‹ Observations et réflexions sur les phlegmasies de la prostateChapitre 9 sur 25 · SYMPTOMES · texte numérisé non relu

SYMPTOMES

Lorsqu’un agent capable d’irriter la prostate borne ses effets à la membrane muqueuse des follicules , il donne lieu seulement à l’écoulement blennorrhagique ; mais si cette même cause agit avec une énergie plus grande pendant un temps plus long ou sur un sujet mieux disposé , elle peut aussi déterminer la phlegmasie de la trame cellulaire de cet organe.

Lorsque le plilegmon prosialique est développé, des symptômes plus graves que ceux des irrilalions blennorrhagiques se manifeslent , et réclament les secours de l’art d’une manière bien autrement pressante.

Le malade éprouve d’abord un sentiment de ; chaleur , des pesanteurs , de légers picotemens j en avant de l’anus, au périnée, un besoin trom- | peur continuel d’aller à la selle , et de fréquentes envies d’excréter les urines, dont le passage dans la portion prostatique commence à devenir difficile , et change en une sensation de brûlure la chaleur ressentie en ce point dans l’intervalle des émissions. Les stations debout et assise rendent plus tranchés tous ces symptopes, auxquels s’ajoutent bientôt , chez quelques sujets , des érections douloureuses , à la suite desquelles survient un suintement limpide , filant , plus abondant.

Chez les hommes vigoureux, pléthoriques, cette première période de la maladie est à peine sensible ; les symptômes acquièrent un haut degré d’intensité avec une rapidité étonnante ; la prostate est comme foudroyée par la congestion ; la chaleur y devient promptement très vive , et la sensation de poids dont le rectum est le siège, est bientôt accompagnée de douleurs pulsatives.

A mesure que la prostate s’engorge, il semble au malade que des matières fécales en quantité toujours croissante s’accumulent dans l’intestin ; il

le besoin de les excréler devient de plus en plus exigeant, il pi'ovoque de violens efforts qui ne font qu’aggraver les douleurs, la dysurie et rendre plus impérieux le besoin d’uriner.

Si des liquides sont injectés dans le rectum j dans le but de favoriser des évacuations alvines ,

I rintroduction du corps solide , l’infection du lavei ment exaspèrent les douleurs , les font irradier [ dans tout le fond du bassin , et le malade est ir-

Irésistiblement obligé de rejeter le liquide ingéré. Tant qu’il n’y a pas de rétention d’urine , le patient n’éprouve que les symptômes ordinaires des maladies inflammatoires; mais lorsque la ré'tention complète a lieu , une série d’accidens plus graves surviennent et rendent au malade son existence insupportable.

A mesure que la vessie §e distenc^ , qu’elle fait une saillie plus dure à l’hypogastre , l’agitation va croissant ; le malade , qui a supporté la cuisson , les pesanteurs, les élancemens sans trop se plaindre , et qui gardait Iç lit pour ne pas augmenter ses douleurs , ne peut plus y rester couché ; il est obligé de se lever , de marcher ; il se presse avec les mains l’hypogastre pour satisfaire les deux bej soins qui le torturent; la soif est vive, ardente, i la bouche seche , 1 haleine fétide , la respiration gênée ; des vomissemens ont lieu ; des douleurs, vives qui se font sentir aux reins et au gland ar-».

rachenl des cris au malade , qui entre dans une agitation voisine du délire.

Si l’on explore la prostate à travers le rectum avant que la suppuration commence , ou bien ' pendant que le pus est encore disséminé dans les aréoles du tissu cellulaire, on trouve cet organe d’un volume bien supérieur à celui qui lui est naturel ; il imprime au doigt explorateur la sensation d’un corps dur qui fait saillie dans l’intes- > tin et s’approche davantage des sphincters de i l’anus.

Quand les deux lobes ont une égale part à l’in- | flammation , cette tumeur est arrondie , unie, j régulière ; elle est , au contraire , plus volumi- | neuse à droite qu’à gauche , selon le lobe enflammé , ou suivant celui qui participe le plus à la i phlegmasie.

En arrière de cette tumeur prostatique , on j trouve le bas-fond du réservoir urinaire, formant aussi une masse unie , volumineuse , qui différé j de celle de la prostate en ce qu’au lieu d’être dure , ,

résistante , elle imprime à l’organe du toucher ! l’impression d’un corps éminemment élastique et I fluctuant quand on déprime l’hypogastre.

Cette exploration augmente la vivacité des douleurs , la force des battemens, et stimule vivement le besoin d’uriner. Quand elle est terminée , il semble au malade que le rectum est bourré d’une plus grande quantité de matières fécales , et qu un

poids plus lourd encore surcharge le périnée.

Si des secours ne sont point donnés pendant que le tissu cellulaire de la prostate n’est encore qu’envahi par le sang , les phénomènes inflammatoires poursuivent leur développement ordinaire ; la suppuration a lieu ; des frissons viennent de tems à autre faire cesser pour un instant la chaleur vive dont les malades sont atteints. Chez beaucoup d’entr’eux, à des époques périodiques, ces frissons prennent une intensité excessive, et au lieu d’être passagers , ils se prolongent pendant une ou plusieurs heures. Pendant la durée de ce froid , le patient est tout pelotonné dans son lit ; il y reste immobile , son fades est grippé et plombé ; ses yeux sont cernés; ses mâchoires claquent sans relâche ; le pouls est petit , fréquent , irrégulier.

A ce froid succède une chaleur brûlante et sèche ; la soif devient plus vive ; les conjonctives s’injectent; la face est vultueuse , la tête douloureuse; les facultés intellectuelles s’exaltent ; un délire furieux survient , et le malade cherche à se détruire. A cette sécheresse de la peau succède a son tour une sueur exhalant l’odeur de l’urine , une détente qui met un terme à celte scène d’apparence intermittente qui a beaucoup fatigué le malade.

Pendant que tout cela se passe , la suppuration suit sa marche; le pus se réunit en foyers. L’abcès étant général ou situé du côté du rectum, si l’on

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explore la prpslale à travers les parois de Tinteslin, on ne la trouve plusdui’e, résistante; on perçoit une impression tellement semblable à celle qui résulte du toucher de la vessie, qu’il serait facile de prendre ces tumeurs l’une pour l’autre, si l’on n’avait pas les connaissances anatomiques nécessaii’es et l’habitude d’un pareil examen. Si le ramolissement de la prostate a eu lieu du côté du canal, la sonde ne transmet plus la sensation d’un obstacle dur , mais bien d’un corps mollasse et dépressible.

Quand la phlegmasie réside du côté du canal, une cuisson excessivement vive se fait sentir durant l’excrétion des ui’ines qui devient de plus en plus gênée et enfin impossible ; le cathétérisme est dillîcile, souvent impraticable et toujours excessivement douloureux. Si c’est vers le rectum que chemine la phlogose , l’exploration de la prostate à travers l’intestin , la présence et l’excrétion des matières fécales exaspèrent vivement les douleurs; une chaleur brûlante , un ténesme stercoral inquiétant se font sentir; dans ce cas, le cathétérisme est plus facile , moins douloureux et la rétention plus rarement complète,

Si la distension excessive de la vessie, des ure-^ t.ères et des bassinets ne donne pas lieu à leur rupture, si le malade ne succombe pas à ses douleurs, il arrive un moment où à l’occasion d’un mouvement brusque , d’une érection, d’un effort

de vomissement, l’enveloppe fibreuse de la prostate , ramollie par l’inflammation , distendue par le pus, laisse échapper dans le canal , le rectum ou la vessie , une suppuration crémeuse et sanguinolente; alors la tumeur s’affaisse, le canal recouvre sa liberté , l’urine coule à gros jet , et, à mesure que la vessie se vide, le malade sent diminuer ses douleurs.

La vessie vidée, l’orage se calme; les symptômes qui exaspéraient le plus le malade se suppriment ; le sommeil qu’il n’a pas goûté depuis le commencement de la maladie, s’empare de lui; il est de longue durée et commence la réparation des forces.

Si l’abcès s’est ouvert dans le canal , un écoulement purulent très copieux se manifeste instantanément par cette voie ; l’excrétion urinaire est accompagnée , mais plus souvent précédée ou suivie de l’évacuation d’une grande quantité de pus plilegmoneux, dont la pesanteur spécifique est plus grande que celle de l’urine et des produits muqueux vésico-prostaliques.

Immédiatement après l’ouverture des phelgmons prostatiques dans la vessie , le malade éprouve une sensationcaraclérislique del’introductiondel’urine dans la cavité du foyer, un besoin pressant d’aller à la selle , qui provoque de violentes contractions des sphincters de l’anus et du col vésical ; dès lors les urines entraînent avec elles une énorme

quanlilé de pus. Ces cas sont graves et d’une cure difQcile , parce que la présence continuelle de l’urine dans une cavité enflammée exaspère l’inflammation , occasione des destructions organiques de plus en plus étendues.

Quand l’abcès s’est fait jour dans le rectum , la suppuration s’écoule et s’accumule dans la cavité de cet organe, son excrétion précède, suit ou i accompagne celle des matières fécales qui , tout j enveloppées quelles peuvent être par le pus, con- > servent leur consistance et leur forme. Cet isole- f ment des excrémens et du pus indique, d’une manière positive , que celui-ci découle de quelque abcès ouvert dans le rectum : quand il est produit I par des ulcérations des intestins , il délaye les matières stercorales et forme avec elles un mélange j diarrhéique.

Les abcès ouverts dans le rectum sont loin de présenter le même degré de gravité que ceux qui I s’ouvrent dans la vessie; ils guérissent le plus souvent sans qu’on s’occupe d’eux.

Lorsque la phlegmasie est très étendue , la prostate et les tissus qui sont en rapport immédiat avec elle peuvent être intéressés de manière à ce qu’il se forme des fistules urinaires qui mettent en i communication la vessie ou 1 urelre avec le rectum ou le périnée. Quoique très étendus, ces délab remens de la prostate sont susceptibles de guérison , pourvu qu’on tire parti de la période aiguë de

I l’inflammation pour obtenir la cicaliisalion des parois du foyer. Lorsque celle-ci est effectuée, si l’on examine encore la prostate a travers le rectum, î on l’a trouve détruite, affaissée, dans une étendue I plus ou moins grande, bosselée, dure, mulii- I lobée, déprimée dans le point suppuré, gonflée i au contraire dans ceux qui n’ont point été le siège > de suppuration.

Les phlegmons de la prostate ne se terminent jl’ pas tous de la même manière; dans les cas les I plus heureux, la suppuration, d’aboid crémeuse ,

I diminue ensuite de quantité , perd ses qualités purulentes, devient plastique, taiat au bout du lems convenable et ne reparaît plus. Chez d’autres individus, les lèvres de l’ouverture de l’abcès se cicatrisent pendant que ses parois fournissent encore de la suppuration ; la cavité du foyer se remplit, le pus distend la cicatrice, la déchire et au bout d’un tems plus ou moins long , il se fait encore jour au dehors. Chez certains malades , ces phénomènes se reproduisent pendant cinq ou six mois, à des intervalles de plus en plus longs; chaque fois la quantité de pus évacuée est moindre , et la guérison finit par avoir lieu. Quand les choses se passent ainsi , c’est que l’inflammation conserve un degré d’acuité favorable à la guérison ; il n en est plus de même quand la pblegmasie parvient à l’état cbroni(jue.

Lorsque des secours sont donnés à tems, ils

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réussissent quelquefois à faire avorter la prôsta-* lite. Si la maladie est très avancée ou poursuit obstinément sa marche, ils modifient toujours l’intensité des symptômes^ la gravité desdésordres, et les cathétérismes, quoique toujours douloureux , produisent souvent du soulagement, soit en procurant des évacuations d’urine , soit en donnant lieu plus tôt à l’ouverture des abcès.

PROSTATITE CHRONIQUE.

La résolution complète , la suppuration prompte i ne sont pas les deux seuls modes de terminaison i de la prostatite aiguë. Souvent, quand le tissu cel- * lulaire de la prostate n’est encore qu’envahi par le ! sang, ramolli , les antiphlogistiques arrêtent les i progrès du mal ou diminuent l’intensité des symp-» tomes, au point de les rendre à peine appréciables. Mais soit que le malade renonce trop vile aux remèdes , exerce trop tôt ses organes génitaux , donne dans tout autre excès , ou soit sous quelque ' influence particulière , la résolution ne se fait pas, et la prostate reste dans un étal d’engorgement chronique qui a la plus grande tendance à se perpétuer.

Cette prolongation sous forme chronique a souvent lieu chez les sujets dartreux ou rliumatisans, parce qu’on néglige d’employer chez eux les movens propres a combattre les allections rhumatismales ou dai'trcuses, qui d’abord ont été causes

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prédisposantes èl sont enfin sujets de la prolonga- I lion du mal.

Quelquefois aussi, chez des sujets faibles , les antiphlogistiques arrêtent la marche de Pinflani- I mation à une époque de la maladie où du puS est déjà formé dans le parenchyme de la prostate , avant que l’évacuation s’en Soit effectuée au dehorsiDisséminéedans letissu cellulaireouréunie en foyers , celte matière purulente a le même sort que celle qui se forme dans le tissu pulmonaire, et qui n’est pas résorbée en totalité. Elle est dépouillée de sa partie la plus liquide, réduite à ses élémens les plus consistans. Elle forme, dans le tissu de la prostate , des noyaux tuberculeux qui entretiennent autour d’eux une fluxion chronique, sont des causes d’inflammations fréquentes , s’agrandissent chaque fois par la tuberculisation des parties qui les entourent, et finissent, en se fcili dant , par donner lieu à une sorte de phthisie de là prostate.

I La prostatite chronique peut être primitive ; elle découle des mêmes causes que la prostatite aiguë : cette différence dans l’intensité des symptômes vient quelquefois du degré d’énergie des causes ; elle est plus souvent la conséquence d’une disposition particulière de l’organe influencé, de la cons- I titulion générale des malades.

L inflammation chronique fait ses progrès d’une I manière insensible , aussi les sign^'s qui la carac-

lérisenl ne sont-ils que l’ombre de ce qu’on observe dans la prostatite aiguë. Cette obscurité dans sa marche ne la rend que plus dangereuse ; elle n’éveille l’attention des malades que lorsque l’irritation s’est irradiée aux appareils conservateurs et sécréteurs du sperme et de l’urine.

Les altérations de tissu que produit l’inflammation chronique varient comme les dispositions individuelles. Souvent elle occasione une hypertrophie des follicules et du tissu cellulaire de la prostate, d’où résultent l’engorgement, l’augmentation de volume de cet organe. Dans d’autres cas, la phlegnvasie acquiert un assez haut degré d’intensité pour produire la suppuration. Chez l’hémorroïdaire et l’homme disposé aux varices, elle est une cause fréquente d’engorgemens variqueux des veines prostatiques et du col de la vessie ; elle peut être la cause de l’endurcissement cartalagineux de la prostate , de sa générescence squirrheuse , et enfin d’une afïéction fort curieuse, du gonflement du moyen lobe.

Je vais examiner en particulier chacun de ces états morbides ; j’insisterai sur ceux qu’on observe le plus souvent dans la pratique ; les autres, je ne ferai que les signaler en passant.

EiNGORGEMEÎNT CHRONIQUE DU TISSU CELLULAIRE DE LA PROSTATE.

La source la plus commune de l’engorgement et de toutes les autres affections chroniques de la prostate est la blennorrhagie. Beaucoup d’hommes , après avoir réduit à un léger suintement des écoLilemens urétraux anciens , se croient gué- ' ris , renoncent à tout remède , et abandonnent au lems des restes d’irritation qui , peu irnportans en apparence , conduisent fort souvent à de graves affections des organes génito-urinaires.

Au moindre excès de coït, de masturbation , d’équitation ou de table , sous l’inlluence du froid humide et souvent sans cause connue, ces suinte mens s’exaspèrent; les urines paraissent ardentes, i une chaleur insolite se fait sentir dans le canal pendant leur émission et l’éjaculation. Le coït est quelquefois suivi d’une pesanteur morne qui ne se dissipe que lentement. Dans tout cela le malade ne voit qu’un peu d’écliauffement; et ne fait rien pour se mettre à l’abri de pareilles récidives.

Des mois , des années s’écoulent sans que letat de ces hommes insoucians paraisse s’aggraver ; ils éprouvent meme de tems à autre des intervalles de bien-être qui ne contribuent pas peu à les affermir dans l’idée qu’ils n’ont pas besoin des secours de l’art.

Une époque arrive où les lèvres du méat uri-

Haire sont souvent collées par des mucosités qui , se desséchant aussi sur le linge , le tachent en jaune-clair et le roidissent ; alors la chaleur ressentie en urinant a fait place à une cuisson vive qui se dissipe peu après l’émission.

Amesure que l’irrilationdela muqueuse prosta- i tique devient plus ancienne, elle s’irradie auxappa- j reils conservateurs et sécréteurs du sperme et de j l’urine; desérectîons nocturnes fréquentes tourmen- j tent le malade; il est plus souvent disposé au coït; j l’éjaculation est prompte et accompagnée d’un sentiment de brûlure vive à la région recto-prostatique.

Le col vésical irrité, les besoins d’uriner devien- ,nent fréquens et puissans ; l’arrivée de l’urine dans la portion prostatique de l’urètre occasione des douleurs vives , accompagnées de contraction spasmodique du canal, de gonflement du gland, de demi-érection ; quand l’émission touche à sa fin, elle ne se fait plus que lentement , par gouttes ou saccades; et s’il arrive au malade de ne pas attendre que la vessie soit entièrement vidée , l’accomplissement de l’excrétion s’effectue dans ses i vêtemens indépendamment de sa volonté , un té- • nesme vésical incommode suit .chaque émission , «

et durant les intervalles de celles-ci, des sensations i insolites se font sentir dans l uretre , tantôt c est 1 du puril , des élancemens vifs et précipités; dans ï d’autres momens, il semble au patient qii un li^ qiiide chaud s’écoule du canal.

L’irritalion s’étend enfin à la muqueuse de .Ig 5^essie ; elle augmente la susceptibilité de ce visr cère , qui se contracte d’une manière spasmodique pour SG débarrasser de rurine qu’il contient et qui l’irrite. Durant la veille, opposant une volonté ferme aux contractions de la vessie , le malade réussit quelquefois à retarder l’écpulemenl urinaire pendant le tems nécessaire pour se mettre Ù même de ne pas mouiller $es vêtemens ; mais pendant le sommeil, aucun obstacle volontaire ne s’opposant à l’expulsion des urines, elles s’écoulent au debprs sans qu’il en est conscience.

L’irritation ne s’étend pas seulement sur les membranes muqueuses ; elle envahit aussi toute l’épaisseur de la poche membraneuse des follicules , qui augmentent de dimension , s’hypertrophient.; elle se propage au tissu cellulaire environnant et provoque son engorgement. De tout cela résulte une augmentation de volume de la prostate , la distension progressive de sa tu nique fibreuse, et la continuité de ces pesanteurs jusque-là ressenties momentanément au périnée, toutes les fois qu’une cause quelconque , le coït , par exemple , avait delei mine sur la prostate une fluxion passagère un engorgement momentané.

A mesure que la prostate acquiert un volume plus grand , les besoins d’uriner deviennent plus difficiles Souven t cet accroissement de volume et ide difficulté d’uriner s’opère d’une manière

sensible, et le malade se croit toujours au meme point ; quelquefois le gonflement fait de brusques progrès , et il survient instantanément une diminution notable dans la vitesse et la projection du jet urinaire.

Ces derniers symptômes frappent péniblement le malade; ils réveillent son attention; il s’observe et tient compte des moindres sensations qu’il éprouve. Il aperçoit , s’il ne l’a déjà fait , que ses urines , en se refroidissant , déposent une énorme quantité de glaires visqueuses, filantes, qui s’allongent d’un pied et plus , et tombent en masse quand on renverse le vase qui les contient. Il a bientôt remarqué aussi que l’émission urinaire est d’autant plus fréquente et douloureuse , que ces dépôts urineux sont plus abondans.

Le moment arrive , enfin , où la tumeur prostatique forme au méat urétro - vésical une digue qui s’oppose plus ou moins complètement aux évacuations de la vessie, en neutralisant l’impulsion qu’impriment à l’urine les faisceaux musculaires annexés à son excrétio-n. Dès lors il n’existe plus de jet; quelque intenses que soient les efforts, l’urine s’écoule au dehors sans activité , et dès sa sortie du méat urinaire, elle tombe verticalement. Lorsqu’il existe des rétrécissemens vers la partie antérieure du canal, il n’en est pas ainsi : le jet , tout grêle qu’il est , est projeté au loin.

Il est des malades chez lesquels le mucus qui

s’écoule du canal revêt de tems à autre une âcrelé entièrement analogue à celle de quelques fleurs blanches ; il excorie le gland, le prépuce, les cuisses, eic. Quelques individus ne sont sujets à ces accidens que d’une manière passagère. Après avoir été très irritantes, ces mucosités redeviennent passives pour les parties qu’elles touchent, et les excoriations guérissent, chez d’autres , au contraire , l’irritation extérieure ne fait que diminuer d’intensité , parceque l’àcreté des humeurs ne fait elle-même que perdre de son énergie.

La susceptibilité de la prostate s’exaltant de jour en jour , rend l’impression des matières fécales beaucoup plus douloureuse. Pour peu que le rectum en soit surchargé , un besoin douloureux de les excréter se fait sentir, le malade ne peut point lui résister ; aussi beaucoup d’enlr’eux qui n’allaient à la selle que toutes les vingt-quatre, trentesix heures , sont-ils obligés de satisfaire cette sensation incommode plusieurs fois par jour.

Les engorgemens du tissu cellulaire de la prostate ont une marche lente mais progressive ; ils sont loin d’être incurables; quoique fort anciens , ils sont susceptibles de résolution. Quelquefois , au bout d’un nombre d’années variable , les prostates qui en sont le siège suppurent, de nouveaux accidens se manifestent ; je vais les exposer.

Suppuration chronique de la prostate,

l’ar la coniinualion des causes qül ont déler-» tniné le mal, et souvent sans cause connue, celle irritation qui entretient la prostate dans un état d’engorgement chronique, s’élève à un assez haut degré d’intensité pour produire la suppuration.

Les suppurations qui ont lieu dans des prostates depuis long-tems engorgées , et surtout chez des individus épuisés par les douleurs et les perles séminales , ne sont le plus souvent que partielles , disséminées ; elles sont lentes dans leur dévelop^ pement ; pendant qu^un point suppure, celui qui l’avoisiné se prépare à là suppuration ; quand un abcès est vidé, un aütre travaille a se faire jour ; des énormes quantités de pus sont évacuées d’une manière continue ou à des intervalles variables , et la prostate se détruit ainsi d’une manière lente et pfogressivê.

Immédiatement après l’évacuation des abcès aigus de la prostate , nous avons vu que le canal recouvrait presque toujours une liberté plus ou moins parfaite. Dans un grand nombre de cas de prostatite chronique j il n’en est pas ainsi : la gêne de l’émission des urines persiste ou diminue légèrement ; cela lient à ce que la prostate ne s est affaissée que dans le point suppuré, et à ce que 1 engorgement persiste dans d’autres parties ducanah

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Lors(|ue Fa prostate est ainsi le siëge de plusieurs noyaux d’engorgement , son exploration travers le rectum fait connaître une tumeur volumineuse présentant plusieurs bosselures ou tumeurs secondaires arrondies, plus ou moins saillantes, et d’une dureté relative au degré de ramolissementpù chacune d’slles est parvenue.

La suppuration chronique de la prostate peut donner lieu à la formation de tous les trajets üstuleux que nous avons vu résulter de la prostatite' aiguë. Mais quand l’inflammation est chronique les parois du foyer n’étant pas favorablement disposées à l’adhésion, leur réunion n’a pas lieu ; l’üriue pénètre quelquefois dans la cavité dufoyeiv comme elle le fait dans celle des follicules agrandis et dont l’ouverture est béante et dilatée.

A l’occasion de la prostatite aiguë, nous avons vu ce qui résultait de l’introduction de l’urine dans les abcès prostatiques qui s’ouvrent dans la vessie.

Lorsque , pendant l’émission , l’urine pénèti e dans un abcès de la prostate ouvert dans le canal . elle détermine instantanément un besoin d’aller à la selle qui provoque des efforts excessivement violens, desquels résultent bientôt la chute du rectum, le développement d’hémorroïdes, leur exaspération quand il en existe , et quelquefois même des hernies.

Le patient calme ses douleurs en se déprimant

le périnée de manière à faire rentrer dans le canal la majeure partie de Turinc contenue dans la cavité enflammée ; mais comme il n’y parvient pas complètement, des calculs se forment, s’accroissent insensiblement, agissent comme cause d’irritation , occasionent des souffrances de plus en plus vives , des destructions organiques de plus en plus étendues.

Les graviers qui se forment dans les lacunes muqueuses de la prostate sont souvent entraînés par le courant des urines ; leur expulsion est toujours fort douloureuse. Ceux qui sont renfermés dans la cavité des follicules dilatés, ou des abcès, sont trop profondément situés ou trop volumineux pour pouvoir suivre cette voie; ils tendent à se faire jour au dehors en enflammant la partie la plus déclive des sinus qui les contiennent , ils cheminent ainsi vers le rectum , le périnée, les bourses. Devenus sous-cutanés , l’organe du toucher peut en reconnaître la présence ; et si des opérations chirurgicales n’en hâtent pas l’extraction , ils augmentent de nombre , de volume , et des phlegmasies ne lardent pas à les éliminer. Dans tous les cas , leur sortie est toujours cause de fistules complètes dont la cure n’est pas facile.

Pendant les premiers tems de leur existence ^ les trajets fistuleux complets qui mettent en communication la vessie ou l’urètre avec le rectum ou le périnée , sont le siège d’une cuisson vive qui

s’irradie dans toiU le bas-fond du bassin ; à mesure que les fistules deviennent plus anciennes , leurs parois se recouvrent d’une membrane muqueuse insensible au contact des urines, et ces phénomènes sensitifs se dissipent.

Lorsque la fistule s’étend de la vessie au rectum , le pus et l’urine s’écoulent et s’accumulent dans ce dernier organe et l’irritent. L’urine dissout les matières fécales les plus voisines de l’anus , et leur fait contracter une odeur fétide. Ce mélange excrémentiel devient très irritant ; il détermine une chaleur brûlante , un ténesme douloureux dans les parties qui le contiennent. La muqueuse de la marge de l’anus s’irrite , les sphinc' ters qui la recouvrent se resserrent , et lorsque des matières fécales dures descendues de l’S iliaque ou de plus haut se présentent à l’anus , leur excrétion ne s’effectue qu’avec difficulté et douleur* Durant les efforts nécessités par la défécation > l’urine, qui a déjà séjourné dans le rectum, est refoulée dans la vessie, où elle entraîne des parcelles d’excrémens qui réveillent dans le réservoir urinaire des symptômes entièrement analogues à ceux que l’urine provoque dans l’intestin.

Au bout d’un certain tems , la muqueuse du rectum s’habitue à la présence de l’urine ; celle de la vessie tolère le contact des excrémens ; ces accidens se calment, et les douleurs diminuent beaucoup d’intensité.

Ce que je viens de dire de la fistule reclo-vésrcale est applicable à celle qui s’étend de l’urètre au gros intestin ; il n’y a entr^elles que cette diflerence : dans le premier cas , il y a écoulement continuel d’urine dans le rectum ; dans le dernier, cela n’a lieu que pendant démission.

Quoique les fistules urétro et vésico-périnéales n’entraînent pas les mêmes inconvéniens que celles qui s’abouchent dans le rectum, elles ne laissent pas d’être excessivement incommodes ; elles rédui sent les malades aux conditions des femmes affectées de fistule urétro ou vésico-vaginales ; unécoulement d’urine se fait entre leurs cuisses , y dépose des concrétions salines, les excorie, brûle leurs vêtemens. Ces malades ne souffrent pas seulement au physique ; exhalant une odeur urineuse, ils sont obligés de vivre isolés, aussi leur existence est elle extrêmement triste. Quoique anciens, tous ces objets fistuleux sont susceptibles de guérison : j’en ai vu d’assez nombreux exemples.

Avant d’en venir aux signes généraux de la prostatite chronique > il est nécessaire d^examiner les caractères des urines chez les individus qui ont des maladies graves de la prostate, de la vessie, etc Je prendrai pour exemple celles d’un douanier qui est resté long-tems aux blessés civils S‘-Éloi, parce qu’elles réunissaient le plus grand nombre des produits morbides qu’on y observe lorsque les organes génito-urinaires sont profondément affectes.

Immédiaiement après l’émission , l’urine était trouble, laiteuse. Recueillie dans un verre à pied , et examinée après qu’elle était refroidie , on remarquait , à la partie la plus déclive du vase , un dépôt d’un tiers de pouce de hauteur , résultat d’un mélange de petits graviers roussâtres et d’un sable gris extrêmement fin

Au dessus de ce premier dépôt était une couche de pus crémeux de six lignes de hauteur , dont la surface supérieure prenait, comme celle du mer-* cure ; une direction horizontale, quelle que fut l’inclinaison donnée au vase.

Au dessus du pus se trouvait une énorme quantité de glaires de la prostate, rendues opaques par les globules purulens dont elles étaient feutrées , et qui se terminait supérieurement par une surface floconneuse , ondoyant au moindre mouvement imprimé au récipient.

Enfin, venait l’urine qui surnageait au dessus des produits morbides que je viens d’indiquer , et qui tenait en suspension un nuage floconneux fourni par la muqueuse de la vessie.

Si 1 on vidait lentement le vase qui renfermait tous ces produits , 1 urine s’écoulait la première et entraînait le nuage muqueux vésical. Le pus et le dépôt gravelleux s’écoulaient ensuite, les glaires de la prostate restaient les dernières et s’allongeaient d’un pied et plus hors du vase avant de s’®a détacher complètement.

Les malades alleints d’afi’eclions clironifjues de la prostate ont le faciès amaigri , d’une teinte chlorotique plus ou moins prononcée , portant l’empreinte d’une longue souffrance; le restant de leur physique semble miné par le mal ; leur forces musculaires et génitales sont anéanties, leurs pouls est fébriculeux , leur peau plutôt sèche et froide que moite et de température élevée; ils sont extrêmement frileux , mais leurs mains et leurs pieds sont les parties qui sont le plus sensibles aux impressions du froid.

Les rhumatisans et les dartreux, surtout, se trouvent très mal de l’abaissement de température de l’atmosphère ; aussi voient-ils arriver avec une peine inexprimable la saison des pluies , des neiges , des vents froids. Ils ont remarqué que, tant qu’elle dure , leurs urines sont plus abondantes , plus bourbeuses ; que le besoin de les excréter est plus fréquent et l’émission plus douloureuse.

Leurs organes digestifs fonctionnent mal, l’estomac élabore imparfaitement et avec peine les alimens ; des vents , des flatuosités tourmentent ces malades pendant et après la digestion ; leur intestin se débarrasse des matières fécales avec difficulté et lenteur ; ils deviennent sujet à une constipation opiniâtre.

Souffrant beaucoup plus quand ils se tiennent debout ou assis, la marche augmentant leurs soufirances , l’équitation leur étant impossible,

leur esprit ne pouvant s’occuper de rien autre que de leur mal, ces malheureux ne sont aptes à aucun travail capable de les éloigner des idées noires qui les poursuivent partout. Leur sommeil est loin d’être parfait : des rêves inquiétans l’agitent , et laissent en eux des impressions profondes qui se prolongent pendant la veille et les tiennent craintifs et défians. Ils deviennent insoucians et d’une incurie qu’ils poussent quelquefois jusqu’à une malpropreté excessive. Susceptibles , acariâtres , ils se fâchent de rien ; tout les contrarie : ombrageux , ne voyant partout que du mal, des ennemis, ils fuient le monde, excepté leur médecin , qu’ils obsèdent, fatiguent, et qu’ils abandonnent avec une facilité dont il est souvent impossible de se rendre compte.

Lorsqu’on veut pratiquer le cathétérisme chez ces malades, on pénètre facilement jusqti’à la prostate; mais lorsque le bec de la sonde se trouve en présence de ce corps folliculeux tuméfié , elle éprouve une résistance relative au volume et à la densité de la tumeur.

Voilà à peu près les signes sur lesquels on peut fonder le diagnostic des inflammations, des engorgemens chroniques de la prostate. Une foule d’entr eux sont du domaine des pertes de semence ; mais comme ce dernier phénomène est inséparable des irritations prostatiques prolongées , j’ai dû les indiquer en passant.

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