‹ Observations grammaticales sur des chartes françaises d'Aire en ArtoisChapitre 4 sur 14 · C'est à dire sept · texte numérisé non relu

C'est à dire sept

2. Je dois cependant excepter certains mots, comme « gracie, luminarie, Arie », où Yi parasite semble être purement étymologique.

Nos diphthongues au, eu, ou, sont employées dans les chartes d'Aire beaucoup plus souvent que les formes al, el, ol. Le mot colme (S 31, 36) est le seul qui ne s'y rencontre qu'avec l'orthographe ancienne, tandis que nos diphthongues paraissent sans partage dans les mots « autant (0 22), autel (H 77, M 22), autre » (A \\ etc.), autrement (M 21, etc.), autrui (M 87), baus (C 1), » Bouriaus (N 91), consaus (B 13), especiaument (0 1, etc.), » speciaument (E 16), loiaus (R 25, 26), nathaus (A 25), quar- » miaus (J 41), Willaume (F 1, etc.), Ysabiaus (D 3), cateus » S 41), courtieus (Q 25), journeus ^ (Q 19, etc.), sollempneu- » ment (N 27). » Pour l'emploi alternatif des deux orthographes j'ai. noté, d'une part, « loialment (A 12, H 62, 68, M 26), men- ^ » caldées (F 8), seals (H 88), fiels (F 17, 22, 26), perpetuelment » (J 10, S 8, 10), sols (B 9, C 8, 22) ; » de l'autre, « loiaument » (G 41, etc.), mencaudées (B 10, etc.), seaus (J, M, K), saiaus » (A 42), saiiaus (G 63), fieus (N 8), fius^ (G 3), perpetueument » (N, P, Q), saus(K, R, S). »

Les substantifs et les adjectifs latins qui ont leur génitif en oris se présentent dans les chartes de JoinvUle avec trois désinences différentes or, our et eur; c'est ainsi qu'on y trouve alternativement « seignor, seignour, segneur. » Au contraire, dans les chartes d'Aire la désinence eur est seule employée pour le mot segneur et pour quinze autres mots de la même catégorie. 11 en est de même de l'adverbe ailleurs (G 18, 36). Eur alterne avec or dans les mots leur et lor employés comme pronoms personnels (A 33, E 27, etc., H 18) ou possessifs (A 26, 32, B 4, etc., H 11, etc) ; mais la forme leur est plus ordinaire, tandis que dans les chartes de JoinviUe il y a partage entre ces deux formes et la forme lour, qui ne paraît pas dans les chartes d'Aire. La diphthongue eu alterne avec a dans eure (J 46, M 23) et ore (N 60, etc. S 98, 126), ou bien encore avec mtdansjpew (Q 20) ei2)ciit (E, F), ou enfin avec u dans cleseiire (J, R, S) et desus (J, K, S); mais il est probable que dans ce dernier cas elle se prononçait comme Yu simple. Les chartes de Joinville nous montrent cette diphthongue dans le nom de nombre neuf,

1. On trouve aussi journés (Q 37). Cette finale es est un équivalent de la finale eus, dérivant du latin alis, et de la môme finale dérivant du latin osus : de là Amourés (Qi. 58), variante de imourews, en latin Amorosus, comme journés est la variante de journeus, en latin jornalis.

2. On trouve aussi fiuls (K 20), ce qui est peut-être une erreur de copiste.

que les chartes d'Aire écrivent nuef (Q 40) et noef (R 16). C'est l'équivalent oe qu'elles emploient exclusivement dans « avoec (N, 0, P, Q), avoekes (N, S), avoeques (M 30, etc.), » moebles (G 44, 45), noeve (S 14, etc.), oes (D H), oevres » Çsl 20), proeve (G 39), jou voel (N 59), k'il voelle (N 79)^ » Il faut attribuer à Ye simple un son voisin de la diphthongue eu dans les mots « ce (B, C, etc.), che (A 40), je (A 1 etc.), keme » (C 1), lionerable (J 6), hounerables (N 12, Q 7), hounerée (Q » 3, etc.), sengnerie (0 11), » puisque l'on trouve ailleurs « ço » (B 20, 21), chou (A, C, D, G, H), jou (B, etc.j, com (A 10), » comme (C 27), coume(F 33), honorables (M 6, 13), signourie » (L, M, S) -. »

Rien n'ernpéche de croire que la diphthongue eit avait, dans certains mots des chartes d'Aire, la valeur que nous lui donnons aujourd'hui ; je citerai le substantif aleus (S 132), le nom de nombre deus (L, M, etc.), les noms propres Andrieu (S 54, etc.) et Mahieus (F 1, Q 7). Il en devait être ainsi dans Dieu (A 1, etc.) et lieu (N 70, 0 7, etc.); mais je ferai observer que ces mots pouvaient s'écrire aussi Dui (J 5, 6, 11, 94) et lui (J 60, L 13;. Il est certain que nos habitudes nous porteraient à croire que la véritable leçon serait Diu et liu plutôt que Dui et lui ; mais il faudrait supposer pour cela que le copiste s'est trompé à sept reprises différentes en écrivant ui au lieu de iu'^. Il semble plus prudent de maintenir cette leçon, malgré ce qu'elle a de contraire à l'orthographe moderne. Il n'est pas impossible, en effet, que l'usage permît d'intervertir l'ordre de ces deux voyelles, comme on le faisait pour Vu et Ye en écrivant nuef et neuf.

Ce serait par la même raison que notre nom de nombre cinq se trouverait écrit dans les chartes d'Aire, non seulement cienc (E 10) et cieunc (F 7), mais encore cuint (J 53, 58) et cuinc (S 16, 24). Les formes Dui et lui seraient dans cette hypothèse un simple équivalent de Diu et liu S parce que les voyelles.

1. Les lettres oe se présentent avec une tout autre valeur, comme équivalent de oi, dans estoet (H 19).

2. Il semble même que l'e simple pouvait avoir un son voisin de la diphthongue au dans l'adverbe « sevement « (A 12), qui devait s'écrire aussi c sauvement ».

3. Je puis citer aussi un passage où on doit lire « demi luie » (J 55) plutôt que « demi liue ».

4. J'ai noté liu dantf une autre charte (L 13). Sans insister sur une explica-

tout en étant interverties, correspondraient à une seule et même prononciation. Il deviendrait par conséquent possible d'admettre qu'on pût écrire Dieu ou Bui et lieu ou lui puisqu'on écrivait aussi : « baillieus (S 117), baillieu (S 116, etc.), mieus » (B 14), « en même temps que « baillius (G 61), bailliu (G 57), » mius (D 12, S 91). »

La diphthongue ui devait avoir une valeur toute différente dans les mots fui (M 80) et fuissent (S 111), où l'z était une lettre purement étymologique. Puisqu'on écrivait fu (S 115) au lieu de fuit, on devait aussi dans certains cas écrire à la première personne fu au lieu de fui; comme d'ailleurs l'orthographe fussent (S 63) s'employait concurremment avec fuisse^it , on en peut conclure que fui et fuissent se prononçaient comme si l'on eût écrit fu et fussent. Mais cela ne suffit pas pour en conclure que ces mots dussent se prononcer comme aujourd'hui. En effet, notre conjonction ou se représentait tantôt par la diphthongue (A, G, J, N, R, S), tantôt par un u simple (B, E, H, J, K, M) ; et notre adverbe de lieu s'écrivait aussi oii (G 19, S 12, etc.) et Il (B, L, P, Q), de même que l'article contracte oit (J 61) pouvait s'écrire m (L 8). Comme d'ailleurs notre verbe pussent se trouve écrit 20OUS sent (H 48), on peut croire que dans fu et fussent Yu avait un son voisin de la diphthongue ou. J'ajoute qu'il alterne avec cette diphthongue et avec l'o simple dans nos mots prévôt et SU7', qui se présentent sous les formes suivantes : « provost » (K 5), provus (A 2), prouvost (N 7, etc.), pruvos (H 79, M » 70), pruvost (H 89, L 2, M 9, etc.), sor (B 10, C9), sour (E, » G, S), sus (S 13, etc.). »

L'emploi alternatif de Vo simple et de la diphthongue oit se prouve par les exemples suivants : « approvons (H 81), approu- » ver (N 81), avoés (H 51), avoé (H 52), avoués (G 4, N 66, » avoué (N 20, S 91), conurent (S 49, 144), conut (S 115, 136), » conutes (H 38, M 56), a recognut (S 84), connurent (N 10), » connûtes (N 19, 87), covens (S 47), covent (S 60, 127), co-

lion qui peul soulever des objections, je demande que ces variantes ne soient pas condamnées comme des fautes tant que des exemples authentiques et suifisamment nombreux ne viendront pas prouver que la diphthongue ui ne pouvait jamais être l'équivalent orthographique de la diphthongue iii. La mobilité de I'm dans les diphthongues ew.el ue {neuf ci nuef), jointe à l'emploi fréquent de Vi comme voyelle parasite, m'engage à ne pas considérer cette question comme résolue d'avance.

» venent (S 130), couvent (S 50), chouvent (G 29), chouvenen- » ches (G 37, etc.), demorer (A 30), demour[r]a (J 27), doné » (H 93), douné (N 95)S dounisons (Q 12), homme (H, L, » M, N, 0)2, houmes (E 8, F 19, etc.), honorables (M 6, 13, » oneur (A 7), hounerables (N 12, Q 7), liounerée (Q 3, etc.), » ouneur (J 11), jors (A, B, G), jour (E, G, J, H, S), només (S » 122, etc.), noumés (M 13), por (A, B, G, K), pour (D, F, G, » H, etc.), promettons (L 22), pourraetre(J 30, etc.), provendes » (S 116), prouvendes (0 4, etc., Q 22), tôt (B 7), tout (G 11, G » 7), toute (A, etc.), tous (B, etc.).

Y avait-il au contraire des mots où Vo simple fût toujours préféré à la diplitliongue ou et réciproquement ? 11 serait imprudent de l'affirmer ; mais je puis en citer qui se présentent sous l'une de ces formes seulement, au moins dans trois chartes différentes. C'est d'un côté : « goïr (E, F, H), loer, je loe, loés (J, K, N), » poons, pooit, pooiemes, pooient, poront, porront, porriemes, » poroient, porroient (G, J, N, 0, Q, S), volons, voloient (D, J, » N)3; » de l'autre : « court (G, H, L, M, N), coust, cous (H, » K, M, S), douse, douze (D, E, F, K, S), fourme (H, N, Q), » nous (A, D, F, G, etc.), soufisaument, souffisaument, souffi- » samment (E, M, N, S). » Je ne cite pas : « pourfis, pourfit, » pourfitable (H, J, N, S), parce qu'on devait écrire aussi profls, etc, puisqu'on écrivait pour mètre ei promettons .

Les chartes d'Aire remplacent souvent l'articulation bl par vl : « ahanavle (C 6, 20), estavle (E 29, F 38), estavles (C 30, » J. 103), estavlis (S 68), estavlisemeiis (J 22), hiretavlement » (N 12, Q 3, 26), iretavlement (A 30, C 21, E 5, G 12, 13), » yretavlement (S 8, 10), honeravles (S 81), paisievlement (K » 7, 11), paissievlemeiit (S 82, 100), parmenavlement (F 30, » 39), permanavlement (S 101), tavle (J 43), wardavles (A 20). » On peut se demander s'il ne faudrait pas lire plutôt : « alianaule, » estaule, » etc. comme ont fait, en pareil cas, plusieurs éditeurs. Il est vrai qu'ils ont fidèlement reproduit la forme de la lettre u, telle qu'elle existe dans les textes ; mais cela n'empêche pas qu'il ne faille ici la considérer comme une consonne. Eu effet, cette

Page 1