‹ Observations et recherches expérimentales sur la variation chez le MaïsChapitre 2 sur 5 · De Vries, Espèces et variétés, 1 vol., Paris · texte numérisé non relu

De Vries, Espèces et variétés, 1 vol., Paris

2. Blaringhem, Mutation et traumatismes , 1 vol., Paris, 1907. (Thèse de Doctorat.)

ED. GRIFFON

tuent à mes yeux qu’un document auquel, espérons-le, il viendra s’en joindre beaucoup d’autres, ce qui nous permettra de nous faire une idée plus précise sur la nature et l’importance des résultats obtenus jusqu’ici.

Car, il faut l’avouer, une grande confusion règne en ce moment au sujet de ces résultats dans le monde agricole et même dans le monde scientifique ; cela tient en partie à ce que les travaux exécutés dans ces derniers temps en Suède, en Hollande et en France ont des conséquences à la fois théoriques et pratiques et que les unes, suivant la façon dont chacun de nous les apprécie, font souvent et à tort admettre ou rejeter les autres.

On crée, dit-on, des variétés nouvelles de Maïs et on les propose aux cultivateurs qui ont à en juger les mérites; ceux-ci peuvent être faibles ou nuis et la création des variétés demeurer cependant un fait biologique important; inversement, on peut n’avoir rien produit de nouveau, mais seulement séparé quelque chose de bon qui existait déjà. On sélectionne, comme à Svalof, des Orges par la méthode généalogique et l'on arrive à pouvoir fournir aux cultivateurs des sortes pures qui donnent des produits estimés des brasseurs par leur grande homogénéité chimique et physiologique; c’est intéressant et fort utile; mais dans ce cas on n’a pas créé de formes réellement nouvelles, et la méthode de sélection usitée est connue non seulement à l’étranger, mais même en France où il semble bien qu’elle ait pris naissance et où elle est couramment

employée l .

Il était absolument nécessaire de faire ces remarques au préalable; sans cela on exposerait les lecteurs non avertis — et ils sont nombreux à se faire une opinion fausse sur la signification et la portée des résultats nouveaux ou soi-disant tels qui viennent d’être mis en avant.

•l’arrive maintenant à l’examen des monstruosités que j'ai observées dans mon champ d’expériences de FEcole de Grignon ot à celui des variétés nouvelles obtenues par M. Blaringhem.

Je rappelle que le Maïs, céréale d’origine américaine, est cultivé soit pour son fruit, soit comme fourrage. Il comporte OR grand nombre de variétés ou espèces affines; plusieurs

I- Vilmorin (Ph. de), De la sélection des Semences (Bull, de la Soc. des Agriculteurs de France, 1907, p. 309).

auteurs ont séparé de l’espèce linnéenne Zea Mays le Z. Curagua Mol. à feuilles denticulées, cultivé au Chili, le Z. hirta Bon., de la Californie, à feuilles et glumes hérissées, à épillets moyens et supérieurs de l’épi mâle sessiles, le Z. erythrolepis Bon., des rives du Missouri, à graines aplaties et surtout à glumes et glumelles de l’épi femelle toujours colorées en rouge, le Z. rostrata, du Pérou, à graines terminées en bec, le Z. cryptoderma ( Z. tunicata Aug. St.-IIil.), du Paraguay, à glumes revêtant complètement le grain.

Les variétés de l’espèce type et des espèces voisines se classent pratiquement en Maïs à bec, Maïs sans bec à grains ovoïdes, allongés, aplatis (blancs, jaunes, jaune jaspé de rouge, rouges ou roses, violets). La variété qui a été étudiée par M. Blarinchem est le Maïs jaune de Pensylvanie (Zea Mays pensylvanica Bon . = Z. M. vn/gari s var. vulgata Korn. et Wern.). Ce Maïs est cultivé dans le Nord de la France comme fourrage.

En 1908 j’ai cultivé à Grignon toutes les variétés de Maïs de la maison Vilmorin afin d’étudier les anomalies florales qu’elles pourraient présenter. Aucun pied ne fut recépé ni blessé d’une façon quelconque; aucun ne portait trace de parasite connu, de charbon notamment ayant, comme on sait, la propriété de changer le sexe des fleurs atteintes. Le nombre des anomalies a été très élevé.

L’anomalie la plus fréquente consiste en épis latéraux ramifiés portant un grand nombre de grains avec ou sans fleurs mâles (Maïs perle :

2 pieds sur 12; King Philip : 5 pieds sur 12; Jaune hâtif à épis longs :

3 pieds sur 12; Maïs à hec : 1 pied sur 12; Rouge gros : 1 pied sur 12; Pop Korn ; 2 sur 12; Cinquantino : 1 sur 12; Jaune gros : 2 sur 12; etc.). Cette anomalie est bien connue; elle a été signalée à maintes reprises; Boccone et Morison avaient même voulu en faire une espèce (Zea Mays polystachya) ; mais ce n’est qu’une monstruosité qui ne semble pas héréditaire. A la fin du xvm e siècle un cultivateur de Pantin, Saint-Genis f , l’a signalée avec d’autres qu’on a retrouvées depuis, et il a constaté que les graines des épis ramifiés ont toujours produit des épis ordinaires. Je n ignore pas, et je dirai cela une fois pour toutes, que la fécondation croisée est chose commune chez le Maïs, que par conséquent il se peut qu’elle ait eu lieu dans l’expérience de cet agriculteur, que par suite les

1. Résultats de diverses cultures en l'an V dans un terroir près de Paris (Annales de l’Agriculture française,, t. II, p. 368).

ED. GRIFFON. — SUR LA VARIATION CHEZ LE MAIS. 607

graines aient donné dans la descendance le caractère ancien, dominant, c’est-à-dire la non-ramification de l’épi.

M. Blaringhem, rapprochant cette forme à épis ramifiés du Zea canina Watson ou « Maïs de Coyotte », décrit ici même par notre confrère M. Ph.fde Vilmorin \ se croit autorisé à conclure que le genre Zea n’est qu’une forme monstrueuse du genre Euchlæna (Reana) née et propagée par les soins de l’homme. J’ai cultivé le Téosinte dans ma serre de Grignon; en outre, de deux graines de Zea canina , j’ai obtenu en 1907 deux pieds très beaux dont l’un a donné un épi ramifié. En 1908 j’ai semé trois graines parmi celles récoltées l’année précédente; j’ai eu trois plantes qui se sont très bien développées; elles étaient encore plus vigoureuses qu’en 1907; malheureusement elles n’ont pas fructifié.

On sait aujourd’hui que le Zea canina n’est qu’un hybride fertile dérivé du Téosinte et du Maïs, comine YÆgilops speltæformis est un hybride fertile dérivé de YÆgilops ovata et du Blé. Or, pas plus qu’on admet comme établi que le Blé provient de YÆgilops, on ne doit considérer comme démontré que le Maïs dérive du Téosinte. Il y a bien les épis ramifiés du Maïs; mais leur structure est différente de celle des épis du Zea canina, surtout en ce qui concerne les graines, lesquelles

sont enchâssées dans une sorte de capsule soudée à sa voisine et ressemblent à un Maïs à bec. La forme hybride s’est maintenue chez moi sans disjonction en 1907, et certainement aucun cas de xénie, résultant de fécondation croisée, n’a pu se pro •luire, étant données les conditions spéciales de ma culture

en serre.

Quelquefois l’épi femelle des Maïs était ramifié sans présenter de Heurs mâles ou bien il n’était pas ramifié et présentait des fleurs mâles au sommet (King Philip blanc, 4 pieds sur 12 ; Jaune hâtif à épis longs, 1 sur 12; etc.). Un épi de Pop Korn présentait des fleurs mâles d’un côté et des fleurs femelles de l’autre; un épi de King Philip blanc portait de bas en haut, en alternance, des groupes de fleurs mâles et des groupes de fleurs femelles.

L Vilmorin (Ph. de), Reana luxurians x Zea Mays (Bull, de la Soc. bot.

de France, 1907 , p. 39).

Enfin des inflorescences mâles montraient quelques ovules à la base (Sucré nain hâtif).

Tous les épis anormaux se trouvaient sur des tiges latérales nées sans blessure : c'est du reste là un fait d'observation bien établi que de telles tiges sont souvent monstrueuses ; il n’est donc pas étonnant qu’après le sectionnement de la tige principale , on obtienne des anomalies florales.

Toutefois le Jaune et le Blanc hâtif des Landes m’ont donné deux inflorescences mâles avec grains à la base sur la tige principale.

En tenant compte de tous les cas de monstruosités florales obtenues dans mes cultures de 1908, j’ai constaté que le King Philip blanc a eu 10 pieds monstrueux sur 10, le K. P. brun 9 sur 12, le Maïs perle 7 sur 12, le Sucré ridé toujours vert 5 sur 12. Les variétés précoces n’ont pas tallé, sont restées chétives et sans variations, sauf le Mais des Landes. En outre, des variétés très vigoureuses et sans talles, comme le Maïs de Cuzco et le Maïs Dent de cheval, n’ont pas donné d’anomalies.

Enfin, les épis monstrueux présentaient, comme on le remarque très souvent, une torsion marquée du pédoncule.

J’ai cultivé la même collection de Maïs en 1909 en utilisant encore des

graines de la Maison Vilmorin et j’ai eu très peu de monstruosités, aussi bien sur les rejets des variétés américaines (King Philip, etc.) que sur les variétés indigènes; cela est dû certainement aux différences de conditions météorologiques, à Grignon, entre les deux années 1908etl909.

Au cours de cette année 1909, j’ai sectionné la tige de plusieurs pieds (Jaune hâtif d’Auxonne, King Philip) et les rejets n’ont rien donné d’anormal.

J ai semé des graines d’épis monstrueux récoltées en 1908. En particulier des graines d’une inflorescence femelle ramifiée de Jaune bâtit a

épis longs : sur 8 pieds, 2 ont été monstrueux ; l’un a donné un ept femelle ramifié et l’autre une panicule mâle avec graines à la base. Il est impossible de tirer de cette expérience une conclusion rigoureuse qu elle ne comporte pas à cause du vicinisme possible d’abord, du fait que des anomalies semblables se produisent çà et là, sans cause apparente, la même fréquence, ensuite.

Une constatation que je dois faire sans plus tarder au sujet du nisme (faux atavisme dû à la fécondation croisée entre variétés cultivées dans le voisinage l’une de l’autre), c’est que, en 1808 et en 1909, la xénie ne s’est pas manifestée. Tous les épis récoltés paraissaient purs et conformes au type et leurs graines mûres ont donné les années suivantes les variétés dont elles dérivaient. Au contraire en 1910 la xénie a été

très fréquente; toutes les variétés ayant mûri ( pensylvanica et ses

dérivés, King Philip, Blanc des Landes, Rouge gros, Ridé hatif, etc.)

avec

ED. GRIFFON

portaient des traces de l’influence du Maïs perle, si reconnaissable.

Au cours de cette même année 1910 j’ai recépé des pieds appartenant aux variétés pensylvanica , Auxonne, King Philip; sauf pour le second, la proportion des rejets formés a été la même que sans recépage, comme le montre le tableau ci-dessous :

Pensylvanica.

Auxonne.

King Philip ..

non recepé.

recépé .

non recépé

recépé .

non x'ecépé.

recépé .

Page 1