‹ Observations morales, critiques et politiquesChapitre 10 sur 22 · CH4PIT|^ VU · texte numérisé non relu

CH4PIT|^ VU

Les gaos qui vieillissant d^tTj^itag^ aonl ceux qui ont été {dus vifr et plus fous dans leur jeunesse; 1^ ans alors opl; l^aiiisouip à leur 6ter. Les hommes froids et rwQiwal>les TieilUsseot peu, parce que T^e i^'a j^esque rien à changer en eux; et^ pour avoir été moins jeunes , ils le sont plus longtemps.

Cest une justice 4s h naim^.

Il y a des temps qfjà s'fScoiilei|t I^antemeitf ; dans Fennui et la menot^Haif», mais qiii^ vides de choses, pai^issesA; courts qu^i^d ils sont passés. Il y ^in a , w conUraire y qui semblent fuir rapidenieBty mais , p^^r tout ce qu'ife rap^ pellent, lassent dans la ménftoirfç Tipi^pinession d'une longue durée. *--^ On a beau revenir de loin, on oublie aisément son voyage y si ricD ne Ta signalé , si Ton n'a traversé que des déserta, OH navigué qi^e sur une m(sr calme ùt sijenciejuse. }lims si l'on a p^cpuru des ])ays curi^uit et intéressans, si l'on a .^oi^Yë 4es tesû^>etes terribli^s, éçhfi^»pé à mille dan- ^er^i si Vqh « ^hoiM;é contre des rochers ttffireux, ou abordé à des plagiçs délicieuses, ^m ^1 yoya^ fait époque danK )a vie, et il parait plus long qu'il n'a été efFectivement.

DE l'âge et de la VIE, ETC. iSl

Rarement nous nous rendons sages ;^ nous le devenons.

La nature et la fortune font plus de sages que la raison.

La raison ne triomphe pas des passions , elle leur succède.

Mais les passions triomphent les unes des autres , et quelle passion plus puissante que Tamour de la vertu ?

Hercule combattant PHydre est Temblême de la force aux prises avec les passions.

Il y a deux smtes de faiblesses : Tune est habituelle et fait le fond du caractère; Fautre est instantanée, et provient de la violence extrême des passions; c'est Tépuisement de la force. La première est le cachet de la médiocrité ; la seconde est le tribut que les grands hommes et les héros paient à rhumanité. Les hommes faibles de caractère n'ont pas ordinairement les passions vives; et ce ressort puissant qui triomphe des forces de l'âme,

itJa CHANTRE VU.

loi en donne Murent de noureUes^ qui la rendent capable des plus grandes choses.

Les Tiolentes o(»niiiotîon6 de l'âme y comme les violens exercices du corps, laissent ou plus fort ou plus faible.

Nos passions font la mesure de xko% vices et de xios vertus.

Quandresprit sert les passions, ils^acquitte.

Uentbousiasme , principe des meilleures choses et des plus mauvaises. L'on n'est grand dans aucun genre sans ce sentiment exalté.

L'homme ou le peuple qui en est susceptible^ est capable des plus grandes vertus comme des plus grands crimes. L'enthousiasme dédaigne la terre, il est dans le ciel ou dans l'enfer.

Dans la jeunesse, on outre tout, même la vertu, qui ne prend un caractère aimable que lorsque l'âge et l'expérience Font mûrie.

Pour arriver au génie, comme pour arrirer

DE l'âge et de lA VIEj, ETC. l83

à la plus sublime vertu ^ souvent il &ut passer par le délire.

L'héroïsnoe est si jwès de la folie, le génie «i près de l'absurde, que souvent il n'y a que le sort qui en fait la distinction.

Pour être long-tamps coixtent des hommes, il ne faut pas leur inspirer des sentimens trop vifs, qui s'usent bientôt par leur excès et produisent souvent l'excès contraire. L'enthousiasme et l'admiration transportent l'âme à une hauteur où elle ne saurait se maintenir, et la rapidité de la chute est proportionnée à la force de l'ascension. De là vient l'ingrati-^ tude de presque tous les peuples pour les grands hommes.

Les hommes d'un grand génie ne sont presque toujours malheureux, que parce qu'ils en ont trop pour leur condition d'homr mes, Il en résulte une inquiétude dans leur esprit et un vide dans leur coeur qui ne leur rend aucune position supportable. Rien ne peut satisfaire leurs désirs, parce que rien ne saurait égaler leur imagination. Des hauteurs

l84 CHÀPITKE VII.

OÙ plane leur génie tout parait petit et mé-^ prisable.

L'homme, par son inquiétude naturelle , gâte ou perd souvent les biens qu'il a su acquérir par son activité.

Les qualités excessis^s nous sont ennemies y dit Pascal : Nous ne les sentons plus, nous les souffrons, fions devrions donc, si nous étions sages^ nous contenter, en toute chose, du terme moyen, qui convient le mieux à .notre nature. Mais notre orgueil repousse ce terme moyen , qu'on flétrit dans le monde du nom jie médiocrité : nous tendons toutes nos facultés pour dépasser la mesure commune ; nous bravons l'extrémité des maux pour atteindre à l'extrémité des biens, et, la plupart du temps, nous ne sommmes plus malheureux que les autres hommes, que parce que nous voulons être plus heureux.

Ainsi, les hommes vulgaires sont ceux qui jouissent le mieux des biens réservés à l'humanité. Il faut remercier la sagesse divine de ce qu'elle a placé le bonheur dans la classe la

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plus nombreuse et dans les choses les plus communes.

Mais pourquoi y a-t-il dans notre nature plus de puissance pour désirer que pour jouir ? Pourquoi la réalité est-elle toujours au-dessous de notre attente ? C'est que , faits pour une félicité bornée sur la terre ^ une félicité infinie nous est réservée dans le ciel. Dieu nous appelle à lui par les besoins qu'il nous a donnés et par l'impossibilité où il nous a mis de les satisfaire. Tout notre tourment vient de ce que nous déplaçons nos désirs et notre espoir. Nous demandons à la vie ce qui n'est que le prix de la vie. Que dirions-nous d'un athlète qui réclamerait la couronner avant le combat? Le vrai sage doit être content , non satisfait. Son but n'est point dans ce monde ^ et l'on est peu difficile où l'on ne fait que passer. Or^ quel est le vrai sage^ si ce n'est le ehrétien ?

On met plus de prix aux biens de Topinion qu'aux biens réels. La sensibilité^ l'imagination^ nuisent à la santé et au bonheur ;^ et qui n'envie ces qualités? On consent à être

soufirant et malheureux y pour être recherché ou admiré.

Il est rare qu'un homme satisfait et heureux, bien sain de corps' et d'esprit, éprouvecette fièvre, ce délire , qui enfantent les grandes choses , et Ton ne doit souvent la gloire la plus éclatante qu'à des soufirances physiques ou morales. Voilà bien de quoi' s'enorgueillir !

Les besoins de ITiomme , source de ses maux, de ses biens, de ses vices et de ses vertus.

Toutes les inventions, de Fesprit hiunain prouvent bien plus notre misère et rK)s besoins que notre puissance et nos moyens.

Il semble qu'une longue vie était nécessaire aux premiers hommes pour parvenir aux découvertes les plus essmitiéUes à l'état de société.

Une chaîne de rapports lie toutes choses. La

DE l'aGB et JDE la vie, ETC. I87

Bature semble ayoir observé en tout le même ordre et les même» loi». Un jour, un beau jour est l'image de rannée; il est classé, il est divisé comme elle : le matin correspond au printemps, le midi à Tété, le soir à l'automne, et la nuit à l'hiver, qui couvre de deuil la natiu*e (i). Ces progressions se retrouvent dans la vie, dont les difierens âges ont été si souvent comparés aux saisons. L'existence des nations est pareille à celle de l'homme , qui, ainsi que les végétaux, croît, fleurit, produit, et meurt. Enfin, il est des affections humaines qui suivent un cours semblable :

l'amour a sa jeunesse, sa maturité, son déclin et sa décrépitude : il a son printemps, si rempli d'espérances et de charmes ; son été , qui brûle et consume ; son automne, où il s'affaibUt et languit; son hiver, où il s'éteint sous

les glaces de Tindifférence et du dégoût

Mais combien de rapports nous échappent !

Combien d'anneaux nous ne pouvons saisir de la ch^dne universefle! Or, cet ordre parfait ,

(i) L'hîyer m^me n'est qa*iuie longue nuit pour certains animaux et certains peuples.

lB8 CHAPITRE VII.

cette liaison admirable/ cette harmonie mer- Tcilleuse^ ne réyèlent-ils pas un autre auteur que le hasard?

JBe la VUlxgiovir tt it la pt^ilM^pijjie mobtvfu^

Celui qui nie Fexistence de Dieu est comme celui qui croirait n'avoir point eu de père.

Il n'y a que la vertu qui rapproche de Dieu . L'homme pervers et dissolu ne saurait se faire une idée juste de la divinité : c'est pourquoi les méchans et les libertins sont presque tous athées.

Quand 'je songe au peu de biens que les païens se promettaient dans une autre vie, je m'étonne qu'ils ne craignissent pas davantage la mort ; et quand je songe aux biens infinis qui nous sont promis par notre religion, je m'étonne qu'avec une foi vive et une conscience pure, nous puissions encore la craindre.

igO CHAPITRE y III.

Qui pouvait engager les païens à être vertueux^ quand leurs dieux leur donnaient Texemple de tous les déréglemens et de tous les vices ? Pourtant le paganisme nous présente les deux nations les plus vertueuses qui furent jamais^ Sparte et Rome : mais chez eBes, les lois humaines suppléaient aux lois divines^ et l'amour de la patrie inspirait l'homme , à déÊiut de l'amour de Dieu (i).

£41 tout état dé choses y l'on devrait apporter patiemment ses maux : s'ils viennent par la volonté de Dieu> il est indiscret de se plaindre^ et s'ils viennent par YeSf^ du hatsard, c'est inutile* Amsi, pieux ou athée ^ il j a raison également d'éire résigné : là par devoir , ici par force.

Le malheur fortifie nos vices et nos vertus.

U élève l'âme H l'e^it qu'il ne peut dégrader.

n semUe que Diea noua envoie le» maux

(i) A h vérité , cet taàoat de la patrie ne t^êsât qat àei citoyens vertueux. L'amour de Dieu fait des homiHfi Véttatas.

du corps et de Fâme , pour exercer nos moyens, pour perfectionner notre nature.

Ces épreuves servent à nous rendre plus dignes de hiî, ou plus recommandaWes parmi les hommes, et nous leur devons nos plus hautes vertus , comme nos plus beaux talens.

La santé et le bonheur, toujours durables, ne produisent rien que de médiocre; tenant en équilibre les humeurs et les facultés , ils ne poussent à aucun eflfort, et ne peuvent ni beaucoup élever ni beaucoup abaisser.

Les grandes adversités rech^chent les grandes âmes.

Parlerai-je de sa figure? Elle eût fait

Torgueil et la fortune de tout autre ; c'était son moindre avantage , et jamais il ne songea à s'en prévaloir. Il n'estimait un beau visage que lorsqu'il était l'expression d'une- belle âme; et tel était le sien : il révélait les plus nobles inclinations, les pïus aimables qualités : on y voyait comme un heureux mélange d'élévation et de modestie , de fierté et de douceur, de finesse et de candeur. Mais ces nuances délicates échappaient au vulgaire :

IQ2 CHAPITRE y III.

on admirait généralement les grâces et les charmes de sa personne; son ami seul connaissait toute l'expression de sa physionomie^ qui réfléchissait tous les sentimens de son cœur; comme aussi lui seul jouissait de toutes les ressources de son esprit. Il n'était qu'aimable dans le monde ; il était sensible y éloquent^ sublime dans l'intimité. Là^ il cherchait à plaire ; il se prêtait aux goûts y aux usages y aux préjugés divers, se mettait à la portée de tous les âges y de tous les caractères ^ de tous les esprits, s'inclinait sans s'abaisser : ici^ il voulait être connu, apprécié, aimé; il se livrait aux douceurs de la confiance , aux vives inspirations du sentiment^ aux nobles élans de la vertu j son âme s'ouvrait tout entière et répandait les richesses de la plus heureuse nature. En l'écoutant^ on devenait meilleur , et ses paroles , comme une émanation divine, purifiaient tous les sentimens.

Facile et complaisant avec les gens du monde, il ne recevait l'influence ni de leurs opinions ni de leur conduite , conservait toute sa liberté dans leur commerce , et n'avait pour eux que cette sorte de condescendance qu'on a pour les enfans, à la portéç desquels on

DE LA RELIGIOK, ETC. ig3

Teut bien se mettre- Difficile et sévère sur le choix d'un ami , il épuisait d'abord toutes les précautions de la prudence, pour pouvoir ensuite se livrer à lui sans réserve, lui remettre le soin de ses intérêts , la responsabilité de sa conduite : il goûtait une volupté secrète et délicate à recevoir l'impulsion de celui qu'il aimait, à n'avoir d'autre volonté que la sienne ; il jouissait ainsi du double plaisir de témoigner sa tendresse et da s'abandonner à la pente de son caractère, qui l'entraînait un peu à l'indolence. Si c'était là de la faiblesse, assurément c'était la plus aima-f ble j elle prouvait une entière abnégation de soi-même, un dévoùment parfait; et ce dévoûment le rendait capable de tout. Je l'aï vu prêt à sacrifier sa vie à son ami, et son bonheur à sa maîtresse. Mais l'un et l'autre, il les eût sacrifiés à l'honneur , à la tertu, qui était sa première passion : elle animait son geste, elle renforçait sa voix, elle enflammait ses yeux comme son cœur. L'honmie doux et tendre s'efFaçait devant l'homme éner^ gique, et, plein d'enthousiasme et d'admiration pour les héros,' pour les hauts modèles

que propose l'histoire, on sçntait qu'il était digne de les imiter.

Un être si intéressant semblait iait pour le bonheur^ et cette destination était empreinte snr^son charmant visage. Sans doute, pensezvous^ il en a joui ^ sa carrière aura été aeméc de fleurs j il aura trouvé partout succès et protection^ gloire et honneurs; il aura fait la joie, l'orgueil des siens , et n'aura pas moins été favorisé de la fortune que de la nature . — Rien de tout cela. Séparé des objets de ses plus tendres afifections^ méconnu dans son pays , étranger dans sa famille y repoussé du pouvoir, froissé de toutes parts par l'égoïsme et l'injustice des hommes, il a fini, dans l'obscurité,^ dans l'isolement, des jours chargés d'ennuis bien plus que d'années « Il s'est éteint dans sa fleur, sans regretter la vie^ sans accuser le destin , sans pkgbate et sans murmure, exhalant sa bdle âme dans le sein de la di^ vinité, comme un enfant qui s'endort dans les bras de sa mère. — Eh quoi ! vous écriezvous indigné, voilà le sort réservé a l'innocence! Ainsi vit et meurt celui qui n'a pas plust>ffensé le ciel que les hommes ! Où donc

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DE LA KELIGIOM, ETC. igS

est le prix de la vertu? --- Homme areugle et téméraire ! il n'est point dans cette TÎe : cesse d'accuser îa Providence. Imite la pieuse résignation de celui dont tu déplores la destinéef. Ne vois-tu pas que la bonté divine ne lui a refusé des biens vils et périssables , que parce qu'elle lui en réservait d'inefifables et d'éternels ? Rien ici-bas était-il digne de lui , et d'une nature si supérieure aux autres hom-mes, pouvait-il être beureux parmi eux ? Ange un instant égaré sur la terre , il a retrouvé $a route , et est monté vers les cieux

Il n'y a que la religion qui puisse sauver de la sécheresse et de l'égoïsme , que produit trop souvent l'expérience des choses et des bommes. Quand nous avons été trompés , abandonnés ; quand, détacbés de tout , nous sommes épouvantés de notre solitude, de notre dénûment , la religion , comme une mère tendre et indulgente > nous tend les bras, nous console, nous éclaire, nous enseigne ce que nous devons aimer, espérer, et nous montre dans le ciel ce que nous avons vainement recherché sur la terre.

ig6 CHAPITRE VIII.

La philosophie (i) fait des sages : la religion fait des hommes vertueux. La première nous perfectionne pour nous-mêmes : la seconde nous perfectionne pour les autres , et immole l'orgueilleux moi humain sur Tautel de la charité.

L'homme sensible doit être ou devenir pieux. Revenu de ses illusions, blessé dans ses affections, il a besoin d'attacher son cœur à quelque chose de plus parfait que l'humanité, et d'aspirer à d'autres biens que ceux qu^il a trouvés dans ce monde.

Pîon , ce n'est pas l'affaiblissement de notre esprit qui nous ramène à la religion, comme le prétendent les esprits forts et les impies- Ce serait plutôt l'ajOEaiblissement de nos passions, qui nous permet de voir la vérité. Mais combien d'exemples de cet heureux retour dans la force de l'âge et la plénitude des facultés ! Bisons mieux : c'est l'expérience, qui, nous

(i) Prise dans le meillear sens.

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