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cile et la plus difSclle ; facile, il ne s'agit en un sens que de parler : difficile, il s'agit... de tout ce qu'on vient de lire. C'est qu'aussi l'improvisation peut être la plus commode ressource de paresse S la plus sé-«
* On peat s'étonner avec raison qu'un si grand nombre d'ouvrages ait paru dans le but, quelquefois avoué, de favoriser la paresse des prédicateurs et de leur fournir en quantité suffisante du travail tout fait. Le plus ancien ouvrage de ce genre que j'ai rencontré, est un épais in-12 en caractères gothiques, imprimé à Paris en 1517, chez François Regnault, rue Saint- Jacques, à l'enseigne de St-Claude, et intitulé : Prseclarissimum atque divinum opus, quod gemma predicantium nuncupatur; cunctis verbi divini declamatoribus perutile ac necessarium, compositum atque collectum per Nicolaum Denyse. L'auteur de cette perle des prédicateurs est un frère mineur de l'Observance. L'ouvrage contient, dans un ordre méthodique très-étrange, toutes les vérités morales et religieuses avec des passages à l'appui et des divisions et subdivisions à l'infini. La lecture en est fort pénible ; le texte ne se compose presque que de voyelles ; la plupart des consonnes sont absentes. Le volume a 216 feuillets, soit 432 pages, sans compter les tables.
Mais le plus curieux exemple en est peut-être un recueil paru en 1642*à Amsterdam, aujourd'hui très-rare, qu'un heureux hasard m'a fait rencontrer récemment C'est un recueil en trois parties de discours et sermons tout faits, au nombre de 79 dans la première partie, 21 dans la deuxième et 20 dans la troisième, sur les sujets les plus variés. L'auteur, Matthieu Timp ou Timpius, recteur d'un collège catholique en Westptialie, est inconnu au point que son nom ne figure pas dans TOnomasticon de Saxius. Le titre du livre est tellement bizarre, qu'on a quelque peine à le traduire ; le voici fidèlement transcrit : Dormi securè : vel Cynosura professorum ac studiosorum eloquentiœ, in quâ centum et viginti Themata oratoria quorum quasdam nudè duntaxat sunt disposita , qusddam vero ex
duisante flatterie de rameur-propre. D'une part, on se dispense <le tout labeur assujettissant et pénible dans Taccomplissement du devoir de paraître en chaire; un sermon n'est-il pas toujours un sermon, et un culte un culte? de l'autre, on se croit prêt pour l'improvisation avant l'âge, avant la pratique, avant les études et les lectures, avant les acquisitions intellectuelles qu'elle exige si impérieusement et dont rien ne déguise l'absence, pas même le débit le plus heureux.
Mais que faire, dira-t-on, au début de la carrière, lorsque, seul pasteur dans une église, on est tenu de prêcher tous les jours de dimanche et de fête, et même, selon un usage trop adopté parmi nous, deux fois?
Je ne vois qu'un seul parti à prendre et je h con-
doctissimis et theologis et philosophis dilatata et exomata, non solum studiosis, sed et professoribus eloquentiœ, ac pietatis verœ amantibus utilissima et pemecessaria. On se demande ce que la Cynosure ou Petite Ourse peut avoir à faire dans ce long intitulé; est-ce dans le sens de Pléiade, mot dont l'antiquité et à son exemple parmi nous le xvn" siècle se sont servis pour désigner une élite de philosophes et de poëtes ; ou plutôt esl-ce dans le sens d'Étoile Polaire de l'éloquence? En tout cas le premier mot est caractéristique : « Dormi securè ;dors tranquille. » II est permis de douter que les élèves ou les coUègnes du Recteur se soient réveillés de ce sommeil pour être éloquents ou qu'ils soient arrivés à l'éloquence en se dirigeant sur cette étoUe.
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seille nettement à tous ceux de mes collègues qui se trouvent dans cette situation difficile, notamment aux plus jeunes : il faut se résigner à différencier profondément les deux services ; ce qui est d'ailleurs dans l'esprit de leur institution.
Pour le service principal il faut, si toutes les observations qui précèdent sont justes, s'acharner à composer, à écrire, à mémoriser, et en cas que la mémoire trop ingrate se réfuse à la récitation complète, improviser, mais le moins possible, en prenant pour notes de l'improvisation le manuscrit du sermon écrit au grand complet et mis au net.
Le second service sera, selon les forces dont on est doué, un service catécbétique ou bomélitique, une paraphrase élémentaire de quelques versets, l'explication suivie d'un livre sacré pour qu'il n'y ait point à chercher le sujet, ou même, s'il le faut un simple office liturgique, une simple lecture d'édification.
A plus forte raison, s'il se tient des assemblées religieuses un jour de semaine, l'un de ces genres modérés et faciles doit être adopté.
Je ne puis admettre qu'un consistoire soit en droit d'attendre . et d'exiger plus d'un seul pasteur. Je tiens pour certain que s'astreindre à prononcer le même jour deux sermons, ce n'est pas en compro-
mettre un seul sur les deux ; cette habitude une fois prise amène ce qu'on peut nommer le laisser-aller de la prédication ; on se plie à faire moins d'efforts ; on se résigne à être médiocre ; ce qui est le plus sûr moyen d'arriver à être mauvais ^
Ces conseils sur les débuts de la prédication, débuts qui doivent se calculer par années et non par sermons, ont, j'ose l'affirmer, une très-grande importance; Il me paraît constant qu'en fait de prédication l'apprentissage nous fait ce que nous sommes et assure ou annule le succès futur. Combien ne voit-on pas de jeunes ministres qui au bout d'un petit nombre d'années de service dans une communauté rurale se sont rendus eux-mêmes, par le système de leur travail, incapables d'occuper avec joie, avec succès, avec utilité, une place plus importante ! Et combien est petit le nombre de ceux qui savent réparer un noviciat manqué et reconquérir un rangv qu'ils auraient dû occuper plus tôt!
Avec quelque force que j'aie cru devoir insister
* Bayle affirme que, dans une circonstance extraordinaire, qu'il ne rapporte pas, le célèbre pasteur de Paris, Charles Drelincourt, prêcha sept fois le môme jour. Le fait est peu croyable, quelle que fût la force de corps et d'esprit du prédicateur. Cet exemple, en tout cas, n'a rien qui déroge aux observations précédentes (Dt'cl. article Ch. Drelincourt, Remarque G.)
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sur ces diverses considérations, je suis loin de conclure contre la véritable improvisation dans la chaire. Ce serait m' attribuer une pensée qui longtemps, il est vrai, a été la mienne et qui depuis longtemps ne Test plus. Je pense actuellement que la facilité d'improviser est le but auquel tout prédicateur doit tendre. « Le plus grand fruit des études de Tora- » teur, et la plus ample récompense de ses longs » travaux, c'est la faculté d'improviser », a dit Quintilien^ Je ne me suis élevé que contre l'inexpérience x[ui s'imagine y parvenir sans exercice, sans labeur, sans études spéciales, contre la témérité qui croit y atteindre d'un seul pas et s'y livre inconsidérément dès l'entrée du ministère. Autant il me semble imprudent et dans bien des situations condamnable même de renoncer, dès les premiers jours de fatigue, dès les premiers moments de presse, à écrire et à mémoriser, autant je suis convaincu que l'heure arrive où il convient de s'essayer à l'improvisation. Je demande à justifier ces assertions en disant simplement ce qui m'est arrivé. Si effrayante était l'idée que je m'étais faite des
* a Maximus studiorum fructus est, et velut prsemium quod- » dam amplissimum longi laboris, ex tempore dicendi facul- » tas » (De inst. Orat., x, 7.) Tout ce chapitre du célèbre rhéteur est à étudier avec le pi us grand soin ; il aurait fallu le citer en entier.
difficultés de Fimprovisation véritable, qu'à force d'y rêver j'avais réussi à me persuader que je n'improviserais jamais un sermon. Cette conviction a été sincère en moi au point que durant les douze années de mon ministère dans l'Église d'Amsterdam, je n'ai pas improvisé une seule fois. Appelé à occuper la chaire , tous les quinze jours au moins , devant un des auditoires les plus difficiles de l'Europe protestante, composé presque exclusivement, dans une capitale de 300,000 âmes, de la classe élevée qui seule entend et parle notre langue, la tâche était rude ; j'ai écrit et mémorisé environ 2S0 sermons ; on tolère à peine, dans les églises du Refuge, la répétition d'anciens discours ; j'ai quitté la Hollande, toujours persuadé que l'improvisation d'un sermon n'était pas même une expérience que je pusse tenter, et daps cette pensée j'ai longtemps soutenu le fardeau du ministère à Paris, en mémorisant la prédication.
Mais il est hors de doute que la meilleure voie pour arriver à la prédication improvisée est un long usage de la prédication écrite et mémorisée ; d'abord, à force d'écrire des sermons, on acquiert une grande facilité dé style ; on écrit vite sans écrire mal ; les mots s'arrangent sous une plume rapide, mais exercée, dans l'ordre que la syntaxe commande,
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que le goût approuve, que l'élégance exige, et qui favorise le mieux les effets du débit ; plus tard, l'improvisation, quand on ose l'entreprendre, n'est en quelque sorte qu'un degré de rapidité de plus. Si dans les commencements on a été sévère envers son style, si on s'est interdit les négligences, les longueurs , les répétitions , on fera provision de facilité pour l'avenir, et la marche de ce progrès est parfaitement indiquée par Quintilien, quand il dit : On ne parvient pas à écrire bien en écrivant vite ; mais on parvient à écrire vite en écrivant bien K
D'un autre côté, les trois impérieuses nécessités de l'improvisation sont devenues des habitudes prises : on s'est approprié une riche provision d'idées ; on a creusé et parcouru la Bible en tous sens ; on s'est rompu à l'usage sûr et prompt de la langue. Alors, au bout d'un temps que chacun mesure selon ses forces, il est permis, il est sage d'essayer l'improvisation. La première occasion d'essai, on peut ou la saisir ou la rechercher ; il s'en présentera toujours, telle qu'une presse inusitée de devoirs qui n'aura pas laissé le loisir d'écrire et d'apprendre, un appel imprévu et soudain d'occuper
* « Cité scribendo non fit, ut benè scribatur : beivè scribendo » fit, ut cit6 {De Inst. Orat., x, 3.)
une chaire qui resterait vide \ un sujet spécial sur lequel il est tout à coup urgent d'appeler l'attention des fidèles, un désastre public qu'il faut recommander sans délai à leur charité ; en un mot, diverses circonstances peuvent amener une opportunité consciencieuse de faire une première tentative. Souvent, on n'aura pas le choix, et l'on sera entraîné à risquer une improvisation dans un cas de nécessité et par un sentiment de devoir.
Voici les deux premiers pas que j'ai faits dans cette voie. Durant mon séjour en Hollande, je préchais régulièrement chaque année un certain nombre de fois dans les deux villes universitaires de Leyde et d'Utrecht, qui toutes deux possèdent encore des églises du Refuge. Un samedi soir, j'arrive à Leyde et j'apprends que le matin même le consistoire a
^ * C'est précisément ce qui arriva à Ostervald. « Il n'impro- » yisaen chaire, à ce qa'il parait, qu'en une seule occasion, où » il fut obligé de quitter sa place d'auditeur pour prendre celle )> de prédicateur, celui qui devait officier n'étant pas à son » poste. Ostervald le renoplaça avec un succès qui montrait » qu'il aurait bien pu prêcher de méditation ; mais c'était chez » lui un principe que tout sermon, avant d'être prêché, devait » être écrit, et il y fut fidèle toute sa vie. » Et son ministère a duré plus de soixai^te ans ; à quatre- vingt-trois ans, il remplissait encore toutes ses fonctions (Jean-Frédéric Ostervalf, Biographie religieuse, par M. le Past. A. Guillebert; tome VIJ du Disciple de Jésus-Christ, p. 880.)
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décidé qu'à Tissue du sermon un discours spécial serait adressé au troupeau , pour lui recommander la fondation d'un hospice protestant dans les vallées du Piémont. On me remet les pièces ; mon sermon n'avait pas l'ombre d'un rapport avec les vallées vaudoises, leurs malades et le nouvel hôpital; il fallut s'exécuter, et pour la première fois de ma vie, j'improvisai un discours d'une demi-heure, du haut d'une chaire. Au sortir du temple, mes amis, qui connaissaient mes scrupules en fait d'improvisation, se mirent, en laissant percer quelque surprise, à les réfuter, et je me rappelle fort distinctement que je fus très-étonné d'avoir donné lieu à la réfutation.
Au commencement de mon séjour à Paris, j'assiste à une assemblée générale de la Société protestante de secours mutuels. Le médecin, en tour de présenter le rapport médical de Tannée, dit combien de membres l'Institution a perdus, indique dans le nombre lé décès d'un garçon boulanger mort poitrinaire pour avoir bravé la chaleur du four, en conclut que cet homme n'était pas à sa place parmi ses concitoyens, qu'on n'avait point démêlé en son jeune âge quelle était sa vraie vocation, que les fonctions sociales sont mal réparties, que le christianisme est impuissant à les mieux répartir, qu'il faut une nouvelle doctrine. . . Bref, nous entendîmes une élucubration wni-
simonieDne. Je vois encore rétonnement inquiet de tous ces braves ouvriers protestants , cherchant à deviner ce qu'on leur voulait, et la déconvenue du bureau qui se garda d'interrompre, mais qui fit circuler dans nos rangs la demande d'une réfutation, séance tenante. J'étais vivement saisi de l'idée qu'en échange du service gratuit de visites médicales, ou n'avait pas le droit d'obliger une société protestante à écouter de si creuses théories contraires à sa foi, et je me lançai. On ne s'étonnera pas que le contraste, devant de tels auditeurs, me servît, et ce fut un second début.
Je commençai à croire que l'improvisation ne m'était pas impossible, et je me mis à en faire une étude sérieuse, dont je vais essayer d'indiquer les principes et les procédés plus simples qu'on ne croit. Cet exposé peut être utile à un grand nombre de collègues, parce qu'il n'est nullement nécessaire d'attendre aussi longtemps que moi pour se vouer à la prédication improvisée et que je crois avoir prouvé par mon exemple que nul n'a le droit de dire : Je n'improviserai jamais.
A Genève, il me souvient avoir été présent à une réunion de pasteurs et de professeurs, où le débat s'engagea sur ce sujet: l'un des plus éminents nous démontra son impuissance absolue d'improviser dans
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une allocution tellement suivie, élégante, facile, animée, que nous jugeâmes tous qu*il était impos* sible de se mieux réfuter soi-même.
Cet article serait incomplet si j'omettais de faire remarquer qu'à mesure qu'un pasteur avance dans la carrière, il emporte avec lui un signe assez certain de la mesure de ses progrès dans l'improvisation et du moment opportun où il peut se hasarder à l'essayer dans ses sermons ; ce signe, c'est la prière ^
* La manière de lire en chaire les liturgies et les prières qu'elles renferment, doit faire partie des études de notre art oratoire. Il ne faut se laisser aller à croire ni qu'il soit indifférent de les lire bien ou mal, ni qu'il soit facile de les bien lire. Néanmoins il s'offre quelquefois Toccasion de remarquer que comme il s'agit d'une simple lecture qui devient affaire d'habitude, on s'imagine que peu d'exercice et peu d'attention suffit. C'est là une erreur. L'effet que les parties liturgiques du culte produisent, gagne ou perd beaucoup à la façon de les prononcer, et c'est précisément parce qu'elles sont si familières à l'oreille de l'auditoire qu'il est d'autant plus urgent de les dire avec soin. Il ne convient certes pas de les déclamer d'une façon emphatique; il ne convient pas davantage de les ânonner à la bâte. La règle à suivre est de se pénétrer des divers sentiments exprimés et d'y conformer l'accentuation . Ainsi, en prononçant l'admirable oraison qui ouvre le service divin, « la confession des péchés, >> ce chef-d'œuvre de Théodore de Bèze, il faut des premiers mots aux derniers que l'intonation varie, et s'élève de l'accent de l'humilité, de la confusion, de la crainte à celui de l'espoir en la miséricorde de Dieu et de la confiance en sa grâce ; n'est-ce pas là en effet les nuances à marquer en récitant une prière qui commence par l'aveu que