‹ Observations morales, critiques et politiquesChapitre 11 sur 22 · SE U. RELIGION ^ ETC. ^ I · texte numérisé non relu

SE U. RELIGION ^ ETC. ^ I

détrompant de tous les £biÙx biens y dirige jios désirs vers les seuls véritables.

Les biens de ce monde sont aux biens de l'autre comme la vie est à l'éternité.

Cest moins le raisonnement qui nous persuade de la vérité ettde l'utilité de la religion, que le sentiment et l'expérience. Or, comme le sentiment et Texpérience sont plus forts et plus sûrs que le raisonnement, la religion a pour elle les meilleures autorités.

La simplicité du cœur et l'étendue du génie donnent également la foi. La vérité est à nos pieds et dans les cieux ; pour l'apercevoir , il £iut baisser bumblement les y'èux , ou les poiv- 1er à une hauteur immense. Eptre ces deux jpoints est l'erreur.

La curiosité de notre esfnt est insatiable ^ comme les désirs de notre oœur sont infinis.

Avides de connaissances , ainsi que de jouis^ sances, nous poursuivons, dans cette vie, la vérité et le bonheur, que nous n'atteignons

IqS CUÀPITRE Yin.

quft dans l'autre. Et qu'est-ce que la vérité et le bonheur promis à l'homme , si ce n'est Dieti lui-même ? •

Les hommes tendent sans cesse à dépasser les bornes de leur nature. Les animaux se renferment uniformément dans les liroites de la leur. La philosophie doit en conclure que les animaux sont plus sages et plus heureux que nous. La religion seule expUqae cette distinction à notre avantage; elle y ixK>iitre les traces de notre origine et le signe de notre destination ; elle découvre ^ dans ce qui fait la misère de notre condition présente, l'attestation éclatante de notre grandeur passée et de notre grandeur fiiture. Ayant à recouvrer des biens dont nous nous sommes rendus indignes , nous devons avoir le pouvoir de nous perfectionner ; dès-lors nous sommes actife; nous sommes actifs pour être libres; et nous sonunes libres, parce que nous avons une âme. Les animaux, qui n'ont pien à mériter , doivent être privés des moyens ^de se perfectionner; donc ils ne sont pas libres j donc ils sont passifs, donc ils n'ont pas d'âme, et par conséquent pas de raison.

Admettons qu^il y ait des difficultés dans l'Écriture. On demande : pourquoi Dietf les a-t-il permises? Pourquoi Tesprit saint, qui a inspiré ce divin livre , ne Ta-t-il pas toujours rendu dair, intelligible, conforme à notre sens naturel? — Parce que la foi ne doit pas venir de notre seule raison, qu'elle est un fruit de la grâce. Or , nous ne nous rendons dignes de ce don précieux que par riiumilité et la soumission. C'est ce qui explique pourquoi de si grands génies ont cru fermement et avec ardeur, malgré ces mêmes difficultés, qui, dit-on, confondent la raison humaine.

Nous murmurons de ce qu'un scélérat peut recevoir la grâce divine au moment de son supplice, tandis qu'un honune de bien en est quelquefois privé pendant toute sa vie. Mais qui nous dit que l'un a mieux rempli sa mission que l'autre? Qui nous assure que le prétendu honnête homme n'a pas fait plus de mal relatif que le scélérat livré au glaive de la. justice , et que celui-ci n'a paô plus résisté à ses mauvais penchans que l'autre n'a suivi ses bonnes inclinations ? Peut - être que les

loo CHAPITRE yni.

tourmens^ Fignominie^ le supplice^ sont des expiations suffisantes , et que les remords du crime sont plus méritoires que l'orgueil de la probité, qui rapporte tout à soi. JLa justice de Dieu est sans doute bien dififêrente de celle des hommes.

Sommes-nous entièrement libres? Ouï,

pour vouloir, non pour exécuter. Rezicloiisnous donc dignes, par nos intentions , €pjie Dieu nous assiste dans nos actions.

Puisque nous tenons notre première nature de Dieu, lui seul connaît la mesure de notre liberté et l'étendue de notre tâche ; lui seul peut apprécier les actions humaines, dont nous ne jugeons que par leurs effets.

En vain Ton oppose les faux dérots à la dévotion. Il est clair que ceux qui, poulr couvrir leurs passions et leurs vices, prennent le masque de la religion, que ceux qui profanent la parole de Dieu, en abusent^ et s'en font une arme pour commettre le mal impunément, sont les plus criminels des hommes.

Mais en tout temps, il y a eu des hypocrites

StOI

de vertu j onl-ik feit tort à la vertu ? Pourquoi donc les hypocrites de religion feraient-ils tort à la religion (i) ?

Les mauvais esprits gâtent la piété ; mais Timpiété gâte les meilleurs esprits.

La religion met des sentimens ou la philo^ Sophie met des raisonnem^is. Celle-ci veut enseigner et convaincre j celle-là console^ fait aimer, espérer. Laquelle est plus utile à l'homme ?

Ce qui fait l'insuffisance et la fausseté de la philosophie (2), est qu'elle cherche à nous rendre heureux par les hiens de ce monde, en dissimulant ses misères. La rehgion, au contraire, avoue et démontre mêmejtous les

(i) On yoît , d'aîllears , de certaines gens , élevés dans le^ |ifratiqiiés de la religion , dont ils n'ont jamais su pénétrer Tesprit et le fond , se faire de œs pratiqat s une iiabitnde et une sorte de manie , qu'ils conservent au milieu des plus grands déréglemens , s'imagînant qu'elles les réparent et les expient

(a) Ihrîncipalement la philosophie stoîque, qui ne croyait pftt à rimnKvtaiité de Tâme»

20a CHAPITRE YlII.

maux de cette vie ; mais elle en oflFre le dédommagement dans une autre vie. L'expérience nous prouve que la première nous trompe; et nos désirs toujours renaissans^ cette soif ardente d'une félicité sans hornes y nous prouvent que l'autre dit vrai. Lai philosophie* met le prix de la vertu sur la terre : la religion le met dans le ciel. D'où'il arrive que l'homme pieux ^ au milieu des plus gr-sLixdes infortunes , meurt résigné et plein de codfiance , tandis que le philosophe y . détrompé sur les biens qu'il s'était promis^ meurt souvent avec rage et désespoir^ comme Caton et Brutus, ce dernier maudissant la vertu qui l'avait égaré.

Heureux qui a pu sauver son corps des médecins^ sa fortune des gens de loi^ et sobl esprit des philosophes !

La philosophie du dix-huitième siècle a éclairé le monde ^ comme un vaste incendie éclaire ceux qu'il ruine.

Les philosophes anciens ont enseigné la morale^ pour suppléer à une religion fausse.

Les philosophes modernes se sont appliqués à détruire la vraie religion, qui est le plus sûr fondement de la morale. Quels ont mieux mérité de l'humanité ?

Des deux philosophes les plus marquans du dernier siècle^, J.-J. Rousseau et Voltaire, Ton peut dire que l'un a égaré davantage , et que l'autre a perverti davantage.

Rousseau, malgré tous ses écarts, s'est acr quis un grand honneur. Il a su mériter la persécution des philosophes , en rendant hommage à qudques vérités morales et re^ ligieuses,

La plupart des erreurs de Rousseau proviennent de l'exagération, qui a gâté ce qu'il y a de mieux dans sa conduite et ses écrits.

C'est ainsi que son désintéressement est devenu de l'orgueil, son indépendance du cynisme, et sa sincérité de la brutalité. C'est ainsi que, dans ses hvres, en forçant toutes les conséquences, il parvient à dénaturer les principes, à fausser la vérité même et à faire déraisonner la raison. C'est ainsi qu'il s'est

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laissé entrainer à des contradictions cho-^ quantes et à des sophismes révoltans. Persuadé <jae les préceptes d'une pure morale^ que les leçons d'une austère sagesse, ne eonvenaienl pas à son siècle, il a donné des opéras et des romans, bien qu'il eût écrit contre le théâtre et les romans. Il s^est dit : « Les hommes n^€mt » plus aucune reUgion; on ne peut les guérir n de l'athéisme que par le déisme. » Et il a publié sa Pression de foi du Vicêdre Sapojrard. n a dit encore : « Toutes les femmes » sont corrompues ; on ne peut les enlerer k » la débauche que par la Tolupté. )) Et il a pa*^ blié son Héloîse. Enfin, toujours emporté par l'exaltation de ses idées, il s'est dit avec une conviction complète : u Je suis la yictime il d'un parti nombreux et puissant , qui a n conspiré ma perte ; il a &xt de moi on scé- » térat, un monstre, et m'a rendu l'exécra<- » tion de tout le genre humain. Montrons- » nous tel que nous scmunes, disons la vérité » tout entière^ et n'ayons pas phts de mena- » §ement pour les atrtres que pour nous.... » Et il a fadt ses Confessions, qui ne sont pas le moins grave de ses torts. Quoi qu'il en soit, ron doit cette justice à Rousseau^ que lors^

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q[u'ii a mal agi^ de même que lorsqu'il a mal raisamié^ c'était plutôt la £mte de sa tête que de son âme^ et qu^il aimait sincèrement le hkaûL, tout en Êdsant beaucoup de mal.

Quanta Voltaire^ sesopinicms^ pour Tordinaire, étaient déterminées par ses intérêts^ ae» liaisons^ ses passions ou son humeur. îl n'a jamais eu de principes fixes; la vérité cédait toujours en lui à mille considérations particulières; elle était surtout sacrifiée à l'amour-propre^ 7^'^ avait^ comme l'on sait^ très4rritable. Sourent il avançait une propo* sition légèrement^ en plaisantant , et comme par un jeu d'esprit : venait-elle à être contes^ tée^ il s'aigrissait^ s'échauffait^ et en faisait une affaire capitale^ un point de doctrine, mie sorte de 'système, qu'il défendait avec tout Femportement du despotisme et de la vanité blessée. Mais les excès de ses disciples et de ses partisans le ramenaient quelquefois à la justice et à la raison, qu'il soutenait avec la même chaleur, car tout dans cet homme était passion. C'est ainsi qu^il défendit, contre Yauvenargues et contre Helvétius, Corneille et Boileau, qu'il avait attaqués lui-même.

Cest ainsi qu'il combattit l'anglomanie litté-

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raire, dont il avait été la première cause (i). Ne doutons pas qu'il n^eût éprouvé une pareille indignation^ s'il avait pu voir les hr nestes abus qu'on fit également de ses principes philosophiques ; et que l'horreur qu'il avait pour l'anarchie^ la barbarie^ l'efiBosion du sang , ne l'eût rendu jxa des plus redoutables ennemis de la révolution.

Jamais Voltaire ne fut si supérieur que lorsqu'il renferma ses talens dans les limites de la raison et du goût. Ses plus beaux titrés de gloire sont incontestablement ses oeuvres classiques , la Henriade ^ son Théâtre ^ le

(i) Voltaire , jeune et débutant dans la carrière tragique , où il ne roulait pas se traîner sur les pas de Corneille et d» Racine, emprunta au théâtre anglais des effets et des beautés qu'il reproduisit sur la scène française ayec goût et discernement. L'on comprend alors qu'il avait intérêt à faire connaître Shakespeare et à le mettre en crédit. Mais sur la fin de sa yie , ayant pris place parmi ses illustres prédécesseurs , il sentit qu'il fallait les défendre pour se défendre lui-même contre les admirateurs exdnsifs du poète anglais , qui youlaîent assigner à celui-ci le premier rang dans l'empire tragique. Voilà ce qui explique son changement de doctrine et de tactique à ce sujet, et les diatribes véhémentes qu'il lança contre cette école romantique , à la Cpelle lui-niéme il ayait donné naissance en France.

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