‹ Observations médicales et questions physiologico-pathologiques présentées à M. le professeur BroussaisChapitre 4 sur 8 · X*. QUESTION · texte numérisé non relu

X*. QUESTION

Ne sera-t-il pas vrai que les alimens n'ayant pas éprouvé les préparations de la partie supérieure du cana l alimentaire , devront plutôt constituer une cause dé irritation asse% forte pour enflammer la muqueuse des gros intestins , que de lui donner la faculté de remplir une fonction toute différente de celle quelle remplit quand ce canal ne présente aucune altération ?

M. le professeur Broussais ne pouvait résoudre ceüe question par raffirmative , sans nous donner la certitude de son erreur ; il ne pouvait la résoudre par la négative, sans nous fournir des moyens de succès, parce que tout ce qu’il aurait pu dire dans ce dernier cas, n’aurait pu être basé que sur un raisonnement destiné à prouver l’impossible. En effet, comment pourrait-on soutenir que des alimens parvenus dans les gros intestins, sans avoir éprouvé l’influence des parties qui les précèdent, et dont les fonctions ne peuvent être supplées par celles des viscères où ces matières sont contenues, ne détermine-

vont pas sur la muqueuse des gros intestins une

irritation tout-à fait semblable à celle que ferait un corps etranger qui peut leur être compare sous tous les rapports? Il nous parait impossible de réfuter l’affirmative de cette proposé tion, et d’admettre comme conséquence que ces substances irriteront assez fortement la muqueuse des gros intestins, pour y produire l’un des deux effets suivans, ou l’irritation sera assez forte pour produire non seulement l’évacuation des matières, mais encore l’inflammation de cette partie, ou elle n’aura que la force de produire une irritation capable de causer l’évacuation des substances irritantes, de la même manière que font les purgatifs, en ne laissant après elle qu’une irritation si faible qu’elle disparaît bientôt après l’évacuation de ces matières.

Tout ce que nous venons d’examiner prouve sans réplique que les substances alimentaires que notre question suppose arrivées dans les gros intestins, sans avoir éprouvé l’action des parties qui les précèdent, causeront sur la muqueuse des gros intestins une irritation assez forte, au moins, pour causer l’expulsion des matières au dehors. Tout cela se trouve parfaitement conforme à ce qui se passe dans les indigestions stomacales, où nous voyons constamment l’évacuation des matières qui la produisent sans suites

fâcheuses , tandis que nous observons assez souvent que ces matières n’étant point rendues, ou ne l'étant qu’avec beaucoup de peines , elles laissent après elles une inflammation qui devient quelquefois très-dangereuse. Comme on donne le nom d’indigestion stomacale à cette dernière, nous donnerons par analogie d’action, celui d indigestion intestinale à la première.

Nous nous résumons sur la plus grande partie de tout ce que nous avons dit jusqu’ici, en disant que l'inflammation exalte les propriétés vitales d’une manière anomale ; qu’elle empêche les fonctions de la partie affectée de se faire naturellement ; quelle cause le dévoiement quand elle siège sur la muqueuse des gros intestins ; qu’elle le cause également quand elle a son siège sur les parties placées au-dessus de ces derniers ; qu’enfin les substances arrivées dans les gros intestins , sans avoir subi les préparations des parties placées au-dessus d’eux, ne peuvent y éprouver des préparations capables de suppléer au défaut de ces derniers, ni par conséquent être expulsées au dehors , avec les qualités que présentent les matières fournies par la constipation, mais bien celles que nous présentent les matières rendues par le devoiement, qui nous semble devoir toujours exister lorsque les ali-

mens sont portés dans les gros intestins sous une forme indigeste; d’où il s’en suit que notre cher maître a dit quelques vérités et beaucoup de mensonges, lorsqu’il a avancé toutes les choses examinées jusqu’à ce moment: rious pouvons même dire d’avance qu’il en est de même pour tout ce qui nous reste à examiner dans les solutions des questions dont nous ne nous sommes point encore occupé ; nous aurions retardé ce résumé jusqu’à la fin de notre travail, mais nous croyons que c’est ici sa place , parce qu’il se trouve à la suite de tous les effets que produit la substance alimentaire, tant qu’elle est contenue dans le canal intestinal ; tandis que les questions qui nous restent à voir ne se rapportent qu’à quelques phénomènes particuliers, qui sont tout-à-fait isolés des premiers.

Page 1