‹ Observations de l'Hon. D.B. Viger contre la proposition faite dans le Conseil législatif le 4 de mars, 1835 [microforme]Chapitre 7 sur 10 · EE RE 7 M · texte numérisé non relu

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pour les habitans du pays, auxquels seuls en appartenait la propriété.

I ( M. V. ) devait dire à ce sujet qu‘on ne pouvait qu'applaudir à la conduite du gouvernement de la métropole pendant la tourmente de la révolution, lorsque la mort planait sur la tête des membres du corps ecclésinstique, d'avoir ouvert à plusieurs de ceux du séminaire St. Sulpice un asile dans celui de Montréal, auxquels ils étaient, avant la conquête, unis par des liens de confraternité.

I(M. V.) devait dire aussi qu'ils avaient largement payé ce bienfait par des exemples et des leçons de vertus qui ne pouvaient que tourner à l‘avantage du gouvernement comme du pays, qui tous deux avaient rivalisé de zèle dans cet acte de généreuse et touchante hospitalité.

Mais les changemens qui s‘élaient opérés avaient fait évanouir au moins le motif de continuer de remplir cette maison d'étrangers, d'en faire même, à peu près exclusivement, une espèce de colonie française. Ces observations élaient bien loin de tenir à des autipathies nationnales, il n‘en pouvait nourrir contre la nation dont il tirait son origine en commun avec la masse de ses compatriotes. Son éducation politique était bien anglaise, mais elle était française sous le rapport de la littérature. Il lavait reçue dans cette langue, qu‘il chérissait parce qu'il savait l‘apprécier ; que c‘était pour les Canadiens une propriété. D'ailleurs il ( M. V. ) méprisait les affections comme les haînes exclusives pour ou contre des hommes, nos semblables, à raison du lieu de leur naissance. Il désirait de voir l‘entrée du pays libre comme l'air quon y respirait, de voir les étrangers venir y chercher des ressources contre le malheur, un abri contre

les persécutions. y rouver la carrière pleinement ouverte à leurs talens comme à leur industrie. (Cféteit le parti qu’on avait dans cette occasion tenté de tirer d‘erreurs ou des faiblesses ‘le ce: . dont il était question, qu'ils ( M. V.) devait condamner avec le pays tout entier.

Il était à cet égard quelques traits trop marquans pour ne pas les indiquer ici. Depuis le rétablissement de ia paix, cette maison s'était, à différentes reprises, de laveu du gouvernement comme sans aucune espèce d’intervention du pays, recrutée de Français au point qu’il s'y trouvait une majorité d’aubains. Cependant c’étaient les hommes de cette majorité, frappés d’incapacités légales à cet égard, qu’on avait prétendu faire servir d’instrumens pour l'exécution de projets contre les habitans du pays, ielativement à des propriétés de cette nature!

Ces trames, et beaucoup d’autres, relatives à cet établissement, auxquelles ‘l (Mr. V.) n'avait pas le temps de s'arrêter, pouvaient être ourdies contre les habitans d’ane province placée sons l'égide d’une législature,revètue du droit d'établir des règles de conduite comme de celui de surveillance, relativement à tout ce qui pouvait se rapporter aux besoins comme aux intérêts publics, qui formait enfin le gouvernement dela province. Ces tentatives devraient-elles paratire dans l’ordre des choses possibles ?

Sur quel fondement les autres établissemens du pays reposeraient-ils, si l’on pouvait avoir recours à ces moyens pour s'emparer des biens qui s'y trouvaient attachés ? Comment les citoyens pourraient-ils compter sur la sécnrité de leurs propriétés individuelles plus que de tous leurs autres droits, en voyant mettre au jour des prélextes frivoles et plus que frivoles, pour ébranler des possessions

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de cetie impoïtance ? Si des circonstances extraordinaires pouvaient exiger lintervention du pouvoir, quant à l'exercise de quelques uns des droits qui s’y trouvaient attachés, n'étaii-ce pas à la législatu:e du pays, auquel ces biens appartenaient. qu’il faudrait l’adresser ?

I ( M. V.) pouvait à peine imaginer que l'importance de ces observations put échapper aux honorables membres, s'ils voulaient bien se donner la peine de les peser dans le calme de la réflexion. Jamais on m'avait vu la cupidité se rassasier de spoliations plus que la soif de l'ambition s’étancher par l’accroissement du pouvoir.

L'expérience de tous les temps et de tous les peuples mettait cette vérité dans son jour. Elle brillait surtout d'un funeste éclat à chaque page de l’histoire d’un pay: de l'empire. On y pouvait voir aussi les résuitats inévitables d’un système de gouvernement, fonde sur des pretentions dominatrices comme celles contre lesquelles il ( M- V. ) avait élevé la voix, et en particulier, de tentatives comme celles qu’il venait de dénoncer quand elies étaient ou ‘onnées de succè:.

L'ascendant d’une portion des habitans de l’Irlande sur le masse de ses habitans, source de malheurs dont la durée comrie l'étendue se trouvaient sans exemple dans les annales des nations, n’était pas de création récente. Ua statut, dont l’époque remontait à près de quatre cents ans et se rapprochait de celle de l'envahissement du pays, avait fait du meurtre de ses habitans un acte légal. En qualifiant ceux qui venaient du pays dominant, de sujets liges du souverain, il leur donnait le droit de punir, de leur propre autorité, tout [rlandais qui continuait de suivre certaines couturnes nationnales que le statut prohi-

bait, qui manquerait de se conformer à quelques autres usages qu'il prescrivait.

T'els avaient été les premiers fruits du système de do- ! mination dont l’rlande éprouvait encore aujourd’hui Fa. mertume. On en était venu, tantôt à s'emparer à main armée des possessions de ses habitans, tantôt à les en dépouiller par des confiscations à la suite de vengeances, ou comme punition de révoltes trop souvent provoquées pour couvrir ces spoliations de prétextes que l'intrigue avait aussi mis en œuvre pour arracher des rois, des dors de ï terres qui parfois renfermaient un comté, quelquefois da- : vantage, pour chasser les habitans mème d’une province : toute entière et les remplacer par des étrangers.

Des juges, des jurés, instrumens ou complices de ces brigardages, envoyaient trop souvent au supplice ceux des Irlandais, que la mort avait épargnés dans ces luttes

exterminatrices, trop heureux quand ils n’ava ent à dévo-

rer que le mépris avec lequel on repoussait leurs réclama- | ré

tions. Enfin au commencement du dernier siècle, il Û |

restait à peine aux descendans de Ja nation la vingt- les : deuxième partie des possessions territoriales de leurs en | ancêtres. tra 1 (M. V.) devait à ce sujet observer axe c'était une em L erreur trop commune de regarder les malheurs de l'Irlande se } comme une conséquence du triomphe du protestantisme qu L en Angleterre, pendant que la première était restée fidèle D Je. î à l’ancienne religion. Cette circonstance n'avait produit D d'u de changement que dans la désignation respective des ég cf oppresseurs et des opprimés. Les Zrlandaïs proscrits po jusque-là sous. ce nom, auquel on ajoutaït l’épithète de ex:

sauvages, pour les marquer du sceau de la réprobation all

politique, avaient continué de l’être depuis à titre de

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catholiques. Alors le fanatisme avait ajouté ses propres fureurs à celles de la haine nationale, à la rage de lu domination, à celle de la cupidité. C’était alors aussi qu’on avait vu s'élever cet échaffaudage de lois pénales, la honte de l’humanité, dont la barbarie l'avait emporté daiis ses effets sur celle de l'établissement de l’inquisition en Espagne. Ce code :nonstrueux avait pour prétexte d’extirper la religion catholique et d’y substituer le protestaniisme ; pour but réel, d'assurer à la minorité l’ascendant qui l'avait mis à même de s’enrichir des dépouilles de la majorité, L: résultat avait été de continuer à couvrir l’Irlande de décombres et de ruines arrosés du sang et des larmes de ses habitans, enfin de développer le germe d’une -atuption qui ramifiait encore aujourd’hui dans toutes les veines du corps politique au point de résister aux progrès des lumières et de la civilisation modernes, de défier les hommes d’état les plus habiles et les plus éclairés de pouvoir y porter remède.

Les Honorables Membres dort il (M. V.) combattait les sentimens, ne tlevaient-ils pas voir, avec le pays tout

entier, que les mêmes causes devaient nécessairement entrainer ici des conséquences semblables, si nous ne nous

empre*, oc": den a' ter la marche avant que le mal, qui se répa.. "it : ujours avec la rapidité de l'incendie, tandis

que le bien ne ce fesait qu'au fuseau, n’eût gangréné tout le corps politique, En soutenant la nécessité prétendue d’une représentation spéciale dans notre branche de la égislature en faveur d’une classe distincte, en réclamant pour cette classe des priviléges particuliers, ti pouvoir exclu 'f, nétait-ce pas, en d’autres termes,demander pour elle cet scendant dont le résultat avait depuis des siècles

été si fatal à l'Irlande, où, sur le sol qui l'avait vu naftre, tout un peuple s'était trouvé sans patrie ?

La considération d’un sujet de cette importance se liait intimement à celle des griefs de la province, et par là mème à celle du Zi/! de l'Assemblée pour la nomination d'un Agent. Comment aussi les Honorables Membres pourraient-ils ne pas sentir que quand il ne se trouverait pas un aussi grand nombre d’autres motifs également imipérieux, celui-ci devait de Jui-même et seul suffire pour les déterminer à lui donner toute leur attention au lieu d'étoufler toute discussion, de le rejeter sans examen,

I (M. V.) c: © ‘* ces considérations d’elles-mèmes décisives ; il pouvait ourtant les présenter sous un jour plus frappant encore en fesant voir que le système qui se présentait sous ces traits hideux, n'était pas même à naître dans la province. Il n’y manquait, jusqu’à ces dernières années, que d’être ouvertement avoué par des hommes dont un grand nombre, établis parmi nous, jouissaient ici de fortunes, recueillaient des faveurs, se trouvaient dans un rang auxquels il était plus que probable qu’ils ne seaient jamais parvenus dans leur propre pays. Ils étaient assurément sous ce rapport beaucoup plus avantageusement partagés que les Canadiens. Cependant ce n'était pas assez pour combler leurs vœux, ils ne pouvaient se contenter de vivre heureux avec nous, ils prétendaient quelque chose de plus que de Pêtre à nos dépens. L’Honorable Membre avait parlé comme un homme emporté par le désir de nous arracher la faible part qui nous restait dans la balance du gouvernement,

Sans parler de tant d’autres traits d'annlogie que le tableau de nos griefs présentait relativement à la conduite de la classe dominatrice en Irlande, il (M. V.) devait faire

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