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Pour ajouter une preuve démonstrative de la vérité de ces observations, il lui suffirait (à M. V.) d'indiquer l’une «des conséquences immédiates de cette partie de l'adresse de l’année mil huit cent trente trois. dans laquelle ceux qui formaient la majorité dans le Conseil avaient mis au jour la prétention qu’ils devaient constituer cette espèce de représentation spéciale en faveur d’une classe particulière et distincte de citoyens dans le pays. Ils aspiraient à faire consacrer ici l’établisscinent d’une aristocratie qui ne tiendrait pas à la naissance, à la grande propriété foncière, à la reconnaissance pour des services publics, non plus qu'aux talens, aux lumières, que l’on pouvait regarder comme le fruit de l'éducation dans un rang élevé ; mais uniquement à l’origine, et à la conüition qu’elle fût étrangère au pays. Ils entendaient eux-mêmes représenter à ce titre ceux qui dans la province avaient avec eux ce singulier avantage.
IT ( M. V. ) avait déjà fait voir ce que ces conceptions avaient de plus qu'étrange. Il devait ajouter ici que, ne fut-ce qu’au moyen de ce privilége dont on trouvait à peine des exemples ou quelque chose d’analogue aux époques les plus sombres du moyen-âge, cette classe formerait essentiellement un corps de nobiesse extrèmement nombreux. Cette représentation leur mettait entre les mains la puissance législative. Ils pourraient s’en servir d’une manière plus qu’indépendante de l'opinion publique,dans des vues différentes de celles du peuple du pays, dans des intérêts opposés, Le priver des moyens, même de l’espérance, de voir porter remède à ses maux, de pourvoir à ses besoins.
Comme il ( M. V. ) l'avait encore observé dans une de
ses communications au gouvernement en Angleterre à ce 5 *
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sujet, on savait dans quelles illusions les doctrines ou Les exemples qui dattaient les passions cupides ou le penchant inné de l’homme à la domination pouvaient l’entrainer.
Une partie de ceux auquels l'adresse présentait la perspective de ces espérances de fortune et d’ambition, ne s’était pas trouvée satisfaite de cette portion de la souveraine puissance : allant plus loin encore, ils avaient réclamé comme un droit de ceux qui formeraient cette espèce de caste nobiliaire, le monopole de la’ ministration de la justice, tout ce qu’elle renfermait a sssentiel en matières criminelles ou pénales, que les lois défèrent indéfiniment à la masse des citoyens. Enfin ils avaient prétendu qu’ils devaient dans les cours être appelés comme jurés au préjudice des Canadiens.
Ils avaient pousse l’aveuglement jusqu’à faire de ce renversement de l’un des deux principes fondamentaux de notre gonvernement comme de notre ordre social, de celui de toute justice, de toute morale, l'objet d’une demande gravement énoncée dans une requête à laquelle ils avaient fait passer l’océan pour la faire mettre au pied du trône et prier sa majesté de les seconder dans ces projets de domination. Enfin pour couronner ce chef-d'œuvre d’aberration, ils avaient invoqué le prétexte si souvent rebattu de l’ignorance des Canadiens.
Quant à ce prétexte, s’il ne renfermait pas autant une
* absurdité qu’un outrage aux habitans du pays, il (M. V.)
en appellerait à l'expérience de ces dernières années, aux déclarations solemnelles des juges les plus éclairés comme du plus haut rang dans la province, qu’ils n’avaient jamais vu des hommes remplir leurs fonctions d’une manière plus respectable et plus conscientieuse que les jurés tirés de la masse du peuple du pays. J!(M. V.)
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pourrait observer,avec des magistrats éclairés de la mème origine que les pétitionnaires à ce sujet là même, que si parmi les Canadiens il se trouvait un grand nombre ce personnes illétrées, on avait tort d’en conclure qu'ils fus« sent, à proprement parler, ignorans. Leur éducation religieuse, leurs habitudes morales les formaient, les qua- . lifiaient éminemment pour s'acquitter avec honneur, et dans les intérêts d’une exacte justice, de ces obligations importantes,
Mais quelle idée que celle de prétendre les dépouiller de ces droits inaliénables et imprescriptibles, que les lois de l’empire attachaient à leur naissance, dont la privation et par là même celle de la protection des lois, les repousserait en dehors de la société, les marquerait du sceau de la servitude ! D'un autre côté, l'exercice de ces droits n’était-il pas la plus sure, l’unique source à laquelle un peuple pût puiser l'éducation politique ? Elle ne pouvait être chez lui le fruit de discussions académiques, ou de méditations de cabinet. Elle ne pouvait être que le résultat des institutions et de la pratique. Prétendre tenir un peuple dans cet état d'interdiction en attendant qu’il fût parvenu par d’autres voies à la connaissance de ses droits comme de ses devoirs de citoyen, c'était, comme l’observaient les publicistes, vouloir que l'effet précédät la cause. C'était le moyen, en prolongeant son enfance et en le dégradant davantage, de s’assurer un prétexte toujours subsistant de le tenir de même de plus en plus dans la dépendance. (C'était aussi le sophisme de tous les ennemis de la raison humaine et de la liberté,
En supposant quelque chose de fondé dans ces déclarations, serait-ce aux habitaus du pays qu'il faudrait adresser ces reproches ? Ne serait-ce pas aux hommes
du pouvoir qui, sans parler de tant d’autres fautes du mème genre, avaient pu, pendant un demi siècle, peutètre davantage, laisser violer, fouler aux pieds, sous leurs yeux, les principes de cette institution sacrée, sans s'occuper eux-mêmes de s'acquitter du premier de leurs devoirs, en réprimant cet abus flagrant, S'ils avaient fait usage de leur autorité pour faire respecter les lois, la génération actuelle toute entière serait pleinement instruite sur cet article important, S'il pouvait être vrai de dire qu'il manquât quelque chose à son éducation sous ce rapport, ne serait-ce pas de tous, le motif le plus impérieux de recourir au seul moyen propre à réparer le mal que cet abus avait entrainé ?
U ( M. V. ) devait faire observer à ce sujet que le sort d’un peuple qui serait sans ressource, en proie à ce système d'exclusion, pourrait bientôt devenir plus malheureux que celui des esclaves en prenant ce mot dans son acception la plus rigoureuse. Des serfs, comme ceux de la Pologne et de la Russie, pouvaient au moins compter, pour leur protection, sur le sentiment de l'intérêt du maître dont-ils étaient la propriété. Il ne pouvait s’assurer la conservation de leur travail qu'en s'assurant celle de leurs personnes, et de ce qu'il leur laissait de libre dans l’exercice de leurs facultés pour les exploiter à son profit. Mais dans les luttes politiques, généralement étrangères à cette espèce d'hommes, le sentiment de Fintérèt s'unissait à celui de la haine pour immoler ceux que le pouvoir regardait comme des obstacles à ses projets ambitieux.
Si quelque chose était nécessaire pour ajouter à la force de ces considérations, on pourrait observer que les tribunaux de toute espèce dans la province se trouvaient en
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grande majorité composés d'hommes étrangers au pays par leur naissance. IL ( M. V. ) n’avait pas besoin de faire remarquer de nouveau qu’ils ne pouvaient manquer de le devenir davantage, dans un état de choses comme celui qu’il avait caractérisé, par les affections, comme ils devaient se croire des intérêts opposés.
Quelque chose de plus frappant encore avec ces élé- , mens dans la formation des cours, les juges de celles de première instance comme d’appel et de dernier ressort dans la province se trouvaient à peu près généralement en matière civile et exclusivement quant à la propriéte foncière, les arbitres souverains du sort de leurs concitoyens sans l'intervention d’un corps de jurés, dans toute l'étendue de la province.
Ce sujet était d’une si grave importance qu’il (M. V.) croirait manquer à son devoir de ne pas ajouter à ces considérations quelques mots d’observations sur ce qu’on avait trop souvent dit et répété, que le droit de prendre part à l’administration de la justice en qualité de jurés était pour le peuple de la province l’objet d’une indifrérence apathique, même de ses répugnances. Que ces assertions fussent le fruit d’une conviction illusoire ou du désir de tromper, l'erreur grossière qu’elle renfermait n’était pas moins de nature à traîner à sa suite les plus fatales conséquences. (Ce moyen, l’unique d’obtenir l’impartialité. dans l’organisation comme dans la composition du tribunal chargé d’attester le crime ou l’innocence de celui contre lequel on portait une accusation, était,au contraire dans le pays, l’objet d’un sentiment d’attachement réfléchi, d’un respect profond autant qu’il était universel. Son importance et ses avantages étaient le sujet d’entretiens journaliers sous les toits de chaume
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comme sous les lambris de l’opulence. Il ( M. V. ) avait lui-même, longtemps avant qu'on eût entamé l’œuvre de la réforme sur cet article, entendu des hommes qui ne tenaient qu’un rang bien secondaire même parmi les simples cultivateurs, des hommes illetrés des campagnes éloignées des villes, se plaindre amèrement des abus qui réguaient dans le tirage des jurés, et contre lequel il (M. V.) avait lui-même reclamé si constamment pendant tant d'années. Il pouvait assurer de même qu’ils ne sentaient pas moins vivement ce que ce système d’exclusion aurait pour eux d’humiliant et de pernicieux.
Si l’on disait que ces sentimens étaient le fruit de discours ou d'écrits pleins de chaleur, qu’on en fit pour leurs auteurs, comme on l'avait déjà tenté, la matière d’un reproche, enfin si l'on voulait bien le désigner luimême comme l’un de ceux qui les avaient nourris dans le cœur de ses concitoyens ; il ( M. V.) devait dire qu’il s’en glorifierait comme du plus noble des tîtres à leur estime. C‘était la partie de sa conduite par laquelle il croirait avoir acquis même quelque droits à leur reconnaissance. Il serait trop heureux de partager cet honneur avec ce que l'Angleterre avait produit d'hommes du plus grand mérite, l'honneur de leur pays comme de l'humanité.Pourrait-il ne pas s’'applaudir d’avoir contribué de ses efforts à faire connaître la beauté de cette partie de notre édifice constitutionnel qu’un écrivain de ces derniers temps regardait avec raison comme un chef-d'œuvre dont la perfection, sous le rapport de la législation, égalait celle de Apollon du Belvedère sous celui de Part, autant que le premier l’emportait par les avantages qui découlaient pour une société de cette admirable institution ? Eafia il pourrait s’applaudir d’avoir contribué de même à
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la réforme en amenant ici,comme les hommes dont il venait de parler l'avaient fait en Angleterre, le gouvernement a donner son attention à cet objet important, à seconder ses vues dans son propre intérêt comme dans celui du pays.
Quant au peuple de la province, ses sentimens sur cet article étaient la preuve la moins équivoque des progrès de son éducation politique. En pourrait-on dire autant des démarches de cette portion des citoyens de Québec, dont la prétention en question avait été le sujet de ses observations? Etait-ce une preuve de la supériorité qu’ils s'attribuaient si naivement en fait de connaissances et de lumières comme leur appanage dans la province? Ne s'étaient-ils pas placés par là bien au dessous de ceux qu'ils avaient prétendu ravaler ?
Il ( M. V.) devait laisser ce sujet particulier de réflexion pour faire observer que c'était avec un état de choses comme celui dont il avait esquisé des traits aussi marquans qu’on en appelait au prétexte que la constitution d'Angleterre avait servi de modèle à celle du pays pour la présenter à ses habitans comme une œuvre de perfection devant laquelle ils devaient à jamais rester muets d’admiration et de respect. Ils ne pouvaient sans crime y réclamer la plus légère altération. Ils devaient s'interdire jusqu’à la pensée de jeter un regard su” les institutions de leurs voisins, afin de se mettre en garde contre le danger du doute qui pourrait ébranler cette «spèce de foi politique. Quant au premier point, les faits qu’il (M. V.) avait indiqués comportaient la preuve que limitation avait éte fautive dans l’organisation de notre gouvernement ; quant au second, il devait ajouter à celle de ses observations antérieures qui s’y rapportaient un sujet de considé-
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rations dont les honorables membres ne pouvaient manquer d'apprécier l'importance.
Depuis une couple d'années les plaintes du pays avaient excité l'attention des écrivains des Etats-Unis. Leurs remarques à ce sujet étaient souvent accompagnées de reproches durs, assaisonnées par fois de plaisanteries amères. Suivant eux, le peuple canadien ne pouvait s’en prendre qu’à lui mère des abus qui fesaient le sujet de ses réclamations : c'était le fruit de son attachement aveugle pour l'Angleterre, dont le gouvernement, disaient-ils, appuyait ceux qui s’en rendaient coupables. Il avait, disaient-ils encore, justement mérité son sort en repoussant deux fois à main armée le secours des Américains-Unis pour l'aider à renverser une autorité dont il attendait vainement depuis tant d'années une justice qu’elle continuait de lui refuser.
Quel sujet de méditation pour un homme d'état ! en songeant que c'était à la fidélité des Canadiens, dans des temps d'épreuves répétées, que l’Angleterre devait d’être la seule des nations de l’Europe qui conservât encore des possessions sur cette partie du continent de l’Amérique ! A la veille de la dernière guerre avec les Etats-Unis, ils avaient vu luire quelqu’espoir de justice. Imposant silence aux cris d’une juste indignation, provoquée durant les années précédentes par la conduite tyrannique de l’administration locale, ils avaient réuni leurs efforts à ceux d’un nouveau gouverneur pour la défense de la province, dans un moment où les circonstances laissaient à peine entrevoir des chances de salut.
Où savait quel en avait été le résultat. On savait de même si ceux, qui n'avaient cessé d'ajouter l’outrage à des injustices envers les habitans du pays, avaient montré, pour courir aux frontières y recueillir des lauriers, la même
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ardeur qu'ils avaient mise, qu’ils avaient depuis continué de mettre à solliciter des faveurs, devenues souvent le prix d'intrigues, contre ceux qu’on avait vu pendant cette crise si noblement s’occuper d'organiser les moyens de repousser l'invasion. -
I (M. V. ) ne se permettrait de rappeler qu’un seul trait, de l’époque, relatif à cette dernière remarque. L'un de ceux auxquels le gouvernement avait eu, sous ce rapport, les obligations les plus essentielles venait de sortir d'une prison dans laquelle on l'avait fait languir peudant plus d’une année comme prévenu de pratiques de trahison ! (*)......quels dégrés pour monter depuis sur le trône
de la justice, où la calomnie s'était enfin trouvée forcée
de le respecter!
Il ( M. V.) devait demander si les membres des familles de ses persécuteurs, et de tous ceux qui laissaient alors dtià percer ces idées de domination, qui se montraient ruaintenant à découvert, avaient de beaucoup grossi les rangs des défenseurs de la province ? C’étaient les familles, les parens de ces hommes incarcérés naguère sous les mêmes prétextes, c’étaient eux-mêmes, les Canadiens de tous les 1angs, de toutes les classes, aussi naguère abreuvés d'amertume, qui les avaient remplis. Quel était celui des honorables membres placés dans le
rang de ceux dont il ( M. V. ) combattait les prétentions,
dont les familles, les parens, les amis se trouvaient en aussi grand nombre au poste du danger ?
: Pour lui (M. V. ), de concert avec tous ceux que leur position mettait à mème d'exercer quelqu'’influence sur des compatriotes, il avait secondé leurs dispositions à répondre à l'appel qu’on fesait au sentiment de leur devoir,
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(*) Mr. le juge Bédard. 6
à celui de l'honneur. Il devait ajouter qu'rvant comme depuis il avait consacré son temps, des veilles laboricuses à Pétude des principes de son gouvernement. Il avait pu distinguer les élémens de liberté dont il se composait, l’égalité de droits qu'il assurait aux citoyens, les moyens efficaces qu’il mettait entre leurs mains pour résister à l’abus du pouvoir, puur le réprimer, ou pour y porter remède dans un système où les règles de conduite devaient être leur ouvrage. ‘Tels étaient à ses yeux les principes du gouvernement de son pays comme une émanation de celui d'Angleterre.
I (M. V. avait dû se féliciter, tenir à honneur de se trouver membre de cette grande famille des sujets britanniques qui lui semblait destinée par la providence à donner partout des exeniples comme des leçons dans l’art de faire le bonheur des sociétés, en fesant prospérer les arts et les sciences à labri des lois et de la liberté. Ce sentiment avait chez lui renforcé celui du devoir, Il (M. V.) l'avait nourri dans le cœur de ses compatriotes, et son développement et ses progrès avaient suivi ceux de leurs connaissances et de leur éducation politiques,
Quel était celui qu'ils devaient maintenant éprouver, qu’il ( M. V.) devait éprouver lui-même, s'il leur fallait se persuader que toutes les idées qu’ils s'étaient furinées sur ce sujet n'étaient que des chimères ; que le prix de leur attachement à la métropole, celui de leurs sacrifices, devait être la dégradation pour eux et leurs descendans ! Ils voyaient une classe particulière réclamer au milieu d'eax, et sur eux, la puissance législative, celle de vie et de mort, sous prétexte de son origine britannique, à ieur exclusion !
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IL (M. V.) laissait de côté la considération des trames ourdies contre le pays depuis la guerre, celle des démarches, objets de ses réclamations, dans lesquelles on avait entraîné le gouvernement d'Angleterre, de la dilapidation de nos finances, des désordres de toute espèce que nous avionsvu régner dans l’admininistration de la province sous de nos gouverneurs injustes ou trompés, s'ils n'étaient pas dupes de leurs propres erreurs; mais il (M. V. ) devait ajouter que depuis cette époqne on avait osé continuer d'en appeler encore à la conquête comme un tître à l'appui de ces prétentions. Îl était inutile de s'arrêter à les envisager sons ce nouveau rapport. Il devait suffire d’observer que les Canadiens à cette époque, en combaltant pour leur ancienne métropole, qui les abandonnait et rendait lenrs efforts inutiles pour la défenses du pays, avaient, par leur courage, mérité l'estime des gucrriers dont la valeur avait ajouté ces provinces aux possessions de l'Angleterre. La mort les avait fait disparaitre ; une seconde génération les avait suivi dans Île tombeau. C'était à la troisième, à tout un penple, à des hommes nés sujets anglais, sans exception, que l'on pou vait se permettre de tenir ce langage ! |
On allait jusqu’à leur faire un reproche amer de se qualifier d’enfans d’un sol qu'ils avaient arrosé de leurs sueur pour le soumettre au domaine de l’agriculture, de leu sang pour le défendre et, à ce prix, le conserver à celui de l'empire. [ls avaient réclamé, pour s'établir dans les parties vacantes de ce sol, les mêmes facilités qu'aux autres sujets de sa majesté, même à des aubains: à leurs plaintes d’en avoir été repoussés, on avait opposé la calomnie qui leur imputait à ce sujet des prétentions exclusives. La haîne ou la cupidité, peut-être toutes les deux
à la fois, s’en était saisi comme d’un fil pour ourdir en secrêt le projet de faire de ces terreins vacans un objet d’agiotage et de monopole à leur exclusion et à leurs dépers, comme de tous ceux qui pourraient tenter d’y former des établissemens.
Les honorables membres qui pouvaient ne pas partager ses sentimens (de M. V.) ne pourraient au moins pas accuser d’infidélité l’esquisse qu’il (M. V.) avait tracé des erreurs du jour plus que celle d’erreurs d’une date moins récente. Pourraient ils se croire désormais excusables d’y rester attachés ? Sil était possible qu’ils pussent n’être pas entièrement détrompés, il allait ajouter quelques observations qui ne pourraient manquer d'achever de renverser cet échaffaudage d'illusions.
On s'était souvent récrié sur l'amertume des réclamations, sur la violence des plaintes des Canadiens, on avait de même fait retentir la province de déclamations sur l’exagération de leurs demandes, sur l’injustice de leurs prétentions. Cependant personne n'avait encore osé nier un seul des faits invoqués dans la pétition des communes de la province au gouvernement et au parlement d’Angleterre. Dans le fait il n’était pas plus possible de les méconnaître que d’en affuiblir la gravité. Pourtant, malgré le nombre de ces demandes et des questions sur lesquelles on pourrait les supposer de nature à faire naitre des discussions, on pouvait les réduire aux plus simples expressions. Elles se rapportaient à des règles qui ne l’étaient pas moins autant que leur application était facile,
D'un coté le peuple du pays réclamait contre tout emploi du revenu public et contre tout acte de législation qui n’eût pas l’aveu de représentans, orgnes de ses vœux ; d'hommes pénétrés du sentiment de ses besoins ;
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de l’autre il exigeait l’impartialité dans les tribunaux et un tirage de jurés fait sans acception à même la masse des citoyens, comme il repoussait un triage de préférence d’une classe particulière ou d'individus, c’est à dire la plus lâche violation de l'institution. En d’autres termes à ses yeux les règles de conduite devaient être l'expression de l'opinion générale, comme les arrêts des cours, l’absolution ou la condamnation d’un citoyen, celle du sentiment de la conscience et de la justice publiques. C'étaient en effet les deux bases sur lesquelles tout l'édifice de notre gouvernement reposaif, comme c'était le véritable, l’unique appui de Pautorité. Qui pourrait prétendre que ces demandes fussent éntachées d’injustice ou même d'exagération ? IL(M. V.) interpelait les honorables membres d'indiquer celles qui dépassaient les limites des droits que les lois de l'empire attachaient à la naissance de tout sujet britannique et dont la privation ne marquerait pas le peuple du pays tout entier du sceau de la servitude.
Tels étaient les objets dont on osait gravement presser les membres de la seconde branche de la législature de détourner les yeux, de s'interdire jusqu’au plus léger examen, en leur proposant de rejeter de suite et sans délai, sans discussion, le bi! des communes de la province pour la nomination d'un agent dans la vue d'éclairer le gouvernement de sa majesté, de lui faire à la fois connaître l’état du pays, les besoins, les sentimens de ses habitans dans un intérêt vital et réciproque. Sans s'arrêter à des considérations particulières à ce sujet, laissant même de cdié celles de l’état de la province, pouvait-on perdre de vue cette vérité : que la confiance des peuples était la vie d’un gouvernement, Privé de ce ressort il ne lui reste-
rait plus que là force dont le sceptre se brisait toujours +
à l’époque où le besoin s'en fesait sentir davantage. Dès le moment où la Justice cessait de guider l'exercice du pouvoir, tous les liens des obligations morales se détachaient, il se creusait un abime sous les fondemens d’une société,
Des considérations relatives à des individus, à des prééminences personnelles, à des intérêts de corps ou de caste, pouvaient-elles balancer celles qu’il ( M. V. ) avait successivement mises sous les yeux des bonorables membres dans le couts de ses observations pour leur faire sentir la nécessité de chercher avec l’Assemblée les moyens d’écarter un système dont le résultat ne pouvait ètre en dernière analyse pour un gouvernement, que de succom-
ber sous le poids de sa propre faibiesse, ou pour tous ceux qui se trouvaient sous ce régime corrupteur de s’abrutir.
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[ Plusieurs membres du Couseil ayant successivement parlé dans un sens contraire, Mr. Viger fût obligé de répliquer plusieurs fois. Quant à ces derniers discours, on a dù se borner à faire un choix à même d'amples matéri-
aux. Nous sommes à ce sujet dispensés d'entrer dans des explications qui se trouveront dans le résumé qui suit.]
Mr. Viger observa qu'aucun des honorables membres
n'avait tenté d’opposer de dénégaticns aux faits, ni de
contester la vérité des principes qu'il avait invoqués, de faire voir de l’inexactitude dans Papplication qu’il en avait faite, de la fausseté dans les conséquences qu’il en avait tirées. A peine avaient ils effleuré quelques uns des sujets de cette discussion. Il devait cependant repousser quelques reproches injustes, signaler le vide de quelques assertions renouvelées ou présentées sous une autre forme auxquelles il (M. V.) devait au moins s'arrêter quelques instans, puisque les honorables membres les présentaient comme des motifs de la résolution, que leurs discours laissaient voir, d'appuyer la proposition qu’il (M. V.) avait combattue.
D'abord comment un honorable membre avait-il pu s’imaginer qu'il (M. V. ) pût avoir l'intention de lui faire des reproches sur l’infériorité de la classe à laquelle il pouvait appartenir en Europe ? Ce reproche serait autant et plus déplacé de sa part que de celle d’aucun autre personne. II(M. V.) n'avait lui même aucun sujet de se glorifier de l'illustration de ses propres aïeux quant à la naissance dans le sens qu’on attachait ordinairement à ces expressions, [l n'avait à s’applaudir que du souvenir
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des vertus par lesquelles ses parens avaient obtenu l’estime de leurs concitoyens. (C'était sous ce rapport qu’il pouvait se le rappeler avec satisfaction, comme il devait éprouver un sentiment de profonde reconnaissance des leçons, comme des exemples, qu’il ( M. V.) en avait reçus.
Bien loin que ceux, quelqu’ils fussent, dont le rang pouvait être le fruit de talens et d’une sage conduite, pussent perdre quelque chose à ses yeux, d’après les motifs que l'honorable membre lui supposait, c'était su contraire à cetitre 1à même qu'il (M. V.) les jugerait le plus digne d’éloges. Mais c'était au moins à la condition que ceux qui, parmi nous jouissaient de ces avantages, contractassent l’élévation d'idées, comme de sentimens, qui devaient être l’appanage de celle du rang ; qu’ils dépouillassent les préjugés encore trop communément enracinés dans les classes inférieures des nations de l'Europe, puisqu'ils devenaient nécessairement des fléaux dangereux à proportion de l'importance que ceux qu’ils égaraient pouvaient acquérir dans la province.
Leurs succès, quand ils étaient le prix du travail, de l'application, de l’activité, dont les habitudes étaient plus communes au siége de l’empire qu’elles ne létaient ici, seraient un juste sujet d'émulation. Ils n’avaient jamais été l'objet de l'envie chez les Canadiens, qui ne manqueraient pas non plus de s’en réjouir puisqu'ils contribueraient à la prospérité générale, si comme il (M. V.) l'avait observé, les premiers se trouvaient satisfaits de vivre heureux avec nous, au lieu d’aspirer à des avantages exclusifs. Ce qu'il (M. V.) leur reprochait, c'était de travailler à fétrir un pays auquel un sentiment de justice et de reconnaissance devait les attacher; d'oublier que celui de l'honneur, comme celui de leur intérêt, devait les porter
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à réunir leurs efforts à ceux des habitans du pays pour leur bien commun.
L’honorable membre n'avait pas été moins infortuné dans ses tentatives d’affaiblir les raisonnemens par lesquels il ( M. V.) avait fait voir qu’indépendamment de toute autre considération, les priviléges dont les sociétaires de la compagnie des terres travaillaient à se saisir répugnaient aux principes de :otre gouvernement,;comme aux notions les plus communes des règles de l’économie politique. L'honorable membre avait dit que leurs priviléges relativement aux terres de la couronne ne comportaient pas un monopole, parce qu’il n’en embrassait pas la totalité, mais ne pourrait affecter qu’un peu moins d’un million d’acres des terres; comme si la différence du plus au moins dans l’objet de cet agiotage pouvait rien changer à la nature de la chose elle-même, et qu’on pât se persuader que ce qui serait un monopole pour le tout ne le fût pas pour la partie qui s’y trouverait assujettie ! Comment l'honorable membre avait-il pu ne pas voir que ce raisonnement renfermait la contradiction la plus formelle ? Comment pouvait-il se dissimuler même que la proportion de terre que l’on voulait grever de ce fardeau, fût énorme ?
La seule inférence qu’on pouvait tirer de la restriction de ce monopole était qu’il ne serait pas dans ses effets pernicieux au même degré que s’il embrassait une plus grande superficie.
serait un monopole pour le tout, devait sentir qu’il avait
Mais l'honorable membre, en avouant que ce
passé sentence de condamnation contre le système qu’il . avait prétendu défendre,
Il ( M. V. ) se contenterait d’ajouter, comme il l'avait fait dans une occasion dont cette observation de l’hono-
rable membre lui rappelait le souvenir, une considération fondée sur une analogie frappante. Avant la révolution, la France toute entière n’était pas soumise à la Gabelle. Plusieurs provinces en étaient exemptes. Elle s’y trouvait remplacée par un impôt moins onéreux. Avait-on jamais imaginé que ce ne fût pas un monopole parce qu’il ne pesait pas sur le pays tout entier, et à la fois sur toute et chaque section du royaume sans exception, ou que par la mème raison le fardeau n’en dût pas paraître odieux ? C'était pourtant là la seule réponse que l'honorable membre avait cru devoir opposer aux considérations par lesquelles il (M. V.) avait démontré le vice d’un sem:blable établissement, L'honorable membre n'avait pas mème essayé d’ébranler aucun de ses autres raisonnemens.
Dans ua discours pour appuyer la proposition de rejeter le Bill instantanément in autre honorable membre avait débuté par parler d’une convention révolutionnaire dansS le pays. (C’était renouveler une insulte gratuite. On avait trompé le ci-devant ministre des colonies pour linduire à se servir d’un terme analogue dans ses dépèches. Cette conduite condamnable chez lui l'était chez l'honorable membre encore bien davantage. IL(M.V.; devait se contenter de l’abandonner au jugement de l’opinion publique.
L'honorable membre avait ensuite cru devoir parler du discours prononcé par Mr. Roebuck dans les communes d'Angleterre le 15 avril dernier pour le dénoncer comme rempli de faussetés ! C'était avec une confiance d’autant plus singulière, qu’une gazette d'Angleterre à la main, et en appelant à cette autorité, l'honorable membre n'avait pas précisé les objets sur iesquels il fondait cette accusation grave, et prononçait de suite condamnation, Que