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de la Bourse s'est converti en un magnifique monument^ le plus bel ornement de la capitale. Comment nier les progrès de la civilisation.^ Ce li'est plus à la gloire que les Français élèvent des temples, c'est à la fortune.
. Observateur des moeurs, vous cberchez l'homme de nos jours : vous ne le trouverez point à la Cour, comme au temps de Louis XIY, ni dans de galans boudoirs , comme sous la Régence et sous Louis XV, ni dans les camps, comme sous TEmpire. Venez à la Bourse , c'est-Ià qu'il a élu domicile ; c'est-^là qu'il vit et qu^il respire. Son corps en sort-il, son esprit y reste. Il y pense le jour, il y rêve la nuit j il se couche et se lève sur dés spéctJations. Son premier sentiment, à son réveil, est l'intérêt , sa première pensée est un calcul. Le cours de son humeur et de ses idées se règle au cours des fonds pubKcs, et il n'y a pas un battement de son cœur qui ne soit l'effet des coups de hausse ou de baisse. Toute ^ une nation , jadis gaie, polie, spirituelle, aimable, est atteinte de cette triste épidémie. Un luxe effréné a gagné toutes les classes, l'ardente soif du gain a séché toutes les âmes.
un égoîsme dégradant a rétréci tous les esprits, une cupidité dévorante a consumé tous les sentimens nobles et généreux. La France entière semble assise à ime immense table de jeu, où chacun cherche à se tromper, à se dépouiller, à s'enrichir de la raine d'autrui. — Un honnête négociant, un bon citoyen, vivait heureux et considéré dans sa province z son labeur, son industrie, son économie^ l'avaient rendu très-opulent j mais 11 vient à Paris, il paraît à la Botirse, et veutTêtre davantage. Uoccasion est fcivorable, il s'agît d'une crise financière. Le voilà spéculant sur les malheurs pubHcs, opposant son intérêt à l'intérêt de l'État, s'attachant à faire fléchir les fonds de tout le poids de sa fortune. On annonce les nouvelles les plus désastreuses, il triomphe : l'alarme est générale, la joie est dans son cœur. Un coup de baisse vient de causer plusieurs faillites , et de compléter sa honteuse prospérité. Il achève de s'enrichir... et de se dégrader. Venez le contempler aujoiu'd'hui ; il est rayonnant de joie et de bonheur; il s'enivre de sa fortune j tout lui rit, tout lui réussit aujourd'hui ; mais demain Cette opulence aura passé comme
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un songe; il aura perdu biens, considération , crédit. Que lui rester%-t>-il ? — Assez d'honneur peut-être pour mettre fin à ses jours (i).
Ménalque, traite rigoureusement par la fortune, et désespérant d'en être jamais mieux accueilli, a pris le parti de la mépriser; il semble s'élever au-dessus d'elle , cultive la sagesse et la morale; il s'est fait philosophe. Tout-à-coup la fortune lui sourit, lui accorde quelque légère fayeur ; Ménalque s'exalte, s'ei^amme ; il prend un autre esprit, un autre caractère, quitte le rôle de désintéressé , et deyient le plus actif, le plus infatigable des ambitieux.
Ce n'est ordinairement q[u'en se montrant habile dans les petites choses qu'on se fait ju-
(i) Imwiffijwnt et faux honneur que celui qui arme le désespoir contre nous-mêmes « aussi criminel que celui qui commande la yengeance, quand nous ayons été outragés. La yertn et la religion ont d'autres lois ; elles ordonnent de yiyre pour réparer ses fautes» comme elles ordonnent de pardonner pour désarmer la haines
IIt> CHAPITRE IV.
ger capable des grandes^ et qu'on y parvient. Celui qui n'a d'aptitude qu'aux grandes choses, sî la fortune ne l'y porte, court risque de vivre plus obscur et plus misérable que les hommes les plus vulgaires.
Florimon est minutieux et tracassier : ce n'est pas par petitesse d'esprit ; c'est par une activité extrême, qui, n'ayant pas à s'eiercei' sur les grands objets , se rejette sur les petits, et en embrasse une plus grande quantité. Il est importun, faute de pouvoir être noblemen t utile.
Il y a des vertus, qui nous empêcheraient de parvenir à un certain poste , qui nous font valoir lorsque nous y sommes parvenus. Il y en a que les hommes n'apprécient que lorsqu'elles sont accompagnées de certains av^antages brillans : privées de cet appui, elles engendrent plutôt le mépris que l'estime.
Tel qui a su parvenir jusqu'à un certain point, a besoin de la fortime pour s'y soutenir ou le dépasser. Tel autre qui ne pouvait parvenir à ce point sans l'aide de la fortune.
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sait BOQ-seulement s'y maintenir par son prcH pre mérite, mais s'éleyer fort au-dessus.
Un importun s'attire de si mauyais traitemens, que, pour les réparer, on lui accorde souvent plus qu'il n'a demandé. Mais un homme dâieat et fier, en s^ retirant au premier aJBtont qu'il reçoit, perd tout le fruit de son humiliation.
Les cris des intrigans et des iinportuns couvrent la voix modeste de l'honnête homme .
Répéter^ cest persuader en détailj a dit un ingénieux moraliste (i). Ne serait-ce pas pour cette raison xjue les împortxms réussissent presque toujours?
Il est heureux que l'ignorance et la pré-^ somption nous cachent les difficultés des choses, et que nous ne les apercevions qu'à mesure de nos progrès. Si nous les voyions
(i) M. Je duc de Lévis.
lia CHAPITRE ly.
toutes d'abord^ et telles qu'elles sont^ nous ne formerions aucune grande entreprise.
On ne réussit presque jamais parce qu'on a justement calculé ses moyens avec les difficultés qu'on avait à vaincre^ mais p^arce qu'on s'est ayeuglé sur les uns ou sur les autres.
Quelque haut que nous nous placions dans notre opinion^ la fortune^ quelquefois^ sait nous élever plus haut encore.
Voulez-vous vous prémunir contre la responsabilité de l'événement? Faites approuver vos desseins avant de les exécuter, afin d'empêcher qu'on ne les condamne s'ijs échouent j paraissez même vous déterminer, moins par vos propres inspirations, que par les avis que vous aurez su vous rendre favorables, et cédez l'honneur des succès pour éviter le blâme du revers.
Il y a plus de bonheur que de prudence à bien prédire les choses. Le sort est si bizarre, qu'il se plaît à tromper les jugemens les plus
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sages ^ les plus édairés^ et à justifier les plus absurdes^ les plus insensés. Uon peut donc avoir raison ou avoir tort malgré Tévénement. Sans cela on ne verrait pas tant de sots plus heureux que les habiles.
Le mérite n'est presque jamais content de soi; la sottise l'est toujours : c'est une sorte de compensation.
Cet homme n'est pas moins disgracié par le corps que par l'esprit. Il est petit, rachi7 tique, diflPorme, et tous ses discours s'accordent avec sa figure. Egalement déplaisant à voir et à entendre. Cependant, personne ne paraît plus satisfait et plus heureux. Comment la nature a-t-elle réparé tous ses torts envers lui? — Je vous l'aï déjà dit, elle en a fait un sot.
L'amour-propre tire parti de to^ut. Dans l'adversité, Lisias croyait ne pouvoir réussir à cause de son mérite. Da];is la prospérité, il croit ne réussir qu'à cause de son mérite.
Deux honunes excitent l'attention; l'un par son esprit, l'autre par ses ridicules. Savez-
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Il4 CHAPITRE IV.
TOUS lequel est le plus âatté de cette attention? — L'homme aux ridicules; et cela né contribue pas peu à les augmenter.
Le mérite qui se montre au lieu de se laisser voir, peut être considéré, rarement il est aimé.
C'est un grand mérite de savoir oubHei* le sien, et de ne parditre sensible qu'à celui des autres.
La modestie est la grâce àa mérite.
La modestie est au mérite ce que la pudeur est à la beauté.
Ce ne sont pas les louanges les plus justes qui flattent le plus .
Si Ton nous conteste quelque mérite, c'est de cékii-là.que nous faisons le plus de cas. ComnÉe ces mères qui donnent toute leur prédilection à leurs enfans disgraciés.
Il est rare que la justice de celui qui nous
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condamne ne provoque pas notre injustice à son égard.
Ne nous plaignons pas des flatteurs, ils sont moins coupables que nous du mal qu'ils nous font : nul n'est flatté , s'il né veut l'être.
Les grands sont ennuyés des hommages qu'on leur rend, et blessés de ceux qu'on ne leiu* rend pas.
L'on ne se révolte contre la dépendance que parce qu'on ne sait pas la supporter avec dignité. Aucune sorte d'empire ne saurait avilir celui qui a l'empire de soi-même.
L'insolence n'est souvent que la vengeance 4e la richesse "et de la puissance contre la supériorité du mérite.
Ce n'est pas l'élévation des grands qui nous huniilie c'est notre bassesse. Le mérite et la vertu ont toujours de quoi s'égaler aux plu& hautes fortunes .
• L'amour-propre donne de l'assurance ou
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de la crainte^ suivant les caractères. Il rend aveugle ou ombrageux sur le mérite d'autrui, se le dissimule à son profit^ ou se l'exagère à ses dépens. Dans le premier cas^ il produit l'insolence; dans le second^ il est la source de l'envie.
La timidité n'est souvent qu'un amourpropre craintif.
La timidité est qn mélange de prétention et de modestie : elle provient du désir de plaire et de la défiance de soi-même.
Quand, dans la timidité,' le désir de plaire est excessif, il produit l'aflfectation.
Cette femime serait charmante, si elle n'était grimacière et maniérée. Cet autetu- aurait du talent^ du génie peut-être, s'il n'était ampoulé et rectercté. Les prétentions exagérées, en passant le but, conduisent au ridicule, et les défauts que l'on se donne, gâtent les qualités que la nature a données.
Vous étiez honnête homme, Clitandre : on vous estimait , et l'on ne pensait nullement