III. — UTILITÉ DES CONSEILS
doivent se féliciter qu'il en soit ainsi ; Fusaj^e de la voix a dans Tart oratoire plus d'importance encore que la gesticulation; les inflexions variées, heureuses, rapides, sont h seule ressource contre la monotonie deFélocution, la monotonie, ce fléau des auditeurs. Un prédicateur monotone ne sera jamais éloquent, et ce défaut est de tous le plus fâcheux
cendo tam yis tnm suavitas. » les voyelles les pins brillantes sont TA et TO, dont la force et la douceur sont admirables dans rélocution. » Ces citations montrent assez pourquoi il fut plus admiré par ses contemporains (1645-1704) comme poëte latin que comme orateur. (Voir YOnomoiticon, de Saxius, y, p. 547.)
Le second ouvrage auquel je fais allusion est celui de M. Engel, de l'académie de Berlin, traduit en français, par Jansen, sous le titre de : Idées tur le Geste, 2 vol. in-S» avec 34 planches, qui représentent les attitudes et les gestes que Fauteur explique et recommande. On peut le regretter et pour l'écrivain et pour le graveur; mais il m'a été impossible de trouver dans ce livre un seul conseil utile.
De nos anciens prédicateurs qui ont laissé une grande réputation d'éloquence, Le Faucheur est, je crois, le seul qui ait écrit un Traité de l'action de VOrateur ou de to Prononciation et du Geste, première édition, Paris^ 1657, que l'on a attribué à Gonrart et dont Ostervald fait un grand éloge. {De VExerciee du Ministère sacré, p. 69.) Tout le monde connaît la spirituelle satire de Sanlecque sur les mauvais gestes des prédicateurs; mais on ne sait pas assez que, de l'aveu des auteurs catholiques, c'est l'ouvrage de Le Faucheur qui le lui a suggéré. Sur Terreur qui a fait considérer Gonrart comme auteur du Traité de Le Faucheur, voir Bayle, Dict., article Le Faucheur, remarque G.
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parce que rien ne le contrebalance, rien n'en dédommage ; il distille l'ennui du haut de la chaire ; il invite au sommeil ; il brise l'attention de ceux qui réussissent à se tenir éveillés ; les paroles tombent une à une comme des flocons. Le spirituel Bénédict Prévost, professeur à Montauban, nous disait d'un prédicateur monotone : « Quand j'entends ses dis- » cours, il me semble qu'il neige. »
11 me souvient que peu après mon retour à Paris, au sortir de la Faculté de Montauban, Jean Monod, le vénérable pasteur avec qui ma famille a soutenu les relations les plus intimes jusque devant les fonts de baptême et dont la prédication était à «la fois si libérale et si pleine d'onction, me demanda de le venir voir. A peine étais-je assis dans son cabinet, qu'il se leva, prit un volume de Saurin, l'ouvrit à la péroraison du sermon sur l'éternité des peines, et me dit : Lisez-moi cela. Il m'écouta avec attention sans m'interrompre, et m' adressant ensuite des encouragements pleins de bienveillance, il me donna sur les inflexions et les redondances des intonations de cette lecture divers conseils critiques, dont je me suis attaché à tirer parti et qui sont encore, après tant d'années, présentes à ma mémoire.
On ne saurait donc trop presser les débutants dans la carrière, les étudiants de nos académies,
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les candidats au saint ministère, les jeunes pasteurs surtout qui ont à prêcher souvent et qui n'ont point de collègue, à faire choix parmi leur auditoire habituel d'un ami pour censeur et à l'interroger souvent après le sermon sur les remarques qu'il a pu faire, sur les impressions qu'il a reçues, sur les progrès ou les rechutes qui l'ont frappé. 11 est inutile d'ajouter que deux conseillers vaudront mieux qu'un ; leurs observations pourront se comparer, se contrôler avec fruit, et il est bien rare qu'une de nos églises en soit réduite à ne pas compter dans son sein quelques fidèles en état de rendre ce genre de service. Au besoin, il ne s'agira pas d'une critique littéraire, mais plutôt instinctive, dirai-je ? Un sens droit y suflSra*.
Quelquefois, ce qui ne se rencontrera pas dans l'auditoire de l'hiver, se présentera dans celui de l'été. En bien des communes rurales, durant la mauvaise saison, les gens du village et des fermes voi-
* Dans le Traité de Cicéron, lorsque Grassus a posé les règles générales de l'éloquence, il termine par ces mots : Le premier père de famille à qui vous vous adresseriez dans un cercle, eût répondu de même à vos questions (De Orat., i, 34. Voir encore m, 50 et 51.) Dans le Brutus (xlix), Cicéron dit : Je désire que mon éloquence soit approuvée par le peuple ; celui qui parle de manière à être approuvé par la multitude, le sera nécessairemrat par les gens Instruits. « Eloquentiam meam populo
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