‹ Observations médicales et questions physiologico-pathologiques présentées à M. le professeur BroussaisChapitre 3 sur 8 · IV QUESTION · texte numérisé non relu

IV QUESTION

Le dévoiement , la diarrhée , la djssenterie

sont-ils le résultat de ce que V inflammation empêche la muqueuse de remplir ses fonctions ?

Monsieur Broussais nous donna la satisfaction de le voir maintenir son opinion conforme à la nôtre , en résolvant cette question par l'affirmative : à la ve'rite' il aurait été Lien difficile de la résoudre autrement ; c’est pour cette raison que nous bornons là tout ce que nous pourrions dire de relatif à cette question.

y QUESTION.

Les fa cul lés clives rives chi canal intestinal

ne peuvent-elles être lésées cpte d'une seule

maniera , ainsi que le suppose votre système localisateur tout entier jondé sur des

inflammations locales ?

Celte question est la première de celles que îe professeur Broussais ne put lire; celle impossibilité nous p riva de savoir si ses idées se trouveraient en contradiction avec les nôtres comme nous le pensions d'avance , en nous souvenant qu’il regarde l’inflammation de la muqueuse intestinale comme la cause de toutes les fièvres

essentielles, tandis que ces maladies présentent deux étals si diffère ns qu’il ne s’agit que de les examiner pour en démontrer l’existence.

Le premier de ces deux étals se rapporte totalement à l'unique de notre adversaire, et se trouve caractérisé par tous les symptômes qu’il nous donne pour connaître une fièvre essentielle : ainsi ce sont la figure crispée, la langue rouge , sèche et pointue ; voilà la quantité de symptômes nécessaires pour déceler une gastro-entérite (sL

ftoirime Broussenien de fièvre essentielle ) à fauteur de la nouvelle médecine , et ceux que nous rencontrons, en grande partie, nous- memes, dans le premier de nos deux états, seulement c'est que nous ne les avons jamais trouvés en si: petite quantité et concentrés d une manière aussilocale, toutes les fois qu'il s’agissait d'une vraie fièvre essentielle ; de sorte que nous serions assez porté à croire que l’auteur du nouveau système, étant persuadé que toutes les fièvres essentielles dépendent d’une gastro - entérite , confond une maladie locale avec ces fièvres qui nous semblent des affections générales; au reste, ce n’est poi ni ici le moment de chercher à faire connaître la confusion Bi oussériierihe ; nous voulons et nous devons avant tout, démontrer l’existence des deux états fout-à fait différensque nous avonsémis plushaut.

Nous n’alteindrions qu'imparfaitement notre But , si nous faisions notre tableau de comparaison avec le peu de symptômes mentionnés cidessus 5 c’est pour éviter cette insuffisance , et rendre notre idée aussi claire que nous puissions le faire, que nous allons exposer succinlement les symptômes d une gastro entérite bien caractérisée et les comparer à ceux que noua trouvons constamment dans les cas d’une fièvre muqueuse simple.

Si cette comparaison nous donne une différence bien marquée au lieu d’une parfaite idendité des symptômes , nous pourrons dire que nos adversaires se trompent quand ils font dépendre toutes les fièvres essentielles d’une seule et même cause ( gastro-entérite).

Voyons donc les symptômes d’une gastroentérite bien décidée , et les comparons à ceux d’une fièvre muqueuse bien caractérisée ; ceux de la première sont une crispation générale de la peau , surtout de la figure et du ventre ; douleur locale toujours sensible pour le malade et souvent pour le médecin ; transpiration presque toujours augmentée et donnant une humeur gluante et froide ; la respiration plus lente et moins étendue; le pouls petit, serré, cilindré et fréquent ; le plus souvent dévoiement ; urines rares et foncées; inappétence absolue ; soif trèsmarquée ; muqueuse buccale, rouge-bleuâtre , sèche et souvent ridée sur la langue qui se trouve elle même durcie dans sa totalité, plus amincie et plus pointue à son extrémité.

Nous bornons là l’exposition de ces symptômes , nous les croyons suffisans pour arriver à notre but : examinons maintenant dans le même ordre les symptômes d’une fièvre muqueuse , nous verrons ensuite quelle analogie il y a entre

ces (leux maladies. La fièvre muqueuse présente la peau molle,, plus mince dans toute son étendue, particulièrement à la figure ; la douleur locale est constamment nulle pour le malade comme pour le médecin ; la transpiration est diminuée et fournit une humeur aqueuse et non gluante ; la respiration plus longue , plus lente etplus étendue qu’en santé; le pouls est mou , large , gros et lent ; les déjections alvines assez fréquentes, molles et souvent liquides; urines abondantes , pâles et bourbeuses ; point d’appétit ; soif nulle ; la muqueuse buccale molle et comme épanouie, surtout celle de la langue qui se trouve elle-même plus molle , plus large dans sa totalité, surtout vers sa pointe.

Voilà la comparaison que nous avions à faire finie sans que nous ayons trouvé la plus petite ressemblance entre les symptômes de ces deux maladies, quoique nous en ayons comparé une assez grande quantité pour rencontrer quelques points de contact s’il en existait : or , s’il est impossible de trouver la plus petite analogie entre ces deux maladies , comment se fait-il qu’on les confonde ? Il faut de toute nécessité convenir qu’on s’est mépris, en faisant dépendre toutes les fièvres d’une inflammation locale fixée sur la muqueuse intestinale; que toutes au contraire

Sont causées (comme nous l’avons dit plus haut) par une alteration generale dont la nature est tellement opposée à l’inflammation pour une partie de ces fièvres , qu’on peut voir que son essence est la faiblesse, et qu'elle doit être rangée parmi les maladies astéuiques , puisqu’elle en présenté tous les caractères-.

Nous sommes bien surpris qu’un grand observateur comme notre cher maître , ait commis une telle erreur dans l'observation des maladies qui présentent journellement îe contraire de ce qu’il avance ; nous ne pouvons attribuer une telle faute qu’à un entêtement déplacé ; car il li’est pas plus étonnant de voir la nature pêcher par la faiblesse que par le trop» de force : cette chose ne se rencontre-t-elle pas dans toutes les maladies de toutes les parties de noire organisation , et d’une manière bien marquée dans celles qui font l'objet de notre question actuelle ?

En effet la gastro - entérite présente un surcroît local des forces vitales, aussi marqué qu’on le trouve apparent dans toute l’organisation , quand il s agit d’une fièvre inflammatoire bien simple; l’on voit au contraire que certains embarras intestinaux présentent une faiblesse locale aussi bien caractérisée qu’on la voit généralement toutes les fois qu’il s’agit d’une fièvre muqueuse isolée de toute complication.

Ces choses sont t ellement marquées qu’il serait tout-à-fait hors-d’œuvre de chercher à prouver davantage l’existence de ces deux états, si différens qu’ils ne peuvent être confondus que par la plus mauvaise foi^oupar une ignorance complète.

Nous ne pouvons pas nous dispenser de dire deux mots sur la nature du traitement approprié à chaque fièvre essentielle ; parce qu’il en démontre non-seulement la différence , mais encore parce qu’il a l’avantage de nous faire connaître le bon effet qu’on retire des médicamens toutes les fois que leurs propriétés sont bien en rapport avec la nature de l’altération ; d’après cette nécessité d’accorder le mode d'action du médicament avec la nature de la maladie , l’on conçoit facilement qu’il faudra combattre l’exubérance de force existante dans la fièvre inflammatoire, par tous les moyens capables de les diminuer , tandis que dans la fièvre muqueuse , il faudra faire usage des médicamens propres à relever les forces vitales dont la diminution en fait le vrai caractère } c’est précisément ce qu’on fait donnant dans le premier cas les délayans , les rafraîchissans et en tenant le malade à une diète rigoureuse ; et dans le second, en employant les excitans , les toniques et un régime analeptique.

Laconcordance qu’on trouve entre la nature

du remède employé par tous les bons praticiens philosophes de nos jours , et la nature de ces deux espèces de maladies est si évidente qu’elle seule aurait dû empêcher de confondre ces affections.

Si la nature de notre travail nous permettait d’entrer dans de plus longs détails , nous trouverions dans Faction de l'émétique la solution de tout ce que nous venons d’avancer : en effet il possède toutes les qualités pour combattre efficacement la fièvre muqueuse et aucune de celles qui conviennent pour détruire la fièvre inflammatoire ; aussi voyons-nous qu'il guérit comme par enchantement la première et qu’il exaspère tellement la seconde que la mort en est souvent la suite.

Ceci démontre péremptoirement tous les accidens que doit entraîner la nouvelle doctrine , en faisant dépendre toutes les fièvres essentielles d’une même cause et en leur faisant appliquer, à toutes, le même traitement ; il n’y a nul doute que c’est de cette mauvaise conduite que dépendent , en grande partie , les altérations que nos adversaires nous disent rencontrer très-souvent dans le canal intestinal de ceux qui succombent à ces maladies.

Ce que nous venons de dire prouve la véracité

de ce principe, que dans la plus grande partie des maladies, il ne s’agit que d’en Lien étudier la nature pour savoir si elle pêche par le trop ou par le tiop peu de forces yitales , attendu que le traitement se réduit à lui en ôter ou à lui en ajouter une quantité Lien proportionnée à celle qui ropprime ou à celle qui lui manque.

Si l’on réfléchit Lien sérieusement au principe que nous venons d'avancer sur la nécessité d'accorder la nature du mal et reflet du remède, l’on reconnaîtra que l’artiste semble voir l’es^ sence de l'altération et la manière d’agir du médicament qu’il emploie ; que le médecin probe serait satisfait et da société heureuse , s’il était possible de marcher aussi clairement dans toutes les affections humaines , que nous l’avons fait pour, les deux exemples ci-dessus.

Après avoir prouvé que la muqueuse diges-% tivc présente deux états dillerens et tout-à-fait conformes à la nature des fièvres auxquelles ils se rapportent , nous ne pouvons nous dispenser de dire qu’il nous parait qu’on a mal connu la vraie nature des fièvres essentielles ; nous convenons cependant que les auteurs philosophes de nos jours se sont moins égarés , en les rap^ portant à l’altération plus ou moins étendue d’un système , que ne l’a fait hauteur de la nou*

velle doctrine , lorsqu’il les rapporte toutes à une inflammation de la muqueuse digestive ; les premiers nous paraissent s être trompés de deux manières: i° en ne disant pas de quelle nature était l’altération qu’ils reconnaissaient sur tel ou tel système et ses annexes ; 20 en supposant que cette affection n’existait que dans une seule portion de Péconomie.

Le second s’est égaré, i.° sur la nature de la cause qu’il regarde toujours comme inflammatoire , tandis qu’elle est souvent atonique ; 2 0 en la plaçant constamment dans la muqueuse intestinale, quand elle se trouve toujours dans toute l’organisation ; enfin cette dernière expose aux plus grands accidens , par le mauvais traitement qu’elle détermine à mettre en usage.

Les premiers évitent ces malheurs, en employant les moyens que leur expérience et leurs observations leur ont démontrés les plus efficaces pour traiter ces maladies avec succès : il est même certain que ces derniers auraient beaucoup approché de la perfection, s’ils avaient aussi bien connu la cause de ces fièvres qu’ils en connaissaient le traitement.

Nous répondrons au système de nouvelle date , qu’il n’y a aucun doute qu’il existe de la fièvre toutes les fois que la muqueuse intestinale

est atteinte d’une inflammation un peu forte ; mais nous prions son auteur d’observer que cela n'autorise pas à regarder toutes les fièvres essentielles comme une dépendance de cette plilogose locale ; que nous la regardons au contraire d’une nature tout-à-fait semblable , nar son essence, à celle qu’on remarque toutes les fois que l'inflammation siège sur une parlie isolée, à part les nuances qu y apporte l’organisation particulière de la partie malade.

Ayant démontré qu’on s’est trompé jusqu’à ce jour sur la vraie cause des fièvres essentielles, il nous reste à faire connaître l’opinion que nous avons conçue à cet égard.

Nous regardons les fièvres essentielles comme le résultat d'une cause morbide qui agit sur toute l’organisation à la fois , et y produit deux espèces de maladies entièrement différentes, dont les unes sont caractérisées par une augmentation de force ; telles sont les fièvres inflammatoires ; les autres sont constituées par un état de faiblesse générale bien sensible ; telles sont les fièvres muqueuses : d’où nous concluons qu’il ne faut point regarder les altérations d’une partie ou de tout un système , comme la cause du mal général, mais bien comme un effet de ce dernier. Si Ton veut se convaincra

de ce que nous avançons, que Ton examine attentivement ce qui se passe dans toute l’organisation, avant le développe me ut des fièvees essentielles; alors Ton reconnaîtra toujours un malaise uniformément répandu sur toutes les parties du corps, et plus ou moins fort , suivant la nature de la fièvre ; le mal aise dégénéré bientôt en une affection generale , qui constitue les fièvres essentielles , et les différencie sensiblement des fièvres causées par une affection locale.

Ces fièvres essentielles, ou altérations générales , une fois bien établies , se termineront nécessairement par Tune des trois manières suivantes : ou le mal continuera d'augmenter jusqu’à la mort, ou il n’augmentera que jusqu’au point nécessaire pour se terminer par la résolution ; ou enfin il augmentera plus ou moins , pour se fixer sur une partie isolée, et constituer une maladie locale.

31 ne sera pas inutile de dire comment la cause morbide produit les fièvres essentielles , et de quelle manière ces fièvres se compliquent ou dégénèrent en une affection locale. Pour bien

comprendre ceci , il faut savoir que la cause morbide peut agir sur toute l’organisation à la fois ) ou sur une partie seulement ; dans le pre-

mier cas , l’affection qui s’en suivra constamment, et qui constitue les fièvres essentielles peut se terminer de l’une des trois manières exposées plus haut ; dans le second cas , le mal local qui s’en suit, et qui constitue les fièvres symptomatiques , pourra conserver sa nature jusqu’à sa terminaison , ou dégénérer en une maladie de tout l’organisme.

Pour rendre foutes ces mutations intelligibles , nous allons donner quelques explications indispensables : ainsi nous dirons qu’une affection générale exige, pour la conservation de sa nature primitive , que toutes les parties de l’organisation agissent en proportion de Futilité de leurs fonctions pour la conservation de la santé, afin de fournir à la nature le moyen de combattre efficacement l’agresseur qui la compromet d’autant plus qu’il agit sur toutes ses parties ; mais cet état demande un travail si compliqué et si pénible de la part du principe vital , qu’il est presque impossible qu’il maintiennne les choses dans cette première situation ; aussi voyons-nous rarement une fièvre essentielle parcourir toute sa durée sans se compliquer ou dégénérer en une affection locale , dont le rérésultat est généralement si avantageux dans la plupart des cas , qu’il n’arriverait pas par la

bienveillance de la nature, que Fart le dëter-8 minerait dans le plus grand nombre de ces maladies générales.

Les changernens que nous venons de mentionner f nous paraissent pouvoir s’effectuer de deux manières j qu’on concevra facilement, si l’on remarque que Faction vitale agit continuellement , dans l’intention de conserver létre confie à sa prudence, et qu’elle cherche parconséquent à détruire tout ce qui l’affecte ou la compromet plus ou moins directement , en agissant d'autant plus promptement qu’elle se trouve plus compromise ; c’est précisément parce que les fièvres essentielles agissent sur toute l’economie et compromettent beaucoup l’existence , que la nature emploie tous ses moyens pour chasser la cause morbide } par un des émonctoires susceptibles de la transmettre au dehors , comme nous le voyons journellement dans les évacuations critiques ; mais il 1 li arrive qu’au lieu de chasser la matière délétère par cette voie facile et heureuse , elle la five sur une partie quelconque de l’économie^ ou e.Ie peut produire une multitude d’effets ; puisqu’elle pourra s’y terminer de toutes les minières comprises depuis la simple résolution jusqu’à lu moil, de sorte qu’on peut regarder

Cette métastase comme très-heureuse, quand elle se fait sur une partie si peu importante , que Têtre peut se conserver sans son action.

Cette terminaison et cette dégénéràtion d’une fièvre essentielle s’est faite, comme l’on voit, par l’action conservatrice de la force vitale ; mais nous croyons qu’elle peut encore se faire de la manière suivante : supposons que pendant le temps que la cause morbide agit également sur toutes les parties du corps , et exige de chacune d’elles une réaction proportionnée à leurs qualités particulières, il s’en trouve une qui, par une cause quelconque, ne puisse fournir sa cote-part dans la réaction générale, il s’ensuivra bien sûrement que la cause morbide se concentrera sur elle , et constituera encore une affection locale qui succédera à la maladie générale , et éprouvera tous les effets attachés à la locale : n’est-ce pas là la vraie raison qui détermine faction des causes morbides et les métastasés des maladies à se faire de préférence sur des organes, dont l’organisation et les propriétés vitales ont été plus ou moins altérées par des maladies antérieures? L’observation nous démontre toujours l’affirmative de cette supposition ; de sorte que nous ne nous étendrons pas davantage sur cc point. Pour

C afi )

terminer tout ce qui y a rapport, nous disons que nous avons démontré que les fièvres essentielles peuvent dégénérer en maladie locales de deux manières, ou se terminer sans changer leur caractère primitif.

Il nous reste maintenant à démontrer qu’une affection locale, dans son origine, peut devenir une maladie de toute l’organisation. L’existence d’une affeclion locale primitive étant connue de tous les praticiens, nous nous dispenserons d’en parler, pour passer de suite à sa dégéne'ressence en maladie générale. Pour faciliter la conception de ce changement , il faut savoir qu’une affection locale demande d’autant plus d’action de la part des autres parties, que sa nature est d’un caractère plus grave, et la partie atteinte , d’une plus grande utilité pour l’exercice de toutes les fonctions de l'économie : ce secours mutuel de toutes les parties de l organisation pour secourir celle qui se trouve affectée, diminuant graduellement leurs forces, les rendra malades elles-mêmes, dans un temps dont la longueur sera proportionnée à la nature de l’affection locale, et au rôle que joue l’organe ma-* lade dans l’accomplissement des fonctions vitales.

On prouve évidemment que toutes les fois

qu’un organe important sera atteint d’une affection grave et longue, qui se termine souvent par la mort, elle agira si fortement sur toutes les autres parties de l’organisation hors d'état de continuer leur contribution particulière, qu’elle entraînera une mort qui ne sera pas réellement l’effet direct de la maladie locale, mais bien celui delà succession morbide générale; c’est ainsi que Ton voit se terminer toutes les affections chroniques des organes indispensables à l’exercice des fonctions vitales; telles sont celles des poumons j du mésentère , du cœur, du foie, et d’une infinité d’autres dont l’énumération serait trop longue.

Tout ce que nous avons dit au sujetdes fièvres essentielles, fera connaître, nous l’espérons, comment elles naisent , se terminent ou dégénèrent en une maladie locale , pour finir par toutes les terminaisons attachées à cette dernière.

Si la nature de notre travail ne nous commandait de nous écarter le moins possible du sujet que nous avons à traiter, nous démontrerions que les organes sont d’autant plus exposés à devenir la victime de la dégénéressence des fièvres essentielles ou de l’action directe de la cause morbide, que leurs fonctions sont plus

essentielles à la vie ; que leur sensibilité' est plus dëveloppëe , que leurs fonctions exigent le contact d’une plus grande quantité' de corps extérieurs ; que leur situation est plus ou moins à portëe des causes morbides , et enfin une infinité d’autres causes que nous ne pouvons rapporter

Nous terminons à regret une question qui présente une grande quantité' d’idées dont on 11e s’est point encore occupe' ou dont on ne s’est occupe que d’une manière tout à-fait incomplète ; ainsi nous ferions voir qu’il n’existe réellement que deux espèces de fièvres essentielles primitives , dont l’une a pour principal caractère l’augmentation des forces vitales , et l’autre une diminution de ces mêmes facultés,

VIIe. QUESTION.

D'après les faits ci-dessus , n est-il pas vrai que les substances introduites dans le canal intestinal , arriveront dans les gros intestins avant que cC avoir subi les altérations ordinaires ?

M. le professeur Broussais ne garda le silence sur cette question , qu’en ce qu’elle est opposée à son système, et non par la difficulté de sa solution qui est très -facile à donner, en rappelant qu’il a été prouve' par les questions précédentes, et cela du consentement de notre cher maître, que l’inflammation empêchait les fonctions de la partie qu’elle saisissait ; d’après cela ne peut-on pas assurer que la partie supérieure du canal intestinal qui fait l’objet de notre question , se trouvant enflammée , ne pourra digérer les substances qu’on y introduira , et qu’elles passeront nécessairement dans les gros intestins, sous une forme tout à-fait indigeste ? cette conséquence est si vraie , si claire et si facile à entendre qu’elle nous donne une nouvelle preuve de la mauvaise volonté employée par notre adversaire pour résoudre nos questions. Comment expliquer une conduite aussi injuste, si on ne

l’attribue pas à la confiance aveugle qu’il a dans son système ? Nous sommes tellement persuade de l'affirmative que nous nous serions abstenu d en dire un mot , s’il n’importait pas aux plus hauts intérêts de nos semblables de les prémunir contre les atteintes d’une hypocrisie très-rafinée.

VIIIe QUESTION.

JSTestil pas vrai que ces substances mal cli gérées devront éprouver dans les gi'os intestins des préparations suffisantes , pour en permettre V absorption de la plus grande partie et réduire le reste à l'état où les présente la constipation qui en est la suite?

M. le professeur Broussais ne pouvait résoudre cette question par l’affirmative, quoiqu’elle soit la seule qu’on puisse raisonnablement donner, sans prouver que le siience qu’il a gardé e&t une vraie réticence employée à dessein d’obvier de compromettre son opinion ; attendu que tout ce qu’il aurait pu dire aurait été opposé à la vérité et nous aurait parconséquent fourni de nouvelles armes pour le combattre; il ne pouvait éviter

ee malheur qu’en convenant de sa méprisé ; mais* comme nous l’avons déjà dit, il est trop coiffé de son système et le croit base' sur des choses trop vraies , pour convenir de la plus petite chose susceptible d’y porter atteinte.

Pour prouver que l’affirmative que nous venons d’émettre est la seule réponse qu’on puisse donner, il suffit de rappeler que les solutions des questions précédentes prouvent clairement que les alimens arrivent dans les gros intestins sous une forme indigeste ; d’après cela, l’opinion Broussenienne n’est admissible qu’autant qu’on pourrait croire que ces substances éprouveront dans les gros intestins des préparations suffisantes, pour suppléer à l’action des parties supérieures et capables de les mettre en état de servir aux fonctions des gros intestins ; cette supposition se trouvant contre toute espèce de raison , il s’en suit qu’on doit nécessairement admettre que ces matières seront rejetées au dehors dans un état indigeste et liquide : car il est impossible que l’aliment qui n’a point subi les effets de la digestion , prenne les qualités que présentent les matières rendues par la constipation ; toutes ces choses sont si bien prouvées par la physiologie qu’il serait inutile d’exposer aucune preuve da millier qu’on pourrait donner.

Au reste, serait -il possible de soutenir un tel principe , quand on sait que toute la digestion se fait dans l’estomac et le duodénum, et que tout le travail du reste de ce conduit , n’est qu'un complément qui ne pourrait nullement s’effectuer sans l’action des deux premiers organes de la digestion, en y comprenant ce qui se passe dans les viscères abdominaux. Il serait fastidieux de prolonger davantage l’examen de cette question , vu qu’il n’y a pas un physiologiste de quelques mois qui n’en soit entière^ ment convaincu.

IXe QUESTION.

Les propriétés que la dernière proposition sup* pose dans la muqueuse des gros intestins ? ne sont-elles pas démontrées impossibles par V expérience et l'observation : en effet ri arrive-t-il pas tous les jours des cas où il est impossible de faire absorber des alimens appropriés à eette muqueuse 3 en quantité suffisante pour conserver V existence du sujet?

M. le professeur Broussais resta pour cette question aussi silencieux qu'il l’avait été pour les deux précédentes , ce qui devait être, sa nature étant la même que la leur.

Notre cher maître a suivi la marche prescrite par la nature de son système , admettant ici des choses contre nature , qu’on reconnaîtra facilement comme telle , si l’on fait attention qu’il voudrait nous faire croire que îa digestion n’éprouvera aucune altération, quoique l’estomac et le duodénum ne puissent exercer leur action sur les alimens; de sorte qu’on pourrait penser qu’un homme peut exister sans ces parties.

Des raisonnemens de cette nature sont trop

absurdes pour mériter une réponse, et prouve si visiblement l'affirmative de notre question que nous n’étendrons pas davantage sa solution.

Nous répondrons d’avance à une objection qu’on ne manquera pas de nous faire, en nous disant qu’il arrive tous les jours que des lavemens portés dans les gros intestins , s y trouvent très bien absorbés; nous en convenons très-volontiers, et nous nous en servirons pour appuyer notre opinion, en faisant observer que si des substances dépourvues de principes nutritifs se •^trouvent facilement absorbées dans les gros intestins, et qu’une substance pourvue de ces principes ne puisse l’être en quantité suffisante pour sustenter l’animal et surtout l’homme, il faudra de toute nécessité en conclure que l action des parties placées au-dessus des gros intestins est indispensable pour donner aux Substances alimentaires les qualités propres à nourrir l’être; cela ne nous permet-il pas de diie que l’estomac , le duodénum, les intestins grêles et tout ce qui las précède donnent aux substances nutritives un commencement de vie nécessaire pour recevoir les préparations suivantes, destinées à lui augmenter graduellement cette vivification jusqu’à ce qu’elle ait été suffisamment ennoblie pour subir la transubstantiation ?

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