‹ Observations morales, critiques et politiquesChapitre 20 sur 22 · B18GOURS · texte numérisé non relu

B18GOURS

Yoir^ poursuirra ses investigations jusque sur le terrein de la politique^ et^ accomplissant rœuvre que l'illustre Montesquieu s'était proposée^ elle fera en sorte que chacun ait de nouvelles raisons pour aimer ses devoirs , sa patrie^ ses lois, son Prince; qtfon puisse mieux sentir le bonheur de sa position et tous les avantages du système social sous lequel on vit ; que ceux qui gouvernent se rendent plus dignes du commandement ^ et que ceux qui sont gouvernés aient plus de plaisir à obéir. Telle est la grande et noble tâche qui apparu lient à l'écrivain, de nos jours. Devenu , par la liberté de la presse, pouvoir dans l'Etat, c'est à lui d'éclairer, de diriger Topinion^ de former un esprit public en France , de répandre les principes d'une sage liberté : mais exempt de toute passion, et uniquement dévoué aux intérêts de la patrie, il doit se refuser à servir des ambitions particulières et de viles intrigues , à être l'organe et l'instrument d'une factioil : il doit signaler les abus partout où ils se montrei^t, réprimer la licence, ainsi que l'arbitraire , et, méprisant une vame £aiveur , n'écoutant que sa conscience , ferme jutant qu'incorruptible , obéir à son mandat^

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qui lui ordonne de dire également la vérité aux peuples et aux monarques. Enfin ^ la littérature est redevable à la société des inspirations qu'elle en recevait autrefois^ et, si par elle , alors , les mœurs influençaient le gouvernement , c'est par elle ,. aujourd'hui , que le gouvernement doh influencer les moeurs.

Messieurs, me voici parvenu au terme de ma course. Heureux, si j'y retrouve votre attention ! Plus heureux, si mes paroles n'ont pas fait tort à mes sentimens, et si j'ai pu mériter votre approbation, du moins par mes intentions !

Je vais, en peu de mots, résumer et fixer mes idées, afin de présenter, s'il m'est possible , la solution de la question dans tout son jour.

Je me suis appliqué d'abord à constater l'effet de la législation , en général , sur les productions de l'esprit. J'ai parcouru les différens peuples, anciens et modernes, trouvant partout la nature des idées et des écrits d'ac-

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cord avec la nature des institutions. J'ai rapporté les plus heureux développemens de Fintelligence^ les plus belles conquêtes du génie y à la liberté de penser. J'ai expliqué comment ^ à une époque faimeuse^ les moeurs avaient suppléé aux lois pour nous faire jouir de cette liberté ; comment ensuite on s^égara, en voulant la rendre légale. Je l'ai vue s'éteindre dans nos troubles civils et dans nos guerres d'invasion ; puis renaître avec nos Princes légitimes^ qui sont revenus pour accomplir tous les vœux de la nation. Analysant le gouvernement représentatif, j'y ai reconnu un esprit de modération et de sagesse^ en même temps que le principe des plus généreuses inspirations. De ce nouvel ordre de choses il m'a paru résulter des modifications dans l'expression de la pensée : mais j'ai démontré que l'abus était voisin de l'innovation j qu'il fallait être libre et hardi, sans cesser d'être pur et Correct ; fort et profond, sanç cesser d'être clair et précis : que surtout le talent tirerait désormais sa principale puissance d'un noble désintéressement, d'un sincère patriotisme, d'une réputation méritée d'honneur et de probité , et que le ministère de l'homme de let-

ti'es , en recevant des besoins actuels de la société une plus haute importance, une plus grande responsabilité, , semblait se rapprocher du ministère de l'homme d'état.

Ainsi, Messieurs, la restauration, si favorable à notre système politique , ne le sera pas moins à notre littérature : elle ^ui ouvrira de nouvelles routes, lui créera de nouvelles ressources , l'enrichira de' nouveaux chefsd'œuvre ^ elle complétera, sous ce rapport , notre prospérité et notre gloire. A l'éloquence de la chaire, nous joindrons l'éloquence de la tribune ; et déjà de brillans essais ont assez prouré ce que nous pouvons foire en ce genre : à la couronne de la tragédie nous entrelacerons celle de l'épopée , dont Voltaire a ofiFert la première fleur : aux charmes des mémoires nous ajouterons la dignité de l'histoire : enfin à la morale , à la philosophie , s'unira la politique ; et, apprenant les devoirs du citoyen, après avoir appris les devoirs de l'homme, il ne manquera rien à nos connaissances non plus qu'à noti:e renommée ; nous aurons laissé des traces lumineuses dans toutes les voies de Tesprit humain.

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