XII. — DE l'actualité DE U PRÉDICATION
tion publique, et dans ce livre la jeunesse est instruite à croire que la Réformation, œuvre d*un moine ivre de bière et de luxure, n'est que la réhabilitation de la chair ; de plus qu'elle consiste à poser en principe que faire ce que Ton veut est la vraie morale, croire ce que l'on veut la vraie doctrine et que quand il n'y a plus moyen de tronquer et de défigurer la Bible un protestant est autorisé à en appeler au démon... J'ai prêché sur ce mot de saint Paul : Nous sommes traités jusqu'à présent comme les balayures du monde (1 Cor. iv, 14). De ces deux discours, l'un a montré à quelle hauteur la foi s'élève au-dessus de la politique ; l'autre avait un double but, celui de mettre nos chefs de famille sur leurs gardes quand ils ont à se déterminer au sujet de l'éducation de leurs enfants, et celui de montrer à nos adversaires que la virulence de leurs calomnies nous intimide peu et ne ferme pas les lèvres de la minorité; il y a encore quelque utilité à leur donner cette conviction.
Il ne faut pas oublier qu'en un sens, indépendamment de toute circonstance spéciale, et dans sa teneur générale et habituelle, la prédication, qu'elle
par L. B., faisant partie de la Boone-Année, nouvelle bibliothèque populaire. Troyes, 1848, chez Annet-André, imprimeur de l'ÉTdcbé.
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le veuille ou non, est forcée de se mettre jusqu'à un certain point de niveau avec le siècle et d*étre actuelle ' ; elle Test sans chercher à l'être et sans même s'en apercevoir. On s'en convaincra en parcourant les volumineux recueils des sermonnaires du temps passé et en les comparant aux recueils modernes, sans remonter à des discours aussi ridicules que ceux des Menot, desBarlette, des Maillard, desYaladier, ou aussi véhéments que ceux du célèbre Gerson. Dans notre Église réformée de France, il en est de même ; les discours non-seulement des réformateurs, mais ceux de nos grands orateurs de Charenton, ceux même de Saurin et de ses émules du refuge, ceux que la Suisse ou la Hollande admirait au siècle dernier, ne seraient pas ou supportés ou suffisants au-
* Tacite, dans le dialogue sur les orateurs, fait xlire à Asper»^ le défenseur des orateurs de son temps : « Le temps amène » des formes et des genres différents d'éloquence. » — a Mu- » tari cum temporibus formas quoque et gênera dicendi » (xTiii). Il revient souvent sur cette Idée : « Il a vu (Sévérus) » ^ue, les circonstances et la tournure des esprits changeant, » il fallait changer la tournure et les formes de l'éloquence » (zix). — « Yidil (Severus), ut pauUo an te dicebam, cum cony> ditione temporum ac diversitate aurium formam atque spe- » ciem orationis esse mulandam. » Et plus loin : « Il faut que » l'orateur s'ouvre des routes nouvelles et élégantes pour » échapper au dégoût de ses auditeurs. » — « Novis et exqui- » sitis eloquenti» ilineribus opus est, per quœ orator faslidium » aurium effugiat » (xix, voir encore xxv).