VI. — DES SERMONS ÀLLÉGORIOUES
réelle sera toujours plus impressive que cette ombre vague et diffuse qui l'aurait exprimée dans le passé, le personnage même toujours plus intéressant que la figure disparue qui, dit-on, le représentait d'avance. Ou veut que les aventures de Joseph, le fils de Jacob, soient une image anticipée des scènes de la passion ; il est très-permis d'en douter, mais en tout cas un auditoire chrétien sera bien plus ému des récits mêmes des souffrances et de la mort du Sauveur, que du plus ingénieux parallèle entre Joseph et le Christ; pour nous, chrétiens, le sacerdoce universel et suprême du Fils n'est point relevé par un rapprochement avec le pontificat de Melchizédec, et notre pèlerinage vers la céleste patrie sous la con* duite de Jésus ressemble fort peu à celle d'Israël vers la terre promise sous celle de Josué, malgré l'identité des deux noms.
Je crois donc qu'il convient d'abandonner sans regret aucun et de s'interdire la méthode allégorique. Mais il faut se garder de confondre les allégories et les applications. Autre chose est de prendre un récit dans un sens figuré, ou d'appliquer à un auditoire chrétien un exemple, un précepte, un mot étranger par sa date au christianisme, ou de généraliser une parole prononcée dans une circonstance spéciale. Ainsi, quand David répond à Oman : Je n'offrirai
ôû VI. -— DEâ SfiRMÔNS ALLÉGOAtQtJEâ.
point à V Éternel en holocauste ce qui ne me coûte rien {l Chron. xxi, 24) ; quand saint Pierre, effrayé après un miracle de se trouver en présence d*un envoyé divin, s'écrie : Seigneur ^ éloigne-toi de moi qui suis un pécheur (Luc v, 8), il est très-permis, quoique ces paroles soient proférées par le monarque et Tapôtre dans un sens juif, de les prendre, après explication, dans un sens chrétien. Il n'y a pas alors d'allégorie ; ce n'est pas le récit des deux traits qui est travesti ; c'est le sentiment des deux personnages qui est étudié.
Quelquefois un passage figuré du Nouveau Testament indique et développe le sens moral d'un narré de TAncien Testament ; l'image sert de commentaire à l'histoire, et sans tomber dans les fautes de la méthode allégorique, l'on peut s'emparer de ces rapprochements. Jésus dit à ses apôtres (Matt. xix, 19 ; Marc x, 29 ; Luc xviii, 29) : quiconque aura quitté pour moi et pour V évangile sa maison, ou ses frèreSy ou ses sœurs, ou son père, ou sa mère, ou sa femme, ou ses enfants, ou ses terres, recouvrera au centuple dans le présent siècle des maisons, des frères, des sœurs, des mères, des enfants, des terres, même au milieu des persécutions et dans le siècle à venir il aura la vie étemelle. Ces promesses, dont la forme est évidemment hyperbolique et figu-*