goldsmith mettait dans la bouche de son so/daf estropié, qui, parlant sur le mème ton, ne manque pas d'ajouter aux récits des prouesses de sa jeunesse, comme une chose incontestable, qu'un Anglais à lui seul peut toujours battre cing Français, et couronne ces effusiors de cœur en disant: Z hate the French because they are slaves and wear wooden shoes. (1.)
I (M. V.) devait dire que cette espèce d’entrainement de l’Honorable Membre avait pourtant des avantages. En mettant à découvert la source de ses illusions sur cet article, il jetait du jour sur beaucoup d'autrs, comme sur plusieurs évènemens non moins extraordinaires qui, sans celte circonstance, seraient des problêmes également insolubles. è
Si l’on s’en rapportait à l’Honorable Membre, les Canadiens seraient à la fois tourmentés du désir d’asservir la portion de citoyens sur lesquels toutes ses affections se concentraient ; ils en avaient les moyens. D’abord étaitil bien possible que, vivant dans ce pays déjà depuis si
(1) Je hais les Français, parce qu’ils sont esclaves et portent des sabots. (littéralement, souliers de bois.)
longtemps, l'Honorable Membre ne connut pas assez bien ses habitans pour ne pas savoir que les Canadiens étaient, à peu-près sans exception, étrangers à ces espèces de haines ou d’antipathies de secte, ou de nation, encore malheureusement trop communes de nos jours dans plu- À sieurs des contrées de l’Europe? Lä, c'était la conséquence M d'anciennes luttes entre des hommes de classes diverses, ou de castes différentes dont le but était, d’un côté, de conserver ou d'acquérir des priviléges, des pouvoirs ex- À
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règne de dogmes auxquels ils étaient respectivement attachés.
T'elles avaient été les sources des persécutions civiles ct religieuses, nées de la barbarie du moyen âge. Alors l'ambition et le fanatisme s’étaient baignés dans le sang.
Tous les partis avaient été successivement bourreaux et victimes. Les souvenirs des proscriptions, des confiscations, des cruautés de loute espèce qui mafquaient ces époques funestes,continuaient encore, là, de se transmettre de générations en générations ; ils fesaient partie de l’éducation des peuples, ils étaient la source de ces senti-
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mens d’amertume qui tenaient, même encore de nos jours, à des institutions qui nourrissaient chez les uns l'esprit
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de domination, dans les autres, celui de la haine qu’el- l'ép les devaient nécessairement inspirer. Grâce à la provi- | Cu dence, le germe de cette espèce de corruption n'avait M "eP pas pu se développer encore dans le Bas-Canada. | de
I ( M. V.) devait dire en second lieu que si l'Honorable Membre avait pris la peine de donner queiques momens de son attention à ce qui s'était passé dans la | province, il saurait que les Canadiens n’avaient jamais | c reclamé que des lois égales, la protection du gouverne. | des
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L’Honorable Membre aurait dû voir encore que le projet odieux qu’il attribuait aux Canadiens "n’était pas même susceptible d'exécution. Comment pourraient-ils à la fois faire des rèiles générales de conduite pour leur avantage commun, et des lois spéciales et d'exception contre cette portion de citoyens, objet pour lui d’une sollicitude tendre autant qu'exclusive 2 D'un autre coté pouvait-il se persuader que les premiers voulussent faire des lois qui leur seraient funestes pour le plaisir de faire le malheur des seconds ? Cette extravagance ne pouvait se supposer. D'ailleurs, la Constitution ne fournissait-elle pas les moyens d’en prévenir ou d'en arrêter les effets ?
Mais comment pourrait-il se faire, qu’à deux ans de l’époque où l’Honorable Membre, aver la majorité du Conseil, avait dans leur adresse invoqué la nécessité d’une représentation spéciale en faveur d’une classe particulière de citoyens, il n’eut pas dépouillé les préjugés qu’elle laissait voir à découvert ? Comment, surtout, le temps et les événemens ne l'avaient-ils pas éclairé sur la nature des sentimens qu'elle respirait ?
Quels fruits l'honorable membre avait retirés des études qu'il avait faites de l’histoire ! Des préjugés de naissance, des haines nationnales, à réchauffer contre des con-
citoyens ! S'il avait puisé plus profondément à cetie source, il aurait vu que partout où le règne des doctrines mises au jour dans ces adresses, comme dans les observations qu'il venait de faire entendre, s’établissait ; il se trouvait, comme l’observait un écrivain judicieux : vwiolence, désordre, et cause de désordre ; cette cause sans cesse renaissante, était une mère d'une fécondité monstrueuse. Il ne pouvait se trouver de repos et de gage de repos dans une sociélé, que quand personne n‘y pouvait affecter de ces prélentions dominatrices.
Ce n'était pas la seulement une règ'e de morale publique et de gouvernement, c'était encore éminemment une vérité d'économie politique ; science a laquelle l'honorable membre devrait n’être pas étranger. Des lois également protectrices, en assurant la stabilité du gouvernement, inspiraient aux citoyens ce sentiment de confiance et d'énergie, celui de l’émulation, de l'activité, qui seules pouvaient faire jaillir et entretenir la source de la prospérité publique, tandis que le système préconisé par l’Honorable Membre, ne pouvait avoir d'autre résultat que de la tarir. T'el était pourtant celui quel'Honorable Membre, et ceux qui composaient avec lui la majorité dans le Conseil,avaient formellement avoué, dont ils avaient avec instance prié Sa Majesté de ne pas se départir rélativement à la province ! Étaient-ce là des moyens bien eflicaces de relever l'honneur et la dignité du conseil, de démontrer la nécessité de le conserver dans toute son intégrité, de le présenter aux habitans de la province comme digne de toutes leurs affections, de toute leur reconnzissance ?
I (M. V.) priait ceux qui dans le conseil pouvaient partager les opinions de l‘Honorable Membre, de donner un moment d'attention à ce qui se passait autour d‘eux et
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pour ainsi dire sous leurs yeux; il n‘en faudrait pas davantage pour ne pouvoir méconnaitre la vérité des principes quéil ( M. V. ) venait d‘invoquer.
Il ( M. V.) devait leur rappeler d’abord les pluintes de cette classe qu’ils prétendaient représenter, celles qui se renouvellaient sans cesse sur la lenteur des progrès du pays en améliorations comparés à ceux de nos voisins des Etats-Unis. On était forcé de reconnaître que la rigueur de notre climat et la courte durée de notre navigation chaque année ne pouvaient être les seules causes de la langueur qui se fesait remarquer en ce genre dans la province.
IL (M. V.) n’entrerait pas à ce sujet, plus que relativement à tant d’autres, dans des considérations de détails ; mais il ferait observer d'abord qu’il ne se trouvait dans aucune des provinces de l’Union une Chambre législative, à la formation de laquelle le peuple n'eût aucune part, sur laquelle l'opinion publique ne put exercer aucune influence, dont l’organisation fut de nature à la contrarier, enfin composée d'hommes étrangers au pays qui pussent, avec des intérêts différens de la masse de leurs concitoyens, s’en croire d’opposés. Nulle part on n’y voyait une branche de gouvernement analogue rejcter constamment, pendant une longue'suite d'années, des Bills pour prévenir la dilapidation des deniers publics, ou pour en régler la dépense, pour mettre les habitans d’une ville, de paroisses ou de foænship, à même de surveiller et de conduire les affaires de leurs communautés respectives, ou même d‘exercer ancuns de leurs droits municipaux, pour permettre à des individus de consacrer une partie de leurs biens à l‘établisement dune maison d‘éducation, aux habitans de paroisses ou de localités de la même nature, de
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faire l'acquisition d‘un arpent de terre pour y bâtir une école élémentaire.
C'était sans doute bien assez de ces termes de comparaison, auxquels il serait facile d‘en ajouter tant d'autres ; ce n‘élait aussi là qu‘un bien faible échantillon de ce que pouvait offrir en ce genre l‘histoire de la province depuis près d‘un demi siècle.
Mais en supposant quelque chose d‘approchant dans aucun des Etats de l'Union ; si les représentans, à force de revenir constamment à la charge, avaient enfin obtenu l‘assentiment de cette seconde branche du gouvernement aux mesures reclamées par le public, toutes les difficultés seraient au moins terminées. Dans la province, c'était alors qu‘il sten élevait souvent de nouvelles ; qu‘elles devenaient plus sérieuses encore.
Un gouverneur pouvait arrêter ici par son veto les projets de lois sur lesqueis les deux chambres se trouvaient d'accord. Seul responsable de sa conduite envers le gouvernement en Angleterre, et à la fois entouré dans la province de conseillers qui ne l‘étaient pas eux-mêmes des avis qu'ils lui donnaient, ce devait être sinon toujours un devoir à ses yeux, aumoins, dans beaucoup d‘occasions, une indispensable nécessité de réserver ces biils pour la sanction royale.
Tandis que le gouvernement des Etats-Unis ne s‘immisçait, en aucune manière, de celui de l‘intérieur des provinces respectives dont il se composait ; ici, c'était à la considération des ministres d‘Angleterre, qu‘un gouverneur renvoyait des mesures de cette nature. Ce n'était pas tout encore: étranger au pays, n‘osant s’en rapporter à lui-même ; il le fesait d‘après les représentations d'officiers de la couronne, ou d‘autres fonctionnaires : il
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