‹ Observations pratiques sur la prédicationChapitre 80 sur 90 · XXV. — DU BIEN PRODUIT PAR LA PRÉDICATION. Î · texte numérisé non relu

XXV. — DU BIEN PRODUIT PAR LA PRÉDICATION. Î

suis fortement convaincu que nous n'avons aucune idée ni du mal qui est empêché, ni du bien qui est fait; à mille signes, petits et grands, nous pouvons le reconnaître par des épreuves presque joumaliëres. Si nos lèvres n'étaient closes, si nos plumes n'étaient brisées et par le sentiment du devoir sacré d'un inviolable silence qui seul rend notre ministère possible (sans parler du serment de la consécration), si nous pouvions publier les confidences que nos sermons amènent, leurs fruits d'utilité sociale et religieuse étonneraient les plus défiants. Au fond, y a-t-il lieu d'en être très-surpris, et ces effets des exhortations delà chaire ne sont-ils pas expliqués par la nature même du cœur humain? Il serait étrange que cette action incessante de l'esprit religieux sur l'esprit public fût stérile. Nos sermons tiennent l'Évangile présent à l'esprit du monde, et le forcent à y songer ; ils en rendent l'oubli impossible, et dans les trois derniers siècles surtout, la prédication a retrouvé sa force et sa pureté en posant la foi sur la base de la liberté d'examen. Je sais qu'il sera facile aux sceptiques, aux mondains, aux moqueurs de tourner ces assertions en ridicule, et de nous reprocher, juges en notre propre cause, de frapper de nos mains une médaille à notre effigie, sans oser en montrer le revers. Mais je sais qiie dans le cours d'un

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long ministère, les preuves intimes de ces assertions abondent, et que de tant de communications reçues concernant les fruits de la prédication, nous avons droit de conclure à bien d'autres que Ton ne vient point nous révéler. Notre ministère sacré (il importe que nos adversaires s*en souviennent) n'a point le confessionnal ; mais il a la confession, sans contrainte spirituelle exercée sur celui qui la fait, sans absolution décrétée par celui qui la reçoit, mais intime au point de porter sur toutes les choses de la vie et de la mort, sur toutes les émotions, les tendresses, les erreurs, les espérances de Fâme humaine.

Un autre aspect particulier de ces encouragements de notre travail et de ces preuves de l'importance de la prédication mérite d'être encore signalé. La responsabilité du fidèle est aussi engagée que celle du prédicateur. Bossuet a raison de dire : « Si vous » ne sortez du sermon plus chrétien, vous en sortirez » plus coupable ^ » Mais cette puissance de la prédication nait surtout de ce qu'elle est indirecte, générale, impersonnelle; l'orateur de la chaire fait la part de tout le monde, en s'y comprenant lui-même, et chacun se fait la sienne ; chrétiens avancés et pieux,

^ Oraison funèbre de la princesse palatine, Anne de Gonzague, dans Texorde. Tome V, p. 305. OEuvres complètes. Ed. de 1686.

esprits irrésolus et inquiets, sceptiques de toute nuance, indifférents de tout degré de sécurité et d'oubli, chacun en prend ce qui lui revient, et, sous sa responsabilité propre, ce qui lui convient *, d'où il résulte que nous ne savons pas quel est le trait, l'exhortation, le reproche, le conseil, la consolation, ni même la simple citation de l'Écriture, qui porte c(Hip. Souvent un mot qui nous a paru fort insignifiant et ordinaire, un discours qui n'a coûté que fort peu de peine à écrire ou à improviser, trouve un écho imprévu et soudain au fond de quelque cœur irrésolu ou angoissé. Quelle mémoire de pasteur n'abonde en souvenirs de ce genre qui sont d'une variété extrême, et quelle est la carrière publique où chaque fois qu'on en remplit le principal devoir, le fonctionnaire peut se réjouir et se forti-

* Rousseau est tombé dans une erreur de fait à cet égard : il a écrit|(( Une des choses qui rendent les prédications le plus inuj> tiles est qu'on les fait à tout le monde sans discernement et » sans choix ; comment peut-on penser que ce même sermon con- » vienne à tant d'auditeurs si diversement disposés, si difTé- » rents d'esprit, d'humeur, d'âges, de sexes, d^étatset d'opinions? » Il n'y en a peut-être pas deux auxquels ce qu'on dit à tous » puisse être convenable. » (£mt7e, livre iv. Ed. Musset-Patbay, tome lY, p. 181). Rousseau a raison s'il applique ces réserves au sermon entier: mais l'évidente utilité de la prédication consiste précisément en ce que chaque auditeur y prend la part qui le concerne. Ace point de vue, le seul vrai, la prédication est comme une galerie de portraits où chaque fidèle doit trouver le sien.

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