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sœur^ parce qu'il n'est point honune de génie, et n'a pu acquérir une réputation euwpéenne.
Il méprise ce neveu, qui d'ailleurs est honnête et sage; il ne l'avoue pas, ne songe nullement à lui : ... Je me trompe , il y songe ; mais c'est pour le faire déclarer bâtard, afin de laisser tout son bien à un académicien célèbre qui doit Composer son éloge et révéler son nom à la postérité.
Un véritable médecin doit être honmie d'esprit et philosophe ; car il £aut souvent guérir l'imagination avant de guérir le corps, se mettre en relation avec le moral pour savoir traiter le physique j et, comme la source et le remède de bien des maladies sont dans l'âme, il n'est pas moins essentiel d'étudier les caractères et les mœurs que les tempéramens.
Il y a autant de modifications dans les caractères et les esprits que dans les tempes ramens. On en voit peu formés d'élémens simples et assortis, et souvent les qualités qui les composent sont si variées , qu'on ne saurait assigner celle qui les distingue davantage.
l3o CHAPITRE V.
C'est ce qui rend Tapplication de la philosophie et de la médecine également difficile, et ce qui fait leur impuissance.
Les germes de toutes les vérités sont dans le commun des esprits; sans cela elles ne seraient pas si universellement senties, lorsqu'elles sont présentées par une main habile. Le talent et le génie consistent à les développer, à les revêtir d'images frappantes ,» et leur donner un tour vif, ingénieux ou sublime.
Ce n'est pa^ l'expérience qui manque aux hommes, mais la volonté d'en profiter. Ce ne sont pas les vérités qui leur manquent, mais le jugement qui sait en faire les appli-< cations.
Tant qu'il y a des vérités à dire, la littérature est favorable aux mœurs, et contribue à la civilisation des peuples. Mais quand toutes les vérités sont connues et usées dans une langue, la littérature s^emparant des erreurs, devient aussi dangereuse qu'elle était utile, et précipite la décadence des nations.
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Ce qu'on nomme des vérités nouvelles, ne sont souvent que des erreurs anciennes , dont le bon sens et le bon goût avaient triomphé, et qui triomphent, à leur tour, du bon sens et du bon goût.
Dans les temps de décadence, l'en vie de ne point être imitateur et de créer des routes nouvelles, est précisément ce qui égare les plus beaux génies (i).
Les erreurs de l'esprit causent plus de maux dans le monde que les égaremens du cœur.
(i) « Lorsqu'un édifice a été porté jusqu'à sa plus grande » hauteur, tout ce qu'on peut faire est de TembeUîr, ou d'y ^ changer des bagatelles , sans toucher au fond. De même on » ne peut que ramper sur les yieux principes de la morale , si » l'on n'est soi-même capable de poser d'autres fondemens » qui , plus vastes et plus solides , puissent porter plus de con- » séquences, et ouTrit à la réflexion un nouveau champ. > ( Vauyenargues. )
Étrange doctrine, qui commande de se faire on nom à tout prix I Le secret de toutes les innovations du dix-huitième siècle est là. L'on doit changer de principes, non parce qu'ils sont faux, mais parce qu'ils sont anciens.»... Philosophe^ est-ce ainsi que vous enseignez la morale ?
i3a chapitae y.
La subtilité est l'arme de l'erreut.
Le vulgaire trouve commune et banale toute vérité qui est rendue simplement; mais un mot, un tom* qui lui échappe, fixe l'attention de l'observateur, et devient pour lui la soui'ce des plus profondes réflexions.
Beaucoup d'efifets ont différentes causes. Les hommes, pour l'ordinaire , n'en veulent voir qu'une seule : delà les erreurs de systèmes.
Les bons esprits, les écrivains courageux^ s'élèvent contre les abus dominans de leur siècle j et il peut arriver que ceux qui ont tenu tel langage en tel temps, en tiendraient un tout opposé, s'ils vivaient en tel autre.
L'ignorance et la mauvaise foi peuvent donc abuser des meilleurs principes, et citer, à Tappui de leurs erreurs, ou de leurs intérêts, les plus respectables autorités.
Les arts et les mœurs suivent les mêmes de^ grés et parcourent le même cercle, revenant au point du départ : la barbarie, la hardiesse
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et la force, la délicatesse et rélégance, le raffinement et la nouveauté j puis la barbarie ^ etc.
Dans le siècle dernier, la littérature visait à la finesse et à la sensftiililé; elle tombait dans la subtilité , TafiTéterie, la faiblesse. Dans celui-ci, elle vise à la force et à l'originalité -, elle tombe dans l'exagération, l'extravagance, la barbarie. Nous avons fait un pas déplus (i).
(i) On ne peut que s'affliger da sort de notre littérature , en voyant le style qui domine aujourd'hui , imitation d'une littérature exotique, dont les productions, importées en France avec profusion, sont redierchées avec une si avide curiosité. Devenus tributaires de l'étranger, qui a été si long-temps lé n6tre , nous abjurons la préérainenoe qui nous était acquise , nous adoptons des formes et des principes qui rendront bientôt inintelligible la langue la pkw claire et la plus pure de l'Europe. En vain , l'on me dira que c'est une route nouvelle, une création du génie» Le véritable génie perfectionne et ne déna« turc pas. Ce genre, que l'on tente d'introduire parmi nous, est tellement contraire à celui de nos grands maîtres , qu'on ne saurait l'admirer, sans cesser de les admirer eux-mêmes. Je sais que des écrivains d'un mérite éminent , pour piquer notre goût blasé , ont fait un mélange heureux de la littérature nationale avec l'étrangère , et que , par cette habile combinaison, ils ont produit des ouvrages supérieurs : mais leur
l34 CHAPITRE V*
La facilité de l'esprit; si avantageuse dans le monde ; est souvent un écueil en littérature.
Qu'y a-t-il de plus commun que l'esprit ?
Qu'y a-t-il de plus rare que le goût ?
exemple , dont on a ù prodigîeasement al>iisé, n*a fait qae démontrer le danger d*innoTer dans un temps de décadence g et pent-étre se le reprochent-ils à présent , comme Voltaire s^accosait amèrement d*aToir , le premier en France, montré quelques beautés dans ce Sakespeare , qu'on osa mettre ensuite au-dessus de Corneille , de Racine, et de lui. Malheureusement cette honteuse manie d*imiter l'étranger s'est étendue à nos mœurs, à notre politique, et a tout dénaturé en France z elfe a révolutionné le gouvernement comme les lettres ; ce qui a failli nous plonger dans une double barbarie. Et qu'on ne s'y trompe pas , ce sont les hérésies littéraires qui ont entraîné les hérésies poUtiques : elles y tiennent plus qu'on ne pense : elles proviennent du même esprit d'orgueil cl d'ind^endance qui fait mépriser les autorités anciennes, et n'estime, ne vante que ce qui est moderne. Ce qu'on appelle romantisme est le libéra- Uême de la littérature. Je voudrais que tous les hommes attachés aux bons principes, aux saines doctrines, que tous les gens de bien , ainsi que tous les gens de goût , s'unissent pour combattre le double monstre qui menace de nous corrompre entièrement ; je voudrais qu'un même parti ne se divisât pas sur des choses si étroitement liées par leur nature, leurs conséquences, et qu'on laissât le parti contraire emprunter à Tétranger sa littérature comme sa politique. Étrange manière de prouver son patriotisme !
Uesprit est de tous les temps. Le goût n'appartient qu'à une certaine époque , qui est le point de maturité et le plus haut degré de ci- Tilisation d'une nation. C'est le goût qui a fait la supériorité du siècle de Louis XIV.
Certes, on ne manque pas d'esprit aujoui^ d'hui; il y a des talens, il y ^ même du génie. Que manque-t-il donc ? — Du goût.
On a essayé bien des fois de définir le sublime. Il me semble que le sublime est l'expression yiye et frappante, mais simple et naturelle, d'une grande pensée, ou d'im sentiment élevé.
Le sublime appartient plus spécialement à une littérature jeune et nouvelle, parce qu'alors la simplicité se trouve alliée à la vigueur.
Le bon goût est la grâce de l'esprit, et la délicatesse du jugement.
Le goût est à l'esprit ce que la sensibilité est a lame.
Pour se faire un nom durable en littéra-
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tare, fl ne faut pas tout sacrifier au goût du siècle et à celui de la multitude ; il ne faut pas non plus négliger entièrement ces moyens ..de succès. On ne parvient sourent à se faire connaître des habiles, de ceux qui consolident et affermissent les réputations, qu'a l'aide de la feiveur et de la vogue que donnent les gens du monde. Dans les plus parfaits ouvrages , on reconnaît la part faite au temps et au vulgaire.
n est difficile à un auteur de ne pas s^ôter des partisans, en 6tant ce qu'il y a de moins bon dans ses ouvrages.
Il en est d'un livre comme d'un individu :
de certaines qualités font son mérite j d'autres font sa fwtune.
Ce qui recommande le plus un ouvrage à la postérité est souvent ce qui a le moins contribué à son premier succès.
Le mérite justifie le succès j il ne le fait pas.
Les ouvragés qui durent le phis sont ceux
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qui ne sont pas sentis de suite et par tout le inonde.
D'où vient qu'il y a si peu de personnes capables de se faire un nom dans les lettres^ même avec de l'esprit et du talent ? Cest qu'aux uns manque la pensée^ aux autres l'expression^ et que, pour bien écrire, il ùcat également posséder ces deux choses.
Comme les hommes s'usent TÎte à cette époquis, ce que l'on £aiit de mieux et de plus recommandable , est ordinairement dans la jeunesse. Ensuite on ne s'occupe plus qu'à exploiter ce premier fonds, sans songer à l'aug<menter, parce que l'ambitionT a pris toute la vivacité qu'a perdue l'inspiration.
L'Èlius s'est fait un nom avec le mérite de ses ouvrages. Â présent il fait le mérite de ses ouvrages avec son nom.
L'on doit s'attaeher à soigner principalement, dans toute espèce d'écrits, le commencement et la fin : le commencement, pour qu'il saisisse l'attention et prévienne l'esprit
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fayorablement ; la un, pour qu'elle confirme ' et détermine l'impression. C'est comme dans une armée, où l'on met les meilleures troupes à la tête et à la queue.
Lorsqu'un édifice, une ville, ont été construits sur un plan défectueux, on a beau les embellir, les rectifier, ils restent irréguliers. L'on a dit que si Paris eût été entièrement bâti du temps de Louis XIV, ou de nos jours, là France aurait une capitale encore plus digne d'elle. Londres ne doit sa régularité qu'à l'incendie qui la consuma en 1666, et qui permit de la rebâtir dans un temps de civilisation et d^opulence.
Il en est de même d'ouvrages littéraires :
en vain vous les retouchez, vous les remaniez, s'ils ont été mal conçus d'abord, ils restent imparfaits. Etes - vous parvenu à la maturité de l'âge et du talent? Faites-en de nouveaux.
Que d'auteurs oùt échoué pour avoir écrit trop tôt ou trop tard ! Le moment où l'on débute dans les lettres , décide ordinairement du talent et du succès.
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Le sentiment et l'imagination font naître et fleurir les talens.La sagesse, qui vient ensuite, les mûrit, Jes perfectionne, et leur fait produire les meilleurs firuits. Mais si la sagesse est trop hâtive , souvent elle en retarde les progrès , en empêclie le développement , en étouffe le germe. Alors on a de quoi se consoler; la sagesse vaut mieux que les talens.
Certains auteurs n'auraient pas eu tant de réputation, s'ils eussent été plus parfaits. En donnant prise à la critique, on anime les esprits, on excite les passions, et l'on n'est pas moins servi par ses plus violens ennemis que par ses plus chauds partisans. C'est du foyer des débats, des discussions, des' contradictions, que jaillit la plus éclatante célébrité.
Il en est des auteurs comme des héros de théâtre ou de roman , il leur faut des défauts brillans pour plaire et intéresser vivement.
Un auteur a pour le public la même faiblesse qu'un amant passionné pour sa maîtresse. Il ne peut s'en détacher, malgré ses rigueurs, ses caprices, ses injustices ; lu
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moindre faveur le dédommage de tout. Il ne cesse de s'en plaindre.. . et de lui sacrifier.
Philante a besoin d'un nom pour taire Taloir son ouvrage. Cliton a besoin d'un ouvrage pour justifier son nom. Réunissez le nom et l'ouvrage^ voilà un homme justement honoré.
Il y a des auteurs dont les succès n'attesteri t que la ruine. Le poète Philétas a dépensé une grande fortune à se îaire ime petite ré-. putaûon.
Vous dites que Théopompe a publié cinq éditions de ses oeuvres. Je le veux croire. Mais qui les a achetées? Àpprenez-moi^ de lui ou du pubhc, lequel je dois plaindre.
Àrrias est parvenu à se faire un nom dans les lettres. Voulez-vous savoir à quel prix?
— Demandez à ses créanciers.
De nos jours ^ cependant^ 41 est plus commun de sacrifier la renommée à la fortune ^ que la fortune à la renommée^ et cela accuse