‹ Observations du général Clauzel sur quelques actes de son commandement à AlgerChapitre 2 sur 20 · GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

GÉNÉRAL

» Le gouvernement, déjà déterminé à con-

soivcr la possession d'Aln;ei', a vu avec salisraclion , j)ar les rapports que vous m'avez adressés, qu'il élait possible de pourvoir à l'occupation de celle ville et des principaux points du littoral de la Régence avec un corps de dix mille hommes et des dépenses peu considérables. Ces considéi'alipiis Vont cou/iimé dans Vintcnlion de fonder^ sur le territoire d'Alger, une importante colonie.

» Une semblable détermination doit être suivie d'un examen attentif de tous les moyens d'améliorer l'état du pays, et de tirer parti de ses ressources, dans l'intérêt de la France combiné avec celui des indigènes.

» Le gouvernement approuve *r/«5 reserve ce que vous avez fait jusqu'ici pour gagner l'artection et la confiance des habitans , notamment l'admission des 3Iaures et. des Juifs aux fonctions municipales et judiciaires, ainsi que l'organisation de troupes arabes à notre solde ; et il a vu avec plaisir que ces troupes commençaient à répondre h vos espérances. La connaissance (pie vous avez acquise des localités vous suggérera , mieux qu'à tout autre, les moyens qui pouiraient s olTrir encore pour lier les intérêts des4iabitans d'Alger à ceux de la France.

Je crois toutefois devoir vous indiquer, comme un de ceux dont les résultats seraient le plus féconds, l'offre que vous pourriez faire, aux chefs de la population arabe, d'instruire gratuitement leurs enfans dans nos établissemens publics. Les connaissances que ces jeunes gens rapporteraient dans leur patrie adouciraient les mœurs, développeraient la civilisation; et les rapports qui naîtraient de cette position étendraient dès à présent notre influence dans le pays. Bien que les préjugés religieux des Musulmans opposent de grands obstacles à ce projet, l'exemple des jeunes Egyptiens, qui sont venus à Paris compléter leur éducation, prouve que les obstacles ne sont pas insurmontables. Si ces propositions étaient acceptées , on pourrait laisser aux parens le choix de faire élever leurs enfans à Paris ou h Marseille. Sur l'avis que je recevrai de vous, de donner suite à celte idée, je m'empresserai de me concerter, pour l'exécution , avec le Ministre de rinstruction publique. Le gouvernement est également disposé. Général , à seconder toutes les mesures (jui auront pour but de consolider h Alger la domination de la France, en la faisant aimer par ses habilans. Mais il est un premier fait

dont la vcrificalion lui paraît importante : la population actuelle d'Alger, dans des rapports dignes de foi, est évaluée à quinze mille âmes, tandis que d'anciennes relations la portent h plus de quatre-vingt mille. Quelque exagéré que soit ce dernier nombre, il donne lieu de croire que cette population, aussi bien que celle de toute la Régence, est depuis long-temps dans un état permanent de décroissance, qu'explique sutlisannuent la tyrannie capricieuse et ignorante sous laquelle gémissait le pays. Peut-on espérer qu'une administration plus éclairée et plus douce, en ranimant l'industrie et le commei'ce, mettra un terme à ce mouvement rétrograde de la population? IN'est-il pas plutôt à craindre que de nouvelles causes , telles que l'émigration et la position hostile qu'ont prise envers nous les beys de l'intérieur, ne viennent accélérer ce mouvement? Le gouvernement désire, Général, que vous l'éclairiez sur ce point.

» Mais, tout en s'efforçant d'améliorer le sort des indigènes , la France doit chercher dans Alger un débouché pour le superflu de sa population, des ressources pour son commerce et pour son industrie. La ferme expérimen-

laie que vous avez établie, offre à cet é^jard un essai des plus utiles. Si cet établissement obtient le succès qu'il est permis d'en attendre, il paraît destine , ainsi que vous le faites pressentir, à former le noyau d'une vaste colonisation. On pourrait , en concédant de proche en proche les terres qui l'environnent, comme la demande vous en a déjà été faite, imposer aux colons la condition de participer aux travaux de fortification nécessaires pour repousser les incursions des peuplades voisines , et de faire partie d'une milice locale chargée de concourir aux mesures défensives. Nul doute que de semblables combinaisons, auxquelles on aurait soin d'associer l'intérêt des indigènes, pourraient avec le temps transformer en une vaste colonie la plaine de la Metidja, en refoulant vers le petit Atlas les tribus insoumises. La France trouverait là, peut-être, la plupart des produits qu'elle tire maintenant de l'Amérique et de l'Inde; elle y trouverait encore un précieux débouché pour ses manufactures. La colonisation du territoire d'Alger, sous un régime libéral, est une noble et vaste entreprise, dont le succès repose principalement sur vos lumières et sur votre patriotisme. Le gouvernement voit

avec j)laisir qu'elle j)réocciipe volrc esprit ; il compte qu'elle sera le but de vos conslans ell'orts. Conimuni(|ucz-moi vos vues sur ce projet important; informez-moi dans le plus grand détail de toutes les mesures que vous aurez adoptées j)our l'administration du pays, el ne douiez pas qu'elles ne trouvent auprès du gouvernement l'appui dont elles pourront avoir besoin.

« J'ai l'honneur, etc.

» Le Minutie secrélaire-d' Etat de la i^uenc^ » Maréchal Comte Gérard. »

Les expressions de celte dépèche sont positives ; elles répondent péremptoirement aux insinuations que j'avais outrepassé mes pouvoirs, et donné à mes instructions une latitude qu'elles n'avaient pas. Des pouvoirs cl des instructions I pouvait-on et aurait-on pu m en donner? peut-on et sait-on en donner encore aujourd'hui?

Une détermination énoncée en termes si clairs pouvait-elle me paraître douteuse ? Pouvais-jc supposer que, quelques mois après, on essaierait de prétendre que j'avais eu le tort de préjuger la question de l'occupation définitive?

J'avoue qu'il ne nie vint pas dans lu pensée que j'aurais un jour à dévoiler une pareille inconséquence. Je suivis donc le plan fpic je m'étais tracé , et j'encourajjcai le plus clïicacement que je pus, les entreprises particulières qui concouraient à accélérer la colonisation. Je créai, paradions, une ferme-modèle dont le succès dépassa mes espérances, quoique la saison fût avancée. Je m'occupai en même temps de l'organisation du pays. Je fus puissamment secondé par M. l'intendant en chef Vol land , chargé aussi de l'administration des provinces , et je parvins à établir un gouvernement régulier, et certainement propre à remplir le but que je me proposais , puisque , moins de six mois après mon arrivée , la colonie, non encore oiïiciellement reconnue , mais établie de fait , était dans letat le plus florissant, et attirait déjà sur elle les yeux de la France et des autres nations européennes, suitout de l'Allemagne.

Cet état de prospérité était principalement dû au succès de l'expédition de l'Atlas.

On sait que la régence d'Alger se divise en trois provinces ou beylicks.

Au centre se trouve le beylick de Tilterie, à Test celui de Constantine, àl'ouest celui d'Oiaîi,

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