ART. XI
» S. A. R. le bey de Tunis se rend g^arantct responsable de l'exécution des enga{jemens pris par le bey d'Oran dans la présente convention , qui lui sera soumise pour être ratifiée par lui.
ART. xu.
» La présente convention(l), rédigée dans les deux langues, a été signée par les deux fondés
(i) On a répandu \c bruit que j'avais rrçu trois millions pour CVS arrangemens. iv donne le démenti !«• plus formel h eclle calomnie; elle prouve autant d'ignorance que de mauvaise foi; et si j'avais reçu un présent quelconque, c'est par moi que le gouvernement l'aurait appris.
Comment le bey de Tunis, dont les ressources sont si faibles, aurait-il réuni ces trois millions? Ceux qui ont fait répandre ce bruit sa>ent qiie, si j'avais voulu <!•' l'argent, 1« trésor de France n'iiurait pas reçu une
de pouvoir, chacun en la qualité précédemment exprimée, en double expédilion originale, i)our èlre respectivement soumise aux ratifications des parties contractantes , lesquelles devront être échangées dans le plus bref délai possible.
«Fait à Alger, le 6 février 1831 .
ïiSigne baron Volland à la minute, et scellé du cachet de Sidi-Herdin-Aga.
» Pour copie conforme à la minute ,
Le liea tenant-général conmiandant en chef Varmée d' J/rique^
» Signé Clauzel. >»
somme de 900,000 fr. qui était à ma disposition , et dont il m'était facile de présenter un emploi.
J'aurais pu recevoir, à Alger même, les prcsens d'usage, si j'avais accueilli les offres qui m'ont été faites ])our les provinces d'Oran, Constantine, Alger et Trcmesen ; mais je n'aurais pas eu alors les garanties qu'offrent à la France les beys tirés de la famille régnante de Tunis. J'ai préféré les intérêts de ma patrie aux miens. Tous les hommes qui ont manié le pouvoir, pourraient-ils en dire autant?...
Maintenant on négocie, ou plutôt on capitule aver le bey de Constantine, sujet rebelle qui serait déjà cbâlir , si l'on m'avait laissé faire. Quelles garanties ce bev
Comme le bey que j'ai remplacé s'était soumis de bonne grâce el n'avait pas donné de graves sujets de plainte, je crois devoir exposer les motifs qui m'ont déterminé à lui substituer un prince de la maison régnante de Tunis (1 ). Je parlerai, à cette occasion , des altercations que j'ai eues avec l'empereur de Maroc, qui essaya de profiter de la faiblesse du bey d'Oran , pour s'emparer de ce beylick limitrophe de ses Etats.
Hassan, bey d'Oran, est un vieillard faible mais loyal , dont le caractère ne s'est pas trouvé à la hauteur des circonstances produites par la conquête. Il sentait lui-même les embarras de sa position , et il me renouvelait avec instance la proposition, qu'il avait déjà faite à mon prédécesseur, de se démettre de sa place, sous la
peut-il présenter? En obtiendra-t-on jamais le milliun fie tribut annuel que devait pajer le prince de Tunis? L'avenir prononcera entre mes détracteurs et moi.
(i) L'un des plus puissans était celui de la conformité d'origine arabe; il avait la même force h Oran qu'à Constantine. Je tais une autre raison, bien plus concluante encore et dont je ne soupçonnais pas que j'eusse à faire l'indication aux ministères des affinires étrangères et de la guerre.
condition d'être reconduit en Turquie avec ceux des Turcs établis ou en garnison à Oran, qui voudraient le suivre. Toutefois , comme je préparais alors l'expédition de l'Atlas, je ne crus pas devoir obtempérer à la demande de Hassan-Bey dont la fidélité ne m'était pas suspecte, et je l'engageai à rester. Je lui promis en même temps de lui envoyer des troupes s'il en avait besoin.
Comme j'avais dès-lors formé le projet de marcher contre le bey de Tittérie , et de remplacer ce chef rebelle , je ne voulus pas augmenter les embarras de l'administration en changeant à la fois les bey s de deux provinces.
Le principal motif des instances du bey d'Oran était l'agression de Muley-Aly, neveu de l'empereur de Maroc, qui, après avoir violé le territoire d'Oran et s'être emparé de plusieurs villes , envoyait des émissaires de tous côtés, annonçant qu'il agissait au nom et par ordre de son souverain, qui lui-même était d'accord avec le roi des Français ; qu'il avait été convenu entre la France et le gouvernement de Maroc, que nos troupes n'occuperaient que le littoral, et que l'intérieur de la régence devait être abandonné à l'empereur. A ces nouvelles M u-
ley-Aly ajoulait les menaces et les pi-omesses.
Le cai'aclère du bey , déjà avaiicé en âge, iije lui jjcniiil de prendre aucune mesure de yîgpetir. Abandonné de la plupart des siens, à eatise dies Texattons quMl lem* avait fait éprouver autrefois , il ne lui restait (jue Les habitans de la ville et six à sept cents Turcs, sur la fidélilc desquels il n'osait même plus compter.
Ces circonstances , jointes à l'ascendant que devait exei^cer sur les esprits Tapparition d'un jeune prince musulman, qui s'annonçait comme venant protéger les habitans contre les chrétiens , et qui reprochait ouvertement au bey d'avoir trahi son maître et sa religion , ne pouvaient manquer de favoriser les projets de Muley-Aly. Aussi l'invasion faisait chaque jour des progi'ès alarmans ; et les agens de Muley parcourant les campagnes, exritant les populations à la révoltîe , occupaient déjà une grande pai'tie de l'intérieur de la province.
Ces faits sont constatés par les dépèches que le bey m'adressait, et dont copie a été envoyée à M. le ministj'e de la guerre. Le bey, dans une lettie qu'il écrivait h M. Deval , consul-général de France à Alger, lui donnait les mêmes détails. D'autres avis annonçaient au général en
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chef que des envoyés de Muley-Aly avaient osé se montrer à quelques lieues de la ville d'Alger.
L'un d'eux, qui avait pénétré à Miliana, poussa la hardiesse jusqu'à venir à Alger sous un nom supposé ; il se présenta même à moi. Je pénétrai ses desseins, et je le laissai se retirer librement.
Dès le mois d'octobre, l'empereur de Maroc, dans une lettre de félicitations qu'il m'écrivait , laissait entrevoir en termes ambigus l'obligation oii il était d'accorder son assistance à de fidèles croyans qui avaient déjà plusieurs fois imploré son secours et sa protection contre les attaques des Kabyles qui, ne reconnaissant plus l'autorité du bey , devenaient de jour en jour plus menaçans. C'est sous le prétexte spécieux de les défendre, que Muley-Aly se hasarda plus tard à passer la frontière à la tête d'une troupe à cheval et qu'il marcha sur Tremesen.
Chargé du commandement en chef de l'armée française et de tout le pays , je crus que mon honneur était intéressé à maintenir l'intégrité du territoire de la régence d'Alger. Je regardai comme une insulte faite à nos armes l'agression hostile d'un prince étranger. Ne voulant loulç-
ibis i*ecoui ir à des moyens énerjjiques de impression qu après avoir épuisé les voies de conciliation , j'envoyai une note au vice-consul français de Maroc, qui gérait à Tan(;er le consulat général de France.
Cependant la réponse decelui-cin'anivail pas; le désordre allait toujours croissant; les gens de Muley Aly venaient piller et dévaster la campagne jusqu'aux portes d'Oi-an. Chaque jour, le bey adressait à Alger de nouvelles plaintes et demandait aide et assistance. La correspondance d'un officiersupérieur français, que j'avais envbvé à Oran, ne me permettait plus de révoquer en doute la véracité des rapports qui m'étaient adressés par le bey.
Les choses en étaient venues au point que, sans l'envoi de prompts secours, il était à craindre que la ville, et la province tout entière d'Oran qui forme plus du tiers de la Régence, ne tombassent au pouvoir do l'ennemi. Dans cette conjoncture, une immense responsabilité pesait sur moi : je ne dus pas hésiter. Le pays dont le commandement m'avait été confié n'avait pas cessé d'être en état de guerre , je devais protéger et défendre la conquête contre toute attaque, de quelque côté qu'elle vînt. Une brigade
Fut envoyée h Oran, sous les ordres du général Damremont.
Cependant, voulant éviter encore d'entrer en hostilité , je me décidai à tenter un dernier effort , et je chargeai le colonel Auvray d'aller représenter à l'empereur de Maroc combien l'agression de Muley-Aly était contraire au droit des gens , lui en demander réparation , et lui signifier que, dans le cas où il la refuserait, nos troupes allaient agir, refouler sur leur territoire les gens de Maroc , et exercer sur le pays de terribles représailles.
En se rendant à sa destination , le colonel Auvray passa à Oran. Un grand nombre de lettres venues de Maroc et adressées aux principaux habitans lui furent remises; elles étaient écrites , les unes par l'empereur lui-même , les autres par Muley-Aly ou ses agens. Elles ne laissaient aucun doule sur la part que l'empereur avait prise à la violation du territoire d'Oran et sur ses projets ultérieurs. Un parent de ce souverain, auquel j'avais accordé le passage sur un bâtiment de l'I^Ltat, pour se rendre d'Algei' à Oran , et que le colonel Auvray devait accompagner jusqu'à Tanger, fut retenu par ordre du général Damremont , à cause dffs
propos qu'il avait tenus et des tentatives de révolte dont il s'était rendu coupable , en répandant de faux bruits et en cherchant à soulever les habitans contre l'autorité française et celle du bey.
Quoique Muley-Aly continuât à tenir la campagne, et serrât de près la ville de Tremesen qui se défendait vaillamment, le général Damremont avait ordre de ne répondre à aucun acte d'hostilité avant le retour du colonel Auvray.
A son arrivée à Tanger, cet officier supérieur éprouva, de la part du pacha qui y commande, un refus formel de le laisser pénétrer jusqu'à Fez, où l'empereur se trouvait avec sa cour. Après avoir inutilement essayé de surmonter les obstacles qui lui étaient opposés , cet officier, conformément aux ordres qu'il avait reçus, dut se retirer.
Le mauvais temps, le manque de moyens de transport , et, plus que tout, l'ordre formel de renvoyer en France la majeure partie des troupes , ne permirent pas au général Dararemont de suivre les instructions qu'il avait reçues.
Le ministre de la guerre, qui d'abord avait approuvé les mesures que j'avais prises, m'ayant fait connaître depuis, que les difficultés, qu'a-
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vaîl soulevées le nionvemenlorteiisirde Muley- Aly, devaient être levées par voie diplomatique entre le gouvernement de l'ernpei-eur et le ministre des affaires étrangères de France , et uie vovant d'ailleurs sur le point de revenir à Paris , je fus obligé de renoncer à l'exécution de mes projets. Je regretterai toujours que cette occasion de donner une idée de la puissance de la France aux barbaresques de l'Ouest, ait été perdue par des susceptibilités de bureau, auxquelles je pourrais peut-être donner un autre nonv.
M. le ministre des affaires étrangères a cru que le soin de réprimer l'attaque de Muley-Aly rentrait entièrement dans ses attributions , et que c'était une affaire purement diplomatique. Qu'eussent pensé la France et l'Europe de ma conduite, si, spectateur tranquille des négocialions de notre cabinet, je me fusse laissé enlever la plus belle partie de notre conquête?
Je n'ai agi, dans cette circonstance, qu'en ma qualité de commandant supérieur de la régence d'Alger ; je devais à ce titre défendre tous les sujets algériens qui, soumis à la domination française, s'étaient acquis des droits à la protection de nos armes.
Cette pensée me dominait tellement, que j'a-^ vais voulu d'abord envoyer, sous pavillon algérien , devant Tanger, quelques vaisseaux trouvés dans le port d'Alger ; mais comme ces bâtimens auraient dû être montés par des marins français, je renonçai à ce projet qui , d'ailleurs, eut été contraire aux usages de notre marine.
L'empereur de Maroc lui-même avait tellement envisagé la question sous ce point de vue, que notre consul à Tanger ayant demandé dès le mois d'octobre , au secrétaire des commandemens , quelques explications sur la conduite de Muley-Aly, et ayant cherché à faire pressentir à la cour de Maroc qu'une telle agression pourrait porter atteinte à la bonne intelligence qui régnait entre la France et Maroc, il lui fut répondu, le 2 novembre 1830, qu'il ne devait avoû* aucune crainte à cet égard, et que ce mouvement de troupes était entièrement en dehors des relations établies entre la cour de Maroc et le gouvernement français.
Séparé de la France par la mer, ne recevant que tardivement des nouvelles, et me voyant livré à mes propres forces , je dus ne prendre conseil que des circonstances et de
moi-même. Heureux de ce que j'ai fait, j'en prends volontiers toute la responsabilité, et j'aime bien mieux que quelques esprits timides ou jaloux de leurs prérogatives puissent croire que je suis allé trop loin , que d'être exposé à ce qu'on pût m'accuser de n'avoir pas fait assez, d'avoir manqué de résolution, quand il s'agissait de la dignité nationale, de l'honneur de nos armes , menacé par une horde de barbares que la seule présence de nos soldats devait disperser.
Que M. le Ministre des affaires étrangères s'applaudisse d'être parvenu, à force de lenteur et de temporisations, à voir les troupes de l'empereur de Maroc purger de leur présence le territoire d'Alger ! Personne n'ignore que cette retraite n'est due qu'à des circonstances fortuites , et que notre politique expectante n'eût de long-temps obtenu un tel résultat , si des mouvemens sérieux de révolte , qui ont éclaté dans l'empire de Maroc , n'eussent obligé l'empereur à rappeler ses troupes , dont les exactions commençaient déjà à irriter tellement l'esprit des habitans, qu'avant peu elles eussent été toutes exterminées.
Les arrangemens que j'avais faits au sujet des
beylicks de ConsLantine et d'Oran étani terminés, et la sou verainelé de la France étant lé{3;alement reconnue sur tout le pays, je donnai tous mes soins à la colonisation du territoire d'Alger proprement dit , et je conçus l'espoir de voir, dans un petit nombre d'années, la fertile plaine de la Metidja peuplée de plusieurs milliers de colons européens.
Les bornes (|ue je me suis imposées ne me permettent pas de donner d'amples renseifjnemens topographiques sur la nature du sol , sur le climat et sur les produits qu'il est possible de tirer de ce fertile territoire. Les notes jointes à ce Mémoire donneront à ce sujet qucUpies renseignemens sur la facilité avec laquelle on peut coloniser ce beau pays, où presque toutes les denrées des tropiques, si elles y étaient cultivées, donneraient des produits très-avantageux. Alger, en un mot, peut remplacer avec avantage toutes nos colonies des Indes-Orientales el Occidentales.
J'indiquerai, en passant, une considération importante que je ne sache pas avoir été présentée encore. Alger est destiné h donner le premier exemple d'une colonie sans esclaves , el, sous ce rapport, son succès doit intéresser
vivement toutes les puissances qui veulent, de bonne foi, faire cesser ce honteux trafic. J'affirme, sans crainte d'être démenti par une expérience dont je souhaite ardemment la prompte réalisation , qu'outre l'innombrable quantité de laboureurs de tous les pays qui se rendront à Alger, dès qu'ils seront sûrs d'y trouver de l'ouvrage, une administration à ïa fois énergique et modérée, et telle que je la conçois, nous assurera la coopération de ces Bédouins plus redoutés que redoutables. Je ne hasarde rien en donnant une assurance aussi positive. Les Arabes, les Kabyles ou Berbères et toutes ces peuplades que nous confondons sous le nom de Bédouins, sont facilement stimulés par l'amour du gain. Qu'ils soient rassurés sur la sorte d'indépendance dont il est très- facile de les laisser jouir sans danger, et ils accourront pour nous vendre leurs services. Ils sont doués d'une intelligence et d'une aptitude au travail, qui a été remarquée depuis long-temps par les consuls européens , qui les employaient de préférence aux Juifs et aux Maures. Un grand pas est déjà fait pour obtenir ce résultat. La conquête de la Régence et l'expédition de l'Atlas, au mois de novembre dernier, les ont convaincus de notre
supériorité militaire. La résignation à la destinée qui, chez, tous les Musulmans, esl un dogme religieux, et d'anciennes prophéties qui annonçaient depuis long-temps la conquête de l'Afrique par les Chrétiens, faciliteront leur soumission , surtout , comme je lai dit plus haut, si nous évitons de donner à notre domination un caractère tyrannique et violent ; si nous nous abstenons de la manie , jusqu'à présent trop fréquente, de vouloir accomplir en une année l'ouvrage d'un demi-siècle ; si nous nous contentons d'introduire parmi eux l'esprit et non la lettre de notre législation ; et si nous savons enfin être persévérans , en ne nous décourageant pas lorsque nous rencontrerons quelques obstacles inséparables d'une grande entreprise.
Je ne pensais pas, je le répète, que je dusse rencontrer d'obstacles de la part du gouveinement , et que des idées aussi simples appuyées de faits aussi concluans , ne fussent pas comprises. Je me disposais à me rendre en France et je me flattais que ma présence à Paris , ainsi que celle des autres personnes, du concouis dcs({uelles j'avais eu beaucoup à me louer, éclairciraicnt tous les points
qui pouvaient paraître obscurs et douteux, et convaincraient le gouvernement de l'avantage immense de la colonisation et de la nécessité de donner suite à ce que j'avais si heureusement commencé.
Pendant que je ftiisais mes préparatifs de départ, je reçus la nouvelle que M. le ministre des affaires étrangères , instruit par le consul-général de Tunis de la part officieuse et non officielle qu'il avait prise aux arrangemens conclus avec le bey de Tunis , avait provoqué une décision improbatrice de ces actes.
Les extraits de la correspondance qui eut lieu peu avant mon départ d'Alger, pendant mon séjour à la quarantaine et depuis mon arrivée à Paris, complètent les renseignemens sur Alger. La production de ces documens suffira, j'espère, pour éclairer l'opinion publique. Tel a été mon but. J'ai regardé comme un devoir et, pour ainsi dire, comme une obligation de responsabilité, de prouver à mes concitoyens que je ne me suis pas engagé légèrement dans les voies de la colonisation, et qu'en prenant sur moi , dans des circonstances presque toujours imprévues, de seconder de tous mes moyens les projets de ceux de mes compatriotes et même
des étrangers qui ont voulu fonder des établissemens industriels et agricoles en Afrique, j'ai eu grand soin de ne pas compromettre le gouvernement, et de ne pas surcharger le budget de l'État d'une dépense trop forte.
Monsieur le ministre de la guerre m'ayant transmis dans une de ses dépêches copie de celles que lui avait adressées son collègue des affaires étrangères, qui lui annonçaient que, sur son rapport, le Roi avait désapprouvé les arrangemens que j'avais faits avec le bey de Tunis , mal à propos qualifiés de traités , j'écrivis à ce sujet la lettre suivante à M. le président du Conseil des ministres.
(« M. LE Président du CoiNSEil des ministres,
» J*ai à me plaindre de la publicité qu'on vient de donner aux arrangemens que j'avais pris dans l'intérêt du pays d'Alger et de l'armée fi'ançaise, au sujet de la province de Constantine.
» J'avais j)romis le secret sur celte disposition au nouveau bey de Constantine et au bev de Tunis , parce que la publicité avant l'occupation du beylick de Constantine pouvait en augmenter les dilBcultés, compromettre les
beys à l'égard des IVÏusulmans , exposer la vie des chrétiens qui sonl dans le beyiick , et aussi celle des Arabes et IMaures qui leur sonl attachés. Le ministre des affaires étrangères ne pouvait ignorer que c'était un vœu manifesté par les beys , une précaution pour la prise de possession , une nécessité.
» Je ne dis pas quels sont les motifs de celte publicité insolite et si peu mesurée k l'égard d'un prince, puisqu'ils sont si faciles à deviner par le gouvernement comme par le public.
» En ma qualité de général en chef et de chef du gouvernement d'Alger , j'ai désigné , pour les raisons que le gouvernement connaît , un bey qui doit être soumis , pour remplacer un bey insoumis, pour remplacer un bey qui ne paie pas son tribut , qui fait égorger les Français , qui a détruit , dans le temps , nos établissemens de la Galle, et qui enfin s est tenu envers nous dans un état continuel d'hostilité, depuis que nous nous sommes emparés d'Alger.
>» J'ai nommé un bey à Constantine , comme j'en ai nommé un autre à Titterie, et j'ai donné à ce bey des instructions renfermant des obligalions qu'il a dû consentir , et que j'ai jugé à propos de faire garantir par le bey de Tunis ,
comme chef de la maison de ce bey, pour assurer la rentrée du tribut, et pour des raisons de circonstance que le gouvernement du Roi a pu apprécier , et qu'il est inutile que je rapporte ici.
» Je n'ai donc jamais donné à une instruction^ quelle qu'en soit la forme , le titre pompeux et prétentieux de traité; et d'ailleurs, comme chef du gouvernement d'Alger, j'aurais pu faire un traité avec une autre régence , dans l'intérêt du pays que je gouverne et qui ne se trouve pas mal de mon gouvernement , sans olîenser la trop grande susceptibilité de M. le ministre des affaiies étrangères qui a oublié sans doute, dans le rapport qu'il vient de soumettre au Roi , ce qu'il me dit le 1 4 août , ce qu'il me recommanda de faire au sujet de mes relations avec les autres régences : je le lui rappellerai bientôt. Mais je n'ai point fait de \x^\\,c, diplomatique^ et j'ai des pouvoirs suttlsans pour donner une instruction renfermant des obligations que j'ai voulu faire accomplir.
» Pour réfuter les premiers motifs présentés par le ministre , je dis que des actes d'administration et de politique intérieure préjugent moins la question de l'occupation d'Alger que
la prolongation de l'occupation elle-même , et que s'il résultait de cet acte un inconvénient tel que le pense le ministre , il faudrait qu'il se blâmât lui-même pour lui avoir donné une publicité qu'il ne devait pas avoir, et qui , à l'égard des beys de Tunis et de Constantine , est un oubli d'une promesse faite de bonne foi.
» Quant au motif relatif à nos anciennes possessions d'Afrique, M. le ministre oublie qu'elles sont toutes ou presque toutes sur les côtes du beylick de Constantine , et que là il n*y a que des ordres à donner, puisqu'un bey n'est autre chose qu'un gouverneur , ce que M. le ministre sait beaucoup mieux que moi.
» Enfin , si M. le ministre s'était enquis de la quotité du tribut que le bey de Constantine payait autrefois , il aurait vu , il aurait su, et je puis dire qu'il a vu, qu'il a su par mon rapport, que le tribut imposé par moi est de 50 p. 0/0 plus fort au profit de la Régence que ce qu'il était autrefois. Cela étant , je dis que le ministre s'est trompé, et que, sans le vouloir sans doute, il a trompé le Roi, le gouvernement, le public sur un acte légal de mon autorité , et qu'il a déversé sur moi , trop légèrement au moins, le blâme et le soupçon.
» Voyons maintenant quelle sera la suite de cette publicité que j'appelle indiscrète :
ni". Hésitation de la part du nouveau bey pour faire les dépenses que doit entraîner l'occupation ou la conquête , puisqu'il faut s'emparer de Conslanline par la force des armes , et qu'il y aura crainte fondée de ne pas jouir du fruit de la prise de possession, si elle a lieu,
» 2°. Encouragement h la résistance de la part d'Achmct - Bey , aujourd'hui possesseur tranquille de Constantine et ennemi des Français.
» 3*. Perte du tribut de l'année 1 831 pour le trésor de la Régence.
» 4°. Perte de tous les avantages de la pèche du corail et des dépenses déjà faites par les pécheurs pour se rendre, des ports de la Provence , de la Corse , de la Sardaigne, sur les côtes du beylick de Constantine, où ils ne trouveront pas la protection (jui leur était annoncée.
» 5°. Impossibilité d'offrir, à la navigation des puissances civilisées , des garanties sous le rapport de la sûreté à laquelle on avait di'oit do s'attendre, par suite de notre occupation de la régence d'Alger.
» 11 est d'autres inconvéniens qui résultent de cette publicité et que je n'énumère pas, quoique j'y sois provoqué et obligé par l'indiscrétion volontaire du ministre des affaires étrangères , et par l'expression d'un sentiment à mon égard que cbacun peut qualifier.
» L'examen de cette question n'appartenait pas au ministre des affaires étrangères; il était, il est de la compétence des ministres de la guerre et des finances , puisque ce n'est qu'un acte d'administration intérieure pour le pays d'Alger.
» Je vous prie , M. le Président , de vouloir bien mettre ma lettre sous les yeux du Roi et de son Conseil , et d'assurer Sa Majesté que je puis présenter les actes de mon administration et de mon commandement, à mes ennemis comme à mes amis.
» Je suis , etc.
» Alger, 16 février i83i. »
Peu de temps après je reçus de M. le ministre des affaires étrangères la lettre suivante :
• Paris, le 7 mars i83i.
» Monsieur le Comte ,
» Monsieur le minisire de la guerre m'a communiqué les lettres où vous vous plaignez à lui de la teneur , des conclusions et de la publicité du rapport que j'ai dû faire au Roi sur votre traité du 1 7 décembre avec le dey de Tunis. Vous semblez disposé à croire, et j'en suis péniblement affecté , Général , que, dans mes observations relatives à ce traité, j'aurais cédé à l'influence de préventions personnelles contre vous : mon caractci'C et mes sentimcns devraient vous être mieux connus. J'observerai d'ailleurs que ce fut sur la proposition même du département de la guerre, que je me trouvai dans le cas d'exprimer mon opinion , et dcs-Iors je dus envisager la question comme ministre responsable. J'ajouterai que H espèce de publicité donnée à mon rapport n'est point partie de moi ni du ministère que je dirige,
» Quant au traité considéré en lui-même, j'ai reconnu , Général , que l'idée qui en fait la base , je veux dire celle de placer à la tête du beylick de Constantine un prince appartenant
à la maison de Tunis , pouvait nous offrir des avantages réels : je le reconnais encore. C'est donc la forme plus que le fond du traite que je me suis cru dans la nécessité de combattre. Vous comprendrez mieux ma pensée par l'exposé suivant des propositions dont je compte faire les élémens d'une négociation nouvelle. » Il serait dressé trois instrumens.
» Le premier, émanant du gouvernement français , ou de son délégué à Alger, consacrerait la nomination de au beylick de
Constantine, à telles et telles conditions.
» Le second serait l'acte d'acceptation du bey, avec engagement de remplir les conditions stipulées à sa charge.
» Le troisième serait un acte de g-arantic délivré par le gouvernement tunisien lui-même.
» Le bey serait soumis à confirmation dans son emploi, tous les trois ou cinq ans.
» Il paierait tribut au gouvernement français. Le montant de la redevance serait sujet à révision aux époques de confirmation et de réinvestiture ; à la rigueur , on pourrait assigner à cette révision un terme plus éloigné : six , neuf ou douze années , par exemple.
» Tous les impôts de la province seraient perçus d'ailleurs pour le compte du bey.
A A la clause du traité qui porte que les Français trafiquant avec le beylick ne paieront que la moitié des droits de douane imposés aux autres nations , on substituerait celle que ces droits seraient fixés, pour les Français, sur le même pied qu à Alger.
» Un autre article du traité interdisait de placer aucune garnison française dans les villes du beylick avant son entière soumission ; l'intérêt de la France étant évidemment que cette soumission s'effectue, il va sans dire que l'envoi de troupes françaises dans la province de Constantine ne saurait se faire, si cet envoi devait en compliquer au lieu de simplifier la situation. Toutefois, dans le cas où il serait reconnu nécessaire de stipuler quelque disposition de ce genre , il conviendrait de ne l'insérer que dans l'acte même de nomination du bey, afin de lui ôter le caractère d'un engagement contracté envers un gouvernement étranger.
» Il est encore un article du traité qui accordait éventuellement au dey de Tunis le droit ou la faculté de remplacer, sous l'approbation préalable du général en chef, le frère de
ce dey par un autre prince de sa famille. S' (luelque chose de semblable devait cire fait en faveur de la maison de Tunis , il faudrait se borner à dire , dans l'acte de nomination du bey de Constanline , que , dans le cas où ce gouverneur se verrait rappelé à Tunis, et obligé de renoncer à son poste , il pourrait lui-même proposer son successeur au choix de l'autorité supérieure française.
T) Telles sont, Général, les modifications (ju'ilmaparu indispensable d'apporter à l'arrangement conclu sous vos auspices. Voire bon esprit ne saurait manquer d'en apprécier la convenance , et s'il était besoin à cet égard d'un argument de plus , je le trouverais dans les vives instances tout récemment faites par le dey de Tunis , et appuyées (ce que je ne m'exphque point) par M. Mathieu de Lesseps, pour que la France procure à ce prince un firman de la Porte , lequel vienne ratifier le traité du 17 décembre , c'est - à - dire que le gouvernement tunisien voudrait tenir le beylick de Constanline aussi bien de S. H. que de nous-mêmes (I);
(i) Il me jiaraît surprenant que M. le ministre des affaires étrangères, qui connaît mieux que tout autre l'intlucnce du nom du Grand-Seigneur sur tous les peuples
» Je passe à la question de Tremesen el de Maroc. Le gouvernement du Roi avait craint, Général , que le caractère de la mission donnée par vous au colonel Auvray n'eût pour résultat d'amener une rupture ouverte, entre l'empereur de Maroc et la France , avant que tous les moyens de prévenir cette rupture eussent été complètement épuisés. La nécessité où nous étions de rappeler d'Alger en France une partie de nos troupes , et le désir de ne point ajouter à la masse déjà si grande des sacrifices que nous impose la situation de l'Europe , expliquaient suffisamment celte crainte. Nous nous occupons des dispositions à prendre pour terminer notre discussion avec le Maroc , sans
nmsalmaDS , en sa qualité de successeur de Mahomet, n'ait pas aperçu que les instances du bcy de Tunis n'étaient faites aussi solennellement, qu'afin qu'elles fussent connues de la Sublime-Porte, pour laquelle tous les Crojans professent un respect sans bornes.
J'avais moi-même connaissance de cette deBiattde, à laquelle j'avais répondu négativement , en faisant ol^sci^ver que la nomination d'un bey, faite par le général en chef de l'armée française en Afrique, représentant le roi des Français, était aussi bonne que si elle venait du Grand» Seigneur lui-mùnio.
avoir à èlre exposés de ce côté à de plus graves complications.
» En résumé, Général , s'il y a eu dissentiment entre nous dans la manière de juger les questions que je viens de rappeler , c'est que , bien évidemment pour vous et pour moi, le point de vue ne pouvait être le même , et que la responsabilité du gouvernement du Roi lui faisait une loi d'embrasser ces questions sous des rapports plus étendus et plus variés. Mais, j'aime à le répéter, parmi tous les motifs qui m'ont dirigé , il n'en pouvait exister un seul qui , pris en dehors des devoirs de ma position officielle , prêtât à aucune induction hostile ou offensante à votre égard. Personne plus que moi ne se plaît à reconnaître les nouveaux et importans services que, durant votre séjour en Afrique, vous avez rendus à la France.
» Agréez, je vous prie, Général , les assurances de ma très-haute considération.
» Signé Horace SÉbastiani. »
On voit par cette dépêche que M. le ministre des affaires étrangères, frappé ou feignant de l'êlre, de mes argumens , consentait h laisser
subsister mes conventions, et qu'il se bornait à demander quelques changemens de rédaction. Bien que je fusse persuade qu'en insistant sur un simple changement de mots , notre gouvernement jouait un rôle indigne de lui , j'écrivis h Tunis dans ce sens , ne supposant pas que sous l'apparence d'une approbation au moins implicite , les bureaux du ministère cachassent le dessein de tout détruire. M. le ministre de la guerre , trompé sans doute comme moi , m'a écrit plusieurs fois que les arrangemens avec Tunis seraient maintenus. Je pourrais grossir cet exposé de plusieurs passages de ses dépêches écrites dans ce sens. Kh bien ! pendant qu'on me donnait ces assurances qui , d'après ce qui s'est passé, me font penser qu'on croyait que je ne voyais dans tous ces incidcns qu'une question d'amour-propre, on envoyait à Tunis un officier chargé de présenter au bey un traité en tout différent de l'arrangement que j'avais conclu avec lui. Le bey a refusé avec raison d'accepter ce traité, et il n'a pas caché sa répugnance à négocier de nouveau, dans la crainte que le peu de stabilité de nos projets ne l'exposât, à l'avenir, à des désagremens et à des tracasseries.
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Je ne puis me résoudre âfaire connaître la source d' oà sont partis les renseignemens que les bureaux du ministère ont préférés à mes informations officielles. J'ai en mon pouvoir les originaux de certains rapports officieux dontf ai communiqué des passages à M. le ministre de la guerre. Il a dû en être surpris ; mais je le suis bien davantage qu ayant été mis sur la trace de ces ignobles intrigues, il n'en ait pas arrêté les effets.
Je pourrais ajouter aux preuves que je viens de donner de la possibilité et de la facilité de coloniser Alger, des calculs authentiques qui démontreraient jusqu'à l'évidence que mon système de gouvernement et de colonisation, combiné avec l'exécution des arrangemeus pris avec le bey de Tunis , malheureusement suspendus par une susceptibilité ministérielle inexplicable ; que mon système , dis-je , franchement maintenu , eût doté la France d'une colonie florissante.
Mais en annulant les arrangemens que j'avais pris à l'égard des beylicks de Constantine et d'Oran , le gouvernement s'est privé annuellement de deux millions de francs^ et a augmenté ses dépenses de plus de trois millions
pour le seul beylick d'Oran , oà on a mieux aimé envoyer un bey qu'on est forcé de payer y que d'accepter celui qui devait payer un tribut, et où deux mille cinq cents hommes sont à peine suffîsans pour garder la seule place d'Oran et le fort de Mers-el-Kebir, tandis que cette garnison devait être fournie par le bey tributaire de la Régence
Quant au beylick de Conslantine, l'autorité de la France y est entièrement méconnue, et le gouvernement ne peut assurer à la navigation et au commerce, sur les côtes de cette province, la protection qu'il a exigée du souverain de Tunis, sur celles de l'État qu'il gouverne. La pêche du corail, au lieu d'être exploitée par les Français , l'a été entièrement cette année par les étrangers. Tels sont les premiers fruits de l'annulation de mes arrangemens , auxquels il faudra forcément qu'on revienne.
Je ne crois pas avoir besoin de faire observer que mon intention , en publiant cet exposé , n'est pas de justifier mes opérations militaires et les actes de mon administration. Peu sensible à des critiques où j'ai vu moins de malveillance que d'ignorance des faits , je serai amplement dédommagé de quelques contrariétés, si
cet écrit contribue à hâter des mesures, qui doivent amener un résultat que je cix)is certain. Dans l'examen d'une question du plus haut intérêt selon moi , j'ai pensé qu'une expérience de six mois de commandement dans le pays dont la destinée va sans doute être fixée , m'imposait le devoir de fournir tous les renseigemens que j'ai acquis , et de confirmer en quelque sorte, par une déclaration publique, les encouragemens que j'ai consciencieusement donnés aux personnes qui m'ont fait l'honneur de me consulter, avant d'entreprendre des spéculations agricoles ou industrielles dans ce pays. Je déclare aussi que, malgré quelques dissidences apparentes entre mes opinions et celles de quelques membres du gouvernement sur la question d'Alger , depuis mon retour surtout, j'ai toujours attribué , et j'attribue encore les inconvéniens qui en sont résultés à des susceptibilités de bureau qui, en se prolongeant, sont devenues des erreurs très-remédiables sans doute , mais auxquelles il est urgent de mettre un terme. P'.n regrettant que le gouvernement ait retardé les mesures d'organisation que je n'ai cessé de réclamer, je fais la part des circonstances et des nombreuses occupations de
MM. les ministres. Je me flatte qu'ils appi*écioront le molil qui a dicté la démarche que je fais aujourd'hui ; j'ai une parfaite confiance en leurs lumières et en leur patriotisme auxquels j'en appelle de nouveau , en insistant pour qu'ils fassent cesser un provisoire dispendieux, et qui finirait par devenir funeste.
Il m'en coûte de terminer cet exposé par des prévisions sinistres. Mais l'intérêt de mon pays doit l'emporter sur ma répugnance à signaler des fautes qui seront d'autant plus irréparables , qu'on lardera plus long-temps à y porter remède , en reprenant entièrement mon système que je suis loin de croiie parfait, mais qui avait l'avantage de laisser toutes les voies ouvertes aux améliorations. Je suis loin aussi de m'attribucr tout le bien qui , j'ose le dire , s'est fait h Alger pendant tout le temps que j'y ai commandé. J'ai été parfaitement secondé par tous les administrateurs civils et militaires, et je puis ajouter par les naturels du pays eux-mêmes , qui apprécient , plus qu'on ne le pense, les bienfaits de la civilisation, et dont je me glorifie d'avoir gagné la confiance. Cette confiance était une suite du respect que nos troupes ont toujours eu pour leur religion.
— TO- US en Curent reconnaissans ; leurs prêtres nous ont souvcnl été très- utiles. Nos soldats eux-mêmes semblaient entrer, avec intelligence, dans mes vues.
Pendalat près de six mois , pas un seul châtiment corporel n'a été infligé à un habitant d'Alger, Maure, Juif ou Arabe; et, dans une ville africaine où les ordres les plus rigoureux défendaient la circulation , après le coucher du soleil, pour prévenir les violences, les habitans ^^européens et indigènes sortaient à toutes les . heures de la nuit , sans la moindre crainte.
J'ai du , pendant mon expédition de l'Atlas , faire quelques exemples; mais, outre que le récit qu'on en a laissé faire et que j'ai dédaigné de contredire, a été fort exagéré , ils ont eu lieu pendant les opérations de cette courte et trèsutile expédition. Le lendemain de ma rentrée à Alger, les Arabes, qui ont un sentiment exquis de la justice , ont regardé la guerre comme définitivement terminée, et m'ont ramené des soldais égarés.
II me reste à exprimer un vœu que j'espère oir bientôt exhaussé. Je désire que le gouvernement se pénètre de l'importance de la possession du icrritoire d'Alger que personne en
Europe ne lui dispute. Le ministère paraît effrayé des soins que lui donneraient les mesures à prendre pour fonder cette colonie. Il suffit de ne pas contrarier l'élan qui s'est manifesté , et qui continue malgré les derniers événemens. Toutefois il n'y a pas de temps à perdre : plus de tâtonnemens; car, si d'après la malheureuse versatilité que l'on ne nous reproche que trop justement, on fait essai sur essai; si, après avoir découragé les colons du territoire d'Alger proprement dit , on lente prématurément , par une inconséquence inexplicable, de coloniser Oran , où les avantages sont bien moins considérables, moins prochains et la colonisation moins facile , on ne fera qu'enfouir des millions sans compensation, et perdre des hommes sans atteindre le but qu'on se propose. Il vaudrait mieux, dans ce cas, renoncer à notre conquête, et se résoudre à laisser dire ou penser que le gouvernement, né de la révolution de Juillet, a reculé devant une entreprise que le ministère Polignac était résolu de conduire à bien.
Prétendre coloniser à la fois toute la régence d'Alger, est une entreprise au-dessus des forces du plus puissant Etat de l'Europe; tandis
qu'en opérant progressivement, mais avec persévérance et comme je l'ai indiqué, c'est-à-dire en commençant la colonisation par le centre de la Régence, le succès en sera facile, peu dispendieux et infaillible.