‹ Observations morales, critiques et politiquesChapitre 7 sur 22 · DES CONNAISSANCES, ETC. I · texte numérisé non relu

DES CONNAISSANCES, ETC. I

L'instruction rend meilleur ou pire : c'est une semence qui, selon les terroirs, produit des fruits ou des poisons.

H faudrait abandonner la philosophie qui instruit, pour ne s'appliquer qu'à la philosophie qui rend meilleur, si l'une ne conduisait à l'autre.

Mais la philosophie a gâté l'esprit de mon fils. — Dites que l'esprit de votre fils a gâte la philosophie.

Eugène s'est fait xme arme dangereuse de la science. — Et Théophile , ne s'est-il pas &it une arme dangereuse de la religion?

Vous êtes incertain sur un point d'histoire , de httérature , de science quelconque ; vous voulez vérifier une date, un nom, un motj allez trouver Erasme; son érudition est immense, sa mémoire est infaillible; vous pouvez le feuilleter comme un dictionnaire. Mais ne lui demandez pas dès renseignemens sur le monde, des règles et des principes de conduite. Il a plus étudié les livres que les hommes, et s'est plus occupé d'idées abs-

1^8 CHAPITRE y.

traites que de vérités pratiques: C'est une bibUothèque ambulante; rien ne lui est inconnu, si ce n'est ses semblables, et il a tout appris, hors à savoir vivre.

Anselme, au contraire, méprisant Pérudition vaine et futile, les connaissances hors d'usage, la métaphysique et tous ses systèmes contradictoires, s'est apphqué exclusivement à cette partie de la philosophie qui traite des mœurs : il a vécu dans le monde, l'a observé avec soin; il a lu et médité tous les meilleurs livres de morale. Mais que croyez-vous qu'il y cherchât? Les moyens d'être bon, honnête, vertueux ? —-Non, Fart seulement de le paraître,

Pison a une fortune immense; il recherche et protège les artistes , les savans, les hommes de lettres, les réunit dans des repas somptueux, leur fait des pensions, propose des concours, fonde des prix académiques : il achète, à grands frais, des collections de tableaux, d'antiquités, de livres rares et curieux : mais il oublie tous les pauvres obscurs, leur rèfiise les plus faibles secours ; il laisse dans le dénûment et la nusère un fils de sa

Page 1