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observer qu'on avait été jusqu'à faire ici la tentative, digne des temps de désordres et d’anarchie dont il ( M. V.) venait de parler, de chasser les trois cents familles censitaires de L: Salle des terres que leurs travaux avaient fécondées, couvertes d'habitations et de culture. On en avait formé le projet de longue main, on l'avait suivi pendant plus de vingt ans avec une constance qui ne pouvait ètre égalée que par l’audacieuse injustice des mesures a‘loptées pour assurer son exécution.
On avait fait poursuivre le seigneur au nom de la couronne pour reclamer contre lui, devant la Cour du Banc du Roi de Montréal pour les causes civiles, l’étendue de terrein sur lequel ces censitaires étaient établis. Ce tribunal avait rendu jugement en faveur du seigneur. Le but des concessions des terres de la couronne, celui de les faire établir, était d’avance rempli. Sans les circons- {ances qui suivirent, on ne pourrait imaginer quel motif aurait pu déterminer à ne pas s’en rapporter à cette décision. lle avait été portée devant la cour d’appel, composée, comme on savait, de Conseillers Exécutifs. Ils l'avaient infirmée. Pendant ce temps, les censitaires qui, suivant les lois et la jurisprudence, d’après un usage constant du pays, et d’après les règles les plus communes de la justice, devaient censerver leurs terres, quelque fut Pissue de la cause entre la couronr.e et le seigneur, avaient fait connaître leur situation au gouvernement local. Aussi Sir Robert Shore Milnes, qui tenait les rênes de l’administration alors, avait-il refusé de signer les iettres-patentes ou concessions de cette étendue de terrein en faveur d’une couple d'individus qui voulaient s'enrichir du pa-
trimoine de ces trois cents familles.
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Quelque temps après l’arrivée de son successeur, Sir James Craig, on lui présenta ces lettres-patentes à signer comme concessions de ferres vacantes de la couronne ; ce qu’il avait fait dans l'ignorance des circonstances antérieures, qu’il ( M. V.) venait d’exposer. Les représentations des censitaires de La Salle l’avaient bientôt éclairé sur l’erreur dans laquelle on l'avait fait tomber. Il paraissait avoir de bonne foi cherché les moyens de la réparer. Quelques fussent les intentions de celui des officiers de la couronne auquel on savait qu’il s'était adressé dans cette occasion, il était au moins certain qu’il n’avait nullement eu recours aux moyens que les lois indiquaient pour défendre les censitaires qui, poursuivis par les concessiounaires de la couronne, étaient condamnés, Appelant de ces décisions devant cette cour de dernier ressort dans la province, composée, comme il ( M. V.) l'avait observé déjà, de conseillers exécutifs qui devaient avoir agi dans une autre capacité, relativement aux démarches sur lesquelles on s’appuyait pour poursuivre leur éviction, elle les condamnait également.
On soutenait, d’ailleurs, que les censitaires de La Salle ne pouvaient rien opposer à ces demandes ; qu’ils ne pouvaient contester un titre donné par la couronne! Les cours de justice dans la province, disait-on, n'avaient pas juridiction. Sa Majesté ne pouvait-elle même s’adresser aux cours du Canada pour faire déclarer la nullité de ces lettres-patentes, ou concessions, encore qu’elles pussent être entachées d’erreur ou d’injustice ou que ce fût par fraude qu’on les eût obtenues. On croyait, ou l’on feignait de croire à ces absurdités. La passion les invoquait comme des principes.
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Enfin l'enquête d’un comité des communes de la province avait eu l’effit de dévoiler ce long tissu d'erreurs et d’iniquités. Une adresse à sa majesté de leur part à ce sujet avait été suivie de la réponse que l’on devait attendre d’un gouvernement instruit, enfin,da véritable état de la question. Cette réponse renfermait la suggestion d’une action de la part des ofliciers dela couronne, de poursuivre en son non dans la province la nullité de ces lettres-patentes contre les concessionnaires, IL avait fallu cette démarche des ministres pour qu'un grand nombre de ceux qui s’attribuaient journellement parmi nous des lumières exclusives put enfin se persuader que le souverain pouvait exercer dans le pays le droit qu’on ne pourrait refuser au dernier de ses sujets de demander de ses cours cet acte de justice.
Qui croirait, cependant, qu'après cette dépêche, les ofMciers en loi de Sa Majesté n’eussent fait aucune démarche contre les concessionnaires de la couronne ? Au contraire, la défiance produite par la conduite que lon tenait à cet égard, la considération de ce que les délais avaient cle ruineux pour les concessionnaires de La Salle, avaient été pour l’Assemblée des motifs de faire encore, pour mettre fin a cette discussion, en assurant au concessionnaires de La Salle la possession de leurs terres, moyennant le payement des redevances stipulées dans Jeurs contrats, ie sacrifice de sommes considérables pour payer en très grande partie les frais des actions portées contre eux dans les cours par les concessionnaires de la couronne, que ces officiers auraient dû travailler à faire punir, non-seulement en intervenant au nom de sa .ujesté pour défendre les premiers, mais en poursuivant directement les seconds pour faire annuller des lettres-patentes,
dont ils avaient au contraire profité comme si ces actes eussent été sans reproches.
Que ne devait-on pas s'attendre à voir s’opérer en ce genre dans la province, si cette tentative odieuse avait été couronnée d'heureux succès? Les hommes capables de ces conceptions n’avaient-ils pas formé d'avance d’autres projets de spoliation, dont celle-ci ne devait être que le prélude? Cette carrière de fortune, une fois ouverte, en auraient-ils abandonné l'exploitation ?
Il (M. V.) devait, avant d'aller plus loin, prier les Honorables Membres de considérer que c'était à l’Assemblée qu’on avait obligation d’une opposition efficace à ces tentatives dignes des époques les plus ténébreuses du moyen âge, dont le déshonneur ne pouvait que réjaillir sur le gouvernement et affaiblir d'autant son autorité. C'était là de véritables titres à sa reconnaissance, comme à celle du pays que les représentans avaient également méritée par la constance de leurs efforts pour corriger ou réprimer des abus, en même tems que tous les projets de mesures propres à faire jaillir les sources de l’émulation et de l’industrie, à développer les ressources du pays en tout genre ; enfin que des lois également protectrices avaient été leur ouvrage.
Les Honorables Membres qui formaient la majorité dans le Conseil, pouvaient-ils se croire à l'abri de tout reproche, après les avoir en si grand nombre constamment rejettés ? Un pays pouvait-il avancer dans la carrière des améliorations quand ils repoussaient des mesures propres à arrêter ou prévenir des désordres tels que ceux de la dilapidation de la fortune publique, pour assurer l’impartialité dans l’administration de la justice, pour répandre les bienfaits de l'éducation, pour créer de
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ces institutions municipales et autres, qui seules peuvent servir de base à la prospérité générale ?
Ce n'était pas assez de s'être déclarés formellement les partisans de l’ascendant d’une classe particulière de citoyens sur la masse des habitans du pays, celui de tous les abus le plus propre à développer le germe de la plus funeste corruption. Depuis deux ans ils avaient appelé le monopole de la propriété territoriale à l’appui de cette œuvre de destruction.
Indépendamment de tant d’autres considérations, il (M. V.) avait déjà dans ses communications au gouvernement de sa majesté fait observer à ce sujet que si des circonstances particulières à d’autres colonies pouvaient offrir, là, des motifs de faire exception aux règles de l’économie politique, qui prescrivaient toute espèce de monopole, celui de la propriété territoriale dans notre province militerait encore beaucoup plus contre ces règles que partout ailleurs. Quelle idée que celle d’en faire l’objet d’un trafic exclusif quand on rougirait de la mettre au jour relativement à quelqu’espèce que ce fut des productions de la terre elle-même, ou de celles de l’industrie manufacturière ! Quant à nous, il fallait aue les conséquences d’une tentative de cette nature fussent aussi graves, pour ne pas se borner à la combattre avec les armes du ridicule.
Que dirait-on si l’on ôsait prétendre faire le bien des habitans du pays en accordant à des sociétés de spéculateurs les mêmes avantages relativement à des éloffes, à du coton, ou du caffé ? Ne semblait-on pas travailler à
nous ramener aux usages reçus pendant les ténèbres du moyen âge, sur celte matière? C'était à des expédiens analogues que la reine Elizabeth et ses prédécesseurs
avaient recours pour enrichir leurs courtisans, ou pour fournir aux capitalistes, qui leur prétaient des deniers, les moyens de se rembourser de leurs avances,
Tout s’enchaïnait dans un système vicieux. Le secrèt était l'âme des opérations de ce genre que l'équité ne pouvait avouer, Comme il ( M. V.) l'avait aussi fait observer, pendant que des sociétaires intriguaient sourdement auprès de l’administration locale pour l’engager à seconder leurs vues, c'était en vain que l’Assemblée lui demandait à ce sujet là même des renseignemens. C'està-dire qu’on refusait aux représentans du peuple tous les moyens de former et de soutenir, contre le projet d'une spéculation dont les profits devaient se faire à ses dépens, leurs réclamations, soit dans le pays, soit auprès du gouvernement d'Angleterre avec lequel les sociétaires nésociaient d'une manicre également mystérieuse.
Ils avaient enfin pu, dans le parlement impérial, faire passer de même en leur faveur une loi qui, présentée sous le nom de Ball privé, renfermait une clause pour lui faire produire les effets d'un acte public ! Il était passé sans discussion dans les deux chambres. Il n’était venu que par hazard à sa connaissance ( de M. V. ) ainsi qu’à celle de M. Morin, et trop tard pour que leurs représentations contre cette mesure pussent dans le moment avoir l'effet qu'on devait attendre plus tard des lumières et de l'équité du gouvernement de sa majesté.
Les sociétaires l'avaient entrainé, comme le parlement, dans l'erreur en agissant contre la province sans lavoir mise à portée de se défendre. Des démarches de cette nature violaient toutes les règles de la justice ; leurs re- ‘sultats répugnaient à toutes celles de notre constitution, à toutes celles de l'économie politique, se trouvaient en
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contradiction formelle avec les sentimens exprimés sur ce sujet là même dans les dépèches des ministres communiquées à la législature de la province.
C'était encore là des objets dont la considération se rattachait essentiellement à celle du Zi!! de l’Assemblée pour la nomination d’un Agent qui soutiendrait les reclamations de la province. Les honorables membres ne pourraient donner une preuve plus frappante de leur attachement au gouvernement, qu’en accueillant une discussion qui pouvait les éclairer sur la nature mème du système qu'ils avaient caressé jusqu’à présent, Un examen approfondi pourrait avoir l'effet de les convaincre qu? prenait sa source dans une funeste illusion. Ils acceuil leraient alors une mesure qui fournirait les moyens de réparer le mal qu’il avait déjà produit, de prévenir celui qu’il était de nature à faire éclorre. En revenant sur leurs pas, en se réunissant à leurs concitoyens, ils travailleraient alors véritablement pour leur honneur, comme ils agiraient dans l'intérêt du gouvernement dont ils se disaient les appuis.
Les préjugés nationaux auxquels l'Honorable Membre était en proie contre les Canadiens ne lui laissaient voir que des collisions violentes comme suite inévitable d’une différence d'opinion sur un point de politique et de constitution entre eux et ceux dont il se croyait le représentant à titre spécial, comme s’il était question d’une lutte sanglante ! IL (M. V.) avait déja fait voir ce que l’on devait penser de ces effusions de cœur, ce qui se trouvait de chimérique dans l’idée que la masse des habitans du pays put nourrir le désir d’appesantir le joug de la servitude sur une classe particulière de leurs concitoyens, qu’elle put s’y croire intéressée, qu’elle en eût les moyens:
Si ces considérations ne suflisaient pas pour dissiper l'illusion de l'Honorable Membre, et calmer les craintes de ceux qu'il regardait en qualité de commettans s'ils les partageaient, il serait facile de faire évanouir jusqu’à l'ombre des dangers dont ils pouvaient se croire menacés.
I (M. V.) devait prier l'Honorable Membre de donner
de nouveau sou attention à quelques écrits récens, qu'il
n'avait pu manquer de lire, insérés dans une publication commencée, suivie dans le but avoué de propager les sentimens d’un royalisme pur, absolument dégagé de toute espèce de scorics démocratiques. Elle était l'écho Aî% ceux au nom desquels l’Honorable Membre élevait la voix, comme sa création une de leurs conceptions, son établissement leur ouvrage. Un des apôtres de leurs doctrines avait dernièrement couvert à la fois plus de douze colonnes de la feuille de ses réflexions pour les appuyer, Il voulait, aussi lui, la conservation de tout ce que l’Honorable Membre chérissait. Il la voulait entière et sans réserve. Ilne voyait dans ceux qui réclamaient des altérations, que des révolutionnaires, des bêtes féroces altérées de sang ; dans les membres de l'Assemblée qui s'élevaient contre les abus de l'autorité, des factieux qui trompaient les Canadiens, jusqu'ici le peuple le plus heureux de laterre! Ceux qui l’entraînaient dans ces illusions étaient des perlurbateurs de la paix publique, des envahisseurs du trône ct de l'autel, coupables de rébellion envers le pouvoir qui devait réprimer leurs excès.
On devait voir au moins que l'écrivain était dans des dispositions on ne pouvait plus analogues à celles de l’Honorable Membre, et combien il devait lui paraître digne de confiance en indiquant les moyens d’anéantir l'influence d’une démagogie qui, suivant lui, semait le
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trouble dans la province. IL se trouvait pourtant entre eux une différence trop digne d'attention pour qu'avant d'en venir à cet objet, il ( M. V. ) ne crut pas devoir la faire remarquer. A la suite de ces tirades et de beaucoup d’autres, également brulantes, il insistait à plus d’une reprise sur les griefs réels dont le pays, disait-il, n'avait que trop & se plaindre. Se donnant comme un défenseur du clergé, parlant même comme un des membres de ce corps, il préludait à l'exposition directe de ses moyens d'imposer silence aux perturbateurs de la paix publique, par exprimer le désir que Le clergé pridt le gouvernement d'accorder au pays ce qu'il demandait avec tant de raison ; que ce gouvernement n'insullät pas les Canadiens, comme 1l l'avait fuit en trop d'occasions ; chose dont il élait peiné, disait-il, e£ s’abstenait de rappeler la mémoire ; mis dont le souvenir élait indélébile dans les cœurs sensibles e4 généreux,
De ces prémisses contradictoires, il tirait pourtant des conclusions que la seine politique plus que la morale et la religion ne pouvaient désavouer. Suivant lui, les Aewreux Canadiens le seraient bien davantage, si leur bonhenr était assuré, pour l'avenir ; si le gouvernement leur rendait la justice qui leur élait due, parce qu'outre que nous aurions ce qui molivait leurs justes réclamations, Les libéraux n'auraient plus de prétextes pour nous troubler.
Que devait-on penser en voyant un des plus ardens, des plus habiles défenseurs de la puissance du jour dans la province, réduit à la nécessité de faire ces avœux énergiques ? L’amertume du sarcasme qu’ils comportaient l'emportait sur celle des reproches adressés à l’administralion coloniale par ses plus chauds adversaires.
Il ne leur en fesait pas moins hautement un crime, ettout en
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se rangeant, de la meilleure foi du monde, parmi leurs ennemis, il se trouvait pourtant forcé de reconnai.re qu’à de longues injustices, a des retus constants de les réparer, elle avait ajouté de mème des outrages capuuies le faire des plaies d’une profondeur qui rendrait le remède impossible, 11 (M. V. ) devait en mème temps chserver, quant à cette de“nière assertion de l'écrivain, qu’il était dans l’erreur. Si la trace de ces blessures ne pouvait pas entièrement s’effacer, baume salutaire, la justice pouvait au moins les cicatriser. Ce n’était pas ceux qui souffraient des torts de cette espèce, qui pussent ne pas les oublier. C’étaient les artisans de l’injure qui ne savaient pas la pardonner à ceux auxqüels ils l'avaient prodiguée, \
Mais enfin quel langage dans la bouche d’un homme enrolé sous les mêmes drapeaux que l'Honorable Membre, et dont les opinions devraient, pour lui, faire autorité / Restait à cavoir s’il était possible à lui de refuse: d'y souscrire. Il (M. V.) devait dire de nouveau que la justice était en effet le véritable, l’unique levier dont on put se servir avec efficacité pour rétablir dans la province l'équilibre rompu par une longue suite d'abus dans l’adiinistration de sou gouvernement. Ce serait à la fois un moyen infaillible de déjouer les manœuvre: de ceux aux-
quels on pouvait attribuer des projets d'inarchie pour les substituer à ces désordres. S'il se trouvait des hommes
«le cette trempe dans le pays, leur importance tait Le fruit un sentiment de malaise dans la masse du peuple. Ses souffrances provoquaient des plaintes dont ils n'étaient, dont-ils ne pouvaient être que les échos. Elle s’évanouïrait avec les causes qui leur avaient donné naissance. Ils se verraient alors en eltet réduits à la nécessité de garder le silence où de prècher dans le désert.
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Le bill proposé pour la nomination d’un Agent était éminemment de nature à produire cet heureux effet. Comment, dès lors, l’honorable membre pouvait-il se résoudre à presser le Conseil de le rejeter sans discussion et sans examen, sans même offrir une raison plausible à l’appui de cette propnsition ?
En admettant que cette mesure mit en danger quelques uns des priviléges dont les honorables membres étaient en possession, leur crainte à cet égard pourrait-elle l’emporter sur les considérations qu’il verait de dérouler à leurs yeux, devrait-elle mème les balancer un instant ? Comment ne reculeraient-ils pas devant les conséquences ÿ :vitables de la continuatien d’un semblable état de choss dans le pays? Pourraient-ils, après avoir donné quelqu’attention aux principes du gouvernement, consulté Pexpérience, ne pas rester convaincus que l'affectation de pretentions dominatrices aux citoyens d’une classe particulière au préjudice de ceux qui composaient la n'asse d’un peuple, était toujours également funeste aux uns et aux autres ; qu'elle avait nécessairement l'effet, en les dégradant tous ensemble, de paralyser, de mème, toutes lears facultés ? Les premiers pouvaient compter sur l’espoir assuré de parvenir à tout sans avoir besoin de talens plus que de vertus, qui n'étaient pas moins inutiles aux seconds, puisqu'iis ne pouvaient parvenir à rien.
Ce régime humiliant et corrupteur étouffait tous les sentimens généreux. La justice et la science disparaissaient pour céder ia place aux passions qui renversaient l'édifice de la civilisation, et de ses débris élevaient un trône à l'ignorance et à l’immoralité.
Il devait aussi demander si le mérite était bien ordinai-
rement ici la porte par laquelle on entrait dans le temple de
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la faveur? La manière dont on était parvenu trop souvent aux emplois ne devait-elle pas au contraire avoir l’effet de tarir toutes les sources d’une noble émulation ? Avaitil (Mr. V.) besoin, comme il lui serait si facile de le faire, d'ajouter de nouveaux traits au tableau qu'il avait esquissé? D'un côté jusqu’à la violation, répétée constamment pendant tant d'années, du dépot du revenu public n'avait pas servi d’obstacle à l’avanceme t; de l’autre, on avait pu se persuader que des places d’honneur, de profit, de haute confiance étaient le prix de l’injure, de la calomnie, de la haîne contre les habitans du pays. Dans ces derniers tems encore, des hommes, qui n'étaient connus que par les outrages qu’ils leur avaient prodigués, ou qui s'étaient fait remarquer par l’activité de leurs efforts pour les dévouer à la prosceription en renversant à la fois tous leurs droits et tous leurs établissemens, avaient obtenu de ces faveurs comme si cette conduite les avait rendus dignes de la reconnaissance de leurs concitoyens.
Ii (M. V.) se contenterait dans ce moment de citer un trait de ce genre de corruption qui, quoique d’une date moins récente que quelques autres, n'avait rien perdu de sa gravité. L’Assemblée s’occupait d'un projet d’adresse, présentée depuis à sa majesté, contre des griefs qui pour la plus part avaient continué d’être, étaient encore au nombre des sujets de ses réclamations. Un homme qni, comme beaucoup d’autres, tirait son importance de ses fonctions et de salaires payés à même le produit des sueurs du peuple de la province, dit alors hautement, entre beaucoup d’autres choses, non moins condamnables, qu’au lieu de prêter l'oreille aux plaintes de ses habitans, on devrait leur tirer un peu de sang des veines pour calmer leurs murmures, Du sang ( blood ) était le
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verain, aurait, en Angleterre, pu conserver un Jour de plus une charge qu’il aurait ilétrie pour ainsi dire par ces sentimens d’une insolence brutale ? On s’était, ici, contenté de lui répondre qu'il était triste de voir un homme spécialement chargé de défendre les droits des sujets de sa majesté sembler ne connaitre d'autres principes de gouvernement que les bayonnettes, de règles de justice que la potence.
La répétition journalière de semblables scènes à cette époque avait fini par émousser en quelque sorte le sentiment d’indignation, qu'elles étaiéfit de nature à provoquer. Chez l'individu, ce pouvait être effet de préjugés d'éducation capables de gâter un naturel heureux. Il (M. V.) croyait pouvoir dire qu'ils étaient nourris par des personnes de rang qui le poussaient, jeune encore, à ces excès, applaudissaient à sa conduite dans ces occasions comme à des actes d’une hororable énergie. Pouvait-il ne pas s’en être applaudi lui même en se voyant ensuite placé dans une situation encore plus élevée ?
Un des membres du Conseil, ayant demandé de le nommer, M. V. dit qu’il l’aurait fait si l’ex posé du fait n’avait pas sufñi pour appuyer ses observations. En discutant des objets d'intérêt public, il avait pour règle d’écarter autant que possible toutes les considérations qui se rapportaient aux individus. Il n’ajouterait jamais à ses remarques, sans nécessité, rien qui dut les rendre plus amères pour ceux qu’elles pouvaient atteindre. Il n'avait point de ressentimens personnels à gratifier, c’étaient des devoirs qu’il avait à remplir, et dont il devait s’acquitter aussi, quoiqu'’ils fussent souvent pénibles.
Il devait saisir l’occasion de cette dernière remarque pour repousser un reproche suscité contre lui pendant qu’il était en Angleterre et qui pouvait se renouveler ici, relativement aux sujeis qu’il se trouvait forcé de discuter. Entre d'autres intrigues, on avait essayé de lui faire un crime de quelques unes de ses observations dans ses communications au gouvernement de sa majesté, relativement au Conseil, sous le prétexte qu’il ( M. V.) en était membre, comme si des intérêts de corps auraient dû l’emporter, dans le cœur d’un citoyen, sur celui de son pays et de son gouvernement. Il devait aussi déclarer comme il l’avait fait alors, même avant d’avoir démêlé cette intrigue, qu’il fallait un motif comme celui d’une obligation, avec laquelle un homme honnête ne pouvait transiger, pour dénoncer en effet dans ces occasions les procédés de la majorité dans la branche de la législature à laquelle il (M. V.) appartenait. Pouvait-il être mû par un autre sentiment, quand dans celles-ci comme dans beaucoup d’autres, il ne pouvait éviter de blesser des hommes contre lesquels il n'avait personnellement aucun sujet de plainte, ou parmi lesquels il s’en trouvait, les uns dont il avait à se louer, d’autres dont il aurait eu des raisons puissantes de travailler à se concilier la bienveillance ?
Au reste, la profondeur du sentiment dont il (M. V.) était pénétré, ne lui fesait pas illusion. Il devait dire aussi que les abus dont il avait démontré les résultats obligés n’étaient pas moins le vice d’un système pernicieux que la faute des individus que ses observations pouvaient affecter. En plaçant les hommes entre l'intérêt de la justice et celui de leurs passions, celles-ci devaient généralement faire pencher la balance en leur faveur.
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