‹ Observations pratiques sur la prédicationChapitre 10 sur 90 · III. — UTILITÉ DES CONSEILS · texte numérisé non relu

III. — UTILITÉ DES CONSEILS

sines sont seuls présents ; quand le printemps revient les châteaux, les maisons de campagne des environs voient reparaître leurs hôtes, et ces retours annuels d'une population plus cultivée peuvent offrir une ressource précieuse. Si un censeur, un conseiller a été trouvé dans une de ces familles, il sera très-utile de chercher à bien savoir par lui ce que le débit a gagné ou perdu dans le cours d'une saison entière. Du reste, je reviendrai plus loin sur la situation du prédicateur isolé dans les églises rurales.

Les considérations présentées jusqu'ici suffisent peut-être pour démontrer l'inutilité des cours et des traités d'art oratoire purement théoriques ^ S'il est

» probari velim ; et enim necesse est qui ita dicat, ut a multi- » tudine probetur, eumdem doctis probari. (Voir encore lui.)

Quintilien, après avoir assimilé la composition dans la prose à la versification dans la poésie, ajoute : Les savants apprécient la composition par les règles et les ignorants par le plaisir. « Docti rationem componendi intelligunt ; etiam indocti/ » voluptatem {Delmt. Orat.f ix, 4).

* a Les préceptes de Tart ne servent que faiblement, à moins que, par un constant exercice^ ils n'aient passé dans nos habitudes et ne deviennent naturels. « Artis prsecepta non ita mul- » tum juvant, nisi per frequentem usum transierunt in babi- » tum quasi in naturam. » (Erasme, Ecclesiattœ. Ed. de 1&39, p. 138.)

tf Neque enim arte et scientia, sed longe magis facultate )> eloquentiam contineri nec tu> puto, abnues. )» (Tacite, Diato-

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un art qui s'apprenne uniquement par l'exercice, c'est celui-là, et si cet art est le plus personnel de tous, celui où toute imitation ne conduit qu'aux plus tristes mécomptes, celui dont les deux parties principales, le geste et l'accentuation, s'amendent et ne s'acquièrent pas, puisque avant l'étude ils sont acquis déjà bien ou mal, l'impuissance de la théorie est évidente. Que peuvent servir des leçons de ce genre à un élève hors d'état de savoir par lui-même s'il les suit après les avoir reçues, et qui se trouve dans la nécessité de demander à un tiers où il en est de leur application ? Ma persuasion de la jusgrue sur les Orateurs, xxxiii.) « ^ae ce soit bien moins Tart et » la théorie que l'habitude de parler qui donnent Téloquence, » c'est là ce dont tu conviens, Messala, avec nous.

Jordano Bruno, l'intrépide martyr de la philosophie, brûlé vif à Rome par l'inquisition en 1600, avait fait un cours d'éloquence aux étudiants de Wiltemberg ; il a été publié après sa mort, par J.-H. Alsted, 1 vol. in-18, Francfort, 161 S, sous le titre de : « Ârtificium perorandi in gratiam eorum qui eloquen- )) tiae vim et rationem cognoscere cupiunt. » Dans ce travail, Bruno s'est proposé d'analyser et de compléter les règles données par Aristote. L'ouvrage est très-curieux par les alphabets, les tableaux disposés en cercle, en carré, en étoile, dont les rayons ou les compartiments permettent, selon l'auteur, d'embrasser d'un regard les principes et les sources de l'éloquence. Mais dans l'introduction de la partie de âon livre qui contient ces tableaux, Bruno a soin (page 98) de prévenir que la plus grande et la plus parfaite éloquence ne se voit que chez les orateurs mêmes. Il est impossible de protester plus ingénument contre la théorie, en se disposant k en donner une.

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tesse de ces vues est tellement intime, qu'elle me porte à considérer comme un devoir d'écrire ces pages. Les avis les plus salutaires sont ceux que suggère l'expérience, et qui peut mieux conseiller les prédicateurs qu'un prédicateur comme eux?

Dût-on m'accuser d'une digression, c'est ici le lieu de faire quelques observations sur les cours d'éloquence sacrée dans nos facultés ; il est permis de douter que cette branche de leur enseignement reçoive les développements nécessaires et donne tous les fruits qu'on a le droit d'en attendre. On peut demander, notamment, si des exercices réguliers et fréquents de récitation et de déclamation de morceaux extraits de notre haute littérature, sont organisés et suivis assidûment par les élèves. J'ai assisté aux leçons de ce genre, dirigées à Genève par un des hommes les plus éminents de son académie, mon excellent ami, M. le professeur Munier; j'en suis sorti extrêmement frappé de la méthode en usage et de l'immense utilité que les étudiants en peuvent retirer. Cette méthode est très-simple : un des jeunes gens récite une tirade de vers ou un fragment de prose; ses condisciples sont appelés à faire la critique fraternelle de son débit, et le professeur résume, eu discutant à son tour les qualités ou les défauts de la déclamation entendue et les re-

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