‹ Observations et réflexions sur les phlegmasies de la prostateChapitre 7 sur 25 · AUTOPSIE · texte numérisé non relu

AUTOPSIE

Aucune trace d’altération , soit au péritoine , soit aux intestins , soit aux parois extérieurs de la vessie , sauf la solution de continuité occasionée par la ponction hypogastrique. En introduisant le doigt par ce point dans la vessie , dont la parois antérieure adhère aux muscles abdominaux, on trouve plusieurs calculs d’un gris sale, et qui s’écrasent facilement en graviers irréguliers.

Un trait de scie pratiqué de chaque côté à un 'I

pouce de la symphyse des pubis , permet d’enlever les parties qui y sont unies.

Le canal est incisé d’avant en arrière le long de sa parois supérieure ou caverneuse. A. peine est-on arrivé à trois travers de doigt en arrière du gland , que la sonde cannelée qui sert de guide au bistouri se trouve arrêtée par un rétrécissement épais et fibreux , au dessous duquel elle s’engage pour rentrer bientôt après dans le canal^ presqu’Immédiatement en arrière de l’obstacle.

On continue à diviser le canal d’avant en arrière ; on trouve la portion membraneuse distendue, élargie , et formant avec la partie prostatique un angle aigu au lieu d’une courbe à concavité supérieure.

La portion prostatique du canal ne traverse pas la prostate , elle est seulement encaissée dans une profonde gouttière formée par les lobes latéraux qui sont tuméfiés en haut et en avant. Celte partie de l’urèlre a une direction presque verticale ; elle forme, ainsi que je l’ai dit, avec la portion membraneuse , un angle aigu curviligne dont le sommet constitue un cul-de-sac très propre à rendre le cathétérisme difficile et à faire pénétrer les sondes dans le rectum en passant au dessous de la prostate , si l’on eût agi avec violence (1).

(l) Cette disposition anatomique fut cause que M.

La portion proslaticpie de rurèlre est divisée en deux moitiés latérales par un raplié-médian qui commence à être visible à la fin de la portion membraneuse , devient de plus en plus saillant, se confond avec le moyen lobe de la prostate qui a le volume d’une amande.

Dans la partie inférieure de la portion prostatique de l’urètre , on voit ça et là des ouvertures à bord mousse et muqueux qui se laissent facilement pénétrer par des sondes de petit calibre , et qui ne sont autre chose que des bouches dilatées de follicule muqueux.

La portion prostatique du canal est séparée de la cavité de la vessie par une digue transversale dont voici la description :

Le moyen lobe, de forme à peu près ovoïde et du volume d’une amande , occupe le milieu de cette cloison; sur ses côtés existent deux replis membraneux qui se continuent avec les membranes qui tapissent l’extrémité postérieure des lobes latéraux ; le repli membraneux du côté droit est

Lallemand, pratiquant le cathétérisme, trouva un corps volumineux interposé entre son doigt et la sonde , tandis que M. Serres trouvait très minces les parois qui séparaient son doigt du cathéter. M. Lallemand avait introduit la sonde au dessus de la prostate , et M. Serres 1 avait probablement poussée dans le cul-de-sac, dans l angle formé par la prostate et le canal.

] percé d’une ouverlure abord mousse et muqueux qui paraît être le résultat de quelque perfora-

tion ancienne , effectuée avec des sondes ; l’aile du côté gauche présente aussi trois ouvertures superposées à bords mousses et muqueux , mais incomplètes, et que l’on ne peut mieux comparer qu’à des valvulves sygmoïdes.

En arrière de la cloison transversale formée par ces lames ou replis membraneux , il existe dans la cavité vésicale une excavation oü sont logés des calculs. La membrane muqueuse de la vessie est fongueuse, épaissie, ramollie, mais d’un rouge plus foncé vers le trigone que partout ailleurs. La tunique musculeuse est beaucoup augmentée d’épaisseur et comme fibreuse.

Les vésicules séminales ont subi une altération analogue; elles sont transformées en une substance cartilagineuse grisâtre ; elles ne sont cependant pas augmentées de volume , mais leur capacité est diminuée. En les fendant , on les voit à moitié converties en un tissu analogue à celui qu’offre la prostate , tandis que l’autre moitié présente des portions de tubes accolés , admettant l’extrémité d’un gros slilet, et remplis d’un fluide séminal de couleur verdâtre qu’on retrouve aussi dans chacun des conduits éjaculateurs qui ne sont point oblitérés.

La prostate a trois fois le volume ordinaire ; son tissu tient de l’état charnu et du cartilagi^

neux ; sa surface est régulière , unie , et le gonflement uniforme dans les deux lobes latéraux.

Les reins et la rate sont ramollis , le poumon droit adhérent dans toute son étendue , le gauche hépatisé.

L^arachnoïde est soulevée par un épanchement considérable, et la substance cérébrale est gluante, poisseuse.

La capsule synoviale du genou malade est remplie de pus verdâtre.

Une maladie cutanée fut repercutée chez V.... Alors qu’il s^adonnait immodérément au coït, une prostatite aiguë se manifesta. Les exemples de cette nature ne sont point rares : le plus souvent, Firritation brusquement déplacée choisit pour nouveau siège l’organe affaibli , irrité par un trop fréquent exercice.

Comme V ( obs. n° 3 ) , V.. fut

confié à la nature lorsque les symptômes les plus aigus de la prostatite furent calmés. On se borna à tenir des sondes à demeure à l’hypogastre, sans s’occuper de rendre le canal libre , d’obtenir la résolution de la phlegmasie qui entretenait la prostate engorgée ; c’eût été le cas de recourir aux bains sulfureux , etc.

L’été arrivé , la chaleur activa la transpiration;

un phénomène inverse à celui qui avait occasioné la prostatite s’opéra , les organes génito urinaires furent dégagés , l’urine reprit à peu près son libre cours, et la fistule de l’hypogastre s’oblitéra.

Huit ans plus tard , une nouvelle prostatite nécessita le cathétérisme ; on le tenta vainement ; la ponction suspubienne devint encore indispensable. Cette fois , le canal ne recouvra pas sa liberté; on n’en rechercha pas la cause; on se borna, comme précédemment , à tenir constamment des sondes à l’hypogastre.

Le rétrécissement, trouvé à un pouce et demi du gland dans la portion spongieuse du canal , n’existait pas après la première prostatite ; aussi les urines reprirent-elles leur libre cours. Il ne fut point provoqué à l’hôpital St-Éloi par le cathétérisme ; cette opération fut toujours facile. D’ailleurs, la nature fibreuse de la cicatrice qui formait l’obstacle démontre clairement qu’il existait depuis long-tems.

On ne peut donc l’attribuer ainsi que la fausse 1 oute situee au dessous de lui , qu’a des déchirures du canal pratiqués par des sondes métalliques de petit calibre , lors de la deuxième rétention d’urine.

Cet obstacle, au cours des urines, fut la source de beaucoup de désordres, il occasiona la distention de la portion membraneuse du canal; il fut cause que la phlegmasie delaproslale persista à l’étatchronique,

s irradia aux organes spermaiiques ; la prostate acquit un volume énorme ; elle souleva sur ses cotés des ailes des replis membraneux d’où résulta une digue qui, à son tour , s’opposa à l’évacuation des urines par le canal, de là l’agglomération de dépôts urineux, la formation de masses calculeuses , des motifs d’irritation de la vessie et des parties les plus éloignées de l’appareil urinaire.

Cet état de plilegrnasie chronique pervertit l’action organique des parties où elle siégeait , dénatura leur tissu, les amena peu à peu dans des i conditions pathologiques d’oii il n’était plus pos- i sible de les retirer.

Quand les choses en sont arrivées à ce point, i le mal est réfractaire à tout remède. On aurait beau détruire l’obstacle au cours des urines, ont \ n’avancerait rien; la cautérisation , les bains sul- | furés seront plutôt nuisibles qu’utiles. Ces deux j agens, dont la puissance curative ne saurait être j trop proclamée , ne produisent leurs salutaires t effets que tout autant que les tissus malades con- ‘ servent leur structure normale.

Mais comment distinguer ces cas où il faut se : borner à atténuer les souffrances du malade ? '

C’est difficile sans doute. Cependant , l’état général du sujet , la difficulté du cathétérisme , les douleurs qu’il occasione, la trop fréquente introduction des sondes , l’excrétion des urines , les matières qu’elles charrient , l’exploration ,|

des organes à travers le rectum, la durée de la maladie , sont bien propres à former le jugement du praticien. Mon habile maître M. Lallemand ne s^ trompa pas : il vit bien que ce cas présentait quelque chose d’insolite , et se garda bien de porter le nitrate sur de pareils organes.

La série d’observations qui précède contient des exemples des cas les plus fréquens dans la pratique; elle est on peut dire complète. Y joindre d’autres faits serait s’exposer à des répétitions inutiles.

Voyons maintenant ce que c’est que la prostate, quelles sont les causes des phleginasies de cet organe , etc. , enfin quelle est la marche à suivre dans leur traitement.

Un grand nombre de follicules muqueux accolés les uns aux autres par du tissu cellulaire , des nerfs et des vaisseaux , une enveloppe fibreuse peu extensible, tels sont les élémens qui composent la prostate.

Quoique, au premier aspect , cet organe paraisse former une masse unique , il est évidemment composé de deux lobes latéraux et d’un lobe postérieur, supérieur et médian.

Les lobes latéraux , bien plus volumineux que le lobe moyeu , sont semi-cordiformes et placés

symétriquement sur les côtés de la première portion du conduit urétral ; leur base est leur partie la plus épaisse ; tournée en arrière et en haut , elle forme autour du col vésical un bourrelet , tandis que leur sommet va s’éteindre en mourant vers le bulbe de il’urètre.

Ecartés l’un de l’autre par leur extrémité postérieure , de manière à simuler une échancrure , ces deux lobes s’accolent ensuite par leur côté interne , laissant cependant entr’eux un canal plus large à sa partie moyenne qu’à ses extrémités, dans lequel la muqueuse vésicale se prolonge pour former la portion prostatique de l’urètre.

Le lobe moyen n’existe pas , comme les masses latérales , d’une manière constante ; il est beaucoup plus petit qu’elles ; son volume est variable, rarement à l’état sain il dépasse celui d’un pois ; sa forme est arrondie. Recouvert par les membranes musculeuse et muqueuse du col vésical , situé au dessus et entre l’exUémité postérieure des lobes latéraux avec lesquels il se confond , il concourt à former une ouverture circulaire et médiane par où les canaux déférons et des vésicules séminales pénètrent dans la prostate et le canal.

Les follicules de ces lobes prostatiques abouchent leur orifice à la surface de la membrane muqueuse qui les recouvre. Ainsi , c’est sur les côtés du vérumontanum qu’on trouve les lacunes des masses latérales, tandis que c’est à la partie

inférieure du col vésical c]ue s ouvrent celles du moyen lobe.

Ces trois lobes , enveloppés d’une membrane fibro-celluleuse , forment la prostate , organe cor— diforme,du volume d’une grosse châtaigne, échan-' cré tt sa base, aplati de haut en bas , situé en arrière de la syn)physe du pubis, au devant et au dessus du rectum , en dedans des parties latérales inférieures des muscles releveurs de l’anus.

Comme le testicule , la prostate , pendant l’enfance , est rudimentaire, n’étant point encore excitée par les stimulans des fonctions qu’elle est destinée à remplir ; son rôle est alors extrème- : ment obscur. Aussi , si aucun vice de conforma- ' tion ne s’oppose au libre cours des urines, n’est- ; elle atteinte, pendant cette période de la vie , que 1 des maladies que peut produire le traumatisme.

Quand l’homme parvient à l’âge de la puberté,

I la prostate , annexe des organes génitaux, atteint, > comme les glandes spermatiques , son parfait dé- I veloppement; elle est dès lors le siège d’une aoi tivité nouvelle , et d’autant plus exposée aux iri ritations , que le coït et la masturbation , agens 1 provocateurs de ses fonctions , sont des exercices ' dont le pubère abuse le plus souvent.

Tant que les organes génitaux sont aptes à remplir leurs fonctions , la prostate est dans un état ' d’excitation physiologique. Si les exercices vénériens sont trop soiwent répétés, cet état d’orgasme

SC change en une iiTilaüon (jni dispose ce corps rolliciileux à subir l’influence des causes qui lendent à l’enflammer. Aussi est-ce pendant celle période de la vie que les prostatiles aiguës sont les plus fréquenles.

L’àge des passions vénériennes écoulé , la prostate devient , chez beaucoup de sujets, le siège d’un travail de nutrition plus actif, ou d’une irritation dont les résultats sont un développement exagéré de sa partie postérieure , des retentions d’urine plus ou moins complètes. Ces phénomènes 1 qui , chez les hommes dont la conduite a été sage, i semblent être les seuls effets des progrès de l’àge, sont bien plus fréquens et plus tranchés quand . les organes génitaux ont été livrés à des exercices trop fréquens, lorsque la membrane muqueuse ■ génito urinaire a été long-temsou se trouve encore le siège d’une irritation chronique.

La partie inférieure du col de la vessie reposant’ sur le lobe moyen , s’il syirvient de la tuméfac-tion dans cette partie de la prostate, l’orifice uré- j tro— vésical est diminué de capacité, et l’émission i des urines gênée en raison directe du gonflement ij: survenu. D’un autre côté , le réservoir urinaircii se vide d’autant plus incomplètement , que la tu- »; meur a acquis un volume plus grand, et cela , tj non-seulement parce qu’elle élève le niveau de lal < partie inférieure du col de la vessie là ou elle (t existe , mais encore en lésant former sur ses par-'l|

lies latérales, aux membranes musculaire el muqueuse qui la recouvrent et qu’elle soulève , des ailes ou replis membraneux qui s’opposent à l’enlier écoulement des urines.

La tuméfaction des lobes latéraux produit aussi une difflculté d’uriner relativ^e au gonflement survenu , et enfin la rétention complète si l’engorgement est poussé assez loin pour rapprocher intimement les parois de la portion du canal embrassée par la prostate.

Tous les élémens qui composent la prostate ne participent pas toujours simultanément à l’inflammation. Dans les cas les plus simples , el heureusement les plus fréquens , l’irritation est bornée à la membrane muqueuse des follicules qui , suivant le degré d’irritation dont ils sont le siège ^ sécrètent un fluide plus ou moins ressemblant à la matière purulente.

Quand cette inflammation des follicules acquiert un haut degré d’intensité , elle s’étend au tissu cellulaire qui les environne, détermine son engorgement , et enfin sa suppuration , si des movens convenables ne sont point mis en oeuvre pour arrêter la marche du mal.

^Les phlegmons du tissu cellulaire de la prostate n’ont pas toujours besoin, pour se développer , que les irritations des follicules les aient précédés. Ils peuvent survenir primitivement; mais il est bien évident qu’un état phlogislique récent ou ancien

de ces organes sécréleurs favorise singulicreinent la manifeslalion des phicgmasics de la trame ceK luleiise f|ui les environne.

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