CAUSES
Les causes prédisposantes et déterminantes des phlegrnasies aiguës et chroniques de la prostate ont leur source , les unes dans divers états morbides de l’appareil génito-urinaire ; d’autres naissent des exercices abusifs des organes de la génération, et de certaines circonstances au milieu desquelles le coït peut être pratiqué ; il en existe dans le milieu où nous vivons ; on en trouve dans notre régime , notre industrie, et enfin dans certains états morbides de l’organe de la défécation.
La pression exercée par ies calculs vésicaux sur le bas-fond de la vessie , l’irritation que leur présence y fait naître, et qui, par continuité de tissu muqueux, se transmet presque toujours à la portion prostatique de l’urètre , le passage dans le canal des sécrétions rénales et vésicales dont les corps étrangers provoquent la perversion, les produits morbides provenant des catarrhes vésicaux, déterminent souvent une irritation de la muqueuse urétrale , qui se propage à celle des follicules de
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la proslale, au lissa cellulaire qui les enveloppe , donne lieu à Tengorgemenl de cet organe , ou le dispose à devenir le siège de phlegmasies.
Lorsque , pendant un certain teins, il existe dans le canal un obstacle congénial ou accidentel (jui s’oppos3 au libre écoulement des urines , il est rare qu’il ne se produise pas dans la prostate des désordres inflammatoires dont l’intensité est ordinairement en rapport avec l’étroitesse du rétrécissement.
Quand l’obstacle est peu de chose , l’émission, quoique moins facile et retardée , a cependant lieu sans nécessiter de notables elForls. Mais quand la vessie est vidée , les contractions des muscles bulbo-caverneux ne suffisant point pour expulser les dernières urines , celles-ci séjournent entre l’obstacle et le col de la vessie , restent pendant un certain lems en contact avec la muqueuse uréirale, l’irritent : de là des écoulemens blennorrhagiques , des engorgemens , et quelquefois meme des suppui’alions de la prostate.
Si le rétrécissement est étroit et qu’il ne puisse être franchi par les urines qu’au moyen d’efforts violens , les désordres deviennent beaucoup phis graves; l’urine , refoulée avec force dans le canal par les contractions énergiques des faisceaux musculaires vésicaux , ne pouvant point s’échapper librement au dehors , franchit les bouches excrétoires des follicules muqueux de la prostate , pé-
nèlrc dans la cavilé de ces organes sécréteurs, la distend et l’enflamme. Cette inflammation s’étend au tissu cellulaire environnant : de là aussi des phlegmons , des abcès , des graviers , des fistules urinaires , la destruction d’une plus ou moins grande partie de la prostate.
Le séjour trop prolongé , dans le canal , des instrumens dilatateurs dont on se sert pour faire cesser ces obstacles à l’émission des urines , est une cause fréquente d’inflammation delà prostate, alors même que leur introduction n’a donné lieu à aucune altération de l’organe dont nous nous occupons.
Les manœuvres du cathétérisme , exécutées par des hommes inhabiles , impatiens , entêtés , produisent souvent des lésions traumatiques de l’urètre, dont les suites les plus fréquentes sont la phlegmasie aiguë de la prostate. Les praticiens qui, dans toutes les circonstances , ont recours aux cathéters métalliques de petit calibre , courent les plus grandes chances de produire ces accidens. C’est surtout chez les sujets atteints de maladie cérébrale qu’on doit éviter de recourir à ce genre d’algalies. Chez eux, la rétention lient à ce que le besoin d’uriner n’est pas ressenti : le cerveau ne remplissant ses fonctions, aucune douleur n’est témoignée alors même que des fausses routes étendues sont produites par le cathéter dans l’épaisseur de la prostate. Dans les cas de ce genre , il est
bien plus prudenl et plus aisé de sonder avec des instrumeiis d’une grosseur raisonnable ; ils déplissent mieux au devant d’eux la muqueuse du canal, et se -préparent ainsi eux-memes la voie qu on veut leur faire parcourir.
Avec des sondes d’un petit calibre , on peut blesser grièvement la prostate quand un ou plusieurs de ses follicules muqueux ont leur bouche excrétoire béante , dilatée; si les cloisons intermédiaires à un plus ou moins grand nombre de ces organes sécréteurs , ayant été détruites par l’inflammation , leurs orilices ne forment plus qu’une ouverture commune. Cet accident ari’ivera bien plus certainement encore si un rétrécissement long et étroit existant dans les portions spongieuses du canal , exige qu’on emploie un cathéter exigu et peu courbé. Dans ces deux cas , le bec de la sonde étant engagé dans ces sortes de sinus quelquefois nombreux et capables de recevoir le bec d’une plume de corbeau, si l’opérateur manœuvre avec promptitude , s’il force , il fait pénétrer l’instrument dans le tissu de la prostate , et il le fait d’autant plus facilement , qu’il existe autour de ces cavités une atmosphère inflammatoire entretenue par l’urine , les graviers , qui exerce son influence sur les parties voisines , les ramollit et les dispose par conséquent à se laisser intéresser.
Les affections herpétiques siégeant sur la muqueuse urétrale , disposent aussi la prostate à de-
venir le siège de phlegmons. Les causes de ce genre ne bornent pas toujours là leur effet , et 1 on a vu souvent la répercussion brusque de dartres être suivie d’engorgement chronique ou de jilîlegmon de ce corps folliculcux chez des sujets qui abusaient de leurs organes génitaux , se livraient à la boisson, ou avaient seulement éprouvé du refroidissement.
Le virus syphilitique, l’infection blennorrha— gique, le flux des règles et des fleurs blanches, sources les plus communes des irritations des follicules prostatiques , agissant avec une énergie plus grande ou sur un sujet mieux disposé, peuvent attirer sur la prostate une fluxion capable de donner lieu à tous les degrés d’irritation dont son i parenchyme peut être le siège.
Les goinmo-résineux, les injections astringentes i qu’on emploie dans le traitement des écoulemens , blennorrhagiques , peuvent irriter la prostate au ; point de donner lieu à des phlegmasies plus ou i moins intenses de son tissu cellulaire.
Les graviers qui, venant de la vessie , s’arrêtent dans les lacunes prostatiques, ceux qui se forment dans ces ouvertures dilatées, entretiennent autour, d’eux une inflammation on ne peut plus désastreuse pour le tissu de la prostate. i
Comme le testicule et les autres parties de l’appareil génital , la prostate , pendant le coït et la masturbation, devient le siège d’un état d’orgasme. 'iJ
Quand ces exercices sont trop souvent répétés^ cette excitation normale et momentanée se cliange en un état phlogistique permanent qui peut acquérir une intensité assez grande pour entraîner une phlegmasie aiguë.
Le froid humide agissant sur une plus ou moins grande partie du corps, particulièrement sur les pieds, l’immersion des extrémités inférieures dans l’eau froide, peuvent déterminer la phlegmasie de ’i la prostate , surtout chez les rhumatisans et les ij dartreux. Assez souvent on a vu la prostatite sur-
I venir chez des militaires qui , échauffés d’abord par la marche, mouillés parla pluie, avaient gardé pendant plusieurs jours leurs vétemens humides ^ et s’étaient livrés à la boisson pour se réchauffer et soutenir leurs forces.
On sait que l’usage des chaufferettes est une des causes les plus fréquentes des irritations vulvovaginales. Il est aussi des hommes qui ont été atteints de blennorrhagie, et qui ne peuvent point s’asseoir en face d’un foyer et encore moins s’y endormir les cuisses écartées, sans ressentir bientôt de la pesanteur à la prostate , de la cuisson en urinant au même point , et de la difficulté à ex- ' créter leurs urines.
Une alimentation trop succulente et habituel- I lement relevée par les épiceries, les truffes^ les 1 liqueurs alcooliques , le cidre , la 1,'ière, pris avec : excès , exercent sur la prostate la même influence
c|ue sur la vessie et les reins. Toutes ces causes peuvent raviver des.^lennorrhagies anciennes, en déterminer de nouvelles , et , enfin , occasioner le phlegmon delà prostate.
L’usage abusif du café est assez souvent la cause immédiate de la prostatite aiguë; nous en connaissons plusieurs exemples.
La stimulation produite par le café sur la prostate est bien loin de poüvoir être comparée à celle que les cantharides déterminent dans cet organe. Appliquées à la peau comme rubéfiant , si elles sont absorbées , des sympiômés inflammatoires génito-urinaires excessivement intenses se manifestent ; ils sont bien plus inquiélans encore si le stimulant a été pris à l’intérieur comme aphrodisiaque.
Les hommes que leur profession oblige à faire de longues et fréquentes courses à cheval sont très exposés à être atteints delà maladie de la prostate. Quelquefois ces phlegmasies résultent d’une excitation lente et progressive produite par cette sorte de station assise , accompagnée de frolteraens, de secousses légères, et souvent répétée ; dans d’autres cas , la cause est plus immédiate , et la prostatite est l’efîet d’une contusion du périnée.
Les longs voyages en voiture tenant le périnée dans des conditions presque semblables à celles où il se trouve pendant l’équitation , il en résulte pour les organes génito-urinaires, cl particulière-
liient pour le rectum et la prostate, une fluxion souvent cause d’hémorroïdes , de constipation opiniâtre, d’échauffemens et d’engorgement de la prostate de diverses natures.
D’autres individus qui mènent une vie toute sédentaire , exempte des agitations physiques auxquelles le voyageur est constamment exposé , ne sont pas moins sujets que lui aux affections dont nous nous occupons. Je veux parler des hommes ; de cabinet , qui gardent habituellement la station j assise , l’esprit profondément occupé , négligent de satisfaire le besoin d’aller à la selle ou de vider leur vessie ; tôt ou tard beaucoup d’entr’eux sont atteints de constipation opiniâtre, d’hémorroïdes, d’irritation vésicale et des vésicules séminales, d’engorgemens de la prostate.
La suppression brusque du flux hémorroïdal au moyen des topiques astringens, l’asti'iction que les mêmes agens médicamenteux déterminent sur les grappes hémorroïdales non fluentes , ont été quelquefois la cause d’engorgeniens chroniques , de plîlegmasies aiguës de la prostate.
La présence des vers dans le rectum est d’une telle influence sur les organes génito-urinaires , qu on a vu assez souvent des ascarides provoquer des irritations de la prostate , qui ne se sont dis- II sipées qu apres l’évacuation de ces êtres parasites.
Une constipation opiniâtre et de longue durée [ peut etre la cause mécanique d’engorgemens va—
riqiieux de la prostate. Pendant les elToris de la défécation , le sang veineux étant refoulé vers le bas-fond du bassin , les veines des organes contenus dans cette cavité se distendent , deviennent variqueuses , et la prostate augmente ainsi de volume indépendamment de toute autre lésion de son tissu.
Tous les purgatifs dont l’action se fait spécialement sentir sur le rectum , peuvent, à la longue , favoriser le développement des maladies de la prostate ; enfin dans quelques circonstances , la congestion sanguine qui a lieu sur cet intestin pendant la dysenterie , s’étend à la prostate dont elle détermine l’engorgement , la phlegmasie.
, Ici se termine l’exposition des causes qui donnent lieu aux altérations plus ou moins profondes de la prostate. Je ne les ai pas distinguées en prédisposantes et déterminantes ; elles ont un même mode d’action : les différences qui résultent dans leurs effets tiennent à des conditions particulières individuelles au degré ds résistance que leur oppose chaque individu, et à celui de susceptibilité dont les mêmes sujets sont capables , suivant les circonstances.
Quoique ces causes aient été exposées séparément , il ne faut pas croire qu’elles agissent ainsi d’une manière isolée.
Chez l’homme de cabinet , celles qui coïncident le plus souvent sont la station assise habituelle
sur des sièges mous , les érections Iréqnentes que celle-ci provoque, l’existence des hémorroïdes, la constipation , et souvent l’usage abusif du café , comme préservateurs du sommeil , quelquefois une abstinence sévère , etc.
Chez le voyageur, ce sont la station assise , le cahotement du cheval ou de la voiture , le froid aux pieds, l’usage d’une nourriture stimulante , des boissons fermentées, et souvent des érections prolongées , provoquées par un voisinage qui fait naître de vifs désirs vénériens qu’il n’est pas possible de satisfaire.
Chez le militaire, la fatigue, l’équitation pendant l’existence de hlennori hagies, les contusions du périnée , la pluie , le froid , les transitions brusques de température , l’usage abusif des liqueurs , du vin , sont tout autant de causes qui coïncident souvent et tendent au même but.