‹ Observations morales, critiques et politiquesChapitre 12 sur 22 · DE LA RELIGION, ETC. QO^J · texte numérisé non relu

DE LA RELIGION, ETC. QO^J

siècle de Louis XI Y. Jamais Rousseau ne fut plus éloquent que dans ce qu'il écrivit en hr Tcur des mœurs et de la religion. Reconnaissons donc l'influence des saines doctrines sur le génie y et regrettons que deux liommes qui en ayaient un si beau, n'aient pas toujours puisé leurs inspirations à luie source aussi pure.

Le génie est une grande mission du ciel.

Et combien l'on est coupable, si on la trahit; si, au lieu d'enseigner la vérité et la justice, on ne^ème que l'erreur et la corruption!

L^ homme est maintenant en disgrâce chez les philosophes y disait-on au commencement du siècle dernier ; cest à qui le chargera de plus de vices; mais peut-être est-il sur le point de se relever et de se faire restituer toutes ses vertus y car la philosophie a ses modes^ comme les habits ^ la musique y T architecture. Cette époque, prédite par VauvCTiargues, est arrivée, et lui-même a contribué à la faire naîfre par sa morale douce et indulgente. Malheureusement, ce n'est pas la plus fructueuse.

Les autres philosophes du dix-huitième siède

ao8 CHAPITRE- TIII.

ont bien rendiéri sur cette opinion ayanUgeufie de Thomme^ et^ sous prétexte de lui rendre sa dignité, ils l'ont enirré d'ôicens^ l'ont rempli d'un orgueil insensé, d'une aveugle présomption, qui a produit tant d'excès, de folies et de crimes. C'était à qui lui prodiguerait le plus d'éloges et d'honneurs : non •content de prôner ses vertus, on flattait ses passions, on excusait ses vices; le roman et la comédie, qui^ au siècle de Louis XIY, les représentai^it sous un aspect odieux ou ridicule, n'étaient plus employés alors qu'à les présenter sous les formes et les couleurs les plus séduisantes : ce qui n'a pas moins nui à la littérature qu'à la morale. Encore aujourd'hui, malgré les rudes leçons de l'expérience, rhonmie n'est point descendu du fastueux piédestal où il s'est élevé lui-même t il con** tinue de s'admirer, de s'encenser, presque de se déifier. Fier de sa raison et de sa vertu, qu'il croit infaillibles, il réclame hautement l'indépendance, et ne reconnaît aucune au' tA^ité, ni en politique, ni ai morale, ni en littérature, ni même en religion; son audace attaque et fronde tout, son esprit novateur et superbe veut tout renverser pour tout

DE* LA RELIGION, ETC. aog

réédifier. Funeste aveuglement, qui lui a causé tant de malheiurs, et qui le menace de nouyeaurit!.. Plusieiurs écrivains estimables et bien intentionnés ont partagé, sous certains rapports, cette manie du siècle. Blessés de la rigueur attristante de nos premiers moralistes, ils ont entrepris de les combattre : ils les accusent d'avoir calomnié l'espèce humaine, en niant toute vertu. Ils s^abusent : ni Pascal, ni La Bruyère , ni même La Rochefoucauld , n'ont prétendu qu'il n'y eût aucune. vertu humaine ; mais ils ont démontré combien cette vertu était faible et imparfaite, pour nous empêcher de nou$ en glorifier. Or^ un tel but est juste, est utile; car les honunes , en général, ont plus besoin d'^re abaisses que d'être élevés; et, pour être bons, sages, ver* tueux, même pour être habiles, ils manquent moins de coofiance que d'humilité.

91e k poUtiipie.

La civilisation, qui parcourt toutes ks régions de la terre , est relative aux besoins^ à la position des difierens peuples; et, comme ce sont les difficultés qui développent les moyens , les nations de FEurope ont dû être plus industrieuses et plus inventives que cefles de TAsie, à cause de Tinfériorité des avantages naturels.

Les peuples qui manquent de tout et ceux qui ont tout, sont également difficiles à se civiliser. Il n'y a qu'un état médiocre et des besoins modérés qui fassent connaître à l'homme tous ses moyens.

Montesquieu a peut-être trop accordé à l'influence du climat, et Voltaire^ dans son

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commentaire sur l'esprit des lois, a eu tot^t de tout attribuer à celle du gouyemement (i).

11 ne faut nier ni Fune ni Fautre : toutes deux contribuent à former le caractère et l'esprit des hommes , à produire leurs vices et leurs vertus. La législation est pour les peuples ce que l'éducation est pour les individus : elle perfectionne ou pervertit les inclinations de la nature, et, sans chercher à les détruire, elle doit s'appUquer à eu tirer parti et à les bien diriger.

Il est arrivé à Montesquieu une chose singulière, qui prouve tout à la fois l'ascendant de son génie et la modération de ses principes. Chaque parti s'est prévalu de son autorité, attribuant ce qu'il a dit en favetn: du parti contraire à des iiénagemens commandés par les circonstances. Ainsi, les uns l'ont félicité de défiendre les droits des peuples 3 les autres de soutenir les droits des monarques. Ceux-là

(1} Les impressions de la nature sont quelquefois si fortes , qu'elles résistent à tous les effets du gouTernement ef de la ciTÎlisation. La Corse nous en o£fre un exemple. -

ai 3 cHAPrntE ix.

Font loué de son noble enthousiasmé pour la liberté y de son éloquente admiration pour l'énergie nationale; ceux-ci de son respect pour la religion^ pour l'autorité légitime^ pour les anciennes institutions. Ce grand honune, je crois , n'a eu l'intention de flatter aucun parti. Son yrai but, connue il le dît lui-même 9 a été, en expliquant l'esprit dei lois^ en développant les principes qai les ont dictées, de faire en sorte que tout k rnanàt eut de nouvelles raisons pour aimer ses des^oirs, son prince y sa patrie ^ qxion pOz mieua: sentir son bonheur dans chaque pays, dans chaqm poste oit Von se trous^e^ Assurément, on ne saurait avoir un but plus sage et plus utile; mais les passions n'ont pas toujours permis de le reconnaître, et chacun a prêté à Montesquieu ses opinions esdusives*

Montesquieu a expliqué les gouvernemeiis par les nueurs, et les nuEurs par ks gou* vememens.

La politique de Rousseau est à la politique de Montesquieu ce que les rêveries de la jeunesse sont à l'expéri^ice de l'âge mur.

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Rousseau^ exalte dans ses idées de liberté, a été rautorité de la révolution. Montesquieu, toujours modéré, toujours d'accord avec la raison et Téquité , est la véritable autorité du gouvernement représentatif et de la restauration, en France j on a abusé des principes de Fun pour renverser. On invoque les principes de Tautre pour fonder et consolider.

Voltaire, qui a commenté V Esprit des Lois y ne l'a point entendu. Il lui manquait trop de ce qui avait servi à la composition de cet immortel ouvrage. Voltaire avait Fesprit trop tifpour Favoir judicieux et profond (i).

Les seules bonnes doctrines que Voltaire ait professées, sont les doctrines littéraires.

(i) Voltaire et Montesquieu ne se sont pas rendu justice mutuellement; leur mérite était d'une nature trop différente pour qu'ils pussent s'apprécier. L'un n'a tu dans VEsprit des Loiê que des saillies et, comme le disait Mad. Dndeflfant, de l*etprit $ur les lois. L'autre a prétendu que l'auteur de la Hen' riade et de Zaïre n'était que JoU^ Mot répété par M. le comte de Maistre , qui était encore moins en état d'apprécier Voltaire. • *

et ce sont précisément celles-là que ks^ones gens suivent le moins aujourd'hui. Yoilà ce qui arrive dans les temps de décadence : le mal seul est eu faveur^ et le bien ne saurait plaire^ même dans les choses et dans les hommes qui plaisent le plus.

En fait de gouvernement^ comme it faut concevoir et agir tout à la fois, le génie comprend également Içs qualités de râmaet celles de l'esprit-

On juge un auteur dans la niaturité de son talent. On doit juger un monarque au milieu de son règne. Si les dernières œuvres dramatiques de Corneille et de Voltaire ne sauraient affaiblir leur gloire ^ pourvoi les derniers actes politiques de Louis XIV feraient-ils tort à la sienne? Un roi est-il, plus qu'un homme de lettres, exempt des influences de l'âge, et ce prince, qui remplit une si longue vie, pouvait-il avoir, dans sa -vieillesse, le même éclat dont il brilla dans sa virilité? Mais alors même que de grandes fautes lui attirèrent de grands malheurs , il sut les supporter avec courage et magnani-

DE LA POLITIQUE, Ht S

mité, n conseFvak rélévdtioD* de son àme dans l'abaissement de sa fortune^ et Fâge, en courbant un peu sa haute taille^ ne Fayail point encore réduite aux proportions communes.

L'activité est le plm^ pttîsaant aiiu^^iltaire du génie.

La paresse2est mà^e de Fesclavage.

L'ambitk>n owrre «m yaste champ aux gpandes êaues-y. elle les élève avec la fortune^ et les^ emnoblit avec la gloire. Mais elle dégrade et pervertit les âmes faibles et médiocres, ^n ne laissant à leur portée que les voies basses et^ tortueuses^.

Dans^le dixrhuitjème siècle ^ toute la poliiiqiie se résolvait en mtrigues. C'est cpie, dans le dix-huitième siècle, il a manqué des génies vraiment politiques .

La politique vulgaire écarte la morale pour sci'vir les intérêts. La haïute politique sait conciher les intérêts avec la morale, et ses

21 6 aUPITRE IX.

succès sont d'^autaut plus grands^ d'autant plus durables , qu'ils s'appuient sur l'opinion publique.

On a fait de la politique de bien des ma-^ nières^ avec de l'esprit, avec die la métaphysique, avec de la finesse ou de la force (i). Ne serait-il pas temps d'en faire avec] de la droiture et du bon sens ?

n n'y a plus de neuf en diplomatie que la bonne foi et l'équité- Le cabinet qui, le premier en Europe , s'aviserait d'employer de tels moyens , aurait sans doute un grand avantage sûr les autres; car ceux«-ci lui sup posant le système ordinaire de politique, prendraient de fausses mesures Ipii, toutes, tourneraient à son profit. La meilleure manière de tromper aujourd'hui est donc de ne pas tromper, et la plus grande habileté' est la droiture.

(i) On pouirait dire qae, de nos joan, on en fait arec da ientîment et des déclamations.

Dans une vaste monarcliie , ayancée en civilisation , pour remplir les premières places^ on est souvent contraint de préférer l'habileté à la probité^ les talens aux vertus. Mais alors il faut que les lois soient telles^ qu'elles réduisent l'habileté et les talens à ne pouvoir faire que du bien.

On se sert quelquefois des vices en polique, comme on se sert des poisons en médecine.

H y a des temps où les méchans ne sauraient être contenus que par des gens aussi méchans , ou même plus méchans qu'eux , mais intéressés au bien (i).

Un usurpateur doit toujours être un despote ; car son autorité n'étant pas fondée sur le droit, et le premier venu pouvant le détrôner pour occuper sa place, il ne peut se maintenir que par la fcM'ce. C'est pourquoi les

(i) Tel fut le temps où un Mirabeau pouvait être le sauveur de l'état.

conqiiérans ^ il eût été le plus habile des politiques.

Bonaparte était en politique ce que Voltaire était en littérature. Tous deux pleins d'activité et d'ambition^ ils ont su flatter les passions des autres pour satisfaire les leurs. C'est le même despotisme^ le même zaéprîs des hommes ^ la même adresse à s'en servir j le même charlatanispie ; et il serait diffîci/é de dire lequel les a plus, démoralisés ^ lequel leur a fait plus de mal^ en excitant darantage leur admiration. Mais^ par un sort contraire et des intérêts différens^ l'un a puîssanunent contribué à faire naître la révolution^ et l'autre^ son propre enfant^ l'a étouffée pour en hériter^

Il est arrivé à ces deux hommes ce qui arrive à tous les despotes , . leurs passions ont fait tort à leur esprit.

L'on ne peut nier que Fusùrpateur de la France n'ait fait de grandes choses y même de nobles et généreuses. Une. h^bilet politique luî tenait lieu d'entrailles ^ et les élans du génie supplément en lui ^aux inspirations de la ma-

DE LA POLITIQUE. 2a I

gnaniiiiité. Il comprima l'anarchie et la rérohition^ releva les autels, rétablit l'instruction publique, protégea l'industrie, fit refleurir les sciences, les arts, les lettres. Mais il s'arrêtait toujours dans le bien , dès qu'il cessait de lui être utile. Favorisant les vertus et les talens dont il pouvait tirer parti , il persécutait cruellement ceux qui l'inquiétaient, le contrariaient, et lâchait la bride à toutes les passions, à tous les abus, à tous les vices qui &ivorisaient ses desseins despotiques. Sous le rapport militaire , ses qualités , très-brillantes, sans doute, se rapprochaient trop des déÊLUts. C'est ainsi que sa vivacité et sa confiance l'emportaient hors de mesure, et qu'il ne s^t jamais ni prévoir, ni combiner aucune retraite. Dès qu'il éprouvait une défaite, au lieu de rallier les restes de son armée , il les abandonnait, et revenait précipitamment dans sa capitale pour en foi^ner une nouvelle :

comme ces joueurs impatiens, qui brouillent les cartes , dès qu'ils se voyent en mauvais jeu, pour recommencer la partie. Il avait, en général, tout ce qui convient dans la prospérité, et trop peu de ce qu'il faut dans l'adversité. Secondant merveilleuseinejit la nar-

tore, dxet le aoUal: français^ il ne sut point la smtaooter, et U lui manqua la gloire des Tnrenne, des Moreau.^ qui nous reiidaient si «edouftaUes dans les revers . Uen résulte que, aoosun tel che£, nous dûmes &ire des pi?adir ^s^ tant que nous eûmes la fortune pour nous^ et être perdus sans ressouroe, dès qu'elle nous eut abandonnés.

Les peuples n'obtiennent la domination ex* térieure qu'au prix de la liberté intérieure.

La Bruyère a dit : il Êiut^ en France y du Mrieux dans le souverain. J'ajouterai : il £tut de l'énergie (i). Observez les Français à h guerre : animés par les succès ^ ils sont capables de tout; rebutés par les revers, ils perdent tous leurs moyens. En l'une et l'autre fortune , ]dus ou moins que des hommes , et généralement^, en bien comme en mal, dépassant les bornes de l'humanité. Ceci indique

<i) Je ne tais même «i le térîenx eit bien néceisaire dans un monarqae français, Henri IV, habituellement, n'était pas sérieux; mais il se fît respecter autant qu'aimer, parce qu'il fut aussi ferme que bon.

DE I.A POLITIQUE. asS

la mamère de les gonTemer; Profitez d'im tel n«l:irpel^ pour les enoourager dans le bien^ pour les détourner du mal^ Secondez^, protégez les bons ; inspirez aux médhiaBs une «tile frayeur^ par des mesures promptes et TÎgoorreuses. Egalement «é¥ère et généreux , exact à punir et à rÀ^conpenser ^ comprimez IW^ daoe du crime^ échauffez le zèle de la Tertu 3 enfin^ sqjez juste autant que ferme^ ^et tous aurez à tondiuire le peuple le {dos £aicile de l'univers.

Comne lêS enfans gittës aont eettx^ ordi^ nairement^ qui ont le moiiis de tendresse poxu* leurs parens ; de même les peuples à qui l'oTi fait le plus de concessions^ sont ceux qui en sayenl: le moins de gré.

Le Français^ plus qu'aucun autre^peuple, dépend de son gouvernement (i) pour ses bonnes ou ses mauvaises qualités. Plus qu'aucun autre peuple, il est vîf et passionné dans

(i) Et, eo général, de tont ce <]ui lui commande, dans le militaire, comme dans le dyil

a!l4 CHAPITRE IX.

8è8 Opinions , ainsi que dans ses goûts* Chez lui^ jamais de dispositions tièdes; il est transporté pour ou contre. Il fsiut donc s'aj^Hquer à tourner cette ardeur naturelle vers la bonne cause , si Ton ne veut qu'elle se porte Ters la mauvaise : ou bien y il donnera dans un troisième excès ^ il ne sera rien du tout , c'est-àrdire égoïste. Voyez nos assemblées dâibérantes : en tout temps trois classes :

un côté droite un côté gauche, un centre.

Chacun met à la cause qu'il embrasse les défauts de son caractère ou de son esprit. Il y a des hommes tellement vifs et iinpétueux , qu'ils ne peuvent soutenii; aucun parti de sang-fix>id , même le parti de la raisoii et de la justice : en adoptant un système modéré , ils deriennent exclusifs, et c'est avec excès qu'ils combattent les excès. Mais l'abus ne doit pas nuire au principe, et la vérité ne saurait devenir erreur, parce qu'elle est imprudemment servie. Il ne faut pas con£3ndre les égaremens d'un zèle? bien intentionné avec les déportemens de la p^^ersité, ni punir avec la même rigueur les écarts du dévoûment et les tentatives de la haine. La conviction, dans

certains coeurs^ soulère l'enthousiasme^ qu'il est dangereux de vouloir comprimer : Ton risque d'éteindre avec lui Famour du bien, le feu sacré de la vertu. Il y a des caractères qu'on ne saurait corriger sans les gâter.

Si nos rois ont été plus souvent captifs que ceux des autres nations, c'est qu'ils se sont trouvés plus souvent à la tête des armées. La détention de nos princes fait l'éloge de leur valeur.

L'usage du duel était trop en rapport avec nos mœurs et le principe de notre gouvernement, lorsqu'on voulut le réprimer. Une telle entreprise rencontrerait peut-être moins de difficultés de nos jours (i). L'esprit du gouvernement et celui de la nation sont également modifiés, et la philosophie, en attaquant ce préjugé pernicieux , parmi tous ceux qui

(i) On Tient de le tenter à la session dernière ; mais je né crois pas que ce soit d'une manière bien efficace. H me semble même qne, par les moyens proposés, on égaliserait le dael plutôt qn*on le réprimerait.

!ia6 CVAPUOHE IX.

étaient QtOes^ ft. préparé 1» ¥oié8 à la léj^ lation.

Le duel^ ehez noa pèresi^ éfaîl finadé sur une 8uper$titioii^ qui du moia» Fautonaait.

L'on supposait toujours que le coupable ou l'agresseur y trouvait sa punition^ et que rintervencioii de la Providence faisait infailliblement triompher kt bonne cause. C'est dans cette croyance que l'on environnait une telle pratique de toutes les formes de la reKgion^ et que les princes, les tribunaux mênnes l'ordonnaient dans les cas douteux y. comme pour remettre à la justice de Dieu ce qui ne pouvait être décidé par celle des hommes.

Mais aujourd'hui que le principe n'existe plus^ ccMument se fait-il quf l'usage soit resté? Cest une inconséquence bizarre dans nos mœurs.

N'est-il pas absurde d'ol&ir son sang à celui dont on a reçu un outrage, et^ pour la réparation d'un mal, de fournir les moyens qu'on nous ox fatsse un phis grand?

Mon ennemi m'a ôté l'honneur, criez-vous.

Ce n'est point assez; fûtes en sorte qu'il vous ote la vie.

DE tA POLITIQUE. 11%J

--Yotre femme vient d'être ksollée : pour la Tenger dignement ^ toqs n'aver rien de mieux à faire que de la rendre veuve et vos enfans orphelins. Si vou» vous adressez aux magistrats^ institués pour maintenir Tordre et protéger les citoyens, si vous vous conformez aux lois, qui défendent de se faire justice soi-même, vous êtes un homme perdu de réputation.

Je croîs vous avoir offensé : vous n'en êtes pas juge vous-même, c'est moi qui le sxiis.

Vite, je vous propose satisfaction à ma manière; c'est-à-dire qu'après vous avoir donné un démenti ou un soufflet, je vous propose généreusement de vous donner un coup d'épée, et vous ne pouvez me refuser, sous peine de vous déshonorer.

Je suis paisible par humeur et par état; la nature de mes devoirs, de mes occupalions^ ne m'a jamais permis de m'adonner a l'art de tuer les hommes ; j'ai affaire à un militaire^ qui s'est fait une halntude de cet esxei^ àas , à un hc»nme turbulent et querelleur, à un spadassin de profession : j'ai de la famille,

1X^% CVÀMTAE IX.

du bien, un rang dans le monde; il faut que je joue tout cela contre quiconque n'a rien^ ne tient à rien. Voilà ce qu'on appelle se battre loyalement et à armes égales.

« Le duel est le tribunal du méchant et du fripon.- Le vice seul semblé l'avoir institué^ pour se soustraire au régime des loîs^ et se fedre ime sorte d'honneur à sa manière. C'est un excellent moyen de se donner raison quand on a tort, de sortir d'embarras, de purifier les plus mauvaises affaires. L'on se défait ainsi d'un rival dangereux, d'un mari outragé, de créanciers importuns. Il ne lui manque que d'être admis entre parens; ce serait un expédient commode de se procurer une prompte succession.

Mais, dites-vous, ce qui rend le duel honorable et digne des braves gens, c'est qu'en cherchant à ôter la vie à son adversaire, on expose là sienne.... Et l'assassin, n'exposet-il pas la sienne aussi ? Demandez aux Italiens. Quand ils entendent parler d'un crime bien afireux, qui encourt toute la rigueur

DE LA POLITIQUE. VLliÇ)

des lois 9 ils s'écrient^ pleins d'admiration : che corraggiol

Que si la législation est impuissante pour nous délivrer de la manie du duel, le ridicule, qui a tant d'empire parmi nous, pourrait réussir à le discréditer. Qu'on le regarde comme un usage suranné, sot et extravagant, comme ime affectation des mœurs du vieux temps ^ qu'on en fasse justice dans le monde, et qu'on traite les duellistes comme Cervantes a traité les chevaliers errans , les redresseurs de torts ; alors on ne bravera plus lés dangers et les malheurs qui accompagnent ces sortes d'affaires , pour se voir moquer et baffouer. Mais tant qu'on attachera de la considération à ce préjugé barbare, tant que les femmes, surtout, qui en sont si souvent victimes , le flatteront de leur estime , tous les hommes d'honneur et de courage y sacrifieront.

L'on a remarqué que pkxs les lois et les chàtimens sont sévères et rigoureux, plus le peuple est méchant et intraitable ; soit qu'il prenne le caractère de ses lois , soit que les

a3o CHÀPITRS IX.

lois prennent son caractère à lui-même. £n eflfet, s*il est naturel que des mœurs dures produisent de dures lois^ il ne l'est pas moins que la dureté des lois endurcisse le peuple^ en Taccoutumant à la vue du sang et des sup* plices. Et qu^on juge à quelles cruautés se portera un tel peuple en temps de rérolutioii; combien il produira de bourreaux (i) !

Certainement^ tous les amis de rhumanilé et de la civilisation doivent applaudir à la manière réglée dont se fait la guerre aujourd'hui^ à la discipline parfaite que les armées observent en pays conquis. Mais qu'en résulte-t-il? C'est que les peuples, traités si doucement par les ennemis, ne savent plus se défendre , sacrifier leur vie et leurs biens à l'indépendance nationale. . . Pauvres hommes !

(i) Si je condamne Texcès de rigueur, et, pour ainsi dir^r ce luxe de cruauté qui a trop long-temps régné dans notre juiîsprudence criminelle, je suis loin également d'approorer cette douceur, cette indulgence ineoundérée qu*on Toudïrait y introduire de nos jours. Par la mise en pratique d*on tel système, ou^n*huraaniser{\it pas lés méchants; on ne ferait qu'affaiblir et désarmer les gens de bien, qui manqueraient àe protection contre le crime et d'énergie pour le pourtuiyi:e.

Vous n'acquérez rien sans perdre, et les progrès que vous faites d'un coté , vous font dé- 'cheoir de l'autre.

Dans tous les états y ^ principalement dans les républiquesjle peuplées! jaloux des grands et des riches : source de troubles et de dissen:* tions. Pour obvier à cet inconvénient, les Romains avaient établi le patronage ^ une des plus belles institutions , et en même temps unô des plus politiques qui aient jamais, existé : en liant les classes entre eUes, en les rendimt d^endantes les unes des autres , elle opposait la meilleure digue aux t^volulioiis* Uabsence d'une pareille mstitution*se &^ sentir dans tous les états )no4er»ieg , isuptout dans ceux où l'on a adopté des £wmes déinocrati^ ques et détruit la féodalité, qui présentait quelques-uns de ses avantages , avec des inconvéniens graves qu'on ne saurait nier.

Certains peuples sont comme la jeunesse ; il faut les tenir en baleine, les exercer, les occuper sans cesse, pour les empêcher de se livrer à de dangereuses agitations, pu de tomber dans la langueur-

l32 CHAPITRE IX.

Les révolutions donnent de la force aux peuples, comme les convulsions et le délire donnent de la force aux malades , mais une force qui épuise et qui tue. Il y a une agitation de jeunesse et de santé ; il y en a une de fièvre et d'agonie. Et qu'on y prenne garde , la fermentation qui tourmente les nations de l'Europe , en ce moment , pourrait annoncer leur dissolution^ plutôt que leur régénération.

Les peuples , à deux époques , aspirent également à la liberté; mais dans la première , pour en jouir ; dans la seconde ^ trop souvent, pour en abuser. Là, c'est le juste besoin d'un homme jeune et vigoureux, qui peut digérer une nourriture substantielle; ici , c'est l'intempérance d'un vieillard , qui doit être réprimée.

Où se trouve la plus parfaite égalité ? — Dans l'état de nature ? — Non , car la nature crée les premiers privilèges , en douant les .hommes diversement. — Dans les républiques, où règne une sage liberté? — Non, car les corps de l'Etat doivent être gradués

pour se correspondre, s'appuyer mutuelle* ment^ et Féquilibre des pouvoirs ne résulte que de leur distinction (i). — Serait-ce dans l'anarchie? — Moins encore, car l'on retombe alors dans l'état de nature , mais dans un état de nature dépravée, où tous les vices se joignent à la force et à la violence pour faire la loi... Ou existe donc la plus parfaite égalité? — Dans le despotisme. Voilà le grand niveleur ; il fait tout dépendre également de sa volonté et de ses caprices. Ainsi , cette égalité politique, si vantée, si recherchée de nos jours, incompatible avec la vraie liberté , ne se concilie qu'avec la servitude.

Etes^vous libre, si vous sentant plus de moyens et de capacité que votre voisin , vous ne pouvez vous élever au-dessus de lui ni

(i) « A proprement parler, il n'y a pas de gouyernement » simple, n faut qn^on chef unique ait des magistrats subal- > ternes ; il faut qa*an gouyernement populaire ait un chef. » Ainsi y dans le partage de la puissance exécutiye» il y a toa- ■ jours gradation du grand nombre au moindre, avec cette

• différence , que tantôt le grand nombre dépend du petit , et

* tantôt le petit du'grand.. .» ( Rotrsssiu. Contrat êocial, ehap» y, Uv, 3.)

par votre mérite , ni par votre fortune ? — H «8t clair que l'égalité, destructive de toute émulation, de toute industrie, est uu état forcé et Ti(dent, qui s'oppose au développement des facultés et offense les droits de la nature; en u& mot, que c'est un système absurde.

Quand on use des talens pour soutenir la vérité et la justice, il y a civilisation.. Dès qu'on en ^buse pour servir l'erreur et Tinjustice, il y a excès de civilisation.

Ce n'est pas tant par les vices, par les crimes, que se manifeste la décadence des nations, que par les déguiseméns dont ils se couvrent et les sopfaismes dont ils s'appuient, qu'ils empruntent à la civilisation. Il y a souvent autant de vices et de crimes aux autres époques; mais ce n'est qu'alors qu'ik se parent des eoulém^^ de là vertu.

Signes de décadence chez un peuple : inquiétude vague, dégoût cle^toixt ce qu'on a, désir immodéré d'améliorations et de changemens, mépris des lois et des mœurs an-

DE LA POLITIQUE. 1l35

cieimes^ des autorités consacrées y confusion .des idées , hardiesse des paradoxes et des sopbismes^ subrersion de tous les principes : ce qui était vrai et sage jusqu'alors^ a cessé de l'être; la raison n'est plus raison, la justice n'est plus justice; on s'est fait une nouvelle vertu, un nourel honneur, fausses divinités auxquelles on sacrifie. Chez un tel peuple, l'âge n'a plus d'autorité > l'expérience est méconnue ; l'ignolrance tranchante et la jeunesse présomptueuse font la kn; le goût est per^ verti ainsi que la morale, et une même corruption [règne dans la littérature et dans les moeurs (i). On a un fol engouement pour tout ce qui est neuf, singulier, bizarre ; le naturel et la simplicité ne paraissent plus que &des et insipides; l'agréable, le beau même, ne savent plus toucher. Enfin , rassasié de tout, dit Fénélon, on ne t^it plus que par se-

(i) Quant à oe dernier point , il s'agit principalement de la corruption politique : l'égoisme, Tambition personnelle, la cupidité , la rénalité, la bassesse. Un état de crise pour une nation , est celui où , passant d*an gouvernement à un autre , elle aurait perdu dans wb mœurs le principe du premier, sans^ avoir «oquis encorè le prineipe du second.

causse j par soubresaut. On s'agite^ on se tourmente pour saisir une ombre vainc etfugitii^e de bonheur y et ïon perd le repos et la tranifuilUté ; personne nest content , paix^e quon veut fêtre trop , parce quon ne veut rien souffrir ni attendre..,.

Quand je rois un homme qui a perdu k goûl et le repos ^ doàt les appétits sont faux ou désordonnés , dont les mouvëmens sont Gonvulsifs^ qui se tourne et se retourne sans cesse ^ et ne se trouve bien dans axicune position^ je dis : cet homme est malade. — Pourquoi ne dirais^je pas la même chose d'un peuple qui me présenterait les mêmes symptômes?

Dans les temps de corruption et de décadence^ tous les moyens, l'activité, Findustrie, le génie^ se trouvent du côté du mal; il ne reste trop souvent du côté du bien qu'incapacité, faiblesse^ impuissance.

Ce qui divise les honnêtes gens, lors des troubles politiques, est une délicatesse excesr sive, une exigeance scrupuleuse, dans les

DE LA politique! 287

opinions^ qui n'admet aucune nuance^ aucune des modifications que doit produire nécessairement la différence des caractères et des humeurs. De sorte qu'à force d'épurations^ ils finissent par se trouver inférieurs aux brouillons et aux factieux^ qui^ moins difficiles y s'accommodent de toutes les alliances^ de même qu'ils profitent de tous les moyens pour parvenir à leur but.

L'intolérance d'une opinion prononce davantage l'opinion contraire, et souvent en se • montrant trop exclusif, on jette dans le parti opposé des esprits qui se rapprochaient du sien. C'est ainsi que, dans nos dissentions civiles , de tièdes royalistes sont devenu»

d'ardens révolutionnaires, (7est ainsi qu'en rebutant un faible ami , on s'en fait un violent ennemi.

La véritable modération est force et empire de soi-même. L'exagériation, au contraire, est presque toujours une preuve de faiblesse. C'est pourquoi les fenunes et les enfans, oi> dinairement, sont exagérés; c'est pourquoi dans le Midi, où les organes sont plus délicats

et plus sensibles 9 on l'est davantage que dans le Nord.

Il y a des temps où les abus sont inéTitablés; ils tirent leur principe des mœurs et non des lois. Etablissez les meilleures lois^ elles se corrompnHit toujours entre des mains corrompues. Malbettreusement^ plus on se pervertit^ plus on derient difficile et exigeant; le leyain des yices aigrit les besoins y irrite les passicms^ enflamme les désirs^ et Ton cherche dans les institutions la perfisctiôn qu'on ne saurait trouTer dans les hommes. C'est la poursuite d'un mieux indéfini qui perd les nations^ et la réforme des abus n'est souvent que le commencement des excès. Les violences des peuples^ dit Voltaire^ sont toujours plm grandes que les tyrannies dont ils se plaignent.

Les Français ne restent pas long -«temps dans le bien; leur impétuosité naturelle les .porte bientôt à le dépasser.

En France^ l'autorité doit toujours être en état de réprimer; car, à des erreurs, à des

DE LA. pouTiQVE. a3g

excès y ne succèdent pas^ ordinairement^ la sagesse et la modération^ mais des erreurs el* des excès opposés.

L'autorité n'a pas tant besoin de force pour réprimer les excès de ses ennemis , que pour réprimer ceux de ses amis.

Vous voulez que l'autorité soit impartiale ?

rendez-la donc forte et puissante^ sinon elle sera obligée de soutenir le parti qui la soutiendra.

Les excès populaires doivent fortifier le pouvoir, quand il est en mains fermes. Les troubles de la Fronde ont produit le gouvernement presque absolu de Loiiîs XIV, et précédemment les mouvemens des protestans avaient produit le despotisme de Richelieu.

Mais si, par un effet contraire, le pouvoir se relâche, il ne tarde pas à être anéanti.

Avis aux peuples qui veulent conserver leur liberté^ et aux rois qui veulent <x»iserver leur autorité.

Ce qui est bon en principe peut devenir

mauvais et pernicieux par l'application : vérité banale y mais qui a besoin d'être répétée. U faut tâter le pouls d'une nation et bien connaître son tempérament , avant de lui administrer des remèdes. En politique^ comme en 'médecine^ les mêmes procédés, selon les constitutions y rendent la santé bu causent la mort(i). — Solon, interrogé si les lois qu'il avait données aux Athéniens étaient les meilleures, répondit : Je leur ai donné les meil^ leures de celles quils pouvaient supporter.

Véritablement, la saine politique est la science des applications (a).

(i) Il jr a des affaires et des maladies , dit Larochefoacauld , <fU6 Us remèdes aigrissent , en certains temps; et la grande àaSileté consiste à connaître quand il est dangereux d'en user,

(9) « Dans le fond , l'institution des lois n*est pas une chose » si merreillense qu'avec du sens et de Téquité, tout homme ne » put très-bien trouyer de lui-même celles qui, bien observées,

• seraint les plus utiles à la société. Où est le plus petit écolier » de droit qui ne dressera pas un code d'une morale aussi pure » qot celle àts lois de Platon ? Mais ce n'est pas de cela seul

• qu'il s'agit ; c'est d'approprier tellement ce code au peuple » pour lequel il est fait, et aux choses sur lesquelles on y statue,

• que son exécution s'ensuive da seul concours de ces cîrcons*

• tances. » ( Rousseau, lettre à d^Alemberi.)

Les institutions démocratiques exigent de la vertu , presque de la perfection. Si les caractères sont affaiblis et dégradés, si les âmes sont rétrécies et perverties, si l'égoïsme remplace le patriotisme , et si l'intérêt particulier remporte sur l'intérêt général , ces mêmes institutions, empoisonnées par l'intrigue et la cabale, deviennent des sources de troubles, de dissentions, et, par l'anarchie, mènent au pouvoir, absolu. — Montesquieu a établi la vertu pour principe de la démocratie, et J.-J. Rousseau s'écrie^ dans son Contart social : S'il y avait un peuple de dieuXy il se gouvernerait démocratiquement; un gourvernement si parfait ne convient pas a des hommes.

L'honneur des peuples libres est le patriotisme.

Dans les temps d'ignorance, il y a plus de crimes et plus de vertus. La jeunesse des peuples, comme celle des individus, pousse au bien et au mal avec plus d'énergie.

Pour être digne de la liberté, il ne suffit

H^lk CBAPITAE IX.

pas de n^âTOtr aucun yice : il suffit^ pour en iêtre indigne^ de n'avoir aucune rertu.

Je conçois la liberté avec des crinôes; je ne ' la conçois pas avec des vices (i).

Vous voulez une république^ Eudoxe? De quels élémens la formerez-vous? où sont les citoyens qui doivent la composer? Vous nie montrez d'honnêtes gens/ de bona pères de famille , des hommes actife y industrieux ^ laborieux. Il ne s'agit point de cela^ Ëudoxe : je vous demande des pères et des mères prêts à sacrifier leurs enfans au salut de l'état; des généraux^ des magistrats^ disposés à consacrer leur fortune au service public j des candidats qui, rejetés aux élections, s'en retournent joyeux qu'on ait trouvé des hommes valant mieux qu'eux.

(i) Mais r Angleterre, medîra-t-on, n'a-t-elîe pas résolu ce pro. Uéme ? Oui, si l'on entend par liberté l'alternative de Tendre soa suffrage .éfoctoral » oi» df ntourir de.fajm Au «orplus , je ne nie pas que la constitution anglaise n'ait résolu un grand problème politiipie , celui 'de satisfaire les peuples qui veulent être UJjreS; «t ne saur aient l'être.

DE liA POLITIQUE. ^43

La barbarie qui précède la ciyilisatioii est préférable à celle qui la suit ; comme Tenfance du premier âge est préfisrable à celle du dernier.

Rome^ païenne^ fut pendant long-*temps vertueuse et libre : Rome, chrétienne, fut esclave et vicieuse. C'est que la vigueur de la jeunesse résiste à tout, et que rien ne peut rendre à la vieillesse des forces épuisées par le temps.

Quelle force de constitution devait avoir la république romaine, pour enfanter, à son déclin et dans sa vieillesse, des hommes tels que Caton et Brutus !

L'argent et la corruption font, dams les vieilles monarchies, en faveur de l'anarchie, ce qu'ils font dans les vieilles républiques en faveur du despotisme : chaque gouvernement tendante se dissoudre par son contraire/

Je le déclare nettement, le siècle de l'égoisme et de la cupidité ne saurait être celui de la liberté.

a44 CHAPITRE IX.

Dans une monarchie tempérée^ quand le peuple reconnaît que ceux qu'il a chargés de ses intérêts ne songent qu'aux leurs j il s'en remet au pouToir contre lequel il voulait se prémunir; et ainsi le despotisme naît de la corruption.

Qui a plus d'intérêt à tromper, à ruiner le peuple; celui dont la fortune est^fàite^ ou ceux qui ont à faire la leur? Et quelle ambition est plus à craindre, celle qui est au faîte des grandeurs , ou ceUe qui aspire à y monter?

Je ne connais qu'une passion assez forte pour suppléer le patriotisme , en cas d'invasion étrangère; c'est le fanatisme religieux. Le conquérant tombe également devant l'enfeint de l'ignorance et celui de la liberté.

Il y a progression vers la civihsation, tant que les moeurs se perfectionnent avec les lumières ; mais si les lumières augmentent ; lorsque les vertus diminuent^ l'on ne marche plus que vers les bouleversçmens et les révolutions politiques.

La raison pour laquelle les mœurs privées, en France, sont peut-être plus régulières qu'elles n'étaient autrefois, c'est que les passions donnent aux affaires toute l'activité qu'elles donnaient aux plaisirs. Mais la corruption politique n'aurait-elle pas succédé à la 450rruption morale, et la cupidité n'^au-^ râit-elle pas remplacé la licence ? Quel droit alors de nous glorifier? Nos vices ne seraient pas moindres, ils seraient autres; et, devenus plus sérieux , nous ne serions pas plus sages.

Depuis un certain temps, en France, l'on s'applique à perdre des qualités nationales j où l'on excellait, poiu: acquérir -des quah'tés étrangères, où Fon n'est encore xju'imitateur et subalterne.

L'indépendance de bien des gens n'est que l'envie de dominer : sujets rebelles pour devenir maîtres tyranniques.

Parmi les ennemis du pouvoir, je cherche des hommes libres, désintéressés , sincèrement attachés au bien public; je ne

a46 CHAPITRE }X.

vois que des ambitieux , asservis à des intrigues et à des cabales.

Vous me citez des bommes d'une probité reconnue. Je les ôte de la classe das factieux^ et je les mets dans celle des dupes.

Quand les bonnes doctrines sont imposées par le gouremement^ eUes perdent leurs plus nobles défenseurs ^ qui répugnent à ^errir d'auxiliaires au pouvoir, et ne veulent obéir qu'à l'autorité de la raison et de Ip. yérité. Mais si le pouvoir est descendu dans la foule; la bassesse serait de flatter ses eiTcnrs, de carresser ses caprices, de composer avec ses vices; les défenseurs de la morale et de la vertu reprennent alors leur haute mission, et ils signalent leur courage , en sacrIGant une vaine popularité aux intérêts de l'ordre et de l'État.

Caïus a été le confident, TafEdé de Sylla :

Sylla est tombé, et il s'est fait tribun, il est devenu le zélé partisan des intérêts du peuple- Mais il est ^isé de reconnaitré que Caïus l'est encore plus des si^ns propres. En variant 91^ moyens ,^ il tend toujours w même but, et

DE LA POLITIQUE. rxlfj

en changeant de parti, il n'a point changé de rôle : il flattait Tusurpateur, il flatte le peuple 5 il déteste une autorité légitime et réglée , qui met des bornes à son ambition , et, ne pouvant pltte parvenir par ^oppression, il cherche à «'avancer par Fintriguc , les troubles, les dissensions. Du reste, Caius est en perpétuelle contradiction avec lui-même :

•il se proclame Fami de Tordre et des lois , et il protège tous ceux qui conspirent contre Tordre et les lois ; il s'emporte violemment^ en recommandant la modération , Findulgence, la tolérance; il ne parle qu'humanité, justice, réfonne des abus, et il regrette le temps des guerres les plus injustes , des excès les plus criminels, des abus les plus monstrueux ; il s'élève contre l'arbitraire , et Thomme qui en a fait le plus usage, est l'objet de son admiration, de ^es hommages, de son culte; il déclame contre lu tyraniMe, et vante le tyran, comme pour en justifier un second, qu'il est prêt à proclamer. Enfin, tendant une main complaisante aux anarchistes, et l'autre aux partisans du despotisme, ilunit ces deux factions discordantes, et se sert de

leurs moyens , de leurs forces communa , pour attaquer le pouvoir légitime^

Vous ne reconnaissez plus Claudia. Elle était ^ iï y a six mois^ ardente et passionnée pour la oause patricienne ; elle est aujourd'hui ardente et passionnée pour la cause plébéienne . Comment a-t-elle pu changer ainsi? — En changeant d'amant.

Timagène professe hautement des opinions libérales : il reconnaît l'égalité des droits ^ il respecte la dignité de It homme; tout le monde en convient.... excepté ses valets. — Timagène réclame l'émancipation de la jeunesse ^ de cette jeunesse généreuse et studieuse, qui n'a plus besoin^ dit>-il, de liens ni de discipline : il vante ses lumières^ il admire ses vertus et sa raison précoce; il est plein de confiance en elle; personne n'en doute.... si ce n'est son fils.

Qu'avez-vous , Àriste ? La pâleur couvi'e votre visage, tous vos traits sont agités, décomposés , vos veux.étincellent de courroux.

DE I.A POLITIQUE. ÎX^Q

Qui a pu VOUS mettre en cet état ? — Ne le savez-vous pas? Mon fils^ à qui j'ai fait donner une si belle éducation^ dans lequel je fondais tant d'espérances y qui devait faire mon orgueil et ma gloire^ mon indigne (ils a eu la bassesse de se mésallier ; sans égard pour son rang^ pour sa fortune^ pour mon honneur^ il vient d'épouser la fille d'un maçon. — Eh bien! Ariste^ que pouvez-vous lui reprocher? Ne vous a-t-il pas entendu dire cent fois que les hommes sont égaux, que toutes les distinctions sociales sont des préjugés injustes^ et que vous faisiez sautant de cas d'tm honnête artisan que du plus grand seigneur ? Félicitez-vous donc d'avoir un fils si docile^ qui^ dans la plus importante affaire de sa vie, a voulu mettre d'accord sa conduite avec vos principes.

Que ne devons-nous pas à cette bienheureuse révolution? s'écrie Théodôte. C'est elle qui a supprimé tous les privilèges odieux, tous les préjugés absurdes; c'est elle qui a réformé les lois/ adouci les peines, éclairé le peuple, perfectionné les arts et les scieiîces, épuré les mœurs, etc. —«'Sans doute, reprend

Timante; el c'est elle €pn irow a {m hanm.

Sayez-T€Hi9 pmir«{iK>i cet hamme s'emporte si Tioloament contre rantorîté, pourquoi il lui r^odie tant d'injustice? C'est qu'il n'a pu lui faôre commettre la plus criante^ la plus seandalense^ celle de relever à un poste émi*' ncffit i et GommeDt lui pardonner toutes les bassesses qu'il, a feâes gratuitement à ee% effî)t?

Youlefl»-Tous surprendre beaucoup Démo^ phile ? Âpprenea>-luî les opmkAis et les principes qu'il prcxfessait ouvertement ?aii passé.

Tbrascm a joué tous les rôles pour par-- Tenir^ hors celui d'honi^ête bomme, U le joue aujourd'hui. Quel pius bdl éloge du prince !

Jamais^ peut>4tre^ l'on lï'a vu e^ France une ambition pbjs répandue , plus actite , plus insatiable; jainaîs plus de pMsio^i pour dominer; jamais plus de bassesse pour s'élever; jamais plus d'asservissement pour commander. Chacun rend les humilialions y les

DE lA POtlTlQtJE. l5ï

duretés^ les injustices qu'il essuie; chacun abuse de son pouvoir : le despotisme est partout.... excepté dans le cœur du Monarque.

Là est la sauye-garde des franchises nationales. Chose admiraUe! Fautel de k liberté est iul ti6ne*

Ce qak éait nous faire adfiiirer le Prince <pii nous gouverne^ c^est qu'il n'y a pas un de ses sujets quî^ dans sa sphère relative d'autorité^ ne soit plus absolu que lui^ et qoi^ demain sur le trône ^ ne deviendrait^ peolrétre^ im tyran.

Quel fonds de bonté, de générosité, de loyauté, ne faut-il pas avoir, pour ne point opprim»* un peuple léger, indiscret, inquiet, &cile à corrompre et à égarer, souvent injuste et ingrat, abusant de tout ce qu'il oÏHiient ,, ne respectant que ce qu'il admire, et n'admirant qiie ce qu'il craint!

L'ambkÎQn des grands , l'envia des petits , le froissement des* iutéréls, le choc dc^ passions, les désirs dépassant toutes les fortunes, l'orgueil $'âevant au-dessus de toutes les

2l5a CIiA.^TR£ XX.

conditions.... Telles sont les causes du malaise général qpi'on remarque en France à cette époque.

L'an^ition se reconnaît sous tous les dirers rôles qu'elle joue aujourd'hui; elle varie selon les caractères^ les habitudes^ les mœui^s individuelles. La plus hardie^ la plus ardente, la plus impérieuse, est celle qui brave e( attaque le pouvoir, pour le renverser et en hériter. La plus adroite, la plus prudente, la plus vulgaire, est celle qui flatte, qui plia et qui rampe , qui sert et appuie le pouvoir, pour le partager. La plus cupide est celle qui se vend.

Le gouvernement représentatif met tout à jour, et les vices de ceux qui exercent le pouvoir, et les vices de ceux qui l'attaquent.

Les journaux sont pour nous, aujourd'hui, ce qu'était, à Athènes et à Rome, la tribune aux harangues , où l'on parlait plus aux passions qu'à la raison du peuple.

Autrefois, comme les nobles seuls avaient

DE LA APOLITIQUE. a53

part aux faveurs et aux honneurs^ l'ambition^ l'intrigue^ et tous les vices.qui enprocèdent^ se concentraient à la cour. Depuis que l'égalité des droits est reconnue . établie ^ ces Tices^ devenus roturiers^ se sont répandus dans la nation y ainsi que les erreurs^ qui appartenaient plus paxticulièrement aux esprits supérieurs. Grâce aux progrès de la civilisation^ tout le monde ^ aujourd'hui^ est plus en état de se dépraver et de se troniper.

Le véritable problème en politique serait de trouver des institutions à l'épreuve du temps et de la corruption. Elles sont bonnes tant que les hommes en dépendent; elles deviexment mauvaises^ dès qu'elles dépendent des hommes.

t*es peuples se perdent dans le despotisme, conune les fleuves se perdent dans la mer; mais les uns y vont par une pente douce et insensible; les autres^ par des chûtes et des secousses qui précipitent leur cours.

Le despotisme se trouve aux deux bouts de

a54 CBAvmiÈ ix.

récbcfle politique. La |dupart des peuples

OMuneucent et flirnsest par là.

Plus les mœurs se relâdient^ plus le pouvoir doit se resserrer et se concentrer. Yoilà poun|uoi les natiMHis^ en état de d^rilisation ^ surrent erdiiianrenient ces trob degrés de gouvememem* : la démocrstie ^ la monardû^^ le despotismie.

Celles, ipii ont mûri sous la mtmar^bkîe^ ne sauraient sortir de ce gouvernement que pour tomber dans le despotisme, et un retour fore»' vers le premier degré, qu'eflesont dépassé, ne peut que les entraîner plus vite au derpier, vers lequdl elle tendent. C'est comme un homme qui, à son déclin , voulant reprendre les exercices de la jeimesse, consumerait ses forces et accélérerait sa vieillesse (r).

L'on faiisait donc un contre-sens en France, et l'on agissait contre l'expérience de tous les

(f) Je n'entendk pas, âuiace cas, qu'on ne doive réformer le gouyernemenf ; c/est ^Iqveâûs le taojea de le maàntexât^ Je dis qu'on ne doit pas changer sa nature , détruire son principe , et que youloir remonter plus haut, c'est s'exposer à rctmnher plus bas.

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siècles y ccmtre l'oiidre naturel des dboses , en voulant fonder une répuWque sur les ruines d'une monarehie vieillie» Rien n'était plus absurde.

Mais un peuple qui » eu la monarchie pré* malurémaoLt^ et avant d'avoir atteint le degré de civilisaiioii nécessaire^ est encore propre au3c institutions démocratiques*^ et l'on peut l'y ramener en corrigeant ks meeuvs^ enrentrempantlesâmes, en épurant les canaux par où l'on veut laire couler là liberté. Quelque* fois il est bescHn d'une secousse générale qui renouvelle toutes les dispositions. La démocratie , pour produire d'heureux fruits^ doit être semée sur une terre saine et neuve^ si^ non Ton ne recueiUe que des poisons.

Lycurgue n'a établi une république à La* oédémone^ qu'en détruisant le luxe et ramenant les moeurs à leur première simplicité. Le peuple romain^ qui, à son origine^ n'étak qu'un ramas de malfaiteurs et de bandits, avait hesoin d'un pouvoir monarchique pour régler sa police et se créer une législation. Cette législation, forte et vigoureuse, ayant formé d'autres hommes, ayant inspiré une vertu mâle et fière, la démocratie est deve*-

a56 CHAPITRE IX.

nue nécessaire .Mais partant de ce point^ qui doit étreconsidérécommelepremieren civilisation, Rome a suivi l'ordre naturel; elle a eu^ successivement et en son temps ^ chaque autre forme de gouvernement ; et son état politique a toujours été conforme à l'état de ses moeurs.

La France^ jusqu'à la révolution y eut un gouvernement monarchique; mais le pouvoir a suivi ses diverses périodes, selon les progrès de civilisation : partagé d'abord entre le Itoi et les grands vassaux^ il s'est simplifié par le temps ^ et^ se concentrant dans l'autonV royale^ il est devenu presque absolu.

Au surplus^ la France et la plupart des nations européennes y étaient autrefois moins des états monarchiques que des républiques aristocratiques^ des confédérations de seigneurs y dont le Roi était chef. La féodah'tc mitigeait le pouvoir royal et le resserrait dans des boiiies fort étroites. Plus cette institution s'est afifaibhe ^ s'est effacée en France ; plus le pouvoir royal a pris de force et d'extension; et peut-être ne s'est-elle maintenue, en partie , chez les Anglais , qu'à la faveur du gouvernement représentatif, qui entretient la division des pouvoirs.

DE LA POLITIQUE. iSj

La monarchie représentative est le terme moyen entre la république et le despotisme :

mais il y a une certaine latitude qu'on peut parcourir entre ces deux extrêmes, sans y tomber. De sorte qu'un tel gouvernement penche plus ou moins vers la démocratie ou le pouvoir absolu, sans perdre son nom, sans changer de nature : il se combine avec l'état des mœurs, l'intérêt des circonstances; iet c'est parce qu'il peut recevoir diverses modifications, qu'il est susceptible de plusieurs applications.

L'élasticité de ce gouvernement fait la con*tention des partis, chacun voulant l'entraîner vers le principe qui flatte le plus ses idées ou ses intérêts.

Le Roi ^ dans le système constitutionnel > doit se placer entre, les partis et au-dessus d'eux, faisant triompher tour-à-tour, et selon le besoin de l'Etat, ceux qui peuvent afiermir le trône ou les libertés publiques.

Au moyen de ce jeu politique, les partis sont amenés naturellement à se modifier. Ils s'éclairent, se corrigent par leurs fautes, par leurs chûtes , et, alternativement vainqueurs

a58 CmÂFITRE IX.

eiTaincus^ ilsfœnneiitoet équilibre^ ce contrepoids que rédame le gouTemement eosstitutionnel.

Mais qu'on ne s'y trompe pas ^ j'entends ici parler des partis et non des fections. Il s'agit des esprits qui inclinent vers l'un ou Fautre principe de la constitution ^ non de ceux qui; ayant dépassé ces principes^ sont ciangereax et fimestes pour l'Etat.

Le parti populaire, tel que je le suppose^ renfermé dans de justes bornes, peut être quelquefois appdé au pouvoir. Il ^est vrai qu'il ne saurait ]ong«-t^nps s'y maintenir , à cause de la £aiusseté de sa position. Mais ce règne passager est très-utile au parti contraire , qui se retrempe dans l'opposition , et ra^M>rte, au timon des affaires, pins d'expérience et de Imnières.

L'opposition est, sans contredit, une excellente école politique. C'est là qu'on apprend le mieux à connaître les besoins du peuple, les intérêts de la nation, et qu'on est le mieux ^cé pour découvrir tous les abns qui se sont introduits dans l'administra*

DE LA POLITIQUE. • ^Sq

lion. Il est cbonc néceesaire qtie les hommes d'état en sortent et y rentrent j que ce soit le début de leur cairière et le refuge de leur disgrâce. Les plus habiles ministres de l'Angleterre se sont formés à ceUe école : mais si^ parmi eux , se sont trouvés des Wigs^ jamais il n'y eut de radicaux. La royauté , en employant ces derniers y se serait suicidée.

Je le 4is hautem/snt ^ je n'entends le gouvernement représentatif^ en France , que prononcé dans le sens monarchique. Ce qu'on ne peut donner de force à l'aristocratie , il faut le donner à la monarchie ^ pour opposer une digue puissante à la démocratie ^ qui déborde êe toutes parts.

Le gouvernement représentatif se compose de trois élémens ou pouvoirs : monarchique^ aristocratique, démocratique. Le premier et le dernier sont les plus d^igereux po<ftr la constitution : mais l'un né l'est que dans cei^ tains cas; l'autre j[^est toujours. Le pouvoir monarchique a poiu* lui les fonctionnaires et l'armée ; il tend au despotisme, et peut y arriver au moyen de la force militaire , si le ca^

260 CHAPITHE IX.

ractère du prince le porté à en abuser^ après des guerres glorieuses et des conquêtes ^ qui lui auraient donné sur elle un grand ascendant. Le pouvoir démocratique a pour lui Topinion publique^ toujours défayorable à l'administration : il tend à la république^ et peut y parvenir en soulevant les masses , sur lesquelles il agit constamment par le moyen de la presse. Le pouvoir aristocratique^ lien et modérateur des deux autres y les empêche de se cboquer violemment et les retient dans leurs limites. Le plus dépourvu de force et d'appui^ ilest^ par sa nature intermédiaire ^ le plus analogue peut-être à l'esprit du gouvernement , le plus nécessaire à sa conservation. En conséquence , il doit être le plus fortement constitué. Aussi voyons - nous en Ângle^rre (i) la pairie^ disposant de l'influence féodale^ se rendre maîtresse des élections et avoir la prépondérance dans l'Etat.

Que H des circonstances particulières s'opposent à ce que l'aristocratie soit le pouvoir

(1) Il faut toujours citer l'Angleterre à ce sujet, parce qu'elle offre le seul modèle du véritable gouvernement représentatif

DE ïiA POLITIQUE. a6l

dominant^ je n'hésite pas à le dire, c'est la monarchie qui doit l'être, sous peine de révolution.

Le gouvernement modéré ne convient pas à tous les peuples; mais c'est celui, qui peut les rendre le plus heureux : de même qu'une fortune médiocre ne convient pas à tous les hommes, quoique ce soit en elle qu'on tij'Ouve le plus véritable bonheur,

Les nations ne diffèrent pas moins que les individus, et ce qui est vrai en morale, l'est très-souvent en politique. // ri y a peut-être pas deux personnes^ ai-jedit, quun même sort pourrait accommoder. Et Montesquieu a dit ; ITne constitution doit être tellement propre au peziple pour lequel elle estjaite^ que cest un gra^nd hasard si elle peut convenir à aucun auti^.

Cessez,* Cléon, de' tourmenter l'Etat pour réformer les abus. En vain vous emploierez toutes l«s ressources de la politique , en vain vous rêverez de nouvelles formes de gouvernement. Le vice n'est point dans les institu-

a6a cHÀPiTKE it.

tions, il est dans les mœurs. Or^ yous ne partviendrez à épurer celles^i que par la reïgion^ et il est toujours facile de faire de bonnes lois pour un peuple qui a de bons principes.

Il est à remarquer que ce prétendu siècle des lumières est un de ceux où Ton a fait la guerre de la manière la plus destructive, par des dévastatiblis , des inondations d'hommes et des cama:ges qui rappellent les temps de la barbarie (i). Qu'est-ce donc que le véritable siècle des lumières?... Cest, à mon avis , celui où Ton met le plus de soin à épar^ gner lé satig humain , à réduire la guerre en art, et à suppléer au nombre par l'habileté.

Eh bien ! voilà ce que nous oflft^ le dix-septième siècle, et c'est avec de faibles armées que les Turenne, les Condé, se sont acquis une gloire immortelle.

Néanmoins , les relations amicales qui régnent aujourd'hui entre les principales puis-

(i) J*ai dit le contraire dans un autre endroit, mais relativement à des guerres plus récentes, et cela se rapporte à ce ^ue f olfterye plus bas.

DE LA POLITIQUE. !î63

sances , les égards réciproques qu'elles se témoignent, leur accord à maintenir cet état de paix, et les efforts qu'elles font pour concilier les différens qui s'élèvent entre les autres nations, ne sont-ce pas là des preuves certaines de l'ascendant qu'obtiennent enfin la raison "et l'humanité ? Mais dépuis quel temps un pareil système a-t-il été adopté?

Depuis quinze ans. Et à quoi le doit-on? Au triomphe de la légitimité , à la chute de l'usurpation. Or, il faut le reconnaître, le retour des Bourbons en France a ramené, avec le repos, la justice et la civilisation en Europe, et c'est ainsi que l'adoption d'un bon principe, en politique comme en morale, est la somxe des véritables perfectionnemens .

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