DES SERMONS EN CHAIRE
palette ; les couleurs qu'on vient voir ne sont plus là. Ajoutons que la simple nécessité de tourner les pages, qui dérange l'attitude et interrompt le geste souvent à l'instant le moins opportun, défait le naturel à p#int nommé, à intervalles fixes, et force les fidèles à reporter leur pensée des ardeurs de l'orateur qu'ils voudraient ressentir au tranquille travail de l'écrivain, qui ne les concerne point.
Il est si vrai que le manuscrit cause un embarras réel que j'ai vu employer, pour s'en tirer, les ruses les plus étranges et quelquefois les plus malheureuses ; j'ai vu un prédicateur porter sur la chaire une liasse de feuilles écrites d'un seul côté ; il glissait la feuille lue dans un pupitre intérieur au-dessous de celui qui portait le recueil ; mais il lui arrivait d'y glisser deux feuilles à la fois , et celle qu'il retrouvait sous ses yeux ne faisait plus suite à la page débitée ; un autre était muni d'un manuscrit disposé comme en éventail ; le coin inférieur de chaque feuillet était ployé à sa droite; ces plis étaient alternativement à angle droit ou à angle aigu, et la main en retombant sur le papier ne courait ainsi nul risque de soulever deux pages à la fois. Tous ces artifices ont mauvaise grâce et peu de succès. Si on lit en chaire, il vaut mieux lire franchement, en ne prenant d'autre soin que celui