‹ Observations morales, critiques et politiquesChapitre 6 sur 22 · DES FACULTES DE L^ME, ETC., II · texte numérisé non relu

DES FACULTES DE L^ME, ETC., II

qu'il vous manquait de Tesprit. Vous avez voulu être habile, et vous avez réussi à faire dire que vous étiez un sot.

La profusion gâte tout ; Féconomie , au contraire, fait valoir les médiocres esprits comme les médiocres fortimes.

Pamphile vent passer pour un homme de génie : il feint des distractions, des bizarreries, Foubli des bienséances et de la politesse; il aflfecte de manquer d'ordre et de soin , de ne pouvoir s'assujétir à aucun détail, de mépriser leâ usages communs et vulgaires; de paraître négligé sur soi , malpropre même. Pour être un homme de génie, que lui manque-l-il? — »

Du génie.... mais il a tous les défauts qui l'accompagnent quelquefois.

L'esprit, tel qu't>n l'entend aujourd'hui, est souvent l'obstacle du génie.

Les talens précoces, signes d^ décadence chez un peuple.

Dans ce siècle d'aflPaiblissement et de^déca*

Il8 CHAPITRE IV.

dence, on perd plus qu'on ne gagne par l'âge. Un monde corrompu use ou pervertit les meilleures dispositions , et il n'y a presque pas d'homme qui ne promette davantage qu'il ne tient.

Le germe du talent est plus dans l'âme que dans l'esprit.

Perfectionnons notre âme pour perfectionner notre esprit.

Si les belles actions n'inspirent pas toujours les belles pensées, du moins elles y rendent sensibles, et, à défaut de talent, elles don- 'nent du goût.

En pratiquant le bien, on apprend à connaître le vrai, et si l'on ne s'élève jusqu'au génie, l'on est sûr d'atteindre le bon sens.

Le bon sens est l'instinct de l'homme. Ce n'est pas sans peine qu'on parvient à l'étouffer. Souvent chassé de l'esprit, il se réfugie dans le cœur, et inspire de bonnes actions, en dépit de mauvais principes.

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Tout le monde n^est pas s^ppelé au génie et à la gloire; mais qui n'est appelé à la vertu et à rhonneur ?

Il ne dépend pas de nous d'avoir un bel esprit. H dépend toujours de nous d'avoir un bon esprit^ et c'est en donner une marque certaine que de se montrer modeste.

La modestie ne consiste pas précisément à ignorer son mérite , mais à ne pas s'en glorifier.

La modestie n'est souvent que la coquetterie du mérite. Rarement on ignore celui qu'on a; mais en feignant de l'ignorer, on sait le feire valoir. Un homme d'esprit n'est donc qu'un sot quand il se vante, et les louanges qu'il se donne, diminuent celles qu'on voudrait lui donner.

En italien, fat et sot sont synonymes, et se confondent dans ime même expression :

sciocco,

La pédanterie est la fatuité de la science.

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Quelquefois Ton serait moins modeste , si Ton était moins sûr d'être loué.

Tel homme dit de soi, non le Bien qu'il en pense, mais celui qu'il voudrait qu'on en j^ensât. Il y a, en cela, moins de présomption (jue de prétention. Souvent même, en faisant son propre éloge , on cherche à se rassurer contre une défiance intérieure qui nuit atxxjL moyens : comme ces gens qui chantent la nuit quand ils ont peur.

Egésippe sort de la modestie, qui lui était naturelle, par dépit de se voir mal jugé.

Irrité qu'on ne sache pas le mettre à sa place, il s'y met soi même , et se venge de l'injustice par la présomption. Voulez-vous le faire rentrer dans la modestie ? Honorez-le comme il doit l'être.

L'épreuve de la modestie , comme celle du courage, est la mauvaise fortune.

Il est facile d'être modeste quand on a beaucoup de mérite, comme il est facile d'être modéré quand on a beaucoup de force.

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Ce n'est pas ordinairement dans le cours de ses progrès que Ton se laisse aller à la vanité : Fon'pense moins alors aux succès obtenus qu'à ceux qu'on se propose d'obtenir.

Mais aux bornes des facultés s'élève la présomption : forcé de s'arrêter, on reut jouir de ce qu'on a su acquérir, et, ne pouvant plus augmenter son fonds, on songe à le faire valoir.

Je conçois que l'on manque de modestie, lorsqu'on a un mérite ignoré ou méconnu; mais quand il est apprécié, recherché, que gagne^t-on à le prôner soi-même ? et combien l'on peut perdre!

Tout le bien que vous dites de vous , Mcippe, est vrai, est juste ; pour être accueiUi et pour vous faire honneur, il ne manque que de le laisser dire par ^in autre.

L'honune de mérite, apprécié et admiré, a souvent de la vanité : méconnu et outragé, il conçoit de l'orgueil. Ainsi, l'âme se rappetisse dans la bonne fortune , et s'élève dans la mauvaise.

Il y a telle position où l'on ne se soutient que par l'estime de soi-même. Pour tomber dans Tavilissement et la bassesse ^ il suffit quelquefois de plier sous le poids de l'opinion.

L'orgueil veut faire parler de soi; il dédaigne d'en parler.

L'on parle beaucoup de soi par vanité.

L'on n'en parle jamais , ou par une grande modestie , ou par un plus grand orgueil • parce qu'on est satisfait de ce que les autres en pensent , ou parce qu'on en est trop peu content. L'homme fier qui subit une injustice, ne veut pas paraître en souffrir.

Rien n'élève une âme forte comme le mépris des sots, ou la persécution des mécbans.

On doit se trouver honoré d'être la dupe de certaines gens.

Il y a une sorte d'amour-propre qui rend dépendant des suffrages d'autrui : il y en a une autre qui élève au-dessus. Le premier

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amour-propre est celui des âmes faibles; le second est celui des âmes fortes.

Rien de plus habile et de plus sot que Tamour-propre : c*est par lui qu'on gouverne, et par lui qu'on se laisse gouverner.

Toute rhabileté des hommes n'est souvent que Tart de cacher leurs faiblesses : comme l'art des ingénieurs consiste à couvrir les défauts d'une place.

Tous les hommes peuvent être gouvernés par un certain côté. Si on ne l'a pas trouvé dans quelques-uns, c'est qu'on ne l'a pas bien cherché

Dans les temps de simplicité et d'ignorance, on voit souvent de l'esprit sans talent. Dans les temps d'extrême civilisation, c'est le contraire, on voit souvent du talent sans esprit (i).

(i) J*entends ici iaUnt dans le sens le plus restreint , Tingénieuse combinaison de l'art , non l'heureux fruit de Tinspi* ration.

Il n'est pas étonnant qu'on ait tant de peine à fairt connaître son mérite j car ceux qui n'en ont pas sont incapables de l'apprécier, et ceux qui en ont sont trop occupés du leur.

Comme les menteurs finissent par se persuader les fables qu'ils ont inventées , de même ceux qui, par leur appui, ont mis en crédit un faux mérite, viennent à s'imaginer qu'il est véritable, et, nouveaux Pygmalions^ ils s'éprennent de leur propre ouvrage.

Pour être estimé de certaines gens, il sufEit souvent de s'estimer soi-même.

11 n'y a qu'à perjdre à être modeste avec les sots; ils vous prennent au mot, et vous laissent dans la position où vous vous mettez. Les gens d'esprit , au contraire , savent toujours vous assigner la place qui vous est due, soit que vous vouliez trop vous abaisser, ou trop vous élever : ils sont disposés même à vous rendre plus que vous ne vous ôtez, et à vous ôter plus que vous n'usurpez.

Les encouragemens des hommes éclairés

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développent le talent, s'ils ne le font naître. Les applaudissemens de la multitude ne produisent que la vanité.

La vanité est la gloire des petites âmes.

La grandeur, ainsi que la célébrité, expose à un grand inconvénient, à être loué sottement.

Quand un homme célèbre a rempli une longue carrière, il est rare qu'on n'ait pas à lui en pardonner une partie.

?k>us ne voyons pas la moitié des hommes tels qu'ils devraient être, s'ils accomplissaient toute leur carrière. Combien auraient gagné, et combien auraient perdu, peut-être, à vivre plus long-temps !

Letemps^ qui rouille tant de choses, polit la gloire.

La renommée des grands hommes est comme les fleuves, qui grossissent en s'éloignant de leur source.

!D^ €mnùmanctB tt Tues ptottnclimsiit V€BprîU

La perfection de la science nous rend simples comme la nature^ et le yrai sage est plus près de l'entier ignorant que du demi-savant.

Mais quel est donc Tavantage de la science humaine y si son dernier terme est de connaître qu'on ne sait rien? -— Cest de le connaître.

La science^ ainsi que la vertu, a le privilège d'ennoblir les intentions qui la font cultiver. La vanité, l'intérêt, quelquefois, nous portent à l'étude; le plaisir nous y attache.

La science et la vertu sont comme ces femmes d'un mérite solide, que l'on commence par cotirtiser, . et que l'on finit par aimer.

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