III. — UTILITÉ DES CONSEILS
une sorte de lutte contre soi-même, pour les extir^ per, à mesure qu'un censeur en signale le retour.
Que Ton veuille bien appliquer les remarques précédentes à deux parties de l'éloquence doiit la difficulté et l'importance sont extrêmes, le geste et les inflexions de voix ; qui peut être sûr , sans recourir à une critique intelligente, attentive, sévère, que son geste et son accentuation n'ont pas des défauts considérables, et combien de prédicateurs se nuisent gravement et compromettent leur succès, sans même qu'ils s'en doutent, par de continuels sourires, par quelques mouvements bizarres des bras ou des mains qui sont devenus une routine, ou par des éclats, des chutes, des larmoiements de voix répétés à satiété, comme par mégarde et sans intention I
J'ai connu un prédicateur qui ne commençait jamais une phrase sans passer au fausset ; un autre qui aimait à citer le passage d'Ésaïe (ix, 5) : U empire a été posé sur son épaule^ et ne le citait jamais sans porter la main sur la sienne *. Combien d'autres
* Les gestes d'imitation sont toujours du plus mauvais effet. Quintilien se moque de ces orateurs qui, pour faire entendre qu'une personne est malade, contrefont le médecin qui lui tâte le pouls, ou qui, pour montrer que cet autre sait la musique, disposent leurs doigts à la manière des joueurs de lyre. {De Intt. Orat. xi, 3.)
Je n'ai connu à cette règle qu'un* exception, le seul geste
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tombent .dans le grave défaut de gesticuler, non par phrase, mais par mots ; ce qui fait adopter une gesticulation saccadée du plus triste effet, et conduit à découper chaque période en autant de parties que Ton fait de mouvements ! La récidive constante de ces fautes de débit devenues des manies est toujours une preuve manifeste que de bons conseils ont manqué.
On peut aller plus loin encore et soutenir que ni la justesse et l'élégance du geste, ni l'usage heureux de la voix, ne sont choses qui s'apprennent, mais choses qui se corrigent. Chacun a sa gesticulation, qui lui vient naturellement; chacun a son accent de voix qu'il émet naturellement; la direction habituelle des mouvements du corps, de la tête, du
d'imication risqué par Talma et qu'excusait l'effet terrible qu'il produisait dans les deux fameux vers de Cinna :
Le fils tout dégouttant du meurtre de son père, Et, sa tète à la main, demandant son salaire I
Ses traits prenaient une expression d'horreur profonde. Il prononçait lentement le premier vers, en laissant ses deux mains parcourir le haut du corps comme si elles suivaient les traces de sang; puis il avançait sa main gauche, seule, les doigts crispés comme s'ils tenaient la tête par les cheveux; enfin, il étendait la main droite, la paume ouverte, comme recevant le salaire. Je cite à dessein ce remarquable exemple que j'ai devant les yeux comme s'il était d'hier, afin de bien montrer que l'exception ici prouve la règle.
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buste, des bras, des raains, et même des doigts ; l'intonation habituelle de la voix, croissent avec BOUS, se forment à travers l'enfance, l'adolescence, la jeunesse, et se greffent pour ainsi dire sur notre personne bien avant l'âge où l'étude et l'exercice de l'art oratoire commencent. Ainsi chacun arrive à ses premiers essais d'éloquence, sachant gesticuler d'une certaine manière, accoutumé à émettre le son de sa voix en lui imprimant une certaine tonalité; ce geste accoutumé, il s'agit de le régler ; cette voix déjà formée, il s'agit de la moduler ; le succès semble impossible, si l'on tente de s'enseigner à soimême ces parties de l'art; on ne les apprend qu'à l'aide de directions pratiques*.
^ Larive, qui malgré un talent véritable ne fut qu'un faible émule de Talma, a laissé un curieux ouvrage intitulé : Court de Déclamation (3 vol. in-S», 1804 et 1810), où l'accent à prendre pour réciter les principales scènes de nos grands tragiques est indiqué par des soulignements simples, doubles, triples ou quadruples, selon la gravité du ton* Il est difficile de croire que cet ouvrage ait jamais enseigné l'art de varier les inflexions et de les rendre justes. Voici un exemple :
Mais je n'ai plus senti qu'un horrible mélange D'os et de chairs meurtris et traînés dans la fange ; Des lambeaux teints de sang et des membres affreux,
Que des chiens dévorants se disputaient entre eux.
Le Traité des Intonations oratoires^ de Dubroca (t vol. in-8",
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C'est surtout au sujet des intonations que Ton peut prendre conseil avec confiance ; il est plus facile, pour qui n'est pas du métier, de critiquer avec justesse les intonations que les gestes, et les orateurs
1810), est un livre du même genre. Il contient d'excellents conseils; celui-ci, par exemple : «c Cest une grande erreur de » croire qu'en parlant en pubUc on doive déposer sa voix ordi- )» naire et en prendre une d'une espèce tout à fait différente. » La prononciation du discours oratoire a été de toutes parts 1» déOgurée par cette erreur. » Mais l'ouvrage se perd ensuite dans le vague de directions comme les suivantes : (c X. Des in- » tonations qui répondent aux mouvements de l'âme qui s'é- » lève... — XI. De l'ârae qui s'abaisse... — XII. De l'âme qui » s'élance en avant.*. » et il ne sert qu'à donner une preuve de plus que l'exercice et les conseils, les critiques d'un juge bienveillant et sévère, sont les seuls moyens de régler les intonations et les inflexions de la voix.
Il serait facile de citer une foule d'autres ouvrages. J'en possède deux, entre autres, plus curieux encore que celui de Larive, et non moins inutiles. P. Francii Spécimen Eloquentise exterioris ad orationem M. T. Ciceronis pro Arcbia accomodatum; Groningae, 1753... Ejusdem Spécimen alterumad orationem pro M. Marcello, etc. Dans ces deux traités le professeur Fransz, après avoir donné trente-neuf règles sur l'accentuation et cinquante-six sur l'action, le geste et la pose du corps, applique ces préceptes aux deux oraisons de Gicéron pour Archias et pour Marcellus, et indique, ligne par ligne, le son de voix et la gesticulation qui conviennent. Il y a des principes de cette force-ci : « Digiti intenti esse debent, non contracti, ne chiragra laborare videamur. » les doigts doivent être étendus et non contractés, de peur que l'on ne paraisse avoir la goutte (p. 47). to Telle autre observation rappelle la leçon du maître de philosophie au Bourgeois gentilhomme : ce Eminent inter vocales, Â et 0, inler consonnas, R, cujus mira est in di-