XII. — DE L*ÀCTUALIÎÉ DE LA PRÉDICATION
jourd'hui. L'actualité de la chaire est donc une nécessité ; le prédicateur ne la fait pas ; il la subit ; ce qui revient à dire que les auditoires qui se succèdent de génération en génération n'acceptent qu^une prédication faite pour ainsi dire à leur mesure et imprégnée de leur esprit.
n est juste d'appliquer les mêmes réflexions à la prédication dogmatique. La nuance de la foi d'une époque se réfléchit dans les sermons de l'époque et varie avec ces variations de notre église, qui sont une de nos faiblesses lorsque comme les premiers adversaires de Bossuet on veut les pallier ou les démentir, et une de nos forces quand on les considère comme une conséquence de droit de notre principe et un légitime caractère de la foi individuelle. Les amis les plus décidés du dogme ancien ne le prêchent pas comme on le prêchait autrefois ; il y a des dogmes «qu'ils ne prêchent plus ou qu'ils prêchent à peine ; le siècle influe tacitement sur la théologie de leur prédication.
L'actualité dans le cours d'une prédication régU'* lière et dans la mesure qu'il convient de garder, ne réussira que si le prédicateur, au lieu de vivre en reclus, de ne jamais sortir de son cabinet, de ne consulter que ses livres, se répand dans le monde, non en mondain ou en frondeur, mais en observateur at-
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tentif, en écouteur discret, et ce sont les divers rangs de la. société qu'il est tenu, dans un intérêt religieux, d'étudier K Massillon répondait à ses supérieurs qui lui reprochaient de trop fréquenter la société que c'était pour la mieux connaître. Il est indigne d'un pasteur de mener une vie dissipée et frivole ; mais il amoindrit son ministère, s'il ne sait tenir sa place que dans son cercle de famille et sa chambre d'étude ; il faut qu'il voie de près le siècle, pour le juger, le censurer, le diriger; on ne devine pas l'esprit d'une génération, même contemporaine ; la vieille comparaison que le médecin ne doit pas connaître les maladies seulement, mais les malades, est toujours juste, et pour choisir le moment et les moyens de ramener les brebis égarées au bercail, il faut savoir soi-même en sortir.
^ If. de Bellefontaine a écrit une page pleine de force et de sagesse où il appuie sur le même conseil. {Court inédit)
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