XYIII. — DE LA LECTURE
vivement attaqué dès le commencement du siècle *. Il est bien difficile d'admettre qu'une lecture puisse arriver à la vraie éloquence. tJn cahier est comme un glaçon interposé entre Forateur et l'auditoire. La vue seule de ce malencontreux papier donne à l'exercice de la parole quelque chose d'embarrassé et d'emprunté qui fait trop penser à l'art et nuit à l'effet ; un orateur est un peintre qui, en montrant son tableau, n'a que faire de montrer sa
* A cette occasion, il a été remis au jour une très-curieuse pièce du règne de Charles II adressée par son célèbre ministre Monmoutb à l'Université de Cambridge sous la date du 8 octobre t674, portant : S. M. a été informée que l'usage de lire les sermons est adopté par les prédicateurs devant l'Université, et S. M. m'a commandé de vous faire savoir que son plaisir est que le susdit usage introduit lors des désordres de ces derniers temps, soit complètement mis de côté et que les susdits prédicateurs aient dorénavant à réciter leurs sermons en latin ou en anglais, de mémoire et sans cahier; ce que S. M. juge être une méthode 4e prêcher plus conforme à celle des autres églises, aux règles de l'Université et à la nature môme de ce saint exercice. Et pour que ce commandement de S. M. soit exactement entendu et observé, il est aussi de son plaisir que les noms de tous ecclésiastiques qui persisteront dans cette nonchalante et paresseuse {supine and slothful) méthode de prédication soient, de temps à autre, déclarés à moi par le vice-chancelier en exercice sbus peine du déplaisir de S. M.
L'évéque Burnet, dans son Histoire de la Réformation, affirme que l'usage de lire en chaire est venu des dénonciations souvent portées à cette époque de discordes religieuses contre les prédicateurs; ils s'assuraient un moyen de défense en produisant le cahier dont ils avaient fait lecture.