XTI. — DES SERMONS SANS MÉTHODE
portions irréprochables. Un tel arrangement extérieur et apparent du discours n*assure point l'observation des deux seules règles qu'il me parait indispensable de suivre dans la composition d'un sermon.
11 est inutile, sans doute, d'appuyer sur la nécessité de méditer son sujet, de le creuser et de le limiter à la fois, d'assembler les idées, les exemples, les passages qui s'y rapportent, d'élaguer tout ce qui ne s'y rattache qu'indirectement. Se mettre à composer, que l'on écrive ou non, sans méditation préalable, c'est livrer sa prédication au Jiasard du moment ; c'est se mettre en chemin et partir avant de s'être demandé oii l'on va K
Ces deux règles fondamentales de la composition d'un sermon sont la méthode ^ et la gradation.
J'entends ici par méthode l'ordre, la liaison, l'en-
* « Il fout savoir méditer; c'est uq art qui s'apprend comme » un autre, et qui demande de l'exercice. L'art de la médita- D tion consiste à découvrir les principales idées qui convien- » nent au sujet, et, quoiqu'il semble qu'un léger degré d'atten- )) tion suffit pour cela, on verra que cet art est un des plus » difficiles et des plus rares (De Bellefontaine, Cours inédit), » Et, comme moyen d'exercice, l'auteur conseille de méditer les textes et les sujets traités par d'éminents orateurs, de noter les idées que Ton croit s'y rattacher et suffire pour remplir le discours^ de lire alors l'œuvre qu'on a prise pour modèle et de comparer.
2 Quintilien compare l'orateur dont les discours manquent d'ordre et de ce qu'il nomme (iùpoftttoti, au voyageur errant la
\n, — DES SERIIONS SANS MÉTHOBB. 189
.eittiiiefflent des idées entre elles; puis des groupes d'idées Fun à l'autre, de sorte que l'auditeur se retrouve toujours dans l'ordonnance du discours, et qu'à travers tout le contenu des transitions naturelles, faciles, habilement ménagées, le conduisent sans effort jusqu'au bout, de développements en développements, d'exhortations en exhortations.
La succession régulière des points, deâ parties, des divisions, est l'ordre des mots, des phrases, l'ordre artificiel ; la méthode réelle est l'ordre même des pensées, l'ordre logique.
Sans cette méthode, on ne compose pas un véritable discours; on entasse, on façonne un amas confus de périodes détachées, et, comme le besoin d'un repos se fait sentir de temps en temps, on peut les lier entre elles par des transitions aussi ingénieuses que cette suite de conjonctions citée souvent comme début naïf d'une seconde partie : « Mais cependant comme d'ailleurs... » Dans ces sermons décousus et morcelés, chaque fragment présente un tout ; c'est une sorte de mosaïque,
nuit dans des lieux inconnus, et n'ayant pour guide, au lieu de la prudence, que le hasard (De Inst. Orat., vu, préf.).
Reinbart attachait à l'ordre dans les sermons une telle importance qu'il a été jusqu'à dire : Tout sermon qui manquait d'ordre» et dont je ne pouvais pas saisir le plan, était perdu pour moi {Lettres, etc., p. 10).
100 XVI. — BBS SERMONS SàNS MÉTHOBE.
moins le dment, et qui ne forme point tableau.
Cette absence de la vraie méthode amène les inconvénients les plus graves et pour l'auditoire et pour l'orateur.
L*auditoire^ diistrait et détourné malgré lui, ne sait jamais où il en est de ce qu'il écoute, et l'orateur (à moins qu'il ne lise un manuscrit) le sait à peine mieux.
L'auditoire ne garde rien du discours; il emporte, en se retirant, une masse indistincte de remarques, d'assertions, de vœux, d'apostrophes, que rien ne coordonne dans sa mémoire, et les impressions reçues se résument en la plus triste cri- Uque que puisse faire un fidèle venu pour écouter avec attention : Je ne sais pas exactement sur quoi le prédicateur a prêché.
L'orateur est, en un sens, aussi malheureux que l'auditoire. J'évite de devancer ici ce que je me propose de dire au sujet de la mémorisation ou de l'improvisation. Je ferai seulement remarquer que la mémorisation est difficile, laborieuse, incertaine, lorsque le discours manque de méthode ^ ; et quant
* QuiDtilien {De Inst, Orat,t xi, 2) montre avec une grande supériorité à quel point l'ordre du discours vient en aide à la mémoire : a Quao bene composita erunt, n dit-il, « memoriam » sua série ducent. » L'expression est d'une parfaite jus-